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    L'Encyclopédie sur la mort


    Quoi faire du cadavre?

    Michel Ragon

    Quoi faire du cadavre? Une question qui ne cesse d'obséder les survivants! L'horreur du cadavre en décomposition est une constante dans toutes les civilisations qui conduisit au rite du deuil. Il fallait s'éloigner du cadavre ou l'éloigner, le faire disparaître. Et ces gestes d'éloignement s'accompagnaient de rites par lesquels les survivants apprivoisaient la mort et se façonnaient de nouveaux rapports avec les morts. La manière de se libérer du cadavre dépendra de la manière dont l'horreur du cadavre aura été vécue et éprouvée selon la typologie de la mort ou l'idéologie funéraire* à l'oeuvre dans chaque culture. Dès la préhistoire et tout au long de son histoire, l'homme a choisi, pour disposer des corps de ses morts, le cannibalisme, la pendaison dans un arbre, la crémation, la dessiccation, l'embaumement, la momification, le fractionnement du corps et l'inhumation, en lien avec ses croyances et ses mythes.
    Tous les peuples n'ont pas eu la vénération des morts et certains ont même pendant longtemps abandonné tout simplement leurs cadavres. Devant un mort, les Yakoutes de haute Asie ressentaient un tel effroi qu'ils prenaient la fuite. Les Yafara de Nouvelle-Guinée laissaient leurs morts pourrir sur place; le Djours soudanais les abandonnaient aux termites; le Masaïs nilotiques les jetaient aux hyènes et les indigènes des îles Salomon aux requins. Les Veddas primitifs offraient leurs morts aux carnassiers et les Parsis, pour ne pas souiller la terre, les exposaient aux vautours.

    Alexandra David-Neel nous montre, après huit jours de rites, le transport du corps d'un Dopka mort dans la montagne où, après avoir été coupé en morceaux, «il est abandonné comme une suprême aumône aux vautours.» (Mystiques et magiciens du Tibet, Paris, Plon, 1929).

    Néanmoins, «L'homme est un animal qui ensevelit ses morts» (L.V. Thomas, Anthropologie de la mort). «Aucun groupe humain ne se désintéresse de ses cadavres» (Françoise Charpentier, La mort, Classiques Hachette, 1973). «Aucun groupe archaïque n'abandonne ses morts», nous dit aussi Edgar Morin (L'Homme et la mort dans l'histoire, 1951).

    Sans sépulture, sans culte des os, nous ignorerions totalement l'existence du sinanthrope, comme du néandertalien. Les têtes de l'Homo sapiens (10 000 avant J.C. ) retrouvées par les anthropologues avaient en effet été décapitées et conservées. L'homme de Néandertal creusait des tombes où il éparpillait des ossements brisés avec des offrandes de silex taillés. L'homme de Cro-Magnon saupoudrait les ossements d'ocre rouge. Orientés du nord au sud, ces squelettes étaient parés d'une coiffure, de bracelets et de coquillages. Parfois, l'homme préhistorique rassemblait les squelettes de ses disparus dans des tombes collectives, comme la «grotte des enfants» près de Menton. Cavités naturelles, huttes de pierres sèches, pierres dressées et dalles formant de petits dolmens, sont les premières sépultures connues. Pourquoi ces inhumations, pourquoi ces esquisses de tombes? Il ne peut s'agir alors de salubrité puisque l'espace à vivre est immense. pourquoi ce rangement méthodique des os et ce respect particulier donné au crâne, [...]? Voulait-on conserver le corps pour prolonger sa vie? Voulait-on, au contraire, l'empêcher de ressusciter, de revenir? Certains squelettes néandertaliens, ligotés, pourraient faire pencher vers cette dernière supposition.

    Les hommes ont témoigné très tôt de deux soucis de conservation: la structure du corps (le squelette) et sa force motrive (l'âme). Si l'âme, évadée du corps, avait sa vie propre que l'on pouvait entretenir par un culte, que pouvait-on faire par contre de ce corps désormais vide, encombrant, et qui, une fois l'âme partie ailleurs, se décomposait en puant?

    Faire disparaître le corps mort de la manière la plus efficace possible semble bien avoir été le souci de toutes les civilisations primitives.»
    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:-1-11-30

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