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    Dossier: Acadie

    Le procès de Louis Allain, pionnier acadien oublié. Partie 1

    Pierre Biron

    1ère partie

    Avant-propos

    Voici la vie, le procès et leur contexte de l’ancêtre Louis – trop peu connu – des ALLAIN et ALAIN d’Acadie. C’est en complétant mon ascendance maternelle que j’ai découvert le personnage de Louis ALLAIN dans un essai biographique rédigé en anglais par l’américain Gerald KELLY, publié dans le 39e Cahier de la Société Historique Acadienne en 19731 et particulièrement bien documenté sur la période américaine du personnage.

    Le père Anselme CHIASSON l’a préfacé « Tout en nous dépeignant un personnage haut en couleurs, KELLY nous laisse voir les relations qui existaient entre l’Acadie et la Nouvelle Angleterre et les intrigues que les intérêts personnels et autres ne manquaient pas de susciter. Cet article lève un voile sur un aspect trop peu connu de notre histoire. »

    Pour Adrien BERGERON « Il appert que Louis ALLAIN fut mêlé à bien des péripéties et des événements de toutes espèces, dont un grand nombre eurent pour théâtre principal la Nouvelle-Angleterre, entre les années 1685 et 17332. » Le généalogiste THÉRIAULT le considère « un personnage très coloré, un des Acadiens le plus actif de son époque. »

    Il est « venu d’on ne sait d’où en France, est à l’origine d’une descendance acadienne très florissante dont fait partie toute une lignée de forgerons immortalisée par Antonine MAILLET »3. On retrouve ce métier tant au Maine qu’en Acadie, sans toutefois s’y limiter, chez l’ancêtre Louis; à la seconde génération acadienne c’est Pierre qui maîtrise ce métier; dans la lignée gaspésienne issue de la 3e génération de Benjamin, on retrouve à Carleton une succession de forgerons, soit Lazare à la 4e génération, suivi de Théophile, Joseph et Jean à la 5e génération, tandis que les derniers seront Jean et André4 à la 6e génération.

    La première version inédite du présent ouvrage6 a été considérablement enrichie des nombreuses précisions apportées à l’été 2004 par la parution du monumental dictionnaire « Les ALLAIN du Nouveau-Brunswick et de la Gaspésie » lancé lors des fêtes du 400e anniversaire de l’Acadie et rigoureusement documenté sous la plume de l’historien et généalogiste acadien Fidèle THÉRIAULT6, complémente avantageusement l’essai de KELLY, en particulier au niveau des faits et gestes d’ALLAIN en Acadie. Les 16 pages (19 à 35) de la section “Un peu d’histoire: le pionnier” sont consacrée à la vie de Louis ALLAIN.
     
    Voici donc ce qui constitue, au meilleur de ma connaissance, la troisième présentation d’un personnage acadien qui a laissé peu de traces : le patronyme de sa descendance acadienne, par le nom de la petite rivière Allain7 qui serpente toujours le coeur d’Annapolis Royal; et ses nombreux démêlés avec les autorités françaises, dont le procès à Québec tenu en 1706 représente le document fondamental.

    Parmi les descendants qui se sont illustrés, on retrouve les trois suivants qui ne portent pourtant pas le patronyme ALAIN…

    Dans le domaine des arts au niveau de la francophonie

    Antonine Maillet, auteure, romancière et dramaturge acadienne de réputation internationale, prix Goncourt (première fois décerné hors de France, en 1979) pour Pélagie-la-Charrette, roman mentionnant 27 fois le patronyme Allain. Née à Bouctouche NB le 10.05.1929, fille g9 (à la 9e génération après le pionnier) de :

    g8 Léonide Maillet & Virginie Cormier
    g7 Bibianne Allain & Thaddée Maillet
    g6 Paul Allain & Julie Cormier
    g5 Bénoni Allain & Modeste Bastarache
    g4 Benjamin Allain & Élisabeth Leblanc
    g3 Louis Allain & Anne Léger
    g2 Pierre Allain & Marguerite Leblanc
    g1 Louis Allain & Marguerite Bourque

    Dans le domaine de la justice au niveau fédéral

    Michel Bastarache8, nommé juge de la Cour suprême du Canada en 1997, militant de la première heure pour le français au Nouveau-Brunswick, ayant notamment dans les années 1970 encouragé les Acadiens à déménager à Moncton. Fils g10 de :

    g9 Alfred Bastarache & Madeleine Claveau
    g8 Michel Bastarache & Claire Allain (*g7 Pierre Allain & Madeleine Leblanc)
    g7 Alexis Bastarache & Bibianne Leblanc,
    g6 Anselme Bastarache & Cécile Cormier
    g5 Marie Allain & Pierre Bastarache
    g4 Louis Allain fils & Marie Richard
    g3 Louis Allain père & Anne Léger
    g2 Pierre Allain & Marguerite Leblanc
    g1 Louis Allain & Marguerite Bourg / Bourque

    *g7 Pierre Allain est fils de
    g6 Pierre Allain & Olive Girouard
    g5 Bénoni Allain & Modeste Bastarache
    g4 Benjamin Allain & Elisabeth Leblanc
    g3 Louis Allain & Anne Léger
    g2 Pierre Allain & Marguerite Leblanc
    g1 Louis Allain & Marguerite Bourg / Bourque

    Dans le domaine médical au niveau régional

    Benoît Martin, né à Carleton le 8.6.1909, décédé à Maria le 19.3.1998 - 58 ans au service des Gaspésiens depuis 1935 comme médecin et chirurgien général, fondateur de l’hôpital de Maria9, premier gaspésien à être nommé Chevalier de l’Ordre national du Québec (1995)*, fils g8 de
     
    g7 Émilie Alain10 & Édouard Martin
    g6 André Alain & Louise Gauvreau
    g5 Théophile Alain & Joséphine Labillois
    g4 Lazare Allain & Luce Landry
    g3 Benjamin Allain & Rose Bujold
    g2 Pierre Allain & Marguerite Leblanc
    g1 Louis Allain & Marguerite Bourque

    * À l'heure où la médecine en région pose le problème du recrutement, il est rafraîchissant de lire le profil de carrière du Dr Martin. Si le médecin de campagne est devenu une ressource rare, plus rares encore sont les médecins qui retournent pratiquer dans leur région d'origine. Né en 1909 à Carleton dans la Baie des Chaleurs, fils de cultivateur, quatrième d'une famille de six, devenu médecin en 1935, il s'installa à Maria, comme seul médecin du village. Tout en pratiquant jour et nuit, il s'activa énergiquement pour le développement social de son milieu. Principal promoteur de l'établissement d'une coopérative d'alimentation, il a été maire et préfet de comté. En s'associant avec les gens de son milieu, le Dr Martin réussit, après plusieurs années d'efforts, à implanter un centre hospitalier régional ainsi qu'une résidence pour personnes âgées. Il est important de souligner qu'à travers toute cette activité fébrile, le désir de se spécialiser devenait prioritaire; c'est ainsi que le Dr Martin devenait en 1955, le premier chirurgien spécialiste diplômé dans la Baie des Chaleurs. Benoît Martin prit sa retraite paisiblement dans sa demeure familiale, qui fut d'ailleurs le premier hôpital (Hôpital Bourg), où il a élevé une famille de neuf enfants. Il se présenta longtemps à la salle d'opération pour assister les chirurgiens et pour rencontrer ses anciens patients (Chevalier de l’Ordre national du Québec, 1995, sur http://www.ordre-national.gouv.qc.ca/membres/membre.asp?id=277).

    Remerciements

    * Fidèle Thériault, historien et généalogiste professionnel (NB) pour l’apport de nombreuses précisions et corrections, les plus récentes datent de 2012.
    * Denise Legault (Montréal) pour la paléographie (transcription) du procès.
    * Les administrateurs et bénévoles de la SGCF (Davidson x Sherbrooke à Montréal), le personnel de la Salle Gagnon de la Bibliothèque de Montréal (rue Sherbrooke est) jusqu’à sa fermeture en 2005 ; le personnel des Archives Nationales du Québec (Pointe St-Charles) avant son déménagement rue Viger.

    Table des matières

    1.Avant-propos
    2.L’homme de l’ALÉNA avant son temps
    3.Sa vie avant le procès
    4.Le procès en 1706
    5.Sa vie après le procès
    6.Sources documentaires


    2e partie


    L’homme de l’ALÉNA11 avant son temps

    Un entrepreneur entreprenant, « libre-échangiste» avant son temps

    On le dit tour à tour forgeron (en début de carrière), meunier (moulin à blé), navigateur hauturier, caboteur sur la côte Atlantique, négociant en pelleteries « avec les colonies anglaises du temps de M. de BROUILLAN12 », émissaire des gouverneurs pour échange de prisonniers, « mêlé à cette époque à diverses entreprises coloniales et maritimes13 », appareilleur et entrepreneur de moulin à bois à Wells au Maine puis à Port Royal sur la Petite Rivière à laquelle il laissera son nom14, cultivateur (avec main d’œuvre), marchand de bois avec magasins (entrepôts), propriétaire et capitaine de grosses goélettes à Port-Royal, propriétaire d’une habitation près du Fort de Port-Royal (qu’il loue à la garnison) et de celle qu’il habite « en banlieue » près de son moulin à Bélair au haut de la Petite Rivière (auj. rivière Allain).

    Il habita quelque temps en Nouvelle-Angleterre – copropriétaire à Wells d'un moulin à scie, d’un brigantin (type de navire à voile) affecté au cabotage, et propriétaire d’une résidence à proximité. Ce notable, bien que bilingue, ne savait pas signer; durant ses transactions effectuées à Wells il met sa marque sur les documents requis par ses affaires et signe de ses initiales en lettres majuscules « LA ». Cette ‘signature’ est documentée la première fois quand il obtient une concession à Port-Royal en 1687 ; en 1695 pour prêter serment de fidélité au roi d’Angleterre à Port-Royal ; puis en 1701 pour louer une propriété de Wells au Maine ; plus tard à son « procès » de 1706 à Port-Royal, il fait sa marque ordinaire et déclare ne savoir ni écrire ni signer ; enfin une dernière fois pour acheter un navire à Louisbourg au Cap Breton en 1721.

    D’autre part il partait en missions d’échange de prisonniers muni de papiers officiels, échangeait du courrier avec les gouverneurs, fut chargé du premier recensement de Annapolis-Royal sous régime Anglais, savait vraisemblablement naviguer sur l’Atlantique et caboter entre l’Acadie et la Nouvelle-Angleterre, acceptait des commandes de madriers et de mâts de navire pour la Marine française, et négociait fréquemment15.

    Il vivait à l'aise « comme un Seigneur », fut l’un des plus riches commerçants de son époque, précédant ainsi son gendre et héritier Joseph-Nicolas GAUTHIER, précédant aussi Joseph LEBLANC dit le Maigre, frère de Marguerite mariée à Pierre ALLAIN son fils unique. ALLAIN avait fait savoir à MAUREPAS, ministre à Paris, qu’il avait accumulé une fortune, passée à son gendre GAUTHIER, lequel évaluait à plus de 80 000 livres sa propre fortune, malheureusement passée aux mains des Anglais. ALLAIN pratique le libre-échange trois siècles avant l’ALÉNA16 dans le sens qu’il fait du commerce avec les Bostonnais en utilisant ses propres bateaux ou ceux que lui confie l’Administration française pour échanger des prisonniers, après avoir lui-même vécu et travaillé en Nouvelle-Angleterre.

    Les commerçants comme ALLAIN ne manquaient pas de qualités: « Malgré le fait qu’ils ne furent jamais les maîtres du commerce inter-colonial, les commerçants acadiens par leur réalisme et leur savoir-faire manifestèrent une flexibilité et une audace qui sont tout à leur honneur. »17
     
    Le commerce d’ALLAIN était presque une nécessité pour le bien-être des habitants:

    « Le blé des Mines, et le bois expédié par Louis ALLAIN sont aussi nécessaires à la Nouvelle-Angleterre que les produits manufacturés de la Nouvelle-Angleterre le sont à l’Acadie. ‘Nous étions heureux d’être approvisionnés par nos amis les ennemis’» écrira De GOUTIN18. Lors du procès de 1706, BONAVENTURE reproche à ALLAIN d’avoir vendu et gardé pour lui, lors de sa 3e mission à Boston en 1704 pour échanger des prisonniers, …

    « L’ARGENT HARDES ET PELLETRIES APPARTENANT A PLUSIEURS PARTICULIERS DONT JL SESTOIT CHARGÉ DE LORDRE DE MR DE BROUILLAN TANT POUR LE SOULAGEMENT DE NOS PRISONNIERS QUE POUR ACHEPTER A BOSTON DES CHOSES NECESSAIRES POUR LA CULTURE DES TERRES DONT LHABITANT AVOIT GRAND BESOIN » [p1a]

    Pour BONAVENTURE cité par DIÉREVILLE19 : « Il se trouve dans plusieurs endroits de l’Acadie des bois propres aux mâtures, à faire des bordages [de chêne], des madriers et à construire de petits bâtiments. Ayant visité les bois propres aux mastures ils en ont trouvé au haut de la rivière qui va au port Royal, d’aussy bonne qualité que ceux de Norvegue. »

    DIÉREVILLE retourne en France sur l’Avenant, navire chargé d’une cargaison de bois à mâture provenant possiblement du moulin de ALLAIN20 cité parmi ceux qui dépassent la production agricole de subsistance pour s’engager dans la transformation pour le profit: « Quelques-uns s’étaient engagés dans la transformation et le commerce du bois (mâts pour la marine, merrain21, bardeaux). Plusieurs moulins tournaient, à vent et à eau, dont un pour la mouture et le sciage. Des noms commencent à se détacher… NAQUIN, Louis ALLAIN…22»

    Et Michel ROY de poursuivre :

    «Les marchands du Massachusetts ont tous les avantages... leur capitalisme envahissant atteint vite nos postes côtiers, puis s’insinue au coeur même de la colonie. À tous les échelons de la pyramide sociale le négoce interlope fait des adeptes... jusqu’aux transactions plus étendues pour s’enrichir, capitaliser... Nous n’avons rien fait d’autre là que nous inscrire dans l’articulation commerciale américaine.

    Les gouverneurs, les officiers subalternes, le lieutenant général d’Acadie23, le vicaire général24, sont tous soumis aux même lois. Naturel que plusieurs se lèvent et tentent de faire des affaires avec les marchands de la colonie rivale25. Nous avons frété quelques barques, livré des cargaisons, échangé nos produits, bravé les interdits français...

    On essaye de se parer d’un côté et de l’autre, en ménageant les susceptibilités françaises, en protestant auprès des Anglais d’une conduite irréprochable, n’hésitant pas à faire son profit de toutes les circonstances26». Faire son profit de toutes les circonstances, voilà la devise de ALLAIN.

    Les auteurs de Cyberacadie.com font remarquer que

    « Même si La TOUR eut maille à partir avec les autorités du Massachusetts, beaucoup d'autres Acadiens continuèrent le système d'échange existant; l'activité de Pierre Dubreuil, de Louis Allain et Louis Aubert DUFORILLON le démontre bien. A bien des égards, la colonie de la Baie française, apparaissait bien plus comme un satellite économique de Boston que de Versailles27. »

    Les échanges de prisonniers, un prétexte

    Nous sommes à l’heure « des razzias, des attaques et des invasions… profitant de la complaisance des deux gouvernements, les Acadiens se servirent de leur ingéniosité pour contourner les difficultés et continuer leurs activités. Sous le couvert d’échanges de prisonniers, ils obtinrent du gouvernement acadien la permission de se rendre à Boston. Loin d’être un acte altruiste, cette opération devenait le prétexte d’un voyage de commerce avec l’accord tacite des autorités. Le sauf-conduit donné à cette occasion permettait d’éviter la capture et les risques imprévus28».

    Ces mots que Jean DAIGLE applique à Abraham BOUDROT, s’appliqueraient tout aussi bien à ALLAIN dont les quatre missions au Massachusetts sont bien documentées. C’est surtout dans ces occasions que ses agissements et ses paroles mèneront à des soupçons et accusations, – tour à tour de détournement de biens publics et privés à des fins commerciales et personnelles, d’extorsion, de tentative de corruption, de propos séditieux et calomnieux, etc. Il connut brièvement la prison sous l’administration française (au fort Nashouak, NB) et sous l’administration anglaise (probablement à Annapolis Royal).

    Il devait être astucieux plaideur car il réussit toujours à s’en sortir, blanchi par ses juges – tant à Port-Royal d’où il s’en sortira « absous » par le Conseil souverain de Québec – qu’en France où, après avoir « surveillé » sa conduite quelque temps, on l’exonère et on le retourne en Nouvelle-France avec ce qui équivaut presque à une lettre de recommandation de nul autre que le Roi Soleil Louis XIV. Était-il, quand il s’agissait de mériter la confiance des autorités, « une personne engageante qui fit bonne impression» comme on le dit au sujet de La RONDE29, ou simplement un bon manipulateur? De toute façon il était comparable aux entrepreneurs modernes qui engagent des lobbyistes. ALLAIN était son propre lobbyiste, son propre relationniste.

    Il n’est pas sanguinaire

    Les raids tant Anglo-Américains que Franco-Acadiens sur la côte Nord-Atlantique, parfois sanglants, affaiblissent les deux colonies en attendant que l’Angleterre occupe définitivement le territoire contesté. Quand ALLAIN fait embarquer une cargaison personnelle sur un brigantin, il n’utilise pas de fusil à la mode corsaire, mais préfère la fausse représentation auprès du capitaine en se faisant passer pour mandataire du gouverneur. Il n’a pas utilisé de fusil contre qui que ce soit, il n’a jamais tué de Français, d’Anglais ou d’Amérindien.

    Si on le compare à un La TOUR qui « nouait des intrigues avec les Anglais du Massachusetts et constituait une menace sérieuse pour le développement normal de la colonie30 », les ambitions d’ALLAIN ne sont pas politiques mais commerciales; il n’a jamais attaqué Port-Royal comme le fit La TOUR qui, le 6.8.1643, avait « blessé sept hommes, tué trois autres…31» ALLAIN ne s’est pas comporté en justicier comme d’AULNAY le fit après avoir pris la place forte de La TOUR à Rivière St-Jean le 17.8.1745 où « plusieurs compagnons de La TOUR, faits prisonniers, sont pendus sur place... et Mme de La TOUR elle-même prisonnière, avait assisté au supplice la corde au cou, elle est morte trois mois plus tard32».

    Tout compte fait, les comportements d’ALLAIN n’atteignent pas le niveau d’agressivité de certains décideurs Français et Anglais mêlés à l’Acadie de cette époque. Il n’aurait pas fait torturer trois soldats soupçonnés de vol (dont un était innocent) comme le fit le gouverneur BROUILLAN. Et il n’a jamais utilisé de fiers-à-bras pour intimider ses concurrents comme le faisait le gouverneur PERROT quand il était à Montréal. Et oui, les activités mafieuses à Montréal remontent à plus de trois siècles.

    La question de l’allégeance: soupçonné d’avoir eu « des intelligences avec l’ennemi de l’État »

    ALLAIN se comporte en commerçant typique de son époque: « Partisans de l’accommodation avec leurs voisins du sud, les commerçants acadiens virent que c’était là la seule option possible pour maintenir leur position d’intermédiaire entre les deux colonies. Ce choix est endossé par tous les marchands étudiés. En plus d’être désireux de continuer leurs affaires, les entrepreneurs acadiens pensaient aussi au relief and support of their wife, family and neighbours. Commercer avec le Massachusetts c’était jouer un rôle de suppléance vis-à-vis le système traditionnel que la France n’avait jamais pu réaliser33. »

    Ce que HORTON et POTHIER pensent de La RONDE pourrait s’appliquer à ALLAIN: « Il est difficile de porter un jugement sur la carrière de La RONDE… Il se laissa guider semble-t-il par ses intérêts et fut soupçonné à maintes reprises de manquer de loyauté…la prétendue connivence qui le liait à la Nouvelle-Angleterre rend sa carrière encore plus fascinante34. »

    Dans Les crimes et châtiments au Canada Français, BOYER écrit: « En 1706 Louis ALLEIN du Port-Royal fut interrogé sous accusation d’avoir eu des intelligences avec les ennemis de l’État. Il fut renvoyé absous et nous ne connaissons pas la nature de ces prétendues infractions35. » Même si ALLAIN fut soupçonné, les preuves n’étaient pas au rendez-vous. Malgré toutes les accusations portées contre lui on ne peut pas dire qu’il était « pro-Anglais » ni totalement un « Acadien neutre »; son allégeance profonde était « pro ALLAIN », avec un penchant favorable « côté Français » puisque après 1710 il songera à quitter Annapolis Royal pour la Rivière St-Jean NB; ses proches – son fils Pierre, beau-frère de Joseph LEBLANC dit le Maigre, ainsi que sa fille Marie et son gendre Nicolas GAUTHIER – étaient nettement du côté Français et « les Bostonnais le leur firent payer. »

    Pour GAUDET, « Joseph LEBLANC dit le Maigre… et Louis ALLAIN furent vraiment des patriotes et leurs noms passeront à l’Histoire. » Cet historien est plus que bienveillant car ALLAIN, à l’image des commerçants canadiens d’aujourd’hui, faisait passer ses intérêts commerciaux avant ceux de la mère-patrie, les trois siècles qui nous séparent n’ont rien changé.

    Pour RUMILLY cité par DIÉREVILLE « lors de la capitulation de Port-Royal en 1690 deux ou trois familles en relations commerciales avec Boston sont soupçonnées d’intelligence avec l’ennemi36. » Mais DIÉREVILLE cite aussi BONAVENTURE: « Les peuples de l’Acadie sont excusables de l’inclination qu’ils ont pour les Anglois, n’entendant presque jamais parler de la France et n’en tirant aucun secours puisque ce sont les anglois seuls qui leur apportent tous les ans leurs nécessités. »

    3e partie

    Sa vie avant le procès

    Les origines: d’où?

    Ses père et mère, ses date et lieu de naissance, demeurent inconnus mais il serait Français d’origine selon toute vraisemblance. Il vient possiblement du Nord de la France, soit de Bretagne où ce patronyme proviendrait du vieux breton « allan », ou encore de Normandie car des ALLAIN vinrent travailler en Acadie à la même époque, le patronyme est répandu dans ces régions, et parce que si ALLAIN était bilingue avant d’émigrer il aurait pu avoir appris la langue en commerçant avec l’Angleterre peu éloignée37. Mais peut-être de Rochefort, où on le retrouve en 1707 « en voyage d’affaire et de réhabilitation ». Ou encore de Larochelle, où il est arrêté la même année ; il aurait été baptisé à Cougnes, Larochelle, en 1655, selon plusieurs sites web de généalogie mais sans aucune mention d’une référence source. L’année de naissance est estimée aux alentours de 1654-55 par les âges déclarés aux recensements de 1698 et 1701, respectivement 44 et 46 ans38. Le généalogiste BEAUREGARD assume aussi qu’il vient de France39. Assumons provisoirement qu’il soit né vers 1655, hypothèse à confirmer ; aucun document n’a été retrouvé à ce jour pour confirmer son lieu de naissance qui demeure donc inconnu (selon Stephen WHITE, consulté en juillet 2017).

    Les origines: quand?

    La date de traversée, le nom du navire et le port d’embarquement demeurent non retracés.

    Le premier document attestant de sa présence en Amérique est celui d’un contrat d’achat à Wells ME le 24.1.1684 où il sert de témoin : Jonathan Curwin remet 10 bêtes à cornes à Nicholas Moorey pour s’acquitter d’une dette : « On 24 Jan 1684, in Wells, Allen witnessed Jonathan Curwin’s payment of ten cattle to Nicholas MOOREY to settle accounts »40. Il faut qu’il soit arrivé en Amérique et à Wells en 1683 durant la saison de navigation, ou avant, si le document de Wells en janvier 1684 est authentique.

    Le second document est un achat fait à Wells ME en août 1685 auprès d’un certain Samuel STORER41.

    On ne sait rien de sa jeunesse européenne mais il a vraisemblablement appris la navigation avant son arrivée, et possiblement la langue anglaise parlée. D’après une lettre de De GOUTIN au Ministre, datée à Port Royal le 29.12.1708 « Allein... a passé du Canada en la Nouvelle-Angleterre », le Canada se résumant alors à Québec42, ce qui fait croire à THÉRIAULT43 qu’il aurait pu passer par Québec avant d’aller à Wells. Si par contre il arriva en Acadie en 1683, son séjour n’y est pas documenté par écrit mais demeure vraisemblable car on le retrouvera à Wells avec un apprenti, Anthony COOMBS, qu’il aurait rencontré en Acadie (ce pourrait être Antoine COMEAU selon des études génétiques). Sa première visite documentée à Port-Royal date de 1687. Il s’y est nécessairement installé avant 169044 car c’est l’année de son mariage avec une Acadienne de Grand-Pré.

    De toute évidence bilingue, au point que BOURNE, historien de Wells, prenne Lewis ALLEN pour un Anglais45, on se demande s’il n’aurait pas été le fils d’un Breton, d’un Normand, d’un Malouin qui négociait avec l’Angleterre et y naviguait. Il n’est pas totalement exclu qu’il ait pu apprendre l’anglais sur place, il n’est pas le seul commerçant bilingue, qu’il suffise de nommer Jacques dit Jacob BOURGEOIS (1620-1701), un autre Acadien entreprenant, fondateur de Beaubassin, « cultivateur et constructeur de navires… qui commerçait avec les Bostoniens, apprit leur langue et devint ainsi l’interprète des Français auprès des Anglais46. »

    Bien que GAUDET écrivit dans l’Évangéline que « Louis ALLAIN arriva en 1687 avec le Sieur de MENNEVAL », cette affirmation sur l’arrivée est bien improbable, car la présence de ALLAIN à Wells au Maine est documentée de 1684 à 1687, ce qui exclut une arrivée de France vers l’Acadie avec MENNEVAL.

    Bona ARSENAULT et Antoine BERNARD situent lors de la 4e vague d’immigration 1686-1698 l’arrivée en ancienne Acadie de plusieurs patronymes dont celui de ALLAIN47. Le Centre d’études acadiennes n’exclut pas une arrivée vers 168648. THÉRIAULT n’exclut pas une arrivée en 1688 car De GOUTIN en 1708 dit connaître ALLAIN depuis 20 ans et c’est l’année où débute la Guerre de la ligne d’Augsbourg entre France et Angleterre49.

    Autre hypothèse, renforcée si son apprenti Antony COOMBS était l’Acadien Antoine COMEAU (bien que tenue incertaine par THÉRIAULT, voir ci-après); ALLAIN séjourna en effet quelque temps en Acadie un peu avant 1684 alors que « la population émigre de plus en plus vers Boston50 »; en effet  « l’Acadie est présentement si peu de choses n’estant aucunement maintenue et ne tirant aucun secours de la France que la plus part des habitants par la fréquentation qu’ils ont avec les Anglois et le commerce qu’ils font continuellement avec eux ont abandonné ces costes pour s’establir autour de Baston51. »

    L’hypothèse a été soulevée que l‘engagé Anthony COOMBS qui accompagne ALLAIN à Wells soit possiblement Antoine COMEAU fils du pionnier acadien Pierre, par des études génétiques de filiation patronymique grâce à l’ADN du chromosome Y. Par contre, comme le fait remarquer Fidèle THÉRIAULT, il n’est pas prouvé que cet ‘engagé’ soit le fils de Pierre COMEAU de Port-Royal, puisque cet Antoine COMEAU était à Port-Royal lors du recensement de 1686 et non à Wells (Maine). Dans la même veine, il est également possible que Nicholas MOOREY ci-haut mentionné, soit aussi un Français dont le nom pourrait être Nicolas MORAIS.

    En conclusion, la date exacte de son arrivée en Amérique et celle de son installation permanente à Port-Royal n’est pas connue avec précision. Une réflexion soumise par THÉRIAULT52 : « Il aurait pu avoir un lien entre la révocation de l'édit de Nantes en 1685 et l’arrivée à Wells la même année. Cela supposerait que Louis fut protestant et eusse pu se convertir avant son mariage avec Marguerite. D'un autre côté, si cela avait été le cas, je me demande si ses détracteurs ne l'auraient pas mentionné dans leurs nombreuses lettres. » Le mystère demeure quant à cette hypothèse.

    La famille

    On peut assumer que ALLAIN était installé depuis quelque temps lorsqu’il se marie à Port-Royal v 169053, au moins le temps de faire la rencontre et de demander en mariage Marguerite BOURG (Antoine & Antoinette LANDRY) née à Port-Royal v 166754 et inhumée le 14.9.1727 à cet endroit; elle ne sait signer55. Leurs deux enfants sont Pierre (1691-1747) marié en 1717 à Marguerite LEBLANC56; et Marie (1693-1752+) mariée en 1715 à Joseph Nicolas GAUTHIER57. En plus d’une résidence près du fort de Port-Royal, ALLAIN avait une résidence secondaire appelée «Bélair» située à l’est de Port-Royal pas loin de la Petite Rivière, achetée58 de Jean NAQUIN dit l’ÉTOILE, lequel fut un voisin et partenaire commercial de ALLAIN.

    La période américaine: 1685-1687

    Avant d’aboutir dans un endroit que quelques québécois utilisent comme village de villégiature estivale au bord de l’Atlantique, on connaît peu de cette étape de sa vie, mais il est cité à Wells sur la côte du Maine (ME) en 1685. En août il paie « 35 pounds of currant lawfull money of New England » pour acheter de Samuel STORER de Wells la moitié des parts du brigantin Endeavour qui sert au cabotage entre Wells et Boston. Le 6.9.1685 il agit comme témoin d’une transaction entre deux citoyens de Wells. Le 9 septembre « Luis Allin of the Town (Wells) & Province (Maine)59 » paie 62 pounds à William FROST pour une résidence entourée de 100 acres défrichés sur la Little River et pour un tiers des parts d’un moulin à scie incluant sa ferronnerie60.

    Il avait donc déjà « une somme d’argent assez rondelette en poche » dès 1685. Cet argent venait-il de France, de Port-Royal, de Nouvelle-Angleterre? On l’ignore. THÉRIAULT pense qu’il aurait pu « s’établir à Wells à titre d’opérateur de moulin61 »; se disant forgeron il aurait pu y apprendre l’entretien voire la construction de ces appareillages, pour éventuellement mettre à profit ces compétences une fois installé à Port-Royal. Quand il quitte Wells vers 1687, il confie ses propriétés à un certain Anthony COOMBS, qu’il avait engagé, après son arrivée possible en Acadie vers 1683, comme apprenti sous contrat.

    En Acadie: entre 1687 et 1690

    Trois événements témoignent de sa permanence en Acadie en 1687. Primo, ALLAIN fut accusé de monter le peuple contre PERROT, celui-ci fut destitué de son poste de gouverneur d’Acadie le 30.3.1687, ce serait surprenant qu’un simple visiteur du Maine monte le peuple contre un gouverneur acadien qui n’est plus en fonction.

    Secondo, ALLAIN s’en prend physiquement à PERROT à une date indéterminée mais on peut imaginer que cela soit survenu peu après la destitution car attaquer un gouverneur en poste aurait pu avoir des conséquences désastreuses.

    Tertio, c’est le 3.7.1687 que ALLAIN obtient une concession à Port-Royal du seigneur Alexandre Leborgne de BÉLISLE, la permission de « prendre du bois et bâtir des moulins sur les terres non concédées de la seigneurie62. » Il pouvait harnacher les cours d’eau de la seigneurie de BÉLISLE et couper tout le bois nécessaire dans les forêts non concédées, mais le seigneur avait droit à 100 planches de 12 pieds annuellement63. ALLAIN fera notarier cette concession le 9.10.1700:

    « CONCESSION PAR LEBORGNE DE BELLISLE [SIGNE: BELISLE AVEC PARAPHE] À LOUIS ALLAIN [NE SIGNE PAS], FORGERON ET ENTREPRENEUR DE MOULINS À SCIE QU’IL LUI SOIT PERMIS DE BÂTIR ET CONSTRUIRE DES MOULINS À SCIE À PORT-ROYAL. TÉMOINS MELET ET JEAN PETITPAS [QUI SIGNENT]. EN SOUSCRIPTION: APPORTÉ AU GREFFE PAR LOUIS ALLAIN LE 29 MARS 1700. COPIE COLLATIONNÉE DU DIT JOUR PAR JEAN CHRISOSTOME LOPPINOT NOTAIRE ET DE L’ACADIE [SIGNÉ: LOPPINOT, N.R.] ET IL EN EST RESTÉ COPPIE COLLATIONNÉE AU GREFFE DE LA CADIE AU PORT-ROYAL, CE 4 9BRE 1700 [SIGNÉ: LOPPINOT GREFFIER ET NOTAIRE ROYAL]64 »

    Un caractère très prompt

    Premier exemple
    Il s’en prend un jour à l’ex-gouverneur de l’Acadie François-Marie PERROT, le jette à terre et arrache sa « cadenette»65. L’événement a du se passer entre 1687 – année où PERROT cessa d’être gouverneur d’Acadie début avril et où ALLAIN obtint un droit de coupe et de construction de moulins le 3.7.1687 – et mai 1690 alors que PERROT s’enfuit dans les bois pourchassé par des pirates Bostonnais. On rappellera cet événement lors de l’enquête de 1706. PERROT étant un opportuniste qui abusait de son pouvoir, plus malhonnête et brutal que ALLAIN66, on ne peut s’empêcher de penser que celui-ci avait peut-être de bons motifs pour agir de la sorte.

    Second exemple
    Vers 169067, un dimanche au sortir de la grand-messe de l’église à Port-Royal, il s’en prend (souhaitons que c’est seulement verbalement) à l’épouse d’Alexandre LEBORGNE de BÉLISLE, procuratrice de son mari, seigneuresse de Port-Royal après la mort de son mari survenue vers 1690/9268; quand son fils Emmanuel de 14 ans (né vers 1675) vient la défendre, ALLAIN le gifle et le sang coule; Louis PETIT ce bon ami d’ALLAIN, prêtre officiant et encore en soutane, doit venir les séparer. De GOUTIN en 1708 écrira que ALLAIN aurait verbalement

    « excédé la dame du lieu à la porte de l’église et au sortir de la grande messe, et… le Sr de BÉLISLE, son fils, alors âgé de 14 ans, prenant le parti de sa mère, reçut un soufflet D’ALLEIN qui le mit tout en sang; et l’on m’a assuré que M. PETIT, prêtre, revêtu des habits sacerdotaux, y était accouru69. »

    Une version semblable des faits sera produite au procès de 1706.

    Troisième exemple
    Après avoir trop bu, ALLAIN administre une raclée à Pierre Le JEUNE fils dit BRIARD70, né vers 1656, marié vers 1650 à Port-Royal avec Marie THIBODEAU belle-sœur de De GOUTIN, il devra passer 7 semaines au lit pour panser ses blessures. De GOUTIN affirmera au procès de 1706 que lorsque ALLAIN rencontre Le JEUNE enfin rétabli, celui-ci l’apostrophe ainsi « traître, il faut que je t’en donne autant que tu m’en as donné » et ALLAIN pour éviter de recevoir la même raclée se met aussitôt à genoux pour demander pardon, prêt à tout réparer. Le JEUNE demande alors du bois de charpente pour se construire une maison, ce que ALLAIN s’empresse de lui accorder.

    Pour BONAVENTURE cela démontre bien « le caractère malfaisant d’ALLAIN71 » car ceci aurait été un moyen d’acheter le silence de Le JEUNE, présumé être au courant de transactions clandestines d’ALLAIN avec les Bostonnais72.

    Cet incident a du se passer entre le 29.5.1690 et le 1.7.1691 alors73 qu’il n’y avait pas de gouverneur – donc pas d’autorité – à Port-Royal. Les trois événements violents furent rappelés lors du procès de 1706. L’alcool n’étant mentionné que dans l’un des trois comptes-rendus de brutalité physique, on peut penser qu’ALLAIN n’avait pas besoin de s’enivrer pour régler ses comptes avec ses poings, mais on peut aussi penser que ce n’était pas la première fois qu’il s’enivrait. Il n’était d’ailleurs pas le seul de son milieu à avoir un tel penchant.

    Prête serment d’allégeance

    En août 1695 le capitaine Fleetwood AMES débarque à Port-Royal et fait signer aux Acadiens le serment de fidélité au roi d’Angleterre, et ALLAIN y appose ses initiales LA. On désignera de ‘Neutres’ ces Acadiens qui préféreront demeurer sur place sous domination anglaise au lieu de se relocaliser dans les régions acadiennes sous domination française.

    Soupçonné fortement de vol de butin

    L’affaire du butin de OUTELAS74
    A l’automne 1697, ALLAIN faisait affaire avec un certain John OUTELAS, alias John OUTLAW, Anglais devenu transfuge et corsaire pour FRONTENAC après avoir été capturé par d’IBERVILLE. Il héberge ce OUTELAS qui revient sur le Frontenac avec le butin de récents raids effectués sur Cap-Cod en septembre (plusieurs chaloupes pleines de 140 boisseaux de blé d’inde, 1 500 livres de feuilles de tabac, 22 barriques de sel)75. Le corsaire tombe malade et ALLAIN l’héberge. En octobre l’équipage de OUTELAS retourne en Nouvelle-Angleterre et revient en octobre avec deux autres bâtiments anglais et leurs marins capturés; OUTELAS n’étant pas intéressé à prendre en charge ces captifs, il renvoie son équipage les déposer près de Boston. À son retour à Port-Royal au printemps, cet équipage apprend que leur patron est mort durant l’hiver 1698 chez ALLAIN et découvre qu’une partie du butin entreposé a disparu comme par enchantement.

    Guy PILET, le bras droit de OUTELAS, soupçonne ALLAIN « d’en avoir disposé à son profit »76, il devra y avoir enquête à Québec en juillet 1698, on ignore les détails mais tout porte à croire que les preuves directes manquent et que ALLAIN se défend fort bien en déclarant « qu’il ne savait pas ce que ledit OUTELAS avait fait desdits effets et qu’il en avait pu disposé (sic) comme il avait voulu77 » puisqu’il est acquitté; on verra bientôt ce type de scénario se reproduire en 1706.

    Bilan en 1698

    Selon le recensement de Port-Royal78, ALLAIN est déjà un colon prospère: 1 domestique, 10 bêtes à cornes, 12 moutons, 8 porcs, 4 fusils, 5½ arpents en valeur, 31 arbres fruitiers, 4 fusils79. Il se dit âgé de 44 ans, son épouse en aurait 31, son fils Pierre 7 et sa fille Marie 5. Il vit mieux que les simples colons. En cours d’année il fait livrer à Boston des peaux de castor par David BASSET, en collaboration avec VILLEBON, Pierre LEBLANC, Guillaume BLANCHARD et d’autres80.

    L’histoire de la fausse facture en 1696 mène à l’emprisonnement en 1698

    Même s’il agit comme partenaire du gouverneur d’Acadie VILLEBON en vendant avec lui des peaux de castor à Boston, vers la fin de l’année il se le met à dos et se fait emprisonner par lui à la suite d’outrage relié à une fausse facture concernant un lot de madriers. Voici donc cette histoire.

    VILLEBON depuis ses quartiers à Nashouak (Fredericton) avait placé à l’automne 1695 une commande pour 6 000 pieds de planches de 2 pouces pour renforcer le fort à l’entrée de la rivière St-Jean à l’aide de plates-formes pour canons. Mais il fallait éviter d’éveiller les soupçons des Anglais. Il choisit comme premier intermédiaire un certain Pierre DUBREUIL81 qui devait faire semblant que les madriers étaient pour lui, et celui-ci choisit Pierre THIBODEAU comme second intermédiaire pour mieux brouiller les pistes et c’est ce dernier qui pressent ALLAIN comme fournisseur et celui-ci les scia au printemps 1696. Malheureusement les Anglais apprirent le projet d’un prisonnier français et deux frégates furent envoyées par le Conseil de Boston pour venir brûler cette commande de bois entreposée au moulin de ALLAIN82.

    Ce qui est arrivé s’explique mal sans imaginer que l’Anglais qui, fin juin 1696, débarqua d’une frégate au mouillage devant Port Royal, fut un compère bostonnais d’ALLAIN. En effet cet Anglais, au lieu de tout faire brûler à l’insu de ALLAIN, la nuit par exemple, lui aurait proposé « d’en faire le semblant » de brûler les madriers en prenant soin de faire monter une fumée épaisse pour laisser croire aux équipages restés au mouillage que la mission avait bien été accomplie. ALLAIN préféra remplacer ce stratagème par un autre tout aussi douteux mais plus profitable encore, qui consistait à brûler réellement des planches pour ensuite demander au gouverneur une indemnité supérieure au nombre de planches réellement détruites. On met donc le feu aux planches, 4 000 pieds brûlent, 2 000 échappent à l’incendie.

    Ce n’est pas tout. Quand THIBODEAU revient à Port Royal après une visite à VILLEBON à Nashouak pour prendre possession des planches et donner un reçu à ALLAIN, il découvre que 4 000 pieds ont brûlé et juge qu’il serait prudent de retourner consulter VILLEBON. Mais voilà qu’un autre complice d’ALLAIN, le curé Abel MAUDOUX83 se fait tantôt menaçant, tantôt cajolant84 envers THIBODEAU et celui-ci finit par donner à ALLAIN un reçu pour 6 500 pieds de planches, 500 de plus que la quantité commandée, antidaté de deux mois avant l’incendie. La corruption existait bien en Acadie (bien avant celle au Québec dans les contrats publics de l’industrie de la construction, révélée par la Commission Charbonneau à Montréal en 2014).

    Ce n’est pas tout. Quand VILLEBON vient à Port-Royal en décembre 1698 pour examiner ce reçu, ALLAIN refuse de le lui montrer, possiblement par crainte d’avoir été dénoncé, dans lequel cas ce document constituerait une pièce à conviction pour fraude; VILLEBON est insulté et considère ce refus comme un outrage à son autorité, il ramène ALLAIN comme prisonnier au fort Nashouak sur la rivière St-Jean NB au moins jusqu’à juin 1699.

    Ce n’est pas tout. Après le décès de VILLEBON le 5.7.1700, son successeur VILLIEU découvre qu’une partie des 2 000 pieds de madriers intacts avait été distribués à plusieurs colons de Port-Royal tandis qu’une autre partie avait été utilisée par ALLAIN, pour se construire un pont sur sa propriété de Bélair85. Que fait alors VILLIEU? Pas plus vertueux qu’ALLAIN, VILLIEU récupère les planches distribuées chez les colons et s’en sert pour se construire une cuisine dans sa résidence de gouverneur au fort de Port-Royal et pour procurer une étable à son cheval. Pourquoi se gêner?

    Ce n’est pas tout. Lors de son séjour en France en 1707, ALLAIN tentera de se faire rembourser tout en se gardant bien de faire allusion à la fausse facture. Notre héros ne manque pas de suite dans les idées.

    Un commentaire est ici de mise pour venir à la défense d’ALLAIN: par ses agissements d’ailleurs approuvés par le curé Abel MAUDOUX, ALLAIN n’a nui à personne car sans son intervention le bois aurait été entièrement brûlé, sans bénéfice pour les Acadiens ou les Bostonnais. Il a en quelque sorte réduit les dommages d’un « acte de guerre » contre l’Acadie. Admettons par contre que s’il avait été remboursé par le gouverneur, une partie du montant aurait constitué un remboursement frauduleux aux dépens des maigres subventions françaises. La corruption ne l’empêche pas de dormir.

    Loin de tomber en disgrâce pour autant, sous l’administration de VILLIEU (1700-1701) il accepte conjointement avec Pierre LEBLANC et Emmanuel HÉBERT un contrat rédigé à Rochefort le 28.7.1700 pour livrer des mâts à la Marine royale. ALLAIN contribue donc positivement à la guerre que les Français livrent aux Britanniques, tout en continuant de commercer avec Boston. Cela ne vous fait-il pas penser aux fabricants modernes qui vendent des produits stratégiques à deux camps opposés? ALLAIN nous apparaît plus homme d’affaires que patriote.

    Bilan en 1701

    Selon le recensement de Port-Royal, ALLAIN est un colon encore plus à l’aise, maintenant rendu à 2 domestiques (Abraham BRUN86 et Isaac BERGERAT) et une servante (Anne COMEAU87), 20 bêtes à corne, 30 brebis, 20 porcs, 3 arpents en valeur, 2 fusils88. « Louis Alain 46 ans marié à Marguerite Bourg 30 ans, fille de Jean (sic) Bourg, enfants Louis (sic pour Pierre) 10 ans et Marie 6 ans89.» Il peut vendre le surplus car le bilan dépasse largement celui d’une simple ferme de subsistance, et les boeufs peuvent servir au transport du bois au moulin, comme le fait remarquer THÉRIAULT90.

    L’entrepreneur ALLAIN a dépassé le stade de cultiver lui-même la terre. Il loue des propriétés. Suivant l’ordre du gouverneur BROUILLAN il loue du 16.7.1701 jusqu’au 18.10.1702 « un magasin au bord de la marée » contre la « somme de 100 livres »91. Il loue également sa maison près du fort « qui a servy à loger les officiers... du seiziesme juillet au per novembre mil sept cents un pour la somme de 23 livres 10 sols 10 deniers92. »

    Commence alors la période des 4 « missions diplomatiques »: 1701, 1703, 1704, 1705. Les trois premières sont confiées par le gouverneur BROUILLAN (arrivé en juin 1701) à qui le roi de France a demandé de tenter un rétablissement de la paix avec la Nouvelle-Angleterre. La dernière mission est confiée par le gouverneur BONAVENTURE qui semble regretter ultérieurement son geste puisqu’il présidera le procès de 1706.

    La première mission en Nouvelle-Angleterre en 1701

    C’est au mois d’août que ALLAIN vogue vers Boston comme émissaire de BROUILLAN qui l’a choisi pour son bilinguisme93, pour accompagner le lieutenant De FEINVILLE, trois autres hommes et un garçon, afin de proposer la paix avec le gouverneur du Massachusetts, car Louis XIV souhaite en effet que les colonies d’Amérique restent en dehors du conflit de la succession d’Espagne.

    Les émissaires quittent Port-Royal le 10.8.1701, atteignent Boston le 21 et reviennent fin septembre. Le message porté par ces émissaires est l’annonce de la nomination de BROUILLAN le 28 mars et une demande de signature d’un traité d’Union. On verra que les Anglo-américains ne l’entendent pas de la sorte. ALLAIN profite de ses voyages financés par la couronne française pour régler ses affaires personnelles en Nouvelle-Angleterre et en particulier pour s’arrêter à Wells ME le 14 août pour louer ses propriétés « un penny par année94 » à un certain Nicholas COLE résidant à Wells95.

    La seconde mission en Nouvelle-Angleterre en 1703

    Nous sommes durant cette période de raids mutuels sur les côtes de Nouvelle-Angleterre et d’Acadie. En 1702 BROUILLAN avait envoyé en mission auprès de Boston un certain Thomas LEFEBVRE et son fils, pour protester des raids et demander la libération d’un habile capitaine BAPTISTE devenu corsaire et de son équipage, mais DUDLEY soupçonne ceux-ci d’être venu espionner, il les empêche de circuler librement et les renvoie en demandant à BROUILLAN la libération de tous les Anglais détenus en Acadie. En 1703 VAUDREUIL venait d’envoyer des expéditions punitives franco-indiennes contre les établissements du Maine, depuis Wells ME jusqu’à la baie de Casco (Portland ME) mais BROUILLAN l’ignorait.

    En août 1703 BROUILLAN envoie ALLAIN à Boston pour effectuer un échange de prisonniers. Il y demeure une dizaine de jours sans être limité dans ses mouvements, DUDLEY accepte l’idée d’un tel échange, renvoie ALLAIN avec une lettre destinée à BROUILLAN pour demander le rapatriement des prisonniers récemment capturés par les Indiens participant aux récents raids ordonnés par VAUDREUIL (mais que DUDLEY croyait être dus à BROUILLAN).

    Selon un mémo au Conseil de la Baie du Massachusetts, DUDLEY aurait prévu le renvoi des prisonniers français avec ALLAIN, l’approvisionnement d’un sloup pour 14 hommes pendant 40 jours pour ramener les prisonniers anglais, et la demande à « Mr Allen the Messinger » de faire escale à la baie Casco pour discuter de ces échanges avec le capitaine Cyprien SOUTHACK et le Major John MARCH. Chose certaine, ALLAIN revient avec une lettre destinée à BROUILLAN, insistant pour la libération des Anglais capturés par les « barbares » Amérindiens96.

    1703 : forgeron à l’occasion; contestation avec NAQUIN; une lettre au ministre

    ALLAIN s’identifie à plusieurs reprises comme forgeron, ce qui implique une bonne force physique, mais il semble trop occupé par des affaires plus valorisantes pour vivre seulement de ce métier. THÉRIAULT ne trouve qu’une seule mention d’un tel travail, soit le 26.11.1703 alors que DE GOUTIN le paie pour « rasserrage de trois tarières et une herminette97. »

    Une lettre du gouverneur BROUILLAN datée du 25 novembre fait état d’une dispute commerciale avec Jean NAQUIN dit l’Étoile qui avait accordé par contrat la coupe d’arbre sur ses terres, permettant à ALLAIN de les convertir en bordages de navire98.

    Dans l’inventaire du Fonds des Colonies, 1703, C11D 4/folio 259v, Correspondance générale, Acadie, conservé au Centre des archives d’outre-mer en France, il y aurait un « Résumé d’une lettre du nommé Allain, habitant du Port Royal au ministre. Cette lettre ne se trouve pas dans la série C11D » sur le site Archives Canada-France99. Désolé.

    La troisième mission en Nouvelle-Angleterre en 1704

    Apparemment satisfait de ALLAIN, BROUILLAN l’envoie encore au mois de mai à Boston pour échanger des prisonniers; en effet le gouverneur venait d’armer100 pour son compte une « barque de 25 à 30 tonneaux qu’il avait envoyée le 26 mars avec 37 hommes dont 14 chefs de famille, et des vivres pour 40 jours, dont il n’avoit aucune [nouvelle]101. » Malheureusement elle s’échoua en mars 1704 près de Martha’s Vineyard et l’équipage fut détenu à Boston; BROUILLAN arma alors une petite barque achetée de LEBORGNE pour 400 livres et la confia à ALLAIN.

    LEBORGNE était loin de penser qu’il ne reverrait jamais ce « petit bâtiment » sur lequel ALLAIN prit à son bord:

    son fils Pierre et un autre équipier
    6 prisonniers anglais capturés après s’être « échoués à côte près la Baye Ste-Marie avec un bâtiment de 50 à 60 tonneaux venant des isles chargé de sucre, coton, mêlasse, rhum, oranges et citrons »102 en janvier 1704 et détenus depuis à Port-Royal
    les papiers nécessaires à la négociation
    des vêtements, pelleteries et de l’argent appartenant à des Acadiens, à échanger contre des denrées essentielles.

    Ça débute mal. Le « petit bâtiment » de ALLAIN, parti le 29.6.1704 en route pour Boston, fut capturé et ramené en remorque en rade de Port-Royal par la frégate La Jersey, bâtiment de la flotte du colonel bostonnais Benjamin CHURCH qui se pointait le 2.7.1704 à l’aube dans la baie Française (Fundy) pour s’y mettre au mouillage et demander la reddition des habitants sous menace de les envahir militairement. Parti de Boston en mai, CHURCH commandait 1300 hommes dont 550 réguliers, 3 navires de guerre, 14 transports, 36 barques, et 200 Amérindiens103. Il avait capturé en passant à Pentagouët104 M. de CHAUFFOURS et Cécile de St-CASTIN105 et ses enfants. C’est durant ce siège de Port-Royal que ALLAIN est supposé avoir été dépouillé de ses papiers106. M. DELABAT commence ainsi sa description de « l’invasion des Anglois de Baston »:

    « LE 2 JUILLET 1704 ENVIRON 5 HEURES DU MATIN, ON ENTENDIT DU FORT DE PORT-ROYAL TIRER PLUSIEURS COUPS DE FUSIL ET DE L’AUTRE CÔTÉ DE LA GRANDE RIVIÈRE APPELÉE LA RIVIÈRE DU DAUPHIN. ON MONTA SUR LES REMPARTS ET ON APERÇUT DES HABITANTS QUI DIRENT QUE LES ANGLOIS ÉTAIENT DANS LE BASSIN, QUE LES PREMIÈRES HABITATIONS DU BAS DE LA RIVIÈRE ÉTOIENT PILLÉES107…»

    On y aperçut alors:

    « UN PETIT BÂTIMENT QUI PARAISSAIT À LA TOUÉE DE LA GRANDE FRÉGATE [La Jersey] QUI NOUS FIT PRÉSUMER ÊTRE UN BÂTIMENT BOURGEOIS QUE MONSIEUR DE BROUILLAN AVOIT FAIT PARTIR LE 29 JUIN POUR RENVOYER SIX PRISONNIERS QUE NOUS AVIONS ICI DEPUIS LE MOIS DE JANVIER108… LE 20 JUILLET LE COMMANDANT [ALLAIN] DU PETIT BÂTIMENT QUI RAMENOIT LEURS PRISONNIERS ET DEUX HOMMES QU’IL AVOIT AVEC LUI, ILS [les Anglais] GARDENT ENCORE CONTRE LE DROIT DES GENS [illégalement]109 »

    Pendant que les Bostonnais contrôlent la rade, ils libèrent une prisonnière acadienne

    « PRISE LE 2 [juillet] PAR LES GENS DES 3 CHALOUPES QUI AVOIENT FAIT DESCENTE COMME ELLE S’ENFUYAIT DANS LES BOIS AVEC 3 DE SES ENFANT DONT UN ÉTAIT À LA MAMELLE QU’ELLE PORTAIT, ET LES DEUX AUTRES POUR OTAGE À BORD… QUI NOUS CONFIRMA DANS L’OPINION QUE LE PETIT BÂTIMENT [confié à ALLAIN] QUI ALLOIT À BASTON ÉTOIT PRIS, QUE LE CAPITAINE [ALLAIN] DU PETIT BÂTIMENT QUI RAMENOIT LES PRISONNIERS ANGLOIS À BASTON LUY AVOIT DIT EN SECRET D’ASSURER MONSIEUR LE GOUVERNEUR [d’Acadie] QUE LES ENNEMIS N’AVAIENT PAS PLUS DE 700 À 750 HOMMES DE DÉBARQUEMENT QU’IL SE RÈGLE SUREMENT LÀ DESSUS110 ».

    Cette femme porte une lettre signée Thomas ESMIT, Cyprien SOUTHHACK et George ROGERS, commandants des navires anglais, destinée aux habitants de Port-Royal, où l’on peut lire que

    « NOUS AVONS 1300 GENS DE GUERRE PRÊTS À VOUS ATTAQUER AVEC 200 SAUVAGES […] MONSIEUR ALLAIN EST AUSSI TOMBÉ ENTRE NOS MAINS ET EST ICI AVEC NOUS ET D’AUTRES DE VOS VOISINS111. »

    BROUILLAN continua à se défendre courageusement; le message chuchoté par ALLAIN à la femme messagère à l’insu des Anglais aurait-il contribué à garder le moral du gouverneur assiégé? Peut-être. « CHURCH est forcé de battre en retraite grâce à la vive résistance de la garnison112.» CHURCH continue aux Mines puis à Beaubassin où il effectue des ravages, revient devant Port-Royal et devant la résistance de BROUILLAN, retourne à Boston quelque peu bredouille.

    La barque d’ALLAIN est coulée dans la baie Française (Fundy), on accusera ALLAIN d’en être l’instigateur, après avoir chargé à bord de La Jersey son gréement courant dit « les agrès », des vêtements dits « hardes », de l’argent et des fourrures (appartenant à des Acadiens), cargaison que ALLAIN revendra à son profit. ALLAIN est lui-même amené à New York où le gouverneur est Lord CORNBURY, puis retourné à Boston vers le 10.12.1704, sous la « garde » de DUDLEY. Dans une lettre de DUDLEY à VAUDREUIL datée à Boston le 20.12.1704, on apprend que:

    « IL Y A ENVIRON 10 JOURS QUE LE Sr ALLAIN ARRIVA AVEC (SIC) MILORD CORNBURY, GOUVERNEUR POUR SA MAJESTÉ DE LA NOUVELLE YORK. IL M’APPREND QU’ÉTANT ENVOYÉ DE LA PART DU Sr BROUILLAN, IL FUT MALHEUREUSEMENT PRIS PAR LA FRÉGATE LA JERSEY ET MENÉ DIRECTEMENT À [NEW] YORK ET QU’IL AVOIT PERDU TOUS LES PAPIERS QU’IL AVAIT POUR MOI. QUOIQU’IL EN SOIT, L’AYANT CONNU AUPARAVANT ET JUGEANT QU’IL EST HONNÊTE HOMME, JE L’AI LOGÉ ET POURVU SUIVANT SA QUALITÉ ET LE RENVOYERAI CHEZ LUI PAR LA PREMIÈRE OCCASION113. »

    KELLY note avec justesse que ALLAIN ne peut pas être arrivé « avec » CORNBURY mais aurait plutôt été « envoyé par » lui; puisque DUDLEY considère ALLAIN « honnête homme » au point de le loger et de le traiter en qualité d’émissaire, VAUDREUIL se dit qu’ALLAIN «collabore peut-être avec l’ennemi» et n’est donc pas convaincu que ALLAIN ait vraiment été dépouillé de passeport et lettres de créance dont il aurait pu se débarrasser par lui-même. VAUDREUIL envoie en 1705 un de ses officiers, le Sieur de COURTEMANCHE, comme émissaire auprès de DUDLEY et parmi ses instructions on y trouve:

    « IL [COURTEMANCHE] SE PLAINDRA DE CE QU’ON A RETENU LE SIEUR ALLAIN QUI ALLOIT AVEC UN PASSEPORT DU SIEUR DE BROUILLAN POUR FAIRE DES ÉCHANGES; CE QUI EST CONTRE LES LOIS [entre pays] ».114

    Le 4.7.1705 DUDLEY (Boston) signe une lettre de réponse à VAUDREUIL (Québec):

    « DANS VOS LETTRES VOUS FAITES MENTION DU SIEUR ALLAIN QUI A EU DU MALHEUR. IL PRÉTEND QU’IL ÉTOIT ADRESSÉ À MOI DE LA PART DU PORT-ROYAL AVEC UN PAVILLON DE PAIX, MAIS QU’IL TOMBA ENTRE LES MAINS D’UN JEUNE OFFICIER DE MARINE QUI APPARTENOIT À UN AUTRE GOUVERNEMENT, LEQUEL L’Y AMENA. IL N’A JAMAIS PU MONTRER NI SON PASSEPORT NI SES LETTRES DE CRÉANCE; MAIS JE M’EN SUIS FIÉ À SA PAROLE, ET JE L’AI TRAITÉ EN GENTILHOMME.

     JE LUI AI OFFERT TOUT CE QUI DÉPENDAIT DE MOI POUR SON RETOUR, ET IL EST PRÉSENTEMENT SUR UN PETIT BÂTIMENT QUI LE DOIT MENER DU CÔTÉ DE L’EST EN UN LIEU OÙ J’AI DONNÉ ORDRE QU’IL TROUVE UN NAVIRE PÊCHEURS. JE LUI AI DONNÉ GÉNÉREUSEMENT DEUX HOMMES BIEN VIGOUREUX DE PORT-ROYAL QUI ÉTOIENT ICI PRISONNIERS AFIN DE LUI SERVIR À S’EN RETOURNER CHEZ LUI, ET CELA EN ÉCHANGE DES DEUX FILLES QUE LE SIEUR DE LIVINGSTON A AMENÉES115. »

    Le 5.5.1705 à Québec, VAUDREUIL écrit à PONTCHARTRAIN (Versailles):

    « …LES ANGLOIS ONT RETENU LE SIEUR ALLAIN QUE LE SIEUR DE BROUILLAN AVAIT ENVOYÉ À BASTON MENER QUELQUES [6] PRISONNIERS ANGLOIS POUR ÉCHANGER AVEC DES FRANÇOIS; SOUS PRÉTEXTE QU’IL A ÉTÉ PRIS PAR UNE FRÉGATE DE LA REINE [d’Angleterre] ET QU’ON NE LUI A PAS TROUVÉ DE PASSEPORT. MONSIEUR DUDLEY MANDE [fait savoir] NÉANMOINS QUE LE CONNAISSANT HONNÊTE HOMME IL LE RENVOYERA116

    ALLAIN séjourne à Boston de septembre à novembre. Le 2.11.1705 William DUDLEY, fils du gouverneur de Boston, âgé de 19 ans, revient de Québec où il avait été invité par COURTEMANCHE, avec Samuel VETCH en mission d’échange de prisonniers. « Il [William] avait été envoyé par son père qui voulait lui procurer l’occasion d’acquérir de l’expérience et de prouver qu’il était digne du nom qu’il portait. Des 6 mois que dura la mission, 2,5 mois furent passés à Québec117.» Ce genre de voyage était prétexte à espionnage militaire au profit de Versailles et de Boston et les échanges commerciaux, bien qu’officiellement défendus par Versailles et par Boston, s’avéraient fort utiles aux deux camps. Quand DUDLEY fils et VETCH rentrent à Boston on les dit « mieux informés des affaires du Canada que ceux qui y demeurent118. »

    ALLAIN est aussi soupçonné d’espionnage par des Anglais. PENHALLOW écrit que BROUILLAN « being in fear of a new enterprise sent Lewis ALLAIN as a spy under a flag of truce with six prisoners to observe and know the motion of the English. But being suspected he was apprehended and searched...119 » A son retour en Acadie le 28 novembre, ALLAIN découvre que le gouverneur BROUILLAN vient de rentrer en France, l’administration de l’Acadie étant confiée à BONAVENTURE qui deviendra son accusateur principal au procès de Port-Royal en 1706.

    Encore un emprisonnement?

    ALLAIN est-il alors emprisonné pour un motif quelconque? Voici cette phrase mystérieuse de Le JEUNE dans son Dictionnaire Général du Canada120, phrase que KELLY ne semble pas avoir relevée:

    « M. de BONAVENTURE, alors gouverneur intérimaire, voulant abréger leur captivité [celle de CHAUFFOURS et de Cécile de ST-CASTIN], remit en liberté sur parole le sieur ALLAN, lui faisant promettre de renvoyer M. des CHAUFFOURS sous peine de 3000 livres de rançon en cas de forfaiture. »

    Cet emprisonnement pourrait expliquer l’attitude particulièrement dénigrante de ALLAIN envers BONAVENTURE durant sa 4e mission.

    La 4e mission en Nouvelle-Angleterre en 1705

    BONAVENTURE veut échanger quelque 33 prisonniers Anglais qu’il a de la peine à nourrir, surtout un marchand hollandais VRILING – travaillant au service des Anglais, capturé en 1704 par un corsaire français et détenu à Port-Royal –, contre le retour du corsaire BAPTISTE et de Louis d’AMOURS Sieur des CHAUFFOURS et Seigneur de Jemseg, Acadien détenu à Boston par son ravisseur CHURCH depuis près de deux ans, beau frère de BONAVENTURE. À défaut de quoi VRILING doit être ramené par ALLAIN à Port-Royal ou encore doit confier à ALLAIN une rançon de 3000 livres.

    De plus il fallait ramener 12 autres Acadiens détenus ainsi que Cécile, la fille du baron de St-CASTIN, et ses enfants, capturés en même temps que CHAUFFOURS à Pentagouët. BONAVENTURE prend « pour intermédiaires deux Acadiens, BOURGEOIS et ALLAIN, qui entretiennent des relations commerciales dans cette ville121. » Il s’agit de Germain BOURGEOIS122.

    LANCTÔT123 relate les mêmes événements, « deux acadiens, ALLAIN et BOURGEOIS, connus des Bostonnais parce qu’ils avaient fait du commerce avec eux en temps de paix, sont délégués par les Acadiens afin de négocier un échange de prisonniers… les deux ambassadeurs se dirigent vers Boston amenant avec eux quelques Anglais prisonniers à Port-Royal ». Et Antoine BERNARD reprend ainsi, « Deux notables de Port-Royal, ALLAIN et BOURGEOIS, qui avaient ramené de Boston la fille et les gens (sic) de St-CASTIN124 ».

    Les deux émissaires quittent le 8.9.1705 et reviennent le 28.11.1705 (le fils William DUDLEY était rentré à Boston le 2 novembre), mais ne ramènent à Port-Royal que deux ACADIENS125, au plus une petite poignée126; ALLAIN embarque aussi Cécile de St-CASTIN (Madame de CHATEAUNEUF), détenue à Boston avec ses enfants depuis le 17 mai 1704 et récemment libérée contre rançon, et la débarque avec ses enfants à Pentagouët (Penobscot, ME), leur lieu de résidence.

    Comme ni VRILING, ni CHAUFFOURS ni la rançon de 3000 livres ne sont ramenés, ALLAIN et BOURGEOIS avaient failli à leur mission. Même quand DUDLEY le 17.9.1706 retourne 51 détenus127 (ou 57
    128 selon la source) CHAUFFOURS n’y est toujours pas et 12 Acadiens sont encore retenus à Boston.

    « BOURGEOIS et ALLAIN ont échoué dans leur démarche à Boston. Les Anglais ne veulent négocier qu’un échange général avec le gouverneur du Canada (VAUDREUIL). En vérité des pourparlers d’échange, doublés d’un nouveau projet de neutralité des colonies, le 3e, se poursuivent entre Boston et Québec, sans que BONAVENTURE soit bien au courant129.» ALLAIN avait évidemment sa propre version des faits, comme le montre une lettre que VAUDREUIL (Québec) écrit le 2.6.1706 à DUDLEY (Boston)130 :

    « LE NOMMÉ LOUIS ALLAIN ME MANDE [FAIT SAVOIR], MONSIEUR, QU’IL EST ALLÉ À BASTON AVEC UN HOLLANDOIS [VRILING] QUI S’ÉTOIT FAIT FORT D’AVOIR POUR LUI ET DE FAIRE RENVOYER À SA PLACE LE SIEUR DE CHAUFOUR OU BIEN DE S’EN RETOURNER PRISONNIER À L’ACADIE. CET HOLLANDOIS N’A PAS TENU SA PAROLE PUISQUE LE Sr DE CHAUFOUR EST ENCORE À BASTON ET QU’IL Y EST RESTÉ LUI-MÊME. JE NE DOUTE PAS, MONSIEUR, QUE SUR LA PLAINTE QUE JE VOUS EN PORTE, OU VOUS ME RENVOYEREZ, AUSSITÔT MA LETTRE RECUE, LE Sr DE CHAUFOUR AU PORT-ROYAL, OU VOUS Y RENVOYEREZ CET HOLLANDOIS QUI MANQUE ASSURÉMENT DE BONNE FOI, LA RAISON QU’IL A ALLÉGUÉE AU NOMMÉ ALLAIN N’ÉTANT AUCUNEMENT RAISONNABLE, PUISQU’IL DIT QU’EN EUROPE IL N’Y A POINT DE PRISON POUR LES HOLLANDAIS131. »

    Une expropriation en 1705

    Le 2 février les autorités décident (sans relation avec les activités d’ALLAIN) d’exproprier « une pièce de terre sur la rue St-Antoine en descendant vers la [Grande] Rivière [dite] du Dauphin132, 60 pieds de long sur ladite rue, 21 960 pieds carrés, pour 173 livres; une maison sise sur ladite rue, pour 900 livres, pour l’extension du fort que Sa Majesté a fait bâtir à Port-Royal. » Il n’en sera pas gêné car il la loue à des soldats de la garnison et habite sur la Petite Rivière à Bélair près de son moulin. D’autres propriétés voisines durent aussi faire place à un terrain d’exercices militaires133. ALLAIN s’en plaindra en France en 1707, sans succès134.


    4e partie

    Le « procès » en 1706

    Une mission de LA RONDE en 1705-06 servira à monter un dossier contre ALLAIN


    Simon-Pierre Denys de BONAVENTURE décide donc d’envoyer en décembre 1705 son frère Louis Denys de La RONDE en «informateur» sur les préparatifs de guerre des Anglais et, au passage, sur ALLAIN. On sait que La RONDE « prit le commandement d’un brigantin et entreprit de faire la guerre de course et la reconnaissance des effectifs anglais le long des côtes de la Nouvelle-Angleterre. En 1706 il poussa l’audace jusqu’à se montrer à Boston ’’sous prétexte de s’informer de ce qui s’estoit fait […] pour les eschanges’’ de prisonniers. Il se peut que ce soit à cette occasion qu’il noua les relations qui devaient lui être utiles par la suite135

    La RONDE gagne la confiance de DUDLEY et de son entourage, ramène les 12 acadiens retenus à Boston, sans toutefois réussir à ramener le détenu CHAUFFOURS que DUDLEY voulait retenir comme otage important, ni l’otage hollandais pro-anglais VRILING qui ne voulait évidemment pas revenir en Acadie. C’est alors que La RONDE fait un compte-rendu dévastateur contre la conduite d’ALLAIN à Boston. Il écrit à Port-Royal le 24.12.1706 au Ministre PONTCHARTRAIN (Versailles) que « Les plans de ce salaud [ALLAIN] étaient d’utiliser ses sauf-conduits [passeport, lettres de créance] pour faciliter son commerce entre les deux colonies136

    Arrestation et accusations: 1706

    Préférant la version de son frère Louis Denys Sieur de La RONDE, le gouverneur d’Acadie Pierre-Simon Denys Sieur de BONAVENTURE met ALLAIN aux arrêts au fort de Port-Royal « pour quelque temps137 » et l’enquête formelle ou, si vous préférez, le procès débute dans l’hôtel138 de Sieur De GOUTIN à Port Royal le 2.6.1706; c’est lui qui préside à titre de conseiller du roi et lieutenant général au civil et criminel en Acadie sous l’instigation de BONAVENTURE qui joue le rôle de procureur de la couronne; il présente trois réclamations monétaires, rappelle trois voies de fait et formule plusieurs accusations.

    De GOUTIN interroge 5 témoins du 2 juin au 22 août, toujours un lundi. De GOUTIN formule 10 chefs d’accusation dits « articles » mais l’accusé plaide non-coupable à chacun, réfute les faits ou encore les interprète à sa façon. Le commis greffier est René FONTAINE. Après la fin de l’enquête, ALLAIN est envoyé à Québec le 30 septembre avec le procès-verbal signé par De GOUTIN; on ne sait pas s’il était accompagné ni qui l’accompagnait; de toute façon le document destiné au gouverneur VAUDREUIL est remis à Pierre DUPUY procureur du Roi, qui soumet le tout au Conseil souverain ; celu-ci rend un verdict de non culpabilité, signé par RAUDOT le 30 octobre. Le procès-verbal comprend 28 pages139 et s’intitule:

    « PROCÉDURES CONTRE LOUIS ALLAIN DE PORT-ROYAL, ACCUSÉ
    D’AVOIR EU DES INTELLIGENCES AVEC LES ENNEMIS DE L’ÉTAT. »

    Le manuscrit140 commence par la phrase:

    INTERROGATOIRE DE LOUIS ALLEIN. DEMANDES QUE FAIT BONNAVENTURE A MONSIEUR LE GOUVERNEUR GÉNÉRAL, ALLENCONTRE DE LOUIS ALLEIN HABITANT DU PORT-ROYAL.

    Le texte, dont nous résumons les faits saillants, inclut

    les chefs d’accusation et le plaidoyer de BONAVENTURE pour la couronne: réclamations monétaires, rappel des voies de fait
    les 10 « articles » (chefs d’accusation) reprochés à ALLAIN durant l’interrogatoire de De GOUTIN et les réponses de l’accusé
    les témoignages de Louis D’AMOUR des CHAUFFOURS, Gabriel SAMSON, Louis De La RONDE, François HÉRAULT de St-MICHEL et Louis MARCHAND dit POITIERS
    la conclusion: acquittement par le Conseil souverain à Québec

    LES ACCUSATIONS PAR BONAVENTURE

    Réclamations monétaires

    La rançon de VRILING: 3000 livres

    Restitutions de la rançon que l’otage VRILING (marchand Hollandais pro-Anglais) aurait du donner à ALLAIN pour ne pas être ramené à Port-Royal si CHAUFFOURS et VRILING demeuraient à Boston.

    « QUJL SOIT CONDAMNÉ À PAYER LA SOMME DE TROIS MIL LIVRES A QUOY SESTOIT OBLIGÉ LE NOMMÉ VRILEING EN CAS QUJL NE RENVOYAI PAS MR DE SCHOFOUR OU QJL NE REVINT PAS LUY MESME CE QUI NA PAS ESTÉ EXECUTTÉ A CAUSE DE LACCOMODEMENT QUALLEIN A FAIT AVEC LEDIT VRILEING » [p. 1A]

    Barque sabordée et cargaison vendue: 400 livres

    Restitution du prix de la barque coulée puisqu’il est soupçonné lors de l’attaque de CHURCH en 1704 de s’être entendu avec le commandant de la frégate La Jersey pour être conduit à New York où il serait plus discrètement placé pour brasser ses affaires, d’avoir été de connivence avec les Anglais pour vendre la cargaison (agrès, hardes, pelleteries, argent) au prix de 100 livres, tout en prétendant qu’elle avait été confisquée par une Cour de l’Amirauté à New York. On demande donc

    « QUJL SOIT CONDAMNÉ A RENDRE LES 400 LL QUE LE ROY A PAYÉ AU SIEUR BELLEJSLE POUR SA BARQUE QU’ALLEIN MENOIT A BOSTON POUR ESCHANGER DES PRISONNIERS LAQUELLE A ESTÉ COULÉ A FOND A LA SOLICITATION DUDIT ALLEIN » [p. 1A]

    L’extorsion des prisonniers anglais

    On demande restitution des 150 livres extorquées des prisonniers anglais qu’il ramenait à Boston:

    « COMME AUSSY DE RENDRE LES DEUX PIASTRES PAR PRISONNIER QUJL A EXIGÉ D’EUX POUR ALLER A BOSTON AYANT EXTORQUÉ D’EUX UNE OBLIGATION DANS LA PRISON OU TOUS LES PRISONNIERS AVOIENT SIGNÉES QUI LUY A ESTÉ PAYÉ A BOSTON SE MONTANT A LA SOMME DE 150 LL ESTANT HONTEUX A LA NATION QUE DES PRISONNIERS PAYASSENT » [p. 2a]

    Voir à cet effet l’interrogatoire du 9e article, présenté ci-après.

    Rappel sur le caractère violent de l’accusé

    Trois voies de fait sont évoquées.

    Contre François-Marie PERROT

    « JE NE VOUS DIT RIEN MONSIEUR DU CARACTERE D’ALLEIN. JL A OZÉ ESTANT PARTICULIER JCY ARRACHER LA CADENETE141 A MONSIEUR PERROT ET ESMOUVOIR LES HABITANS CONTRELUY » [p. 3A]

    Contre Pierre Le JEUNE

    « CE TÉMÉRAIRE QUE NY AYANT D’AUTORITÉ142 EN CE LIEU COMMETTOIT TOUTTE VIOLENCE … LES PLANCHES POUR LABASTIE D’UNE MAISON QUJL A DONNÉ VOLONTAIREMENT AU NOMMÉ PIERRE Le JEUNE POUR L’AVOIR EXCEDÉ EN TRAHISON SONT ENCORE UNE PREUVE DU MESCHANT CARRACTERE D’ALLEIN » [p. 3A]

    Contre Mme BÉLISLE et son fils

    « FRAPÉE JUSQU'AU SANG LA DAME DE BELLEJSLE ET SON FILS SEIGNEUR DU LIEU A LA PORTE DE L’ÉGLISE A L’JSSU DE LA GRANDE MESSE. MR PETIT QUI L’AVOIT DIT ESTANT ENCORE HABILLÉ FUT OBLIGÉ DE SORTIR POUR JMPOSER SILENCE A CE TÉMÉRAIRE QUE NY AYANT D’AUTORITÉ EN CE LIEU COMMETTOIT TOUTTE VIOLENCE » [p. 3A]

    LES 10 CHEFS D’ACCUSATION ET L’INTERROGATOIRE DE ALLAIN143

    Le 1er article concerne la 3e mission en 1704 et le devenir de la barque confiée à ALLAIN

    Est-ce vrai que ALLAIN

    « A ENGAGÉ LE CAPITAINE DU VAISSEAU DE ROY QUIL A PRIS ALLANT A BOSTON SOUS LES ORDRES DE MONSIEUR DE BROUILLAN FOUR FAIRE ESCHANGE DES PRISONNIERS DE COULLER BAS SA BARQUE ET QUJL LENMEN A NEYORQ [NEW YORK] POUR CE QUE L’ELOIGNEMENT OSTAT LA CONNOISSANCE DE CE QUJL FEROIT ET IL PARTAGEROIT LES PELETRIES DONT PLUSIEURS PARTICULIERS LAVOIENT CHARGÉ POUR AVOIR DES CHOSES DONT LE PAYS AVOIT ABSOLUMENT BESOIN… JL A VENDU LES AAGREES CABLE ET ANCRE DE LA DITTE BARQUE A NEYORCQ » [p. 2B]

    ce à quoi ALLAIN répond n’avoir eu
     
    « AUCUNE CONNIVENCE DE SA PART POUR LES PELETRIES QUI ESTOIENT DANS LE BATIMENT DONT EST QUESTION LESQUELS ONT ESTÉE CONFISSQUÉES PAR LAMIRAUTÉ DE NYORQ … QUE POUR LES VOYLES, CABLES ET ANCRES ON LUY AUROIT REMIS ET QUJL LES AUROIT VENDU POUR LA SOMME CENT LIVRES QUI LUY AUROIT SERVY EN CE PAYS ESTANT SANS ARGENT CELLUY QUJL AVOIT SUR LUY LUY AYANT ESTÉ PRIS A LEXCEPTION DE DIX SEPT PIASTRES QUE LE CAPITAINE QUI LE PRIT LUY FIT RENDRE »

    Le 2e article concerne le retour d’ALLAIN en 1705 sans les prisonniers

    « …JL NA TENÛ QUA LUY [ALLAIN] DE RAMENER TOUS LES PRISONNIERS FRANCOIS DE BOSTON… »

    ce à quoi ALLAIN répond
     
    « …AVOIR FAIT SON POSSIBLE POUR RAMENER LES PRISONNIERS…[p. 2B] »

    Le 3e article concerne la tentative d’extorsion de 2 prisonniers français lors de cette mission.

    Est-ce vrai que ALLAIN

    « A PROPOSÉ A DOUAIRON144 ET SAMSON DE LEUR FAIRE AVOIR LEUR LIBERTÉ MOYENNANT QUJLS LE SERVISSENT [p. 3B]… »

    ce à quoi ALLAIN répond
     
    « NAVOIR JAMAIS RIEN PROPOSÉ DE SEMBLABLE AUSDIT DOUAIRON ET SAMSON [p. 3B] »

    Le 4e article concerne l’acceptation d’un pot de vin offert par l’otage VRILING et les propos calomnieux envers BONAVENTURE

    Est-ce vrai que ALLAIN

    « …A PROPOSÉ A MONSIEUR DESCHOFOUR DE LUY DONNER DE LARGENT POUR ESCRIRE A MONSIEUR LE COMMANDANT POUR CE QUE FRESLEIN145 FUT DESCHARGÉ DE SA SOUMISSION [ ] SEST ACCOMODÉ AVEC FRESLEIN POUR DE LARGENT ET LORSQUON LUY A DIT [DEMANDÉ] SJL AVOIT PROMIS DE TRANSIGER AVEC FRESLEIN ET QUEST CE QUEN DIROIT SON GOUVERNEUR […] JL…DIT… QUE TROIS OU QUATRE GUINÉES A LA MAIN FEROIT SON AFFAIRE »

    ce à quoi ALLAIN répond que
     
    « [VRILING] LUY AVOIT TOUJOUR PROMIS JUSQU'AU MOMENT DE SON DÉPART, QUJL VIENDROIT SE REMETRE PRISONNIER AU PORT-ROYAL SUR QUOY LE DÉPOSANT [ALLAIN] COMPTOIT SEUREMENT JL [ALLAIN] NA FAIT AUCUNE PROPOSITION AUDIT SIEUR DESCHOFOUR » [p. 3B]

    Le 5e article concerne la 4e mission en 1705, son retour tardif avec trop peu de prisonniers

    Pourquoi ALLAIN

    « A TJL RETENÛ SY LONGTEMPS LA BARQUE AVEC LAQUELLE JL A ESTÉ A BOSTON PUISQUJL AVOIT LA LIBERTÉ DU GOUVERNEUR DE SEN RETOURNER DES LE LENDEMAIN? »

    ce à quoi ALLAIN répond que

    « LE GOUVERNEUR DE BOSTON NE LEMPESCHOIT PAS FORMELLEMENT DE SEN ALLER MAIS QUJL LUY CONSEILLOIT DATTENDRE LARRIVÉE DE LA BARQUE QUI ESTOIT ALLÉE EN CANNADA QUON ATTENDOIT DE JOUR EN JOUR… JL SEROIT BIEN FACHEUX QUJL SEN FUT SEN ENMENER LES PRISONNIERS OU EN AVOIR DES NOUVELLES » [p. 4B]

    Le 6e article fait allusion à un événement qui serait survenu en janvier 1706 à Boston mais qui demeure insuffisamment documenté146; ALLAIN aurait frauduleusement convaincu le capitaine d’un brigantin d’embarquer une cargaison au nom de BONAVENTURE et l’aurait fait décharger clandestinement en Acadie.

    Pourquoi ALLAIN

    « SEST SERVY DU NOM DU COMMANDANT147 POUR FAIRE EMBARQUER CE QUJL A APPORTÉ JCY AU MOIS DE JEANVIER CE QJL A DESCENDU SECRETEMENT ET A LJNSCEU DE TOUT LE MONDE? » [p. 4B]

    ce à quoi ALLAIN répond
     
    « NE SESTRE NULLEMENT SERVY DU NOM DU COMMANDANT ET QUE CE QUJL A EMBARQUÉ JL LA FAIT DE LA PARTICIPATION DU CAPITAINE DU BRIGANTIN [p. 4B] »

    On peut imaginer que, en plus d’utiliser à des fins personnelles les navires de la couronne, à titre de compensation pour les échanges de prisonniers, il aurait fait compléter une livraison par un autre capitaine « au nom du gouverneur ».

    Le 7e article concerne des propos dénigrants pour l’Administration française à Port-Royal

    Est-ce vrai que ALLAIN

    « A DIT A BOSTON QUJL ESTOIT MALHEUREUX AU PORT-ROYAL SOUS LA DOMINATION DE FRANCE ET QUE TOUS LE PEUPLE DU PORT-ROYAL SOUHAITTEROIT QUE LES BOSTONNOIS VINSCENT PRENDRE LE PORT-ROYAL »

    ce à quoi ALLAIN répond
     
    « NEN AVOIR JAMAIS PARLÉ MAIS AU CONTRAIRE AVOIR CHERCHÉ TOUTTES LES OCCASIONS DE SERVIR LA COLONIE [p 5] »

    Le 8e article concerne des propos dénigrants pour la force militaire de Port-Royal

    ALLAIN a-t-il affirmé que

    « JLS [LES ANGLAIS] NE SE DEVOIENT POINT [EN] FAIRE UNE AFFAIRE [DIFFICILE] DE VENIR PRENDRE LE FORT QUJL LE PRENDROIT LUY MESME AVEC 200 HOMMES »

    ce à quoi ALLAIN répond
     
    « NAVOIR JAMAIS PARLÉ DE CELLA A BOSTON [p5] »

    Le 9e article concerne l’extorsion de prisonniers anglais

    Pourquoi ALLAIN

    « A TJL FAIT PAYER SIX LIVRES AUX PRISONNIERS ANGLOIS POUR L’JNDEMNISER DE SON SALAIRE VEU QUJL SESTOIT CONTENTÉ DE LA PERMISSION QUON LUY AVOIT ACCORDÉ DE FAIRE QUELQUES PETITS COMMERCE ET QUJL NE L’AVOIT OBTENU QUA CETTE CONDITION? »

    ce à quoi ALLAIN répond que
     
    « LES SIX LIVRES PAR PRISONNIER LUY ONT ESTÉES DONNÉES GRATUITEMENT ET SANS AUCUNE CONTRAINTE PAR UNE PURE BONNE VOLONTÉ LE DÉPOSANT [ALLAIN] N’AYANT AUCUN ARGENT » [p. 5]

    Le 10e article concerne la retenue de biens dus aux prisonniers

    Pourquoi ALLAIN

    « NA PAS RENDU AUX PRISONNIERS CE QUON LUY AVOIT REMIS A BOSTON POUR EUX? »

    ce à quoi ALLAIN répond
     
    « LEUR AVOIR TOUS REMIS ET QUE CEUX QUI SONT ENCORE ACTUELLEMENT JCY SONT POUR EN DIRE LA VÉRITÉ [p 6] »

    Le procès-verbal de cet interrogatoire fut relu à ALLAIN qui y apposa sa marque ordinaire148 « ne sachant escrire ny signer » et signé par De GOUTIN et par le greffier FONTAINE le 2 juin 1706 [p. 6].

    LES TEMOIGNAGES RECUEILLIS PAR DE GOUTIN

    De Goutin interroge les témoins à la demande de BONAVENTURE

    CHAUFFOURS
    1er témoin. Le 22 juin 1706 on lui récite les accusations et il répond:
     
    « LE FILS [PIERRE] DU NOMMÉ LOUIS ALLEIN LUY [CHAUFFOURS] DIT ESTANT A BOSTON QUE SON PÈRE AVOIT VENDU LES AAGREES DE LA BARQUE APPARTENANTE AU ROY AVECQ LAQUELLE JL ALLOIT A BOSTON FAIRE ESCHANGE DE PRISONNIERS LAQUELLE A ESTÉ COULÉ BAS MAIS QUA LESGARD DE LA PELLETRIE QUI ESTOIT DEDANS LEDID BASTIMENT LE DÉPOSANT [CHAUFFOURS] NE SCAYT SY LE DIT ALLEIN EN A PROFITÉ OUY OU NON [p. 7]»

    A-t-il entendu dire que

    « LE GOUVERNEUR DE BOSTON [DUDLEY] AVOIT VOULU DONNER TOUS LES [DOUZE] PRISONNIERS FRANÇOIS A LOUIS ALLEIN? [p. 7] »

    La réponse est que

    « LE GOUVERNEUR LUY AVOIT VOULU DONNER LES DOUZES HOMMES QUI AVOIENT ESTÉES PRIS … MAIS QUJL AVOIT MIEUX AYMÉ EMBARQUER DES FAMILLES QUE DE CES GENS LA, DISANT QUE LON SE SEROIT BIEN PASSÉ D’EUX AU PORT-ROYAL [p. 7]… LA DEMOISELLE GOURDAUT, St-MICHEL ET AUTRES PRISONIERS FIRENT DES JNSTANCES AUPRES DU GOUVERNEUR DE BOSTON POUR CE QUJLS FUSSENT RENVOYÉS AU PORT-ROYAL MAIS QU’AYANT DEMANDE A ALLEIN SON AVIS JL NE LAUROIT PAS JUGÉ A PROPOS CE QUI FUT CAUSE QUE LES PRISONNIERS NE FURENT PAS DESLIVRÉS [p. 8]

    Et CHAUFFOURS d’ajouter
     
    «…AVOIR OUY DIRE A BOSTON QUE SJL RENVOYOIT TOUS LES PRISONNIERS AU PORT-ROYAL QUJL CONNOISSOIT MONSIEUR DE BONNAVENTURE LEQUEL NE RÉPONDROIT PAS A SON HONNESTETÉ ET NE LUY RENVOYEROIT PAS TOUS LES PRISONNIERS QUI ESTOIENT AU PORT-ROYAL »

    Quand on lui demande s’il est vrai que

    « LE DIT ALAIN… LUY A OFFERT DE LARGENT … POUR ESCRIRE A MR DE BONNAVENTURE AFFIN QUJL DESCHARGEA VRILEIN DE SON OBLIGATION? [p. 8]»

    il répond

    « ALLEIN AUROIT PROPOSÉ QUE SJL VOILLOIT PRENDRE SIX LOUIS D’OR JL Y EN AUROIT TROIS POUR LEDIT ALLEIN POUR CE QUJL FIT VRILLEIN CLAIRE QUI VEUT DIRE DESCHARGÉ DE SA SOUMISSION ET DU PAYEMENT DE TROIS MIL LIVRES QUE LEDIT VRILEIN ESTOIT OBLIGÉ DE PAYER POUR SA RANÇON ENVERS SA MAJESTÉ AU PORT-ROYAL [p. 9] »

    Le 25 juin CHAUFFOURS est confronté à ALLAIN qui déclare que:
    « LEDIT SIEUR DESCHOFOUR ESTOIT UNE CRÉATURE DE MR DE BONNAVENTURE [p. 13] »

    SAMSON
    2e témoin. Cet Acadien ex-détenu à Boston est interrogé le 22 juin 1706. A la question

    « LOUIS ALLEIN LA EMPESCHÉ D’ESTRE RENVOYÉS AVEC SA FAMILLE DE BOSTON EN DISANT AU GOUVERNEUR ET COMMISSAIRE DE BOSTON QUE LEDIT SAMSON ESTOIT UN FRIPON ET QUJL VOULOIT ABANDONNER SA FAMILLE ESTANT BIEN AISE DE RESTER A BOSTON [p. 10] »

    il répond que

    « LE COMMISSAIRE ET LE CAPTAINE ROUTSE ONT DIT AU DÉPOSANT [SAMSON] QUE LEDIT ALLEIN LEURS AVOIT DIT QUJL ESTOIT UN FRIPON ET QUJL VOULLOIT ABANDONNER SA FEMME CE QUE VOYANT LE DÉPOSANT JL EMPLOYA LUY ET SA FEMME TOUS LES AMYS DE MONSIEUR LE GOUVERNEUR DE BOSTON POUR CE QUJL FUT RENVOYÉ AVEC SA FAMILLE. A QUOY LE GOUVERNEUR RÉPONDIT QUJL AVOIT DONNÉ TOUS LES PRISONNIERS QUALLEIN AVOIT DEMANDÉ ET QUJL NE POUVOIT PAS EN DONNER DAVANTAGE [p. 10-11] »

    Le 25 juin SAMSON est confronté à ALLAIN qui déclare n’avoir rien à dire contre ce témoin. Serait-ce un aveu de culpabilité?

    La RONDE
    3e témoin, frère du principal plaignant BONAVENTURE, il témoigne le 23.6.1706.

    On lui demande s’il a entendu dire que

    « LEDIT ALLEIN AYT PROFITÉ DE QUELQUES CHOSES DE LA BARQUE QUE LES ANGLOIS COULÈRENT A FOND DANS LA BAYE FRANÇOISE [p. 12] »

    et il répond que oui.

    A-t-il entendu dire que

    « LE GOUVERNEUR DE BOSTON AYT VOULU DONNER TOUS LES PRISONNIERS A LOUIS ALLEIN »

    il répond avoir entendu dire

    « QUALLEIN AVOIT DIT QUJLS SEROIENT A CHARGE AU PORT-ROYAL »

    On demande si

    « LEDIT ALLEIN A PROPOSÉ A QUELQU’UNS DES PRISONNIERS DE LE SERVIR POUR RIEN ET QUJL OBTIENDROIT LEUR LIBERTÉ

    ce à quoi il répond

    « QUJL LA OUY DIRE A D’OUAIRON »

    On veut savoir s’il a entendu dire qu’ALLAIN

    « AYT PARLÉ CONTRE LE ROY ET QUJL AYT SOLICITÉ LES ANGLOIS DE VENIR PRENDRE LE PORT-ROYAL »

    et il déclare

    « LAVOIR OUY DIRE AUX ANGLOIS [p. 12] »

    On demande aussi s’il a entendu dire que

    « LEDIT ALLEIN SESTOIT ACCOMODÉ AVEC VRILEIN … LEDIT ALLEIN A OFFERT DE LARGENT A MONSIEUR DESCHOFOUR POUR ESCRIRE A MONSIEUR DE BONNAVENTURE AFFIN DE L’JNNOCENTER … LED ALLEIN A DIT QUEN MESTANT TROIS OU QUATRE GUYNÉES DANS LA MAIN DE MONSIEUR DE BONNAVENTURE ONT NE PARLEROIT PLUS DE CETTE AFFAIRE [p. 13] »

    et il répond

    « LAVOIR OUY DIRE A BOSTON DE PLUSIEURS PARTICULIERS [p. 13] »

    Après quoi il signe au bas de sa déposition qui lui a été relue verbalement.

    Le 25 juin LA RONDE est confronté à ALLAIN qui déclare que

    «LEDIT SIEUR DE LA RONDE ESTOIT FRERE DE MONSIEUR DE BONNAVENTURE ET QUJL EN VOULLOIT AUDIT ALLEIN [p. 19] »

    Louis MARCHAND
    4e témoin. Le 31.7.1706 on questionne cet Acadien ex-détenu à Boston: a-t-il
     
    « …OUY DIRE QUE LE GOUVERNEUR DE BOSTON [DUDLEY] AYT VOULU DONNER TOUS LES PRISONNIERS FRANCOIS A LOUIS ALLEIN POUR LES RAMENER AU PORT-ROYAL ET EN CANNADA »

    ce à quoi MARCHAND répond que

    « [DUDLEY] A DIT A ALLEIN QUAUSSYTOST QUJL AUROIT DES NOUVELLES DE SON FILS QUI ESTOIT ALLÉ EN CANNADA JL RENVOYEROIT TOUS LES [12] PRISONNIERS, QUE LE FILS [DE DUDLEY] ESTANT DE RETOUR LE DÉPOSANT [MARCHAND] DEMANDA AUDIT ALLEIN POURQUOY JL NENMENOIT QUE PARTYE DES PRISONNIERS ET NON POINT LE TOUT A DIT QUJL AVOIT SES JNTERESTS A MÉNAGER ET QUJL ALLOIT AU PORT-ROYAL ET QUJL NE SEROIT PAS LONGTEMPS SANS RETOURNER A BOSTON »

    Puis l’on poursuit: est-ce que

    « ALLEIN A PROPOSÉ A DES FRANCOIS PRISONNIERS A BOSTON ENTRE AUTRES AUX NOMMÉS JEAN DENIS ET SAMSON QUE SJLS VOULLOIENT ALLER TRAITTER LONG DE LA COSTE POUR LUY JL LES FEROIT SORTIR DES PRISONS MAIS AYANT SCEU LEDIT ALLEIN QUE LED DENIS DEVOIT AVOIR DU CAPITAINE CYPRIEN
    149 DES MARCHANDISES CE QUI FASCHA LEDIT ALLEIN ET FUT CAUSE QUE LE DIT SAMSON ET DENIS RESTERENT PRISONNIERS A BOSTON [p. 21]

    ALLAIN aurait en effet offert aux détenus DOIRON, DENIS et SAMSON de les ramener à Port-Royal seulement s’ils consentaient à faire gratuitement du cabotage commercial pour lui, mais il se serait fâché en apprenant que DENIS projetait de plutôt caboter pour le capitaine SOUTHACK150. On demande enfin à MARCHAND s’il a entendu dire que:

    « …LEDIT ALLEIN SESTOIT ACCOMODÉ AVEC VRILEIN151… A OFFERT DE LARGENT A MR DESHOFOUR POUR ESCRIRE A MR DE BONNAVENTURE COMMANDANT A LACADIE POUR L’JNNOCENTER… A DIT QUEN METTANT TROIS OU QUATRE GUYNÉES DANS SA MAIN ON NE PARLEROIT PLUS DE CETTE AFFAIRE [p. 21-22] »

    ce à quoi MARCHAND répond:

    « AVOIR RENCONTRE LEDIT SIEUR DESCHOFOUR DANS LE MOMENT QUE LEDIT ALLEIN VENOIT DE LUY PROPOSER DE LUY DONNER TROIS PISTOLLES POUR CE QUJL ESCRIVIT A MONSIEUR DE BONNAVENTURE POUR RENDRE VRILEIN CLAIRE152 ET QUJL LA PAREILLEMENT OUY DIRE AU SIEUR GOURDAULT, ET LORSQUE LEDIT SR GOURDAUT LUY DIT: QUE DIRA MR LE GOUVERNEUR DE LACCOMODEMENT QUE VOUS FAITTE AVEC VRILEING? JL [ALLAIN] LUY RÉPONDIT QUJLS SACCOMODEROIENT BIEN ENSEMBLE [p. 22] »

    Comme MARCHAND sait signer et approuve la relecture (recollement) par le greffier-commis FONTAINE des questions de De GOUTIN et des réponses de MARCHAND, on peut assumer que la réponse de MARCHAND à la 2e question ait été positive.

    HÉRAULT de St-MICHEL, François
    5e témoin, le 22.8.1706 à 8h00 ce soldat français ex-détenu à Boston se fait demander s’il a

    « OUY DIRE A BOSTON QUJL NA TENU QUA LOUIS ALLEIN DE RAMENER TOUS LES PRISONNIERS FRANÇOIS DE BOSTON [p. 23] »

    ce à quoi il répond

    « LAVOIR OUY DIRE A BOSTON PAR DES PARTICULIERS ANGLOIS EN COMPAGNIE »

    La seconde question: est-ce que

    « LEDIT ALLEIN A PROPOSÉ A MR DESCHOFOUR DE LUY DONNER DE LARGENT POUR ESCRIRE A MR LE COMMANDANT POUR CE QUE VRESLIN153 FUT DESCHARGÉ DE SA SOUMISSON [ALLAIN s’est] ACCOMODÉ AVEC FRESLIN POUR DE LARGENT… LORSQUON LUY A DIT [DEMANDÉ] SJL AVOIT PROMIS DE TRANSIGER AVEC FRESLIN ET QUEST CE QUEN DIROIT SON GOUVERNEUR [BONAVENTURE]?…[ALLAIN] DIT QUE TROIS OU QUATRE GUYNÉES A LA MAIN FEROIT SON AFFAIRE [p. 22] »

    ce à quoi Hérault de ST-MICHEL répond:

    « LAVOIR OUY DIRE AUX SIEURS DESCHOFOUR ET GOURDAULT ET QUE LE SIEUR FRESLIN154 ESTANT UN JOUR CHEZ LES DAMOISELLES MANARTY A BOSTON LE SIEUR FRESLIN ESTANT JNTERROGÉ PAR LE SIEUR AU SUJET DE LACCOMODEMENT DUDIT FRESLIN ET ALLEIN, LEDIT SIEUR FRESLIN DIT A LUY [HÉRAULT] QUJL [VRILING] SESTOIT ACCOMODÉ AVEC ALLEIN ET QUJL ESTOIT DESCHARGÉ DE SA PAROLLE [p. 22] »

    Le compte-rendu de cette longue enquête est signé par De GOUTIN le 23.8.1706 à Port-Royal, attesté par le greffier FONTAINE en l’absence du notaire Jean Chrysostome de LOPPINOT, et le tout est envoyé à Québec aux soins du Procureur du Roy DUPUY qui le soumettra à RAUDOT représentant le Conseil souverain, l’institution qui se penche sur de telles enquêtes.

    L’acquittement


    En octobre BONAVENTURE envoie ALLAIN « à monsieur de Vaudreuil avec les procédures qui ont été faites contre lui au Port Royal155 » pour qu’elles soient examinées par le Conseil souverain à Québec. ALLAIN est acquitté « sans dépens » le 30.10.1706 par RAUDAUT au nom du Conseil souverain, se basant sur le rapport du « procès » terminé à Port-Royal le 30 septembre.

    « INTERROGATOIRE FAITE PAR LE LIEUTENANT GÉNÉRAL DE LA CADIE ALLENCONTRE DE LOUIS ALLEIN HABITANT DU PORT-ROYAL SUR LAQU’ELLE EST INTERVENU ARREST PAR LEQUEL JL A ESTÉ RENVOYÉ ABSOUS DU 30 8BRE 1706 [p. 25] »

    En novembre 1706, VAUDREUIL informe PONTCHARTRAIN de l’acquittement.

    « VEU L’INTERROGATOIRE SUBY PAR LOÜIS ALLAIN HABITANT DU PORT-ROYAL PARDEUANT LE LIEUTENANT GENERAL CIUIL ET CRIMINEL DE LA JURISDICTION DE LACCADIE LE DEUXIEME JUIN DERNIER A LA REQUESTE DE SIMON DENYS ESCUYER SIEUR DE BONNAUENTURE LIEUTENANT DE ROY ET COMMANDANT POUR LE ROY A L’ACCADIE, INFORMATION FAITE PAR LED. LIEUTENANT GENERAL

    LES 22-23 DUDIT MOIS, 31 JUILLET ET 22 AOUST, RECOLLEMENT156 ET CONFRONTATION DE TROIS DESD. TEMOINS. EN DATTE DU 25 DUD. MOIS DE JUIN. CONCLUSIONS DE Me PAUL DUPUY LIEUTENANT PARTICULIER EN LA PRÉUOSTÉ DE CETTE VILLE FAISANT FONCTION DE PROCUREUR DU ROY DE LA COMMISSION DE MONSIEUR LINTENDANT QUY A RAPPORTÉ LAD. AFFAIRE AU CONSEIL.

    ET TOUT CONSIDÉRÉ LE CONSEIL A RENUOYÉ LED. ALLAIN DE L’ACCUSATION CONTRE LUY FAITE ET POURSUIVIE A LA REQUESTE DUD SIEUR DE BONNAUENTURE COMMANDANT A LACCADIE. ET NEANTMOINS SANS DEPENS. [Signé]: RAUDOT157 »

    5e partie

    Sa vie après le procès


    RETOUR EN FRANCE POUR SE JUSTIFIER : IL EN REVIENT RÉHABILITÉ

    Bilan en 1707


    Selon le recensement de Port-Royal, il est toujours un colon prospère avec épouse, un garçon, une fille, et 25 bêtes à cornes, 27 moutons, 14 porcs, 3 arpents en valeur et 2 fusils; mais c’est un peu moins qu’en 1701 et on ne mentionne pas de domestique.

    ALLAIN rentre en France en 1707

    Dès 1702 ALLAIN avait demandé la permission de retourner en France pour voir à ses affaires, chercher de nouveaux contrats; mais comme sa réputation a été attaquée par GOUTINS et BONAVENTURE c’était aussi un voyage pour « rendre compte de ses actes » et se réhabiliter, vraisemblablement auprès de PONCHARTRAIN alors ministre de la Marine, donc responsable des Colonies.

    Il est arrêté quand il arrive à La Rochelle; BÉGON le questionne mais ALLAIN se défend bien et propose de nouveaux projets : il soumet un mémoire concernant une supposée mine d’argent en Nouvelle-Angleterre, où il engagerait des Amérindiens et ferait transporter le minerai à Québec158, il parle d’une mine de charbon à fleur de terre à Beaubassin, il demande le commandement d’un navire transportant des munitions destinées à l’Acadie, il voudrait se faire rembourser l’expropriation de sa propriété à Port-Royal et, pourquoi pas, demande qu’on accorde « 350 L a Louis Alain pour la perte de III mVC pieds de madriers brûlés par les anglois a l'acadie en 1696. » (Ordre du Roi au trésorier de la marine de payer) »159 puisque Versailles ignore la vraie histoire de la fausse facture!

    Ce voyage transatlantique est précédé de lettres de Québec et de Port-Royal, dont celle du 24 décembre 1706 rédigée au Port Royal et que voici résumée:

    Lettre de BONAVENTURE au Ministre
    Pour discréditer ALLAIN

    Le gouverneur y dit avoir envoyé « … le sieur de La RONDE Denis160 à Baston… que cet officier l’a informé que le nommé ALLAIN, habitant du Port Royal, dont feu monsieur de BROUILLAN se servait pour les échanges parce qu’il parle bon anglois, avoit empêché le gouverneur de Baston de renvoyer tous les habitant de l’Acadie en lui faisant entendre que le commandant de ce pays ne ferait pas la même chose pour les Anglois qui y étaient prisonniers, et cela dans la vue de se faciliter un commerce de l’une et l’autre colonie par le moyen des passeports qui lui étaient donnés pour ces sortes d’échanges ».

    Au sujet de l’échange du marchand hollandais VRILING, BONAVENTURE y ajoute que « le gouverneur de Baston n’ayant pas voulu renvoyer cet officier pour ce marchand, le sieur ALLAIN s’est accommodé avec lui pour une somme modique qu’il en a tirée, en assurant qu’il contenteroit lui [BONAVENTURE] avec dix écus et il [ALLAIN] eut même la hardiesse d’en offrir autant au sieur de CHAUFOUR pour l’engager à lui [BONAVENTURE] écrire de décharger ce marchand de son obligation. »

    Et BONAVENTURE d’insister pour décrier la conduite de ALLAIN: « la conduite du dit sieur ALAIN en cette occasion lui a attiré le mépris du Conseil de Baston qui l’a cru un crapuleux… [je] demande justice du dit ALAIN et supplie d’ordonner qu’il paye la somme de 3000 livres que ce marchand [VRILING] devoit donner pour son échange… le dit ALAIN est un très méchant homme qui a commis plusieurs mauvaises actions… [je] l’ai envoyé à monsieur de VAUDREUIL [à Québec] avec les procédures qui ont été faites contre lui au Port Royal. »

    On peut imaginer qu’avec une telle introduction, la cour de France fut réticente à accorder son absolue confiance à ce dynamique entrepreneur de la Nouvelle France. Les Archives de la Marine de 1707 volume 59 contiennent un document intitulé « Mention d’un placet d’ALLAIN, acadien, qui demande à être entendu à Versailles161»; le volume 61 dit « Louis Allain libre de demeurer en France ou de retourner en Acadie. » La même année dans le volume 400162 on liste une autre « Note de l’Acadie » intitulée « ALLAIN, acadien, accusé injustement. » Probablement en référence à son enquête subie en 1706.

    En juin 1707 il est à Rochefort où l’intendant BÉGON le garde à l’œil sous l’ordre de sa majesté Louis XIV qui ne semble pas entièrement convaincu de son innocence comme le démontre un « mémoire du Roy rédigé à Versailles le 30.6.1707 et adressé aux sieurs Marquis de VAUDREUIL et RAUDOT »:

    « SA MAJESTÉ A ÉTÉ INFORMÉE PAR DES LETTRES DE L’ACADIE QUE LE NOMMÉ ALAIN QUI EST REVENU DU BASTON ET QUE LE CONSEIL SUPÉRIEUR DE QUÉBEC A RENVOYÉ ABSOUS DES FAITS QUI ONT ÉTÉ AVANCÉS CONTRE LUI AU SUJET DES LIAISONS QU’IL A EUES AVEC LES ANGLOIS, N’EST PAS TOUT À FAIT INNOCENT. ELLE A DONNÉ SES ORDRES AU Sr BEGON POUR LE FAIRE OBSERVER ET EXAMINER SA CONDUITE163. »

    ALLAIN arrêté à La Rochelle puis réhabilité

    « Sa Majesté l’a fait arrester à la Rochelle et l’a fait interroger par M. Bégon164. » Quand BÉGON l’interroge, ALLAIN se défend en déclarant

    que BONAVENTURE le harcèle à cause de différends de nature commerciale, dont certaines affaires que La RONDE, frère de BONAVENTURE, aurait brassées clandestinement à Boston
    que la rançon de 3000 livres de VRILING aurait été donnée à BONAVENTURE qui l’aurait retournée à Boston avec La RONDE pour y faire du commerce
    qu’il a toujours tenté de servir son roi et sa patrie, et qu’il hésite à revenir en Acadie par crainte des réactions du gouverneur BONAVENTURE et du lieutenant au criminel De GOUTIN.

    On peut dire que « la protection du roi lui sert de grâce165. » Profitant de son séjour en France, ALLAIN se plaint de l’expropriation partielle du 2.2.1705 décrite ci haut et demande à PONTCHARTRAIN de demander à SUBERCASE de demander à De GOUTIN de rembourser la somme 1100 livres pour la résidence, sans oublier la dette de 650 livres de feu Pierre THIBODEAU (beau-père de De GOUTIN) ni les 999 livres pour les madriers fabriqués pour VILLEBON en 1698. On accorde 999 livres pour le bois mais l’Acadie tombera aux mains des Anglais en 1710 et ALLAIN ne sera jamais remboursé de quoi que ce soit.

    ALLAIN fait écrire un mémoire à BEGON sur une (prétendue) mine d’argent à New-York et offre d’y aller pour y engager des Amérindiens et organiser le transport du minerai vers Québec, projet qui plait au ministre PONTCHARTRAIN mais dont BÉGON doute de la faisabilité. Une mine (de charbon) à Beaubassin serait évidemment plus accessible et PONTCHARTRAIN ordonne à SUBERCASE, nouveau gouverneur d’Acadie, d’envoyer un chargement de charbon comme lest dans le prochain navire royal qui retournera en France. PONTCHARTRAIN écrit aussi à SUBERCASE ce qui équivaut presque à une lettre de recommandation en stipulant que166 :

    Sa majesté Louis XIV n’apprécierait pas qu’ALLAIN ait encore à se plaindre de BONAVENTURE ou de De GOUTIN
    ALLAIN est un bon pionnier bien à sa place en Acadie et il doit pouvoir vaquer à ses affaires en toute liberté
    Si ALLAIN décidait de demeurer en France, SUBERCASE devrait voir au rapatriement de son épouse (Marguerite) et ses 2 enfants (Pierre et Marie).

    On ne peut s’empêcher de penser que ALLAIN devait être « beau parleur extraordinaire.» Le Centre d’études acadiennes résume bien la situation, « malgré les accusations de corruption et de commerce avec l’ennemi, la protection du roi lui sert de grâce167


    ALLAIN RÉHABILITÉ

    Retour en Acadie


    Voilà ALLAIN à Rochefort168 le 20.7.1707 quand il apprit, par une lettre de PONTCHARTRAIN169 à BEGON, qu’il était libre de rentrer en Acadie:

    «… vous pouvez dire au nommé Louis ALLAIN, habitant de l’Acadie, qui est à Rochefort, qu’il peut faire ce qu’il lui conviendra, soit de rester en France ou de retourner à l’Acadie et qu’il n’a qu’à retirer de Monsieur de Fontanieu les 999 livres qui lui sont dus de l’année 1705170

    PONTCHARTRAIN écrit le 6 juillet que:

    « …le Roi n’accède pas à la demande d’ALLAIN d’obtenir une flûte171 afin d’amener en Acadie une cargaison de munitions… »

    ALLAIN opte pour le retour en fin d’été 1707 mais Port-Royal vient de tomber aux mains des Anglais; au moins il n’aura pas eu à vivre les attaques en juin et août par le colonel John MARCH sur Port-Royal et sur « THE FORD OF ALLIN’S MILL »172, attaques courageusement repoussées par SUBERCASE.

    Celui-ci n’était pas bien disposé envers ALLAIN et écrit à PONTCHARTRAIN en décembre 1707 que les plaintes de ALLAIN au sujet de BONAVENTURE et de De GOUTIN étaient celles « d’un homme séditieux et rebelle, s’opposant toujours aux gouverneurs en Acadie, montant le peuple contre les autorités, qui en certaines occasions aurait mérité la pendaison, comme lorsque BROUILLAN dut recourir à la garnison armée pour s’opposer à des colons rebelles incités par ALLAIN. »

    SUBERCASE assure alors PONTCHARTRAIN que toutes les accusations contre BONAVENTURE sont outrageuses et que ALLAIN mérite d’être puni. Le 6 juin 1708, PONTCHARTRAIN répond à SUBERCASE et se porte à la défense d’ALLAIN.

    Témoin à un mariage en 1709 à Port Royal

    Le 10.2.1709 il est cité « oncle » dans le contrat de mariage de Marguerite BOURQUE (nièce de Marguerite BOURQUE épouse de Louis) à Pierre BROUSSARD devant le notaire Jean-Chrisostôme LOPPINOT173.

    Cette année est la dernière du régime français à Port Royal et dans la future Nouvelle-Écosse. Le traité d’Utrecht en 1713 officialisera le passage de cette partie de l’Acadie aux Anglais.


    ALLAIN COMMENCE A VIVRE SOUS REGIME ANGLAIS

    Participe à la capitulation de Port-Royal en 1710 en effectuant un recensement

    Trois ans plus tard Port-Royal est assiégé le 5 octobre et le 13, SUBERCASE doit capituler et rendre le fort à NICHOLSON; parmi les 12 conditions établies par un comité composé de BONAVENTURE et de De GOUTIN pour l’Acadie, MATTHEWS et REDDING pour Boston, la 5e condition stipule que « Les habitants, à une portée de canon du fort, conserveront immeubles, meubles, bestiaux, et prêteront serment d'allégeance, sinon ils auront 2 ans pour les vendre. » Une portée de canon égale 3 milles anglais. C’est ALLAIN qui est chargé de dresser pour NICHOLSON la liste des habitants compris dans ce périmètre: « Le nombre des personnes comprises dans l’art. 5, selon la liste du capitaine Louis ALLAIN, s’élève à 487174».

    Les Archives de la Marine disent 481 personnes, « This is the list of the inhabitants ... as delivered to me by Mr. Allain, one of the chief inhabitants of this place. Saml. Vetch ».175 Quatre années plus tard, le 24 nov 1714 à Londres, Samuel VETCH176 écrira au Lord of Trade que la plupart des Acadiens [de Nouvelle-Écosse] s’étaient engagé à quitter, « save two families, viz. One Mr ALLEN and one Mr GOURDAY [GOURDEAU], both of which had lived in New England formerly. »

    Une énigmatique condamnation aux fers en 1711 aux mains des Anglais

    Avant le 1er juin 1711, CAHOUET écrit à PONTCHARTRAIN que...

    « LOUIS HALIN ET SON FILS [PIERRE] DE PORT-ROYAL ONT ÉTÉ EMPRISONNÉS PAR LES ANGLAIS ET ENCHAÎNÉS DANS LE DONGEON APRÈS AVOIR ÉTÉ F AUSSEMENT ACCUSÉS D’INCITER À LA DÉSERTION LES SOLDATS [ANGLAIS] DU FORT DE PORT-ROYAL. ON PROJETTE DE LES ENVOYER À BOSTON PUIS EN ANGLETERRE OÙ ILS SERONT PENDUS. ILS N’ONT JAMAIS SIGNÉ LE SERMENT D’ALLÉGEANCE177 À LA REINE PARCE QU’ON NE LEUR A JAMAIS DEMANDÉ DE LE FAIRE178».

    Si cet incident était authentique, il pourrait être relié à la première et infructueuse tentative française de reprendre Annapolis-Royal, effectuée en 1711 par un groupe d’Acadiens aidés de SAINT-CASTIN avec ses Abénaquis et de l’abbé GAULIN de Pentagouët avec 200 hommes; VETCH arrête alors les notables Pierre LEBLANC, Jean COMEAU, Guillaume et Germain BOURGEOIS et François BROSSARD; peut-être Le JEUNE179 a-t-il oublié d’y ajouter le nom de ALLAIN? Cet incident, quel qu’il soit, demeurera sans suites connues. Pour KELLY cette lettre de CAHOUET est énigmatique et l’emprisonnement n’a pas du durer plus que quelques semaines puisque...

    Encore une mine d’argent, 1711

    … dès la fin juin 1711, ALLAIN prétend auprès de George VANE, ingénieur militaire à Annapolis Royal, à l’existence d’une mine d’argent sur la berge nord de la baie de Fundy en face de Port-Royal, mais exige avant d’en révéler le site rien de moins que la promesse d’une récompense de la Reine d’Angleterre et un emploi convenable à la mine pour son fils Pierre180. Cette prétention demeurera sans suites connues mais constitue une preuve que ALLAIN s’entendait bien avec son fils Pierre et savait tirer des ficelles.

    L’Acadie cédée à l’Angleterre en 1713

    Après le traité d’Utrecht les Acadiens concentrés à Annapolis Royal ont théoriquement 4 alternatives: déménager au Cap Breton / Louisbourg restés Français (c’est le souhait des autorités de Louisbourg et de Paris), demeurer à Annapolis Royal sous domination Anglaise, passer au Nouveau-Brunswick à la rivière St-Jean, ou déménager à l’île St-Jean (Île du Prince-Édouard).

    « Les Anglais…ne possèdent qu’un point d’appui important, Annapolis, dont la garnison est faible. Les Français ne considèrent pas la cession de l’Acadie comme définitive et ils se préparent très sérieusement à la reconquérir à la première occasion. Pour venir à bout de cette résistance passive et surtout pour enrayer la menace d’émigration, les autorités occupantes [Anglaises] mettront en œuvre toutes les machinations… violeront le traité d’Utrecht, ignoreront les promesses de la Reine Anne... interdisent l’approche de tout navire français, empêchent les habitants de se construire des embarcations, leur défendent de vendre leurs fermes, d’emporter leurs meubles, leurs effets et leurs bestiaux181

    « ALLAIN ayant l’habitude de composer avec l’un ou l’autre des pouvoirs en place, il demeurera en Acadie suite au traité d’Utrecht de 1713182


    1717-8, correspondance avec VAUDREUIL: déménager à la rivière St-Jean NB ?
     
    ALLAIN a été recensé en août 1714 comme habitant toujours au « Cape de Annapolis Royal » avec sa femme, 1 garçon et 1 fille; le recenseur signe La Ronde Denys de Pensens et le document s’intitule « Liste des chefs de famille qui demeurent au long de la rivière britannique183 et aux environs du fort d’Annapolis Royalle184.» Un autre recensement en 1714 par le père Félix PAIN mentionne « Louis alain et sa femme » au Cappe185. La France aurait aimé que les Acadiens se déplacent à l’île Royale qu’elle contrôlait, mais plusieurs lorgnaient plutôt vers la rivière St-Jean NB, terrain plus accueillant; ALLAIN écrit186 le 25 novembre 1717 à VAUDREUIL pour discuter de son éventuelle émigration vers ce territoire contesté, à la tête d’un groupe d’Acadiens de Annapolis-Royal.

    Le 18 mai 1718, l’administrateur du gouvernement187de la Nouvelle-Écosse John DOUCETT demandait à VAUDREUIL:

    « POUR CEUX QUI NE DEVIENDRONT PAS SUJETS DE SA MAJESTÉ LE ROI GEORGES, VOUS VOULIEZ BIEN LEUR DONNER L’ORDRE DE SE RETIRER AU CANADA OU DANS TOUTE AUTRE COLONIE FRANÇAISE188. »

    Mais en réponse, VAUDREUIL «… pria DOUCETT de refuser aux navires anglais la permission d’emprunter la rivière St-Jean qui d’après lui appartient aux Français… DOUCETT était convaincu que cette dernière exigence était sans fondement. La gravité de la situation apparut clairement dans des lettres adressées par VAUDREUIL à LOUIS ALLAIN et qui tombèrent entre les mains de DOUCETT.

    VAUDREUIL y disait à ALLAIN que la rivière St-Jean ne relevait pas de l’autorité anglaise et que les Acadiens pourraient se faire attribuer les terres riveraines en s’adressant au père LOYARD qui était habilité à en accorder les droits189. » Plus précisément il écrit à DOUCETT le 22 septembre 1718 « Je vous prie aussi de ne pas permettre à vos vaisseaux anglais d’aller dans la rivière St-Jean qui est toujours une possession française190. »

    VAUDREUIL avait envoyé deux missives à ALLAIN, l’une destinée à DOUCETT, sans allusion à la contestation du territoire en question, l’autre personnelle, dans laquelle il assurait ALLAIN de sa protection s’il déménageait à la rivière St-Jean. Mais voilà que les deux missives tombent dans les mains de DOUCETT qui convoque ALLAIN. DOUCETT ne punit pas ALLAIN mais trouve que les propos de VAUDREUIL ont quelque chose de séditieux puisque la rivière St-Jean est territoire contesté. Voici deux mentions191 de ces lettres:

    l. 8-9 – Doucett au Col. Philipps, 13 déc. 1718 – Il a mis la main sur deux lettres à Vaudreuil à Louis Allain. Prétentions des Français sur la riv. St-Jean. Rumeurs chez les Acadiens. Impuissance des Anglais. Insolence de leur part. Il a dû en mettre un en prison.

    1. 8-9 – Deux Lettres de Vaudreuil à Louis Allain de Port-Royal, 22 sept. 1718.
    – 1re Lettre officielle montrable aux Anglais. Aux Acadiens à prendre la décision, le serment ou le départ. La riv. St-Jean est possession française.
    – 2e Lettre secrète à ne pas montrer aux Anglais. Promet aux Acadiens les terres de Dubreuil à la riv. St-Jean. Le Père Loyard chargé de le leur distribuer. Les incite à faire diligence aller à la riv. St-Jean avec leurs bestiaux et tous leurs biens et il les y défendra contre les Anglais

    ALLAIN demeure-t-il continuellement à Annapolis Royal jusqu’à sa mort? Non. Cet homme a la navigation dans la peau, vers 64 ans il avait encore un bateau pour faire du cabotage commercial et demande à VAUDREUIL un passeport pour se rendre « aux Isles »192. De quelles îles s’agit-il? St-Jean? Royale? St-Pierre? Miquelon? Chose certaine on le retrouvera à Louisbourg, Île Royale en 1721 pour acheter un bateau.

    1719 : Un baptême à Annapolis Royal  Une transaction à Wells ME  Un différend à Wells

    Le 22 mars ALLAIN sert de « parrain à sa petite-fille Marie-Joseph GAUTHIER193 ».
    Le 2 mai il fait de son ami Lewis BANE, de York, son procureur pour protéger sa propriété à Wells et pour percevoir les loyers194.
    Un différend l’oppose à Nicholas COLE qui se plaint de n’avoir reçu l’argent de la location d’un moulin que pendant 3 ans195.

    1720 : nouvelle transaction concernant Wells ME
    Le 10 mai il vend sa propriété à Lewis BANE pour 60 livres. Selon un document fait à Annapolis Royal, son épouse Marguerite renonce à ses droits de succession sur la propriété de Wells et signe d’une marque196. Jonathan BANE, fils de Lewis, la revendra en 1728 à Thomas WELLS197. C’est à Fidèle THÉRIAULT que je dois les précisions suivantes sur l'acte de vente de Louis Allain à Lewis Bane en 1720198 :

    "To all people to whom these presents shall come Lewis Allen of Annapolis Royal in Nova Scotia in America blacksmith... for and in consideration of the sum of sisty pounds... to me in hand at & before the ensealing & delivery hereof well & truly paid by Lewis Bane of York in the County of York in the province of Massachusetts Bay... and Margaret Allen the wife of me the said Lewis Allen doth by those presents..."
    Le 10 mai 1720
    Témoins Jn Rogers & Jos. Bissel
    Marque de Louis Alin LA
    The mark of Margit Allin X
    Joseph Dugas et Pierre Bourg ont signé
    Attested by me John Dousett

    Dans le même document on observe trois graphies: ALLEN, ALIN & ALLIN, et il se dit encore forgeron. Le prix de vente était bel et bien 60 livres comme le mentionnait KELLY. Il a donc revendu 2 livres de moins que son prix d'achat.

    1721 : on le retrouve à Louisbourg le 2 septembre
    Il y achète de l’anglais Samuel MOORE le bateau La Dorothée pour 360 livres comptant. On lit nettement sa marque « LA » sur l’acte numérisé par les Archives du Canada199. Peu d’Acadiens disposaient à l’époque de 350 livres vers l’âge de 67 ans.

    « Par devant Lambert MICOIN notaire royal à Louisbourg en l’isle Royale fut présent le sieur Samuel Moore anglais de nation… vend… un batteau nommé La Dorotté du port de huit tonneaux ou environ, baty au port de Piscadois, avec ses agrez et apparaux tel qu’il se comporte à Louis Allain Accadien, icy présent acceptant pour le prix et somme de trois cent soixante livres. »

    1724 : Exilé de sa famille? Une autre énigme

    Le 29 août « Lewis ALLAN » demande au Her Majesty’s Council de la Nouvelle-Écosse la permission de retourner dans sa famille, permission accordée à condition que son gendre GAUTHIER réponde de lui200. Il a environ 70 ans. Que s’est-il passé de si terrible? Quel geste déplaisant aux Anglais aurait pu poser ce sexagénaire? Demeurer à Wells quelques années puisqu’il y avait déjà vécu, ou encore à la rivière St-Jean plus accueillante, si ce n’est à Louisbourg où il achetait un bateau trois ans auparavant201?» Aurait-il été condamné à s’exiler de Port-Royal? De toute façon un événement a du survenir pour le priver de vieillir en paix chez sa fille Marie. Voici l’acte enregistré par le gouvernement britannique d’Annapolis Royal202 :

    Lewis Allans petition
    Then the Governour laid Before the Board a Petition from Lewis Allan beggin Leave to Returne to his family which being Read.
    Agreed that his Request be granted upon M.r Gotie his Son in Law’s Security. Present
    The Honourable Lievt Governor President
    Major Paul Mascarene
    William Shirreff Esq
    William Skene Esq

    1727 : Début du veuvage

    À la mort de son épouse le 13.9.1727, il a environ 73 ans et passera ses 10 dernières années auprès de sa fille Marie et de son gendre GAUTHIER à Bélair en banlieue de Port Royal.

    1733 : Le revoilà en Nouvelle-Angleterre : quelle énergie!

    Vers 78 ans, au cours de son dernier voyage d’affaire en Nouvelle-Angleterre, il est cité au Palais de justice de Biddeford, ME le 9.5.1733 pour confirmer la vente en 1720 de sa part d’un moulin à bois sur la Little River de Wells203.

    Au mois de juillet on le retrouve à Wells, ME pour confirmer le bail qu’il avait donné à Nicholas COLE en 1721204. Il aurait donc passé deux à trois mois à Wells cette année là.

    1737 : Décès
    Notre héros meurt à Annapolis-Royal le 15.6.1737 et est inhumé le 16 juin v 82/3 ans205 « aux côtés de son épouse206 », 18 ans avant la Déportation de 1755. Voici la notice retrouvée dans les registres de St-Jean Baptiste de Annapolis Royal, elle nous apprend les noms de l’officiant et des trois témoins207 :

    Registre :     RG 1 Vol. 26a p.164
    Officiant :     De St. Poncy de La Vernede
    Date :         16 June 1737
    Événement :     Sépulture
    Nom :         Louis Alain208
    Témoins :    Claude Girouard209, Prudent Robichaux210, Claude Granger211

    Descendance immédiate

    Louis eut 2 enfants.

    Pierre naît à Port-Royal vers 1691, se marie vers 1717212, probablement à St Charles des Mines de Grand Pré, avec Marguerite LEBLANC, née à Grand Pré en 1699 d’Antoine & Marie BOURGEOIS, sœur de Joseph LEBLANC dit le Maigre. Pierre déménage de Port-Royal après la naissance de son premier enfant pour se rapprocher de sa belle-famille LEBLANC à Grand Pré.

    Le couple eut 14 enfants, les fils constituent la souche des ALLAIN du Nouveau-Brunswick et de la Baie des Chaleurs, dont on retrouve tous les mariages dans le dictionnaire de THÉRIAULT. Il est aussi l’ancêtre des ALLAIN qui aboutirent en Louisiane. Il suivit les traces de son père, navigant pour lui-même et pour son beau frère Nicolas GAUTHIER, propriétaire de bateaux, forgeron.

    Il fut un Acadien à l’aise mais le régime Anglais ne le laissa pas établir un moulin à scie aux Mines213. Il partagea possiblement avec sa sœur Marie une partie de l’héritage de son père. Il décède à Rochefort en 1747, ayant possiblement choisi d’aller en France pour éviter que, à l’instar de ses beaux-frères GAUTHIER et LEBLANC le Maigre proscrits comme « collabos » de la France (durant la guerre de succession d’Autriche), il ne tombe lui aussi dans la mire des Anglais214. Il disparaît 7 ans avant la Déportation.

    « Son acte de sépulture et de décès se trouve dans le registre de la paroisse Saint-Louis de Rochefort 1743-1748 à la page 185 et se lit comme suit : « Pierre Allain, pilote costier de l'Acadie, âgé d'environ soixante ans, décédé le vingt neuf novembre mil sept cent quarante sept a été inhumé le même jour par moy soussigné prêtre de la mission en présence des soussignés. (signés) Grangé - Le Beuf - Pierre prêtre »215

    Malheureusement, il y a très peu de détails concernant son décès dans ce document, mais on a tout de même le lieu et la date de son décès. Il fut inhumé le même jour que son décès.  Peut-être serait-il mort lors d’une épidémie ce qui expliquerait sa sépulture précipitée ? Avait-il eu le temps de faire un testament avant son décès ? Aussi on l’identifie comme pilote côtier acadien, ce qui indique son lien avec la navigation. Il est possible aussi qu’il aurait traversé en France avec un navire de la marine française, ce qui expliquerait sa présence à Rochefort216.

    Marie naît à Port-Royal vers 1693217 et elle épouse Nicolas GAUTHIER dit BELLAIRE le 4 mars 1715 à Annapolis-Royal218. Le couple héritera des magasins et des biens de Louis ALLAIN et fera fructifier la succession avant la Dispersion et exprimera sa reconnaissance en l’hébergeant quand celui-ci devient veuf en 1727.

    GAUTHIER fut une « personnalité marquante de son époque » et, de son mariage à 1744, il vivait aussi bien que son beau-père, mais sa participation à 4 expéditions contre les Anglais entraînera des pénalités aux mains des Anglais qui le pourchassèrent et détruisirent ses possessions.

    Vers avril 1745 les Anglais s’emparent de Marie, faute de capturer GAUTHIER, et l’emprisonnent « les fers aux pieds » au fort d’Annapolis pendant plusieurs mois ; mais elle réussit à s’échapper avec son fils Pierre et son beau frère Joseph LEBLANC dit Le Maigre en escaladant les murs le 31 janvier 1746 pour aller rejoindre à pied son mari en plein hiver jusqu’à Grand Pré, après quoi on retrouve le couple à Beaubassin.

    Finalement GAUTHIER reçoit la permission d’aller s’établir sur l'Île St-Jean (IPÉ) le 24 janvier 1749 où il décède en 1752. Après la prise de Louisbourg en 1758, Marie prend encore la fuite avec ses enfants vers l’âge de 65 ans, de l’Île St-Jean jusqu’à Ristougouche en Gaspésie. Son décès demeure non retracé219.

    Le couple Gauthier-Allain eut 9 enfants, dont un fils Joseph l’aîné se réfugia successivement à l’île St-Jean et à Ristigouche avant de s’installer comme un des pionniers de Bonaventure, faisant de plusieurs GAUTHIER de Bonaventure et de Carleton les descendants de Louis ALLAIN.

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    Notes

    Pour les références complètes, voir ici la Bibliographie

    1. Gerald M. KELLY, Louis Alain in Acadia and New England. Les Cahiers de la Société Historique Acadienne, cahier 39, #9, vol IV, printemps 1973, p. 362-380
    2.  Adrien BERGERON. Le grand arrangement des Acadiens au Québec. Montréal, Éditions Élysées, 1981, v. 1, p. 82
    3.  Serge Alain, L’Ancêtre, vol. 11, n. 1, septembre 1984, p. 19
    4.  Arrière grand père maternel de l’auteur
    5.  Pierre BIRON. Biographie de l’ancêtre acadien Louis ALLAIN. 1re version déposée à la Société Généalogique Canadienne Française en 2003 sous la cote <920.71 B619p>, 78 pages. Elle fut l’objet le 1er août 2002 d’une Causerie estivale de Carleton, intitulée « Les intrigues de la vie et du procès de l’ancêtre Louis Allain » - Seconde édition, Le procès de Louis ALLAIN ancêtre acadien, déposée en 2006 à la SGCF sous la cote <923.41 B619p>
    6.  Fidèle THÉRIAULT. Les Allain du Nouveau-Brunswick et de la Gaspésie, Histoire et généalogie, chez l’auteur, Fredericton, 2004, 399 pages.
    7.  La toponymie actuelle est Allain River, mais certains cartographes en font un simple ruisseau, Allain’s Creek
    8.  Né le 10 juin 1947 à Québec – Stephen White a présenté sa filiation dans Bulletin Contact-Acadie, no 30, automne-hiver 1998-1999, disponible sur http://www.umoncton.ca/etudeacadiennes/centre/contak/30geneal.htm
    9.  Françoise MARTIN LEBRUN. Chronique d’une famille Martin 1750-2005, Trois-Rivières, chez l’auteur, 2005, 150 pages
    10. Sœur de Émile Alain grand-père maternel de l’auteur
    11. ALÉNA = Accord de Libre Échange Nord Américain
    12.  Raymond de Saint-Père (RSP), v 2, p. 79
    13.  RSP v 2, p. 79
    14.  Elle coule vers le Nord-Ouest; dite rivière Lequille et à l’Équille (v 1700), Rivière du Moulin (1700-1710), Rivière Allain (1709), Petite Rivière (1710), Allen et Allan River (1744), ruisseau Allain, auj Allain River; Thériault, p. 24
    15.  On ne peut s’empêcher du parallèle avec l’entraîneur du club de hockey Les Canadiens qui fit un succès de sa carrière tout en étant illettré, tel que raconté dans Jacques Demers en toutes lettres paru au Québec en 2005.
    16. Accord de Libre Échange Nord-Américain, NAFTA en anglais
    17. Daigle 1976, p. 161-170
    18. Robert Rumilly, p. 198
    19. Diéreville1997, p. 220
    20. Il y avait aussi à proximité ceux de Bellisle et de Landry, selon Thériault, p. 32 – Carte DeLabat 1710
    21. Chêne destiné à faire des tonneaux
    22. Michel Roy, L’Acadie des origines à nos jours, p. 67
    23. De Goutin, qui conduira l’enquête contre Allain en 1706
    24. Louis Petit, ami et complice de Allain
    25. Dont ALLAIN
    26. Michel Roy, p. 63-65
    27. http://www.cyberacadie.com/acadie_1670_1710.htm
    28. Daigle 76, p. 165
    29. Horton et Pothier, DBC sur La Ronde
    30. Bona Arsenault, p. 41
    31. Ibid.
    32. BA HA, p. 42
    33. Daigle 76, p. 170
    34. DBC, p. 188-192
    35. Boyer, p. 371
    36. Diéreville 1997, p. 218
    37. Thériault, p. 19
    38. Gaudet
    39. ALLAIN, Louis (M).  INSEE:A0000. Pl: . Zone: France. Dest: Acadie, selon http://www.francogene.com/migrants/0002.php
    40. http://www.combs-families.org/combs/ms/coombs/03.htm
    41. Kelly, p. 363
    42. Thériault, p. 21
    43. Kelly, p. 363 et 378
    44. Thériault, p. 19
    45. Kelly, p. 362
    46. C Cormier, DBC, p. 98
    47. BA AA, p. 44 et Antoine Bernard, p. 270
    48. White web
    49.Thériault, p. 23
    50. Daigle 1968, p. 335
    51. Demeulles cité par Daigle 1968
    52. Communication personnelle, 2005
    53. Gaudet; cette date de mariage est acceptée par White et par Thériault
    54. Gaudet – Recensée à 4 ans en 1671 parmi les 227 enfants de Port-Royal, fille de « Anthoine Bourg & Anthoinette Landry »
    55. Nous suivons White DGFA pour la filiation de Marguerite Bourg; Bergeron v 1, p. 81 la croyait erronément fille de François & Marguerite Boudrot
    56. Couple ancêtre de Antonine Maillet, auteure acadienne renommée
    57. Le fonds Gaudet #1 du CEA contient des notes généalogiques avec informations biographiques sur la famille de Louis Allain et  Marguerite Bourg m 1690, 4 pièces manuscrites, cote <1.89.1>
    58. RSP v2, p. 79
    59. Kelly, p. 363
    60. Nicholas Cole détient aussi un tiers, pour l’avoir construit, selon Thériault, p. 22
    61. Thériault, p. 30
    62. Brun, p. 261
    63. Kelly, p. 364
    64. MSGCF 1852 v 5, p. 39
    65. Longue mèche, tresse de cheveux portée sur les côtés, mode apparue sous Louis XIII
    66. Il faisait battre ses compétiteurs commerciaux par des fiers-à-bras et les emprisonnait, fut incarcéré à la Bastille à Paris pour fraudes commises en Nouvelle-France
    67. Brun, p. 260
    68. Brun, p. 253
    69. Brun, p. 260  SHA vol 26, n 3+4, 1995, p. 157
    70. White, p. 1048-9
    71. Kelly
    72. Les deux commercaient en fourrures, Thériault, p. 25
    73. Le Jeune, TSHA, p. 35
    74. Kelly, p. 365 – Thériault, p. 26
    75. Thériault, p. 26
    76. Thériault, p. 26
    77. Thériault, p. 26, citant le témoin Jean Delguel dit Labrèche
    78. C’est le 5e recensement connu dans cette région)
    79. White, p. 14
    80. Kelly, p. 365
    81. Cet Acadien faisait lui aussi commerce « illégal » avec le Massachusetts
    82. Thériault, p. 32
    83. Thériault, p. 32; Kelly, p. 366 mentionne Louis Petit par erreur car celui-ci quitta la cure de Port-Royal en 1693
    84. Kelly, p. 366
    85. Pour enjamber la Petite Rivière située entre sa maison de Bélair et son moulin
    86. Fils de Sébastien; marié en 1701 à Anne Pellerin; White DGFA, p. 290
    87. Fille de Pierre l’aîné dit l’Esturgeon; recensée « servante chez Louis Allain » en 1701 v 19 ans; elle épousera François RAYMOND en 1707; White DGFA, p. 375
    88. White DGFA, p. 14
    89. BA
    90. Thériault
    91. Archives des colonies, C11A ,vol 113, folio 170v, De Goutin au Ministre, novembre 1703, document C2406 bobine 168 Archives de l’Université de Montréal
    92. Ibid.
    93. Kelly, p. 366
    94. Probablement en échange de leur entretien, en attendant de les louer puis vendre à Lewis Bane
    95. La référence à ce contrat se lit comme suit: « York Deeds, Portland, Maine. Book XVI, folio 31: Luas Allen to Nicholas Cole. Lease, House, land, mill privileges in Wells. Aug 14, 1701 », SHA 1974 v 5 n 4, p. 151
    96. Kelly, p. 367
    97. Thériault, p. 33
    98. Thériault, p. 34
    99. archivescanadafrance.org
    100. Équiper, gréer
    101. CMRNF v 2, p. 418 – Rumilly v 1 p. 170
    102. CMRNF v 2, p. 418
    103. Lanctôt, L’Acadie des origines, p. 84
    104. Penobscot, ME
    105. Madame de Chateauneuf
    106. Kelly, p. 363
    107. CMRNF v2, p. 416
    108. CMRNF v 2, p. 418
    109. CMRNF v2, p. 424
    110. CMRNF v2, p. 419
    111. CMRNF v2, p. 420
    112. BA-HA p. 100
    113. CMRNF v2 p. 426-7.
    114. CMRNF v2, p. 432.
    115. CMRNF v 2, p. 437
    116. Kelly, p. 369 – CMRNF v 2, p. 431
    117. DF Walle, DBC, p. 214
    118. Sauvageau, p. 122
    119. Kelly, p. 353
    120. Le Jeune DGC v 1, p. 465; phrase répétée dans Héritage Acadien #7 juin 1995, p. 5
    121. Rumilly, AF, p. 196.
    122. Selon Cormier, DBC, p. 98
    123. Lanctôt, p. 85-6
    124. DA, p. 229
    125. Selon Kelly
    126. Selon Rumilly
    127. White DGFA, p. 124
    128. Selon Rumilly et selon Kelly
    129. Rumilly, p. 196
    130. Kelly, p. 370 ref 41
    131. CMRNF v 2, p. 452-6
    132. Auj. Rivière Annapolis
    133. RSP v 2, p. 344
    134. On peut voir une photo aérienne et un plan du site actuel sur le site web de la ville d’Annapolis-Royal.
    135. DJ Horton et B Pothier, sur Louis Denys de la Ronde, Dictionnaire biographique du Canada en ligne sur http://www.biographi.ca/FR/
    136. Kelly, p. 370
    137. Lettre du ministre à Subercase 6 juillet 1707, MG1, série B, vol 29, folio 36-38, film F209
    138. Résidence située juste à l’est du fort et de la résidence officielle du gouverneur (carte Delabat 1710, Thériault p. 31)
    139. Reproduites de l’acte #385 sur la bobine 1392P aux ANQ à Montréal, « Inventaire d’une collection de pièces judiciaires, notariales, etc, actes 362-397 » Elles furent paléographiées par Mme Denise LEGAULT à Montréal (texte annexé)
    140. La ponctuation des citations en vieux français est parfois modernisée pour faciliter la compréhension. Les pages citées renvoient à l’acte original
    141. Longue mèche, tresse de cheveux portée sur les côtés, mode apparue sous Louis XIII
    142. En l’absence temporaire de gouverneur; cette absence s’étendit du 29 mai 1690 au 1er juil 1691 entre Menneval et Villebon
    143. Dans ces « articles » (accusations), le pronom « JL » pour « il » réfère à ALLAIN. Les pages sont celles du manuscrit microfilmé et paléographié.
    144. Doiron
    145. Vriling
    146. Kelly, p. 372
    147.  Bonaventure
    148. Les initiales « L.A. »
    149. Southack
    150. Kelly, p. 372
    151. Vriling
    152. Libéré de son engagement
    153. Vriling
    154. Vriling
    155. Collection de manuscrits, p 463, lettre de Bonaventure à Vaudreuil, 24 déc 1706
    156. Relecture à voix haute par le greffier du témoignage qu’il a noté et approbation par le témoin, qui la plupart du temps ne sait pas lire
    157. JDCSQ v 5 1889 pp 441-2 – Archiv-Histo, JDCSQ version normalisée – Kelly réf 47 – SGCF <340.971 Q3ju v.5>, p441
    158. Kelly, p. 373
    159. Archives du Canada, Fonds des Colonies, série F1A 8 juillet 1705, cote MG1-F1A, http://www.collectionscanada.ca/02/02011202_f.html
    160. Frère de Bonaventure
    161. Inventaire général des sources documentaires sur les Acadiens, tome I, Éditions d’Acadie, p. 215, cote <971.5 A168in>  Un « placet » est un écrit adressé à un ministre pour demander une faveur
    162. Ibid. p. 229
    163. CMRNF vol. 2, p. 470-2  Kelly, p. 373 ref 50
    164. Lettre du ministre à Subercase 6 juillet 1707
    165. umoncton.ca/cfdocs/cea/documts
    166. Kelly, p. 373, ref 51
    167. umoncton.ca/cfdocs/cea/documts
    168. En Charente-Maritime
    169. Depuis Marly-le-Roi
    170. Kelly, p. 373 – CMRNF v 2, p. 482
    171. « Une Flûte est un navire de charge hollandais du XVIIIe siècle équipé de trois mâts aux voiles carrées. Au XIXe siècle on les désigne sous le nom de corvette de charge dans la marine française. Toutefois, on dit d'un navire (généralement d'une frégate ou un vaisseau d'un rang inférieur au 64 canons) qu'il est armé en flûte quand son pont de batterie pincipal (ou inférieur, dans le cas d'un vaisseau) est dégagé de toute son artillerie pour transporter des troupes ou du matériel. » tiré de http://fr.wikipedia.org/wiki/Fl%C3%BBte_(bateau) »  On peut voir une maquette de flute de fin 17e siècle sur le site http://www.modelships.de/Derfflinger_I/Derfflinger_I_eng.htm
    172. Kelly, p. 373
    173. White, p 287 – Thériault, p 20
    174. Le Jeune, SHA, p. 50
    175. Inventaire général..., p. 401
    176. Herbin, p. 45
    177. Faux, car Allain a prêté le serment d’allégeance en 1695
    178. Démenti par les archives du Massachusetts selon Kelly
    179. Tableaux Synoptiques de l’Histoire de l’Acadie, p. 69
    180. Kelly, p. 375 ref 63
    181. Frégault, p. 48
    182. umoncton.ca/cfdocs/cea/documts
    183. Alias Rivière du Dauphin
    184. Kelly, p. 375 – Collection de Documents inédits sur le Canada et l’Amérique, tome 1er, Québec, 1888, p. 165 <971.5 A168do> – Le Jeune, TSHA, p. 44  Bona Arsenault a confondu le Cap de Sable avec le Cap de Port-Royal quand il situe au Cap de Sable « Louis Alain 59 ans, marié à Marguerite Bourg 43 ans, enfants Louis (sic, il s’agit de Pierre) 23 ans et Marie 19 ans. »; 59 ans et 43 ans sont des âges déclarés mais non confirmés
    185. Paul Delaney, SHC vol 35 #1/2, jan/juin 2004, p. 64 – On trouvera Le Cappe sur une carte de 1701 reproduite sur http://www2.umoncton.ca/cfdocs/cea/documts/c/htm.cfm?cle=c0026
    186. Aidé d’un scribe puisqu’il ne savait écrire
    187. Le gouverneur de la Nouvelle-Écosse Richard Philipps étant alors en Angleterre
    188. RSP vol. 1, p. 354
    189. CB Ferguson, DBC, p. 205-207
    190. RSP vol. 1 p. 355.
    191. Fonds Doucet boite 8
    192. Thériault, p. 29 et 33
    193. Thériault, p. 29
    194. Kelly, p. 377 ref 70
    195. Thériault
    196. Kelly, p. 377 ref 71
    197. Kelly, p. 377 ref 75
    198. Cet acte de vente fut enregistré au greffe du comté de York le 5 avril 1726, # 13, par le registraire Jos. Moodey. Reférence: Vol. XII, fol. 7.
    199. ANC, Fonds des Colonies, Notariat de l’Île Royale (Louisbourg), Copie du contrat de vente du bateau la Dorothée au sieur Louis Alain, acadien, par le sieur Samuel Moore, anglais. Cote MG1-G3, vol. 2057, microfilm F-701, copie numérisée de l’acte
    http://www.collectionscanada.ca/02/02011202_f.html
    200. Kelly, p. 377 ref 72
    201. Thériault, communication personnelle
    202. gov.ns.ca/nsarm -- The Records of British Government at Annapolis Royal 1713-1749, p. 74, Nova Scotia Archives III Index, Original Minutes of His Majesty’s Council at Annapolis Royal 1720-1739  photo de l’original disponible en ligne - http://www.gov.ns.ca/nsarm/virtual/heartland/archives.asp?Number=three&Page=74&Language=English
    203. Kelly, p. 377 – Sharon CUMMINS
    204. MSGCF 1952 vol. 5, p. 39 – RSP vol. 2, p. 344
    205. White DGFA, p. 13
    206. Dossiers généalogiques Drouin, p. 158, sur Louis Alain
    207. NSARM > PANS CAP Site: An Acadian Parish Remembered, The Registers of St. Jean-Baptiste Annapolis Royal, 1802-1755, sur ; le manuscrit est visualisable en ligne
    208. Graphie avec un « L »; l’éditeur ajoute: « died 15 June 1737, about eighty-six (sic) years old, widower of Marguerite Bourg »
    209. Décédé à Port-Royal en mars 1738 (White, p. 733)
    210. Juge de paix, syndic, chef du conseil français à Annapolis Royal, cultivateur (White, p. 1407)
    211. Fils de l’immigrant anglais Laurent assimilé par son épouse acadienne; cultivateur à Port-Royal (White, p. 761)
    212. White web – Gaudet – BA HGA v 1, p. 1081 – Thériault, p. 38 fait remarquer que l’acte ne fut retrouvé ni à Port-Royal ni à St-Charles
    213. Thériault, p. 39
    214. Thériault, p. 40
    215. Thériault, communication 2012
    216. Thériault, communication 2012
    217. Gaudet
    218. RG 1 vol. 26 p. 313 sur http://www.gov.ns.ca/nsarm/cap/acadian/registers.asp?ID=1295&Search= Alain&fieldSelect=surname
    219. White DGFA, p. 13

    Date de création : 2018-05-19 | Date de modification : 2018-11-01
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    Pierre Biron
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    Henry Wadsworth Longfellow
    Déportation des Acadiens, femme, amour

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