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    Dossier: Idéalisme

    Réflexions critiques sur l'idéalisme italien

    Louis Valcke, Jacques Leclercq

    Extrait d’une lettre de Jacques Leclercq à Louis Valcke (Louvain, 3 avril 1957)

    J’ai lu avec intérêt les pages que vous m’avez envoyées. Vous avez raison de commencer (...) par un exposé de la philosophie italien au début du XXe siècle. Cette philosophie est fort peu connue ici et ce que vous dites de Croce et Gentile en particulier paraîtra original. D’ailleurs cette philosophie n’a guère exercé d’influence hors d’Italie.

    (...)

    En ce qui concerne l’idéalisme, je suis, une fois de plus frappé,  notamment dans l’immanentisme de Croce, de voir que ce qu’ils disent de la pensée est simplement ce que nous disons de Dieu. Malheureusement ils ont perdu le sens de Dieu, en partie à cause de la façon maladroite dont la philosophie populaire en parle. La philosophie qui vient de la tradition judéo-chrétienne, avec la distinction de Dieu et du monde, reliés par la création, est d’une richesse telle qu’une fois assimilée, elle est seule à donner une explication satisfaisante du réel. Mais ils ont perdu le sens de la distinction de Dieu et du monde, et, se rendant compte que l’Esprit est premier, ils ne savent où le situer.

    Tout ce qu’ils disent de l’Esprit, nous le disons de Dieu. Il est vrai que Dieu est pensée et qu’il est à l’origine de tout. Il est vrai que Dieu est l’Être simple, qu’il n’y a donc en lui ni parties, ni divisions, que la pensée en lui n’est pas autre chose que le vouloir, que l’acte créateur de Dieu est simplement de penser le monde existant. Quand Dieu pense le monde existant,  le monde existe; ce que Dieu ne pense pas existant n’existe pas. Si Dieu pense le monde existant en lui-même ou hors de lui, Dieu, le monde existe en lui-même, hors de Dieu. Et pourtant il n’existe qu’en Dieu, puisque son existence, c’est d’être pensé existant par Dieu.

    Nous faisons constamment de l’anthropomorphisme. Nous partons de l’homme; nous partons de ce que l’homme existe, de ce que notre premier objet de connaissance, c’est l’homme et le monde existant en eux-mêmes; puis nous cherchons la cause et nous remontons ainsi péniblement à Dieu; mais quand on a l’esprit philosophique, on se rend compte que ce qui existe d’abord est la pensée, que tout le reste ne peut exister que par et dans la pensée. Donc ce qui existe d’abord, ce qui est évident et certain, c’est la Pensée ou Dieu. Ensuite le reste, qui est objet d’expérience, que nous constatons en fait, mais ne s’impose à notre esprit qu’à titre d’expérience et non de nécessité rationnelle, on l’explique comme on peut.

    Notre tradition l’explique par la création. C’est une idée à la fois profondément satisfaisante, puisqu’elle explique que le monde ne soit pas Dieu tout en étant de lui; mais c’est aussi une notion fort peu compréhensible en ce sens que nous n’avons aucune idée de ce que c’est. On ne connaît clairement que ce qu’on peut ramener à une connaissance antérieure. O r nous ne pouvons ramener la création à aucune des connaissances que nous trouvons dans notre bagage humain.C’est donc uniquement un terme logique unissant les deux notions de causalité divine totale et de distinction du monde et de Dieu.

    En somme, on ne distingue pas habituellement, même chez nous, ce point de vue de Dieu et de l’homme. (...) L’homme reconnaît la vérité parce que le réel s’impose à lui. Le réel ne s’impose pas à Dieu; le réel n’existe que parce que Dieu le pense existant. (...); mais Dieu fait la vérité en créant l’être puisqu’il n’y a pas de vérité hors de l’être et qu’il n’y a pas d’être sans Dieu.

    Réponse de Louis Valcke (Rome, 2 mai 1957)

    Je vous remercie de la longue et très intéressante lettre que vous m’avez envoyée.

    Les idées que vous y exposez répondaient précisément à un problème que je me posais au sujet de l’idéalisme. J’ai en effet eu beaucoup de difficulté à comprendre ce que l’idéalisme entend par «Esprit». Il me semblait que parfois les auteurs en parlent comme d’un «Esprit Transcendant» et d’autres fois comme de l’esprit humain. C’est ce manque de distinction qui embrouille toute la question.

    Cet idéalisme absolu qu’est l’immanentisme de Croce perd non seulement le sens de Dieu, mais perd aussi la notion de la valeur réelle de l’homme. On pourrait dire qu’ils s’arrêtent à mi-chemin. Ils reconnaissent la valeur absolue de l’esprit, mais ne faisant pas de distinction entre Dieu et l’esprit humain, ils «divinisent» ce dernier.

    Par conséquent, leur conception de l’esprit humain elle aussi est faussée, car ils sont forcés d’en faire une sorte d’entité intersubjective qui se réalise dans chaque homme en particulier. Quelle est alors l’existence réelle de cette entité, existe-t-elle de quelque façon en dehors de l’homme, ou n’est-elle que la somme des «esprits humains»? Dans le premier cas, l’homme perd toute valeur en tant que personne, n’étant plus qu’une réalisation ou qu’une émanation de cette entité intersubjective et perdant par conséquent toute liberté et toute initiative. D’autre part, si l’«Esprit» n’existe pas autrement qu’en tant que somme des «esprits humains» on ne voit plus en quoi peut consister son unité ni comment il peut réellement être premier.

    Il ne semble pas que Croce ni Gentile aient remarquer ces contradictions. Il en est certainement autrement de Del Vecchio. A différentes reprises il dit que «l’homme reconnaît la Vérité et a comme tâche de transformer le monde d’après cette Vérité telle qu’elle s’impose à lui». Cette idée revient très souvent quand il étudie le sens de l’histoire ou le sens de la justice humaine.

    Une telle conception implique, me semble-t-il, que Del Vecchio fasse la distinction entre Esprit divin et Esprit humain. Cette distinction ne devient explicite que dans ces dernières années, mais elle n’est que le développement logique d’une idée fondamentale à laquelle il est toujours resté fidèle.

    C’est pour cela que je ne pense pas que sa conversion marque un tournant dans sa philosophie. Elle l’a rapproché de St Thomas, sans doute, mais uniquement en ce que Thomas pouvait l’aider à exprimer plus clairement cette pensée que l’on peut retrouver comme fil conducteur à travers toute son oeuvre. Les citations qu’il fait de textes de Thomas sont plus nombreuses, mais je ne pense pas qu’il soit possible d’en trouver une seule qui soit en contradiction avec ce qu’il a écrit avant sa conversion.

    Ce sont ces idées que je tâche de développer dans la critique de l’idéalisme italien, et je crois important de souligner encore les différences entre les diverses tendances de ce courant idéaliste, entre Del Vecchio et Gentile ou Croce par exemple.

    Je vous remercie des ouvrages que vous m’indiquer. J’ai pu me les procurer dans la bibliothèque de Del Vecchio. Ils me sont très utiles pour souligner cette sorte de positivisme à rebours dans lequel retombe souvent l’idéalisme.

    Source

    Ces documents sont conservés au Service des archives de l'Université de Sherbrooke

    Date de création : 2017-09-19 | Date de modification : 2017-09-19
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