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    Dossier: Technologie

    L'impact de l'évolution des technologies sur l'esprit humain

    Nelson Thall
    Alors qu'il était étudiant en Europe, McLuhan s'est aperçu que la raison pour laquelle les écoles européennes passaient constamment de la rhétorique à la logique ou à la grammaire, de l'époque de Cicéron à l'Angleterre élisabéthaine, découlait directement de l'évolution du mode de communication dominant, de l'oral au manuscrit, puis à l'imprimé. Par la suite, alors qu'il était professeur d'anglais en Amérique du Nord, McLuhan a commencé à mettre en lumière les effets de la publicité et des formes d'art populaire en tant que créateurs de la culture courante. Alors que d'autres chercheurs se concentraient sur la logique de la programmation des médias, McLuhan s'est mis à inventorier les résultats et à s'en servir comme indices soulignant la grammaire unique des langages utilisés par les médias, d'hier à aujourd'hui. Comme Cicéron, il étudiait la rhétorique, c'est-à-dire les moyens utilisés par les médias afin d'amener les gens à modifier leurs prémisses. McLuhan a laissé la recherche de la maturité logique aux concepteurs de la théorie de la communication et de la transmission, et il a laissé le soin de faire l'inutile mieux que jamais aux programmeurs informatiques, pour s'intéresser plutôt à la recherche de la maturité humaine par la formation de la perception, afin de découvrir les lois régissant les médias dans le procédé de transformation de la communication. Il ne s'agissait pas pour lui d'étudier quelque chose comme le calcul du flot de mazout dans un pipeline, mais bien les conséquences psychologiques et sociales des nouvelles technologies.

    Dans le domaine de la communication humaine, il n'existe ni médias neutres, ni purs observateurs. En d'autres termes, il n'y a pas de «faits non altérés» puisque les faits, comme les faux, sont des artefacts: l'intention de leur concepteur peut aussi bien être d'éclairer que de confondre. L'usager constitue toujours le contenu du moyen d'expression, quel qu'il soit, et le programme est toujours un autre moyen d'expression (qu'on pense aux films ou aux pièces de théâtre à la télévision, aux dialogues ou à la musique radiophoniques). Pour comprendre la grammaire ou les lois de tout moyen d'expression, il faut apprendre à prévoir les effets d'une distorsion perceptive de l'ouïe ou de la vision sur le mode d'expression propre à notre pensée. Cette distorsion est déterminée par la dominance relative des modes de communication écrits et non écrits dans le contexte culturel où nous vivons. Si le programme est affecté par une distorsion conceptuelle due à nos «valeurs» personnelles ou une philosophie abstraite, il n'aura pour effet que de capter ou de perdre l'attention de notre auditoire pour le moyen d'expression en question. La raison précise en est que le programme visible constitue toujours un autre moyen d'expression.

    Ainsi, l'éclairage électrique a créé un ensemble complet de services bons et mauvais, comme les services utilisant l'électricité, les équipements électrifiés, et les utilisateurs d'électricité constituent son message. Chaque usager apporte sa propre interprétation de ce que le moyen d'expression transmet. Toutefois, le programme, que ce soit dans la signalisation routière ou dans la publicité, constitue un autre moyen d'expression. Il y a encore des classificateurs qui exigent une réponse claire et sans équivoque (oui ou non) à la question de savoir si un moyen d'expression particulier comme la radio, par exemple, est «bon» ou «mauvais» ou même si les préceptes sont meilleurs que les concepts et inversement. Toutefois, lorsque des médias comme l'écriture, l'impression et les satellites modifient tout, les conséquences sont trop importantes pour qu'une classification puisse en rendre compte. On pourrait alors être tenté de se demander si la privation de médias anciens tels que la terre, l'air, le feu ou l'eau aurait pour effet de démontrer à ces classificateurs le résultat de leur propre pensée, soit l'incapacité totale de comprendre les médias. Comme l'a déjà souligné Robert Benckley, «Il y a deux catégories de gens dans le monde: ceux qui divisent le monde en deux catégories et ceux qui ne le font pas». D'un côté, on a ceux qui soutiennent que toute innovation est bonne et qu'on ne peut arrêter le «progrès», quelles qu'en soient les conséquences psychologiques et sociales. D'un autre coté, certains peuvent, à la manière de Lewis Carrol, prendre du recul par rapport à leur propre pensée, cherchant à déterminer ce qui est en charge de ce moyen d'expression et de tout autre. Ils savent de quelle quantité d'un moyen d'expression (comme l'alcool ou la télévision, cette drogue électrique) ils ont besoin.

    Avec l'invention du télégraphe, débute pour l'homme occidental l'extériorisation de son système nerveux. On sait que les inventions antérieures étaient aussi des prolongements d'organes corporels: la roue est une extériorisation du pied, les remparts de la ville sont une extériorisation collective de la peau. Les médias électroniques, quant à eux, sont un prolongement du système nerveux central, un champ global et simultané. Depuis l'invention du télégraphe, nous avons étendu nos cerveaux et nos systèmes nerveux à l'échelle du monde; avec pour résultat que l'ère électronique vit un inconfort total, comme si les humains avaient la sensation d'avoir un crâne interne et un cerveau externe. Nous sommes devenus singulièrement vulnérables. Le télégraphe commercial a été instauré aux États-Unis l'année où Kierkegaard publiait Le concept d'angoisse, soit en 1844.

    Tel Narcisse amoureux d'une extériorisation (d'une projection ou d'un prolongement) de lui-même, l'homme contemporain tombe en amour avec le dernier gadget, la dernière trouvaille, qui ne sont en fait que des prolongements de son propre corps. Lorsque nous conduisons une automobile ou lorsque nous regardons la télévision, nous avons tendance à oublier que nous n'avons affaire qu'à des extensions de parties de nous-mêmes. Or nous sommes les servomécanismes de nos inventions, lorsque nous leur répondons de la manière immédiate et mécanique qu'elles exigent. La morale du mythe de Narcisse n'est pas que les gens ont tendance à s'identifier à leur propre image, mais plutôt qu'ils s'identifient sans le savoir à des prolongements d'eux-mêmes. Ceci donne, je crois, une image assez réaliste de l'ensemble de nos technologies, et nous amène vers un sujet clé: l'idolâtrie de la technologie dans un climat de torpeur psychologique.

    Chaque génération précédant de peu des changements massifs semblera, aux observateurs ultérieurs, ne pas avoir été consciente de l'événement qui était sur le point de se produire. Il est toutefois nécessaire de réaliser que les technologies ont la capacité d'isoler les sens, ce qui leur permet d'hypnotiser la société. La formule de l'hypnose est la suivante: «un sens à la fois». Nos sens ne sont pas des systèmes fermés; ils sont plutôt inlassablement traduits les uns dans les autres pour former l'expérience que nous appelons «conscience». Or nos sens prolongés, outils ou technologies, ont jusqu'à maintenant été des systèmes fermés incapables d'interagir. Chaque nouvelle technologie diminue l'interaction des sens et la conscience pour la région qu'elle dessert; il en résulte une sorte d'identification entre l'observateur et l'objet. Cette conformité entre l'observateur et la nouvelle forme ou structure fait que les personnes qui se trouvent au cœur d'une révolution sont en même temps celles qui en savent le moins à propos de sa dynamique. Dans de telles situations, les gens ont facilement l'impression que l'avenir amènera une version élargie ou grandement améliorée du passé immédiat.

    Les nouvelles technologies électroniques, quant à elles, ne sont pas des systèmes fermés. En tant que prolongements du système nerveux central, elles traitent précisément de la conscience, de l'interaction et du dialogue. À l'ère électronique, l'instantanéité et la coexistence de nos instruments technologiques a engendré une crise sans précédent dans l'histoire de l'homme. Nos facultés et nos sens prolongés constituent maintenant un champ d'expérience unique qui requiert le développent d'une conscience collective comparable au système nerveux central. La fragmentation et la spécialisation, caractéristiques de la mécanique, sont absentes.Dans la mesure où nous ne sommes pas conscients de la nature des nouvelles formes électroniques, nous en sommes les instruments. Comme exemple de la façon dont une nouvelle technologie peut transformer les institutions et les modes de procédures, voici un extrait du témoignage d'Albert Speer, ministre allemand de l'armement en 1942, au procès de Nuremberg:

    Le téléphone, le téléscripteur et la T.S.F. ont rendu possible la communication directe des ordres du plus haut niveau au plus bas, où, en raison de l'autorité absolue dont ils étaient empreints, ils étaient suivis à la lettre; ils ont établi un lien direct entre les nombreux bureaux et centres de commandement et le pouvoir suprême, de qui ils recevaient leurs ordres lugubres sans aucun intermédiaire; ils ont permis la surveillance générale des citoyens et le haut degré de discrétion entourant les activités criminelles. Pour l'observateur extérieur, cette machine gouvernementale aurait pu ressembler à la confusion chaotique, en apparence, des lignes d'un centre téléphonique; toutefois, comme ce dernier, elle pouvait être contrôlée et dirigée à partir d'une source centrale. Les anciennes dictatures exigent des collaborateurs de haute qualité même aux niveaux de commandement les plus bas, des hommes pouvant penser et agir de façon indépendante. À l'ère des techniques modernes, les systèmes autoritaires n'ont plus besoin de tels hommes. Les moyens de communication permettent, à eux seuls, de mécaniser le commandement subalterne. Ainsi se développe un nouveau genre: l'exécutant aveugle.

    La télévision et la radio sont d'immenses extensions de nous-mêmes qui nous permettent de participer à la vie de tous les autres hommes, comme le langage le permet. Toutefois, les modes de participation sont partie intégrante de la technologie et ces nouveaux langages ont leurs propres grammaires.

    Les façons de penser imposées par la culture électronique sont très différentes de celles qu'entretient la culture de l'imprimé. Depuis la Renaissance, la plupart des méthodes et des procédures ont fortement tendance à mettre l'accent sur l'organisation visuelle et la mise en pratique de la connaissance. Les hypothèses latentes engendrées par la segmentation typographique se manifestent dans la fragmentation des arts et la spécialisation des tâches sociales. L'alphabétisation entraîne la linéarité, une conscience et un mode de procédure de style «une chose à la fois». Il en découle la ligne de montage et l'ordre de combat, la hiérarchie administrative et la départementalisation du décorum scolaire. Gutenberg nous a donné l'analyse et l'explosion. En fragmentant le champ de la perception et en décortiquant l'information en unités statiques, nous avons accompli des merveilles.

    Les médias électroniques procèdent toutefois différemment. La télévision, la radio et les journaux (à l'époque où ces derniers étaient liés au télégraphe) occupent l'espace auditif, c'est-à-dire la sphère des relations simultanées engendrées par l'action d'entendre. Nous entendons de toutes les directions à la fois; ceci crée un espace unique qui ne peut être visualisé. La simultanéité de l'espace auditif est exactement le contraire de la linéarité, du fait de prendre une chose à la fois. Il est très étonnant d'apprendre que la mosaïque d'une page de journal possède une structure de base «auditive». Chaque organisation dont les composants coexistent sans lien ou branchement direct (créant ainsi un champ de relations simultanées) est auditive, même si certains de ses aspects sont visibles. Les articles de nouvelles et les publicités qui se trouvent sous l'en-tête d'un journal ne sont reliés que par cette en-tête. Ils n'ont aucun lien logique ou autre. Ils forment cependant une mosaïque ou une image composite dont les parties s'interpénètrent. Ce type d'ordre tend aussi à exister au sein d'une ville ou d'une culture. Il s'agit d'un type d'unité orchestrale et résonante, et non de l'unité propre au discours logique.

    Le pouvoir tribalisant des nouveaux médias électroniques, la façon avec laquelle ils nous ramènent aux champs unifiés des vieilles traditions orales, à la cohésion tribale et aux schèmes de pensée pré-individualistes sont très peu compris. Nous entendons par tribalisme le sentiment de profonde appartenance à la famille, société fermée et norme de vie communautaire. L'alphabétisation et la technologie visuelle ont dissous la magie tribale par l'accent mis désormais sur la fragmentation et la spécialisation; ainsi ont-ils créé l'individu. Les médias électroniques, quant à eux, optent pour le groupe. Ils réduisent le monde de l'homme, à l'ère de la post-alphabétisation, à une tribu ou un village où tous les gens sont affectés par les mêmes choses en même temps; tout le monde sait tout sur tout ce qui se produit, au moment où cela se produit, et y participe donc. En Amérique du Nord, l'incompréhension de ces choses et le pouvoir neutralisant de la technologie réduisent les populations à l'impuissance face à la révolution en cours, celle de l'image télévisuelle, au sein de nos sens et de nos vies. Cette arnaque est comparable à ce que les Européens ont vécu dans les années 1920 et 1930, lorsque la nouvelle «image» radiophonique s'est mise à reconstituer, du jour au lendemain, le caractère tribal, depuis longtemps absent de la vie européenne. Notre monde lourdement visuel était immunisé contre l'image radiophonique, mais non contre la portée inquisitrice de la mosaïque télévisuelle.

    Il serait difficile d'imaginer une confusion plus grande que celle dans laquelle nous vivons. L'alphabétisation nous a permis d'associer le champ visuel au champ auditif et de détribaliser cette partie de l'humanité que nous appelons Occident. Nous sommes engagés dans un programme accéléré de détribalisation des régions éloignées de la planète par l'implantation de notre ancienne technologie de l'imprimé, au moment même ou nous sommes retribalisés par la nouvelle technologie électronique. Tout se passe comme si nous devenions conscients de l'inconscient, en appuyant consciemment des valeurs inconscientes à l'aide d'une conscience de plus en plus éclairée.

    En extériorisant notre système nerveux central, nous retrouvons un état nomade primaire. Nous ressemblons à l'homme paléolithique le plus primitif, errant une fois de plus à la surface du globe, à la différence près que nous sommes à la recherche d'informations plutôt que de nourriture. À partir de maintenant, l'information sera à la source même de la nourriture, de la richesse et de la vie. La transformation de l'information en produits pose maintenant un problème aux experts de l'automatisation, puisqu'elle n'exige plus l'extrême division des compétences et du travail humains. L'automatisation, comme nous le savons tous, rend superflue l'utilisation de personnel. Cela terrifie l'homme mécanique puisqu'il ne sait que faire de cette transition; celle-ci ne signifie toutefois que la fin du travail, purement et simplement. Le concept de travail est intimement lié à celui de spécialisation, de fonctions spécialisées et de désinvestissement; avant la spécialisation, il n'y avait pas de travail. L'homme de l'avenir ne travaillera pas (l'automatisation travaillera pour lui) mais il pourra s'investir totalement à la manière d'un peintre, d'un penseur, d'un poète. Lorsque l'homme travaille, il ne s'investit que partiellement. Il ne s'investit totalement que dans ses loisirs ou ses jeux.

    À l'ère électronique, l'environnement de l'homme ne peut être que la planète, son occupation, la recherche d'informations. Par le simple fait de transmettre de l'information et d'assembler les informations les unes avec les autres, tout moyen d'expression quel qu'il soit crée de vastes richesses. La société la plus riche du monde, American Telephone and Telegraph, n'a qu'une seule fonction: la transmission d'informations. Le simple fait de discuter entre nous crée de la richesse. Tout enfant regardant la télévision devrait être rémunéré puisqu'il crée de la richesse pour la communauté. Cette richesse n'est toutefois pas monétaire. L'argent est désuet puisqu'il sert à emmagasiner travail (et le travail, comme nous l'avons constaté, est lui-même désuet). Au sein d'une société non spécialisée et sans travail, l'argent n'a aucune utilité. Nous n'avons besoin que d'une carte de crédit, qui n'est en fait que de l'information.

    Lorsque de nouvelles technologies s'imposent au sein de sociétés depuis longtemps habitées par d'anciennes technologies, il en résulte des anxiétés de toutes sortes. Notre monde électronique exige maintenant un champ de conscience unifié et global; le genre de conscience personnelle que l'on retrouve chez l'homme alphabétisé peut être considéré comme une aberration insupportable dans la conscience collective exigée par la transmission électronique d'informations. Face à une telle impasse, la suspension de tout réflexe automatique semble appropriée. Je crois que les artistes, de tous les médias, sont ceux qui répondent le plus rapidement aux défis posés par les nouvelles tensions. J'aimerais aussi indiquer qu'ils nous enseignent la façon d'intégrer les nouvelles technologies à nos vies sans pour autant détruire les anciennes formes et réalisations.

    Aujourd'hui, la technologie électronique augmente la rapidité avec laquelle se déroulent la vie de tous les jours et les événements quotidiens, à tel point que l'homme ordinaire ne comprend plus le monde contemporain. L'homme du XXe siècle n'est pas éveillé, mais bien somnambule. On lui a imposé un trop grand nombre de trouvailles. Celles-ci l'ont rendu inerte et inconscient. Les grands artistes des cent dernières années ont essayé de souligner ce fait de la société. L'augmentation de la rapidité des communications a engendré une crise d'identité. Elle élimine l'image même de soi. La personnalité non individuelle en est l'inévitable résultat. Quelle ironie de constater que lorsque toutes les barrières de la conscience individuelle tombent, la forme de conscience collective qui en résulte n'est qu'un rêve tribal. Les motifs d'un tel monde de rêve deviennent invisibles pour les anciens procédés de la perception. Dans ce monde de rêve, il y a des illusions électriques, des motifs de conspiration semblent apparaître aux endroits où il n'y en a pas, et disparaître aux endroits où ils existent bel et bien. Cette illusion électrique provient de la capacité de l'ordinateur de créer des environnements multiples et de rendre les murs invisibles.

    Imaginez les foules comme étant faites d'argile vivante. La technologie, une fois constituée en environnement partagé, façonne cette masse d'argile. Imaginez chaque technologie en tant que signe astrologique, imprimant sa dynamique particulière. Imaginez ensuite l'interaction de chaque technologie avec toutes les autres; les motifs suggérés en deviennent presque mathématiques. Introduisez ces motifs dans un ordinateur, et voilà! Vous obtenez des algorithmes sociologiques. On programme l'apparence de votre environnement selon les désirs des gestionnaires du théâtre global sans mur. Quelqu'un d'autre crée, pour vous, la réalité. Il s'agit d'un projet de projection subliminale complet.

    Tout au long de nos vies, nous recevons des messages sans en saisir le sens, ou nous comprenons intuitivement des significations complexes sans être particulièrement conscients du message véhiculé. Nous avons toujours tenu ce dernier pour la meilleure partie de l'éducation, c'est-à-dire du «conditionnement culturel». En fait, nous sommes déjà passés à l'étape suivant la projection subliminale, en permettant aux aveugles de faire l'expérience de la télévision par branchement direct sur les centres nerveux du cerveau, contournant ainsi totalement la perception physique et externe. Actuellement, nous passons rapidement d'une ère où les affaires sont au centre de la culture à une ère où c'est la culture qui est au centre des affaires. Entre ces deux pôles se trouvent les industries énormes et ambiguës du divertissement. Au fur et à mesure que les nouveaux médias dévoilent leurs pouvoirs, les industries du divertissement englobent de plus en plus l'ancienne culture des affaires. Ainsi, l'industrie télévisuelle est une partie indissociable de l'industrie publicitaire, puisqu'elle lui procure la trame dramatique de consommation pour laquelle les publicités ne font que fournir les nouvelles. Entre-temps, les jeunes sont soumis à un conditionnement total par projection subliminale d'une façon tout à fait indépendante de ce qu'ils obtiennent à l'école ou à l'université. Ce conditionnement extrêmement élargi et confus issu des nouveaux médias est encore plus efficace, puisque nous l'étiquetons à l'ancienne comme étant un «divertissement». Si nous avions la moindre stratégie en vue de préserver nos valeurs, nous procéderions sans tarder à la reformulation du divertissement en culture, le retirant ainsi de la région de projection subliminale qui lui confère un pouvoir de persuasion omnipotent et sans discernement.

    Il n'y a aucune différence de résultat entre notre industrie du divertissement et les programmes asiatiques et soviétiques de lavage de cerveau. Notre dégoût est canalisé de façon irrationnelle vers l'intention délibérée de remodeler la conscience, puisque nous avons passé des siècles à concevoir des manières plus complexes et plus subtiles d'arriver aux mêmes fins. Dans son ouvrage intitulé New Lives for Old, Margaret Mead documente la révolution, de l'âge de pierre à l'âge supersonique qui s'est produite en l'espace de dix ans dans les Iles de l'Armirauté. Sa thèse est que cette révolution a été plus douce et moins corrosive en ce qui concerne le moral que si elle avait eu lieu par étapes. Nous expérimentons tous l'aliénation que vivent nos enfants, qui ont du mal à passer de nos traditions à celles de l'ère de la «réalité virtuelle». Nous continuons pourtant d'adopter le mode subliminal d'appréhension. Nous persistons à utiliser des concepts archaïques quand il s'agit de traiter et d'observer nos problèmes les plus urgents. Rappelons-nous les deux indiens Navajo qui discutaient tranquillement par signaux de fumée, lorsqu'une explosion atomique se produisit au beau milieu de l'espace qui les séparait. Plus tard, dans la conversation, l'un d'eux a transmis le commentaire suivant: «Dieu, que j'aurais aimé en avoir dit autant!»

    Source

    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01

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