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    L'Encyclopédie sur la mort


    Oraison funèbre: Charles-Henri nous a quittés

    Charles-Henri nous a quittés le 26 novembre 2001, où les jours artificiels prolongés jusqu’au 1er décembre n’ont rien changé sauf accentuer la douleur de la séparation. Le 7 décembre, vigile de l’Immaculée Conception,et jour de sainte Ambroisie,  tellement cher à mon cœur, j’avais prononcé cette oraison funèbre, dans l’église Saint Martin d’Harfleur.
     

    À l'auteur de l'oraison funèbre:

    Cher Daniel, J'ai lu ton homélie et je l'ai de nouveau devant moi. J'essaie d'abord de saisir ta douleur, la profondeur de tes sentiments paternels devant ce brusque départ de ton fils unique, devant cette absence qui se prolonge jour après jour. J'essaie de saisir aussi ta joie de pouvoir communiquer avec lui dans le silence de ton coeur, de partager avec lui tes pensées et tes sentiments.Ce qui me frappe, en premier lieu, c'est l'importance que tu accordes aux liens entre les générations et la place qui tu y accordes aux aïeux. Ce qui me touche aussi beaucoup comment tu réussis à tisser des noeuds très forts entre le récit de l'histoire familiale avec celui des rois, des reines, des saints et des saintes de la France. Enfin, je suis très sensible à cette phrase des Écritures ; « avant même que vous étiez nés, je vous ai connus... ». Depuis tant d'années avant leur naissance , tu avais imaginé, rêvé, conçu, désiré et aimé ta fille et ton fils. Tu les attendais et tu avais mis en eux tes attentes afin qu'ils accompliront ce que tu n'avais pu accomplir...
    N'est ce pas le rôle des aïeux de mettre leurs attentes dans ceux qui viennent après eux et n'apartient-il pas aux générations présentes de poursuivre  oeuvre de leurs aïeux : d'achever ce qui est inachevé et ainsi, de créer de génération en génération un monde nouveau. « Voici que je fais toutes choses nouvelles ». D'après moi, c'est le sens profonde de Noël : l'attente active d'un monde autre, d'une vie autre... un espoir ultime contre tout espoir. Le rôle que tu confies avec tant de tendre affection à ta fille s'intègre dans cette mystique de l'attente active...Merci, Daniel, de partager cette homélie avec nousi. EV

    HOMELIE
    par Daniel Leveillard, vendredi 7 décembre 2012, 04:29 ·

    Mon fils,
    Tu te rappelles forcément cette phrase que je citais si souvent, à toi comme à Bernadette, et qui est celle que Jésus aimait à dire à certains de ses proches : « Bien avant de vous avoir vus, je vous connaissais déjà ».
    Si vous êtes nés, toi et ta sœur, sur le tard déjà de ma vie, depuis longtemps, depuis toujours de ma vie d’homme, j’ai pensé à vous ; j’ai rêvé de vous, et je rêvais de vous voir grandir, avec un jour, auprès de vous, des enfants dont vous-mêmes auriez rêvé. Vous voyant atteindre à l’âge d’homme et de femme, je rêvais d’être grand père.
    Charles, tu te rappelles forcément toutes ces heures à te parler de ton grand père, mon père, René, que tu n’as jamais connu, et que moi-même j’ai méconnu, puisqu’il est parti bien trop jeune et quand j’avais vingt ans ; quelle communion pourtant il y avait entre mon père et moi ; et cette communion que tu m’as donné la joie de revivre avec toi. Toi, tellement plus attentionné encore que je ne l’étais pour mon père ; tellement plus gentil. Combien de fois, t’ai-je parlé de mon père, et quelle communion toujours, même après la mort.
    Charles, tu te rappelles forcément toutes ces heures à te parler de mon grand père à moi, que mon père lui-même n’a jamais connu, puisqu’il est parti bien trop jeune, à trente ans, et quand son fils venait tout juste de naître. Combien de fois, t’ai-je parlé de cet arrière grand père, Delphin.
    Charles, tu te rappelles forcément le père de Delphin, ton aïeul à la quatrième génération, Auguste, qui, après la mort de son fils, ne rit plus jamais, et qui mourut de chagrin, car rien n’est insupportable autant que de perdre un enfant qu’on a vu grandir ; qu’on a fait grandir.
    Charles, tu te rappelles forcément Jean-Baptiste, cet ancêtre à la cinquième génération, et dont j’aimais tant à raviver la flamme du souvenir. Combien de fois avons-nous pèleriné où il a vécu ; sa maison et la forge.
    Charles, tu te rappelles forcément Jean-Baptiste, son père et ton aïeul à la sixième génération ; lui et son épouse, Rose, dont le père avait ton nom : Charles ; lui encore dont la mère avait nom Ambroisie.
    Par une curieuse coïncidence, tu retournes à la terre en ce 7 décembre, jour de Sainte Ambroisie, et tu nous a quittés à la veille du jour où Jean-Baptiste est mort, lui le 2 décembre et toi le 1er, au jour où l’Eglise commémore la mort de saint Charles ; ce 1er décembre qui dans le calendrier « magique », tellement cher aux Bourbons, est justement le jour de Sainte Rose !
    Ainsi encore, par une cruelle coïncidence, j’aurai perdu mon père à vingt ans, quand il avait cinquante trois ans, et moi, ayant atteint cet âge de cinquante trois ans, je perds aujourd’hui mon fils, qui n’a que dix huit ans.
    Par une autre coïncidence, ta mère et moi, depuis le jour de notre rencontre, nous avions placé notre existence commune sous le double signe du Sacré-Cœur  et des Deux Cœurs Unis, et c’est justement le 16 octobre, au jour de Sainte Marguerite, qui fut l’épouse mystique du Sacré-Cœur, que nous avions eu cette voiture dans laquelle tu es parti pour avoir ce fatal accident, en ce 26 novembre, qui dans le calendrier des Bourbons, correspond au 18 mai, jour anniversaire de la naissance de ta mère, et jour immensément terrible quant à Marguerite, dans l’histoire du Sacré-Cœur ; puis, là, tu vas à la rencontre du Père, en ce premier vendredi du mois, consacré au Sacré-Cœur .
    Enfin, par une autre coïncidence, touchant là à quelque chose d’un très profond mystère, tu reposeras où moi-même j’avais formé depuis quelque temps le désir (alors irréalisable) de reposer quand viendrait mon heure : juste au côté d’où mon père est enterré.
    Quand viendra cette heure, j’irai te rejoindre au sein de la terre ; et sur trois générations, nos deux tombeaux ne feront qu’un, comme mon père et moi, nous sommes toujours tellement unis.
    Mais, Charles, pourquoi es-tu parti ?... Tu étais ma vie !
    Et vous, Ma Dame, à qui j’avais donné mon fils, pourquoi ne l’avez-vous pas protégé ? Pourquoi cette énorme fatalité qui, soudain, s’est abattue sur cet enfant qui rayonnait de bonté, et dont je disais que son seul défaut était d’être trop bon ? Pourquoi cet accident, tellement dramatique, alors que tout le monde l’ayant vu conduire, était impressionné par sa maturité et son intégral respect des règles de conduite. Lors de nos réunions d’Académie, c’était Charles qui conduisait ces hauts personnages ; qui reconduisait nos invités ; et quand nous nous déplacions nous-mêmes, c’était toujours lui qui conduisait. Pourquoi cet accident s’est-il produit, dont le simple a priori ne correspond absolument pas à sa forme de conduite habituelle ? comme pourquoi n’avoir pas téléphoné, comme il le faisait habituellement ?  Pourquoi la mort de ces deux amis avec lui ; et les graves blessures des deux autres ? C’étaient tous des gars très bien, et des jeunes comme on souhaiterait que notre société en compte bien davantage.
    Oui, vous, Ma Dame, qui jadis pourtant m’avez sauvé la vie, quand à dix sept ans, j’étais à la mort, pourquoi ne l’avez-vous pas protégé ? Il valait bien mieux que moi à son âge !
    Vous, Ma Dame, qui jadis m’avez sauvé la vie, et cet acte salvateur qui tant détermina de ma vie, où depuis je n’ai vécu que pour servir cette religion dont vous êtes l’Incarnation, moi qui me suis consacré à vous, jour et nuit, sans jamais songer un seul instant à moi, Ma Dame, pourquoi ne l’avoir pas protégé ?...
     « Pourquoi?... » Ma Dame, ce grand cri de désespoir retentira au Ciel jusqu’à mon dernier souffle ; et déjà, dans mon cœur, j’entends Charles frapper à cette porte qui nous sépare, et qui ne s’ouvrira plus qu’à l’heure de ma propre mort.
    Je ne te verrai plus, Charles, et ce sourire qui n’appartenait qu’à toi. Je ne te serrerai plus la main, comme tu l’aimais tant. Et jamais plus, je ne te verrai dans cette complicité affective qu’il y avait avec Bernadette, et qui était pour moi, comme pour ta mère, le plus magnifique des cadeaux.
    Charles, du haut de ton Ciel, reste toujours auprès de Bernadette ; et sois son ange gardien. Protége-la, et de temps en temps, souffle lui à l’oreille ce rêve immense qui seul est générateur de cette vie de famille profondément unie que nous avons connue : souffle-lui qu’à son tour elle rêve de ses enfants, et que par elle, continue cette histoire de notre famille que j’aimais tant à vous raconter, et qui vaut toutes les histoires.
    Bernadette, ma Fille Aînée, tu sais la communion qu’il y a entre nous, et cette complicité qui s’établit un peu plus chaque jour, à mesure que tu avances en âge. Bernadette, toi qui fais des études en Histoire, ne laisse pas les mots de Viviani chanter la victoire de la Mort- Dieu ; déments ses propos, que « nous avons éteint dans le ciel, des étoiles qu’on ne rallumera plus ! ». Que la mort de ton petit frère, par delà les nuages, soit ta force continuelle ; et le soir, avant de t’endormir, fais toujours cette prière qui est la mienne depuis toujours : « Donne-moi la force de continuer ! ».
    Alors, tu verras : Tu sentiras auprès de toi, cette présence réelle de l’être cher, que nous ne voyons plus, mais qui existe toujours, non seulement devant Dieu, mais à notre propre côté. Alors encore, tu verras : Petit à petit, dans la communion d’esprit, là où l’un sera, l’autre aussi sera. Et, par toi, ton petit frère sera toujours vivant.
    Va, ma Fille Aînée. Réussis ta vie universitaire ; poursuis ces recherches pour lesquelles tu es faite, et questionne l’Histoire ; l’Histoire te répondra. Et toi qui avais peur que l’Histoire ne soit que le rappel incessant des successions de guerres, tu verras que l’Histoire peut être aussi une belle histoire d’Amour. Regarde les Bourbons, dont je vous parle si souvent, et considère leur malheur incessant, depuis Charles et Henri qui commencent la dynastie, jusqu’à Charles et Henri par lesquels s’éteignent les derniers Rois de France, tu verras que malgré cette apparente malédiction où la mort est permanente, tous ont sans cesse réaffirmé leur Amour à Notre Dame, et gardé leur confiance.
    Tous ! et malgré cette Terrible Règle qui, toujours, toucha la quinzième génération, puisque, sur quinze siècles et depuis ce grand miracle de sainte Geneviève du Mont, jamais aucun enfant mâle à cette quinzième génération n’a survécu ni assuré descendance.
    Oui, interroge l’Histoire avec l’Amour en toi ; et l’Histoire te répondra avec Amour.
    Va, ma Fille Aînée. Réussis ta vie de femme ; et qu’épouse et mère, un jour tu puisses dire à tes enfants : « Ecoutez, je vais vous raconter votre Oncle Charles ». Si tes enfants ont la gentillesse de Charles, sa serviabilité, sa maturité d’esprit, son calme inaltérable, alors, déjà, tu auras réussi ta vie.
    Va, ma Fille Aimée, sur la route qui t’est ouverte ; et si, à la croisée des chemins, quelquefois tes yeux se mouillent de larmes, retourne-toi vers ces jours bénis où tu étais avec Charles. Alors, la force te reviendra, et tu continueras. Alors, la Mort sera ta Victoire ; et jusqu’au Ciel retentira ce grand cri d’espoir, comme un « Je t’aime » à ce Royaume où l’Amour est Roi.
    Va, ma Fille Aimée, et souviens-toi toujours ce mystère immense que quelques minutes après l’accident de ton frère, alors que tu étais à Rouen, tu t’es sentie soudain oppressée quant à ton petit frère, au point de lui téléphoner. Vos deux cœurs  étaient unis. Il pensait à toi, et tu l’as entendu.
    Au revoir, Charles-Henri. Désormais, chaque jour qui passera augmentera la douleur de ta définitive absence. Mais, garde nos deux Cœurs Unis ; comme unis, le tien et celui de ta sœur, Bernadette ; comme unis, celui de ta mère, Marguerite, et le mien ; nos trois cœurs à jamais blessés d’une blessure d’amour profonde. Et alors, le reste de mes jours passera comme à chaque seconde un pas de fait vers toi.
    Et, vois-tu, ma Fille Aimée, par un étrange mystère encore, tu venais d’achever un portrait imaginaire de notre aïeule, Ambroisie, morte un 16 octobre, au jour de Sainte Marguerite, alors qu’elle n’avait que trente cinq ans, et son fils, notre aïeul à tous, douze ans. Nous l’avons si souvent évoquée, comme « Notre Mère du Bout du Temps ». Eh bien, vois-tu, ma Fille Aimée, très loin d’une vaine illusion, j’ai dans le cœur , cette sensation étrange et qu’on ne me retirera plus, que c’est elle qui a reçu ton petit frère au Paradis.
    Au revoir, Charles-Henri ; et sois reçu, là-haut à la hauteur de ton rang, selon ce que Dieu seul peut le fixer. Je sais que quand l’heure aura enfin sonné pour moi, tu seras derrière cette Porte entre nous toujours fermée, et que quand elle s’ouvrira, je verrai ton visage, inchangé ; comme au temps où frappant à la porte toujours fermée de mon bureau, tu me disais : « Excuse-moi, Papa ».
    C’est moi qui m’excuse, mon fils.
    A Dieu, « mon Prince ». Tu ne seras jamais un homme, mon fils ; mais, ta vie si pure ici bas, continue là-haut. Je suis sûr que tu grandiras encore en esprit et en sagesse ; et porte aux Anciens, l’Amour inaltérable que je leur porte comme moi-même je te le porterai toujours.                                                
    A Dieu, mon fils.
    Mais, Dieu, quand prendras-tu pitié de notre famille !

    Date de création:2012-12-18 | Date de modification:2012-12-18

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