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    L'Encyclopédie sur la mort


    Personnalisation des obsèques

    Julien Bernard

    Aux funérailles, jusqu'à une époque pas si lointaine, seul l'officiant officiait. Aujourd'hui, les proches et les autres participants sont de plus en plus amenés à lire un texte, voire à s'exprimer librement. Dans l'expression du deuil dans les rites publics, il faut un juste dosage entre la manifestation des émotions individuelles et le déploiement des symboles propres au caractère social de l'événement. Le texte ci-dessous est emprunté à Julien Bernard, Croquemort. Une anthropologie des émotions, Paris, Métailié, «« Traversées », 2009, p. 182-190, (extraits)
    Selon Julien Bernard, « On pourrait avancer que les prises de paroles instaurent une relation à trois entre l'orateur, le défunt et l'assistance, dans une configuration temporelle complexe, non situé, entre passé, présent et futur ».

    Il cite le témoignage d'une personne interrogée durant son enquête :

    « C'est donc une relation à trois, une déclamation de discours dont le cadre est triangulaire [...] L'assistance qui écoute le discours, la personne en deuil qui subit et en l'occurrence s'exprime, et le défunt [...] On comprend peut-être mieux pourquoi les rites funéraires servent autant à réunir les pensées des vivants vers un même point convergent, représenté par le mort et les souvenirs qu'on a de lui. S'entrecroisent donc en situation le passé : les histoires personnelles de chacun avec le défunt, la vie du défunt... le présent : les souvenirs qui resurgissent, les pratiques du rite, la rencontre d'autres endeuillés... le futur : l'espérance religieuse de l'au-delà, la nécessité de continuer à vivre ici-bas [...] » (JdT 13/07)

    Julien Bernard eut l'occasion de s'entretenir avec le sociologue Patrick Baudry. Celui-ci n'est pas forcément contre "l'émotionnalisation" des funérailles, mais il fait une mise en garde contre le risque d'une "ritualisation sans ritualité" ou d'une "surenchère de ritualisation pour réparer le défaut de ritualité". Il ne faudrait pas assimiler l'émotion à une "recette", un ingrédient de la "réussite" d'une "bonne" cérémonie. Répondre à la demande individuelle ne doit pas conduire à une "désymbolisation progressive" du rapport à la mort. De cette entrevue, Julien Bernard retient que le travail des pompes funèbres vise à canaliser les émotions, mais celles-ci ne peuvent être totalement contrôlées. Il y a donc, écrit-il, dans ces arrangements avec les émotions une "modulation" à mieux comprendre et à mieux gérer.

    « Les éléments psychiques à valence affective sont difficilement dissociables des circonstances sociales qui les font naître. Pour la sociologie et l'anthropologie de la mort classiques, les rites funéraires montrent une "scène sociale" où un partage collectif se construit dans l'émotion, et, sur la base du partage émotionnel, ces moments cérémoniaux ou ces "drames sociaux" (Davignon, 1970) marquent, d'une certaine manière, le rendez-vous des groupes sociaux avec eux-mêmes. Dans ces moments où souffle le vent de "l'esprit de l'institution" (pour reprendre une expression d'Ehrenberg, 2006), les participants sont invités à vivre quelque chose qui les dépasse et qui est pourtant situé dans un cadre hautement social et moral auquel ils appartiennent.

    [...]

    Situer l'origine des émotions des endeuillés dans le strict cadre de la situation funéraire, bien que cette émotion soit localisée, constitue certes une démarche incomplète. Ceux qui perdent un être cher ont peut-être tendance à s'épancher dans l'intimité plutôt que dans l'espace public où ils préfèrent "rester dignes". Peut-être une tendance historique de "civilisation des moeurs" (Elias, 1939), une inhibition des émotions est-elle à l'oeuvre. Comment s'exprimer dans un rite funéraire et comment être soi-même? Quel regard jeter sur la ritualité se faisant et comment s'y situer?

    [...]

    L'essence de relations en public est de jouer les manières, les conventions, les gestes rituels. C'est à partir de là que ces interactions acquièrent leur signification émotionnelle. Or, les cérémonies funéraires sont mi-privées (c'est le "dans l'intimité") mi-publiques (elles sont ouvertes à tous). Toujours selon Senett, « plus les conditions sociales affaiblissent le forum public, plus les gens sont inhibés quand il s'agit d'exercer leur activité théâtrale. [...] Ces types de jeux théâtraux sont des "rôles" [...]. Un rôle est généralement défini comme une conduite adaptée à certaines situations, et non à d'autres. Pleurer par exemple, est un comportement qui ne saurait être considéré en soi comme un rôle, mais pleurer lors d'un enterrement en est un : c'est une conduite prévue, appropriée, spécifique à cette situation ».

    [...]

    Le philosophe Paul Dumouchel estime que "plutôt que partir des émotions, des sentiments internes et subjectifs pour expliquer notre vivre ensemble, [....] il faut au contraire partir de l'espace public et social où nous nous coordonnons les uns aux autres pour rendre compte de ce que nous nommons les émotions. Ce renversement de perspectives suggère que les émotions sont des conséquences plutôt que des causes et des moments dont l'autonomie est limitée au sein d'un processus social plus vaste qui les englobe" (Dumouchel, 1995). Mauss (1950) voit les rites funéraires comme des formes d'échange d'émotion, comme un contrat que l'on honore (Dumouchel, 1996). Il y aurait à la fois individualisation et socialisation des sentiments dans la coordination des expressions. Expression "contrainte" et expression "spontanée" ne seraient pas si contradictoires.

    Bibliographie

    DUMOUCHEL, Paul, Émotions. Essai sur le corps et le social, Paris, Les Empêcheurs de penser en rond, 1995.

    DUMOUCHEL, PAUL, « Exchange and Emotion » dans Cahiers d'épistémologie du Groupe de recherche en épistémologie comparée, n° 9613, Montréal, 1996.

    EHRENBERG, Akain, « Sciences neutrales, sciences sociales: de la totémisation du soi à la sociologie de l'homme total » dans WIEWORKA Michel, Les Sciences sociales en mutations, Auxerre, Sciences humaines, 2006, p. 385-397.

    ELIAS, Norbert, La Civilisation des moeurs [1939], Paris, Pocker, 1974.

    MAUSS, Marcel, Sociologie et Anthropologie [1950], Paris, PUF, 2000.

    SENETT, Richard, Les Tyrannies del'intimité, 1979, Paris, Seuil, 1995.




    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:-1-11-30

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