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    L'Encyclopédie sur la mort


    Tombeau de l'homme saint

    Jean-Marie Gustave Le Clézio

    Un garçon, presque encore un enfant, appelé Nour, qui signifie «Lumière», accompagne son père jusque dans le tombeau de l'homme saint, son ancêtre. Il est le témoin fictif, inventé par le narrateur, du recueillement paternel symbolisant le retour aux origines des hommes bleus, apparus comme dans un rêve et descendus dans la vallée avant leur montée vers le Nord, vers la Terre promise pour se libérer des soldats chrétiens. Le tombeau de l'ancêtre devient ainsi la fondation sur laquelle se bâtit l'histoire d'un peuple.

    Ils arrivèrent devant le tombeau. C'étaient juste quatre murs de boue peinte à la chaux, posés sur un socle de pierres rouges. Il y avait une seule porte pareille à l'entrée d'un four, obstruée par une large pierre rouge. Au-dessus des murs, le dôme blanc avait la forme d'une coquille d'œuf, et se terminait par une pointe de lance. Nour ne regardait plus que l'entrée du tombeau, et la porte grandissait dans ses yeux, devenait la porte d'un monument immense aux murailles pareilles à des falaises de craie, au dôme grand comme une montagne. Ici, s'arrêtaient le vent et la chaleur du désert, la solitude du jour ; ici finissaient les pistes légères, même celles où marchent les égarés, les fous, les vaincus. C'était le centre du désert, peut¬être, le lieu où tout avait commencé, autrefois, quand les hommes étaient venus pour la première fois. Le tombeau brillait sur la pente de la colline rouge. La lumière du soleil se réverbérait sur la terre battue, brûlait le dôme blanc, faisait tomber, de temps à autre, de petits ruisseaux de poudre rouge le long des fissures des murs. Nour et son père étaient seuls près du tombeau. Le silence dense régnait sur la vallée de la Saguiet el Hamra.

    [...]

    «Je suis venu », disait l'homme à genoux sur la terre battue. «Aide-moi, esprit de mon père, esprit de mon grand-père. J'ai traversé le désert, je suis venu pour te demander ta bénédiction avant de mourir. Aide-moi, donne-moi ta bénédiction, puisque je suis ta propre chair. Je suis venu. »

    Il parlait comme cela, et Nour écoutait les paroles de son père sans comprendre. Il parlait, tantôt à voix pleine, tantôt en murmurant et en chantonnant, la tête se balançant, répétant toujours ces simples mots: «Je suis venu, je suis venu. »
    Il se penchait en avant, prenait de la poussière rouge dans le creux de ses mains et la laissait couler sur son visage, sur son front, sur ses paupières, sur ses lèvres.

    Puis il se levait et marchait jusqu'à la porte. Devant l'ouverture, il s'agenouillait et priait encore, le front posé sur la pierre du seuil. L'ombre se dissipait lentement à l'intérieur du tombeau, comme un brouillard nocturne. Les murs du tombeau étaient nus et blancs, comme à l'extérieur, et le plafond bas montrait son armature de branches mêlées à la boue séchée.

    Nour entrait lui aussi, maintenant, à quatre pattes. Il sentait sous les paumes de ses mains la dalle dure et froide de la terre mélangée au sang des moutons. Au fond du tombeau, sur la terre battue, le guide était étendu à plat ventre. Il touchait la terre avec ses mains, les bras allongés devant lui, ne faisant qu'un avec le sol. Il ne priait plus, à présent, il ne chantait plus. Il respirait lentement, la bouche contre la terre, écoutant le sang battre dans sa gorge et dans ses oreilles. C'était comme si quelque chose d'étranger entrait en lui, par sa bouche, par son front, par les paumes de ses mains et par son ventre, quelque chose qui allait loin au fond de lui et le changeait imperceptiblement. C'était le silence, peut-être, venu du désert, de la mer des dunes, des montagnes de pierre sous la clarté lunaire, ou bien des grandes plaines de sable rose où la lumière du soleil danse et trébuche comme un rideau de pluie ; le silence des trous d'eau verte, qui regardent le ciel comme des yeux, le silence du ciel sans nuages, sans oiseaux, où le vent est libre.

    L'homme allongé sur le sol sentait ses membres s'engourdir. L'ombre emplissait ses yeux comme avant le sommeil. Pourtant, en même temps, une énergie nouvelle entrait par son ventre, par ses mains, rayonnait dans chacun de ses muscles. En lui, tout se changeait, s'accomplissait. Il n'y avait plus de souffrance, plus de désir, plus de vengeance. Il oubliait cela, comme si l'eau de la prière avait lavé son esprit. Il n'y avait plus de mots non plus, l'ombre froide du tombeau les rendait vains. A leur place, il y avait ce courant étrange qui vibrait dans la terre mêlée de sang, cette onde, cette chaleur. Cela n'était comme rien de ce qu'il y a sur la terre. C'était un pouvoir direct, sans pensée, qui venait du fond de la terre et s'en allait vers le fond de l'espace, comme si un lien invisible unissait le corps de l'homme allongé et le reste du monde.

    Nour respirait à peine, regardant son père dans l'ombre du tombeau. Ses doigts écartés touchaient la terre froide, et elle l'entraînait à travers l'espace dans une course vertigineuse.
    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:-1-11-30

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