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    Dossier: Red Tory

    Phillip Blond, ou l’irrésistible ascension d’un philosophe-roi (et sa chute)

    Stéphane Stapinsky

    On n'a pas encore réussi à assurer de le développement de la zone intermédiaire entre l'État (centralisateur) et le marché (néo-libéral). Au Royaume-Uni, il y a quelques quelques années, un homme a failli réussir cet exploit : Phillip Blond, qui fut pendant un moment le conseiller charismatique écouté du prince Cameron. L'histoire de l'ascension et de la chute de Blond dans un parti conservateur en mal d'une âme nécessaire à la reprise du pouvoir, histoire brève mais néanmoins marquée de rebondissements captivants, intéressera au plus haut point ceux qui ont à coeur la survie de la Philia. Philia (l'amitié qui fait les communautés), c'est le nom que nous avons donné ici, à l'Agora, à ce que d'autres appellent le troisième secteur : plus vivant que l'État et plus humain que le marché. 

    Certaines choses demeureront à jamais pour moi un mystère. Ainsi en est-il de certains aspects du parcours de l’auteur de ces lignes :

    « Mme Thatcher, élue en 1979 , a initié une modernisation plus que nécessaire de l'économie britannique . Malheureusement, elle a jeté le bébé avec l'eau du bain en sacrifiant complètement la totalité de la société civile britannique et les valeurs qu'elle chérissait aux diktats d’un néo-libéralisme, dont elle n’aurait jamais supporté les conséquences et dont elle n’a manifestement pas compris le fonctionnement . Au lieu d'un capitalisme populaire avec des marchés ouverts et libres, ce que nous avons eu a plutôt été un capitalisme captif des concentrations de capitaux, un marché monopolisé par les droits acquis et la domination de ceux qui détenaient déjà la richesse. Avec la moitié inférieure de la population progressivement appauvrie et sujette  à un éventail toujours plus large de barrières à l'entrée sur le marché, de plus en plus de gens ont été incapables de profiter de la promesse d'un capitalisme pour tous. À défaut d'investissements ou de mécanismes de transition destinés à soutenir ceux qui n'étaient pas encore prêts pour la concurrence et les gains qu'elle permet, toute une Angleterre traditionnelle, des régions entières et une ou deux générations ont été sacrifiées aux exigences du marché néo-libéral. Si le socialisme a contribué à détruire la sphère privée , Mme Thatcher a achevé l'éviscération de la culture britannique en permettant que le même sort soit réservé à la sphère publique. L'idée la plus manistement contraire au conservatisme selon laquelle le marché est l'arbitre ultime des valeurs et la mesure de toutes choses a eu pour conséquence que la société civile a été ignorée et que les intérêts de l'Etat et ceux du  marché ont été considérés comme synonymes ». (1)

    Comment un tel auteur, qui écrit des choses si dures sur le règne de l’icône conservatrice Margaret Thatcher (ce sont, à mon sens, de la part d’un membre de la droite, parmi les critiques les plus dures que j’ai lues sur elle), comment cet auteur peut-il, au début des années 2010, pendant plus de deux ans, être le conseiller privilégié de David Cameron, chef (et plus tard Premier ministre) du parti conservateur britannique – formation dont l’establishment est encore rempli d’admirateurs de la Dame de Fer et de tenants de son message idéologique? Comment tout cela fut-il possible en ce royaume du néo-libéralisme qu’est la Grande-Bretagne, en ce paradis fiscal que domine la City, centre financier du monde, dirigée par une élite économique toute-puissante dont le véhicule politique privilégié est ce même parti conservateur? Pour moi, en dépit de toutes les lectures, de toutes les recherches que j’ai pu faire, en dépit de toutes les explications politico-historico-sociologiques qu’on a pu donner, cela reste un mystère.

    C’est comme si le Parti québécois avait accueilli, au sein de son équipe de stratégie, l’intellectuel fédéraliste le plus brillant du moment. Ou encore que Justin Trudeau insérait dans sa garde rapprochée, un adversaire farouche du multiculturalisme et du chartisme et qu’il s’inspirait de lui pour échafauder ses politiques. Impensable. Mais pourtant c’est bien arrivé dans le cas de Phillip Blond.  Et cet article entend livrer quelques pistes pour comprendre l’aventure extraordinaire de cet intellectuel public dans les hautes sphères du gouvernement anglais. Mais, au contraire des téléromans, on verra que l’histoire ne finira pas trop bien.  Internet nous aura en effet permis d’assister, presque en direct, à l’ascension et à la disgrâce d’un intellectuel de la part d’un pouvoir qu’il a pourtant servi honnêtement et qui s’est servi de ses idées pour faire passer en douce une politique beaucoup moins noble que celle présentée sous le label de « Big Society » . Même si, convenance britannique oblige, les choses se feront apparemment en douceur et que les apparences seront préservées. En effet, Phillip Blond n’est-il pas toujours aujourd’hui un intellectuel de premier plan, dirigeant le think thank Res Publica?


    Mais qui est donc Phillip Blond?

    Comment cet obscur professeur de théologie d’une université britannique a-t-il pu devenir un homme d’influence, le « philosopher-king » du premier ministre David Cameron, ainsi que plusieurs médias anglais l’ont désigné? 


    L’homme dégage (et n’y voyez rien de déplacé) une indéniable séduction. Il aime visiblement prendre la pose.  Bien des photos prises de lui nous le montrent « sculptant » son image. Peut-être le fait d’être né dans une famille où les arts ont eu de l’importance (son père était peintre et marchand d’art) a-t-il joué un rôle. Pour l’anecdote, il est le demi-frère de l’acteur anglais Daniel Craig, qui incarne depuis quelques années James Bond au petit écran. On fait souvent des blagues sur la ressemblance entre le patronyme de l’intellectuel et le nom du célèbre espion anglais créé par Ian Flemming. Blond, qui admire l’acteur, précise toutefois « qu’il ne fait pas partie de sa vie ».

    Dans les médias, je l’ai vu maintes fois comparé à un dandy.  J’ai aussi lu, à son sujet, l’expression « Beau Brummel ». Je cite, au passage, cette description faite de lui lors d’une de ses visites aux États-Unis : « Avec son teint rougeaud, ses cheveux bruns courts, son nez romain, sa façon volubile de s’exprimer, et une voix tonitruante, infléchie par un accent anglais du nord du pays, un accent de quelqu’un qui appartient à la classe supérieure, Blond a le "look" du Richard Burton de 1965. A quarante-cinq ans, il a l'énergie d'un homme beaucoup plus jeune ».

    Cela étant dit, on aurait tort de le prendre pour un simple bellâtre, une coquille vide, un esprit superficiel. L’intellectuel est visiblement brillant. Il a une vaste culture, qui chevauche bien des branches du savoir. Conférencier, il parle d’abondance et sait captiver son auditoire. Confiant en ses moyens, on sent qu’il est à même de convaincre. C’est assurément un bon « vendeur ».

    Je ne veux surtout pas réduire l’origine d’une entreprise intellectuelle complexe à un seul aspect. Je dirai pourtant qu’une préoccupation semble apparaître assez tôt chez lui : le souci d’améliorer la condition des plus pauvres dans la société anglaise. Pour Blond, « la grande catastrophe des trente dernières années, c'est la destruction du capital, des actifs et de l’épargne des pauvres : en Grande-Bretagne, la part de la richesse nationale (excluant l’immobilier) que possèdent les 50 pour cent de la population les plus pauvres a chuté de 12 pour cent en 1976 à seulement 1 pour cent en 2003 ». (3)  Et : « Je suis un petit peu “rouge” et un petit peu “tory”. C’est la meilleure façon d’aider les pauvres (4) », dit-il dans une entrevue pour expliquer son affiliation politique. Pour moi, c’est une sorte de sceau qui authentifie sa démarche.

    J’évoquais plus haut Margaret Thatcher. Il revient souvent, dans ses écrits, sur les ravages causées par les politiques de la Dame de Fer dans la cité ouvrière de Liverpool où il a grandi. « Alors qu’il était adolescent, Phillip Blond a été témoin, dans cette ville, des conséquences brutales des politiques mise en œuvre par le gouvernement de Mme Thatcher. ‘’Cela m'a profondément touché (...) J'aime cette ville, c’est pour moi la plus grande ville de Grande-Bretagne’’, me dit-il. ‘’Je ne comprenais pas pourquoi les gens devaient tant souffrir, pourquoi des communautés entières devaient être détruites.’’ (...) "Cela a été traumatisant", dit-il. ‘’J'ai vu les bouleversements dans la vie d’honnêtes gens, de gens ordinaires pris entre les politiques insensées des militants syndicaux et la brutalité du thatchérisme." C’était une période d'émeutes, la destruction  "thatchérienne"  de l’industrie lourde et de fabrication. Il dit : "J'ai vécu dans notre ville pendant qu'elle était éviscérée. C'était une très belle ville, l'une des rares en Grande-Bretagne à avoir une véritable culture indigène. Ce mode de vie a été balayé à jamais’’ ». (5)

    Cette dimension générationnelle de sa pensée politique est un fait qui a d’ailleurs été relevé par certains analystes : « Le fait d’avoir grandi dans une ville ravagée, d'abord par la récession, ensuite par la désindustrialisation, a clairement été une expérience qui a façonné ses idées politiques, en leur donnant un tonalité nostalgique, élégiaque ». (6)   

    Dans un article retentissant publié en 2009 dans le magazine Prospect, puis, quelques mois plus tard, dans un ouvrage intitulé Red Tory : How Left and Right Have Broken Britain and How We Can Fix It, Blond a exposé en détails sa pensée et a évoqué certaines des influences intellectuelles qui l’ont marquée.  Mark Stricherz, de la revue The Catholic Thing, a bien résumé en quelques lignes le cœur de la philosophie politique blondienne contenue dans ces écrits : « Le programme politique de Blond, et il l’a maintes fois répété, est de ‘’remoraliser’’ le marché, de ‘’relocaliser’’ l'économie et de ‘’recapitaliser’’ les pauvres. Il souhaite la création d’un Etat civique ou associatif pour remplacer l'état néo-libéral actuel – il s’agit d’un programme politique qui, laisse-t-il entendre, serait en mesure de briser les trusts économiques ». (7)

    Les « Red Tories » 

    L’expression « Red Tory » qu’il s’approprie volontiers (voir le dossier dans l’Encyclopédie) évoquera d’ailleurs quelque chose à nos lecteurs québécois et canadiens. Elle fait référence à ces  conservateurs « progressistes » -- conservateurs sur le plan social mais ouverts à certains aspects de l’État-providence, refusant le libertarisme économique ou le néo-libéralisme, qui constituaient le volet de « gauche » de ce qui était alors, à l’échelon fédéral, le Parti progressiste-conservateur. (Dans notre ignorance, jeunes, nous nous moquions de cette appellation « progressiste-conservateur », que nous voyions comme un oxymoron. Depuis l’ère Mulroney, et avec l’avènement du roi Harper, nous découvrons que nous avions tort de nous moquer). 

    Pensons à George Grant et à son ouvrage célébrissime : Lament for a Nation : the Defeat of Canadian Nationalism (1965). Parmi les figures principales de la mouvance « Red Tory » qui ont œuvré au sein du parti conservateur fédéral, mentionnons les chefs John Diefenbaker, Robert Stanfield et Joe Clark. Avec le gouvernement Mulroney, puis l’absorption du parti conservateur par l’Alliance canadienne, cette aile progressiste a été laminée. Le parti « conservateur » canadien défend aujourd’hui une sorte de républicanisme américain apprêté à la sauce canadienne, dont Stephen Harper est le plus bel exemple : conservatisme fiscal, néolibéralisme, démantèlement de l’État-Providence, discours de la loi et de l’ordre, etc.…

    Une intéressante définition de l’expression « Red Tory » nous est donnée par un intellectuel américain qui réfléchit à la pertinence de la pensée de Blond pour les conservateurs de son pays : « Les "Red Tories" ne peuvent être qualifiés de ‘’rouges’’ que parce qu’ils croient que nous avons des obligations envers tous nos compatriotes, et ils soutiennent que la solidarité sociale est une partie vitale de l'amour de son pays. Ils sont d’avis que le paysage fait partie du patrimoine de la nation au même titre que les coutumes et les institutions. Les "Red Tories" sont également conscients que la république est imparfaite si la dépendance envers le gouvernement central est remplacée par celle envers la richesse privée concentrée; c’est ce qui explique qu’ils mettent à la fois l’accent sur la décentralisation politique et sur la décentralisation économique. Sans elles, l'indépendance politique et économique relative des communautés locales est impossible, et, une fois que cela a été perdu, l'autonomie et la liberté s’érodent peu à peu et disparaissent ». (8)

    Dans le cas de Blond, les mots « Red Tory » prennent un sens légèrement différent de celui qu’il ont au Canada. Je pense en effet qu’il se situe un peu plus à droite que les « Red Tories » canadiens, qu’il est, par exemple, plus critique de l’État-providence. 

    Blond se rattache assurément à un courant sinon « progressiste », à tout le moins critique des abus de l’industralisation et du capitalisme au XIXe et début du XXe siècle en Angleterre. Il dit avoir beaucoup d’affinité avec « la tradition conservatrice de réforme du capitalisme telle qu’incarnée par Disraeli. Dans son projet de « recapitalisation » des pauvres, il dit s’inscrire dans la suite de ces conservateurs du XIXe siècle que furent Cobbett, Ruskin et Carlyle, qu’il associa à « Tawney et au distributisme de Chesterton, Belloc et Skelton – qui savaient tous que, sans quelque chose à échanger, on ne peut pas entrer sur le marché ». (9)

    On le voit, Blond remet à la fois en question les excès de l’intervention étatique mais aussi ceux du capitalisme monopolistique. Pour Ed West,  journaliste du Telegraph (publication proche du Parti conservateur), « On décrit le mieux Blond en disant qu’il est un chestertonien ou un hitchenien (en référence à Peter, et non pas à son frère Christopher), car il est d’avis que de tout abandonner au libre marché détruit tout ce qui a du prix aux yeux des conservateurs, à savoir la tradition, la vie de famille et la société. D'autre part, l'État-providence, cette grande vache sacrée intouchable du socialisme, a, selon lui, entièrement détruit les communautés de la classe ouvrière, en faisant disparaître le soutien mutuel entre les personnes, ce qui a eu pour conséquence l'atomisation de ces communautés et la disparition, en leur sein, de toute aspiration à s’en sortir, rendant ainsi les gens égoïstes, apathiques et paresseux ». (10)

    Cette double critique est parfois réduite, chez certains commentateurs libéraux, à la seule critique de l’État-providence (et ce d’autant plus que le projet de « Big Society » de la coalition  conservatrice-libérale-démocrate, auquel le nom de Blond est associé, a été vidé en grande partie de sa substance et qu’il se réduit, en vérité, au simple démantèlement des structures de l’État britannique, accompagné d’une décentralisation pour laquelle les budgets n’ont pas suivi). Pourtant, il faut y insister, Blond est tout aussi sévère pour les excès de la droite néolibérale  que pour ceux de la gauche étatiste et libertarienne sur le plan moral. Le nouveau journal français libéral L’Opinion incluait Blond récemment dans la série de portraits de « ces libéraux qui s'assument » en le présentant comme celui qui « veut révolutionner le libéralisme ». (10b) Certes, Blond ne rejette pas le capitalisme, mais le caractériser principalement comme « libéral », n’est-ce pas un peu simpiifier la réalité?  Un libéral bon teint écrirait-il  en effet ces lignes? :

    « Les conservateurs qui croient aux valeurs, à la culture et à la vérité doivent donc y réfléchir à deux fois avant de se désigner eux-mêmes comme ‘’libéraux’’. Le libéralisme ne peut être une vertu que lorsqu'il est lié à une politique du bien commun, un problème que les plus brillants parmi les libéraux – Mill , Adam Smith et Gladstone – ont su reconnaître mais qu’ils ont été incapables de résoudre. Une vision de la "vie bonne" ne peut pas provenir de principes libéraux. Le libéralisme sans limite produit le relativisme atomisant et l'absolutisme étatique. Dans la mesure où tant les Conservateurs que les Travaillistes ont été contaminés par le libéralisme, le véritable héritage ‘’gauche-droite’’ de la période d'après-guerre, on ne s’en surprendra pas, est un Etat autoritaire centralisé et une société fragmentée et en décomposition.

    En ce qui concerne le libéralisme, la gauche a doublement péché. Elle a d’abord produit un État gestionnaire qui a détruit l'ancien mutualisme de la classe ouvrière. Et, en second lieu, elle a contribué à détruire la moralité tant de la classe moyenne que de la classe ouvrière; revendiquant la permissivité, elle a permis la transformation en marchandise du sexe et du corps, favorisant ainsi l’apparition, à la fin des années 1960, de cette sorte de parasite licencieux et vide, ayant pour seul but la recherche du plaisir. Ce libertarisme de gauche a répudié tous les liens de parenté et d’amitié, et quoiqu’il se voulait utopique dans ses ambitions, son véritable héritage a été la contre-utopie des familles divisées, des enfants sans parents et le relativisme moral paresseux de l'élite professionnelle libérale. En ce sens, la gauche était "de droite" des années avant la droite, et elle a créé les conditions rendant possible la recherche généralisée du seul intérêt égoiste qu’on a vu fleurir à l’époque de Thatcher. Le consensus politique actuel est d’être "libéral de gauche" en matière de culture et "libéral de droite" en économie. Et c’est justement en ces domaines-là qu’il ne faudrait pas l’être ». (11)

    Par ailleurs, Blond, et c’est heureux, n’est pas de ces intellectuels de droite sectaires, qui démonisent tout ce qui vient de la gauche, sans faire la moindre nuance. Son maître, John Milbank, avec qui il partage bien des idées, se réclame d’ailleurs plutôt de la tradition du socialisme chrétien (« Christian socialist tradition »). On notera par ailleurs que Blond emploie sans réserve le mot « néolibéralisme », un concept dont plusieurs intellectuels de la droite libérale contestent la légitimité et qui, selon eux, est un usage réservé de la gauche (12).

    Et, revenant aujourd’hui sur ses années de jeunesse, où il avoue avoir été sensible aux idées de gauche, du moins d’une certaine gauche, il écrit : 

    « Ce que j’aimais dans le socialisme, c’était son souci de la justice sociale, à savoir l'idée que la société doit être organisée selon les principes de l'équité, de la bonté et de la justice. Et il faut le dire, de nombreuses politiques admirables sont venues de la gauche : le refus du racisme, le vote des femmes ou l'extension du vote aux personnes qui ne sont pas propriétaires. Historiquement, la gauche a eu tendance à se situer du côté de la justice sociale. À l'époque, il me semblait que seule la tradition radicale de gauche croyait réellement à une société administrée pour le bien de tous. J'étais également républicain, au sens où j’avais le souci d’échanger avec de bonnes personnes par delà les différences de classe sociale et de culture. Je ne pourrais jamais comprendre pourquoi certaines personnes méprisent ceux qui ne diffèrent d’elles qu’en raison de leur classe sociale ou de leur race, ni pourquoi, du seul fait du hasard de la naissance, le riche se sent supérieur aux pauvres. Il me semblait alors que la droite de l’époque n’avait rien à tirer de la pauvreté, de l'exclusion sociale et de l’impuissance dans laquelle étaient plongés bien des gens.

    Et j’approuvais la critique que l’on faisait, sur le plan éthique, du capitalisme débridé, et je croyais en une vie où les valeurs ne sont pas fondées sur la seule stimulation des désirs ou l'avarice humaine. Ces valeurs ont su préserver le mouvement écologiste alors que tous les autres idéalismes semblent avoir disparus. Les meilleurs éléments de la gauche, dans les années 1980, aspiraient encore à une vie bonne s’appuyant sur des besoins réels et des désirs authentiques. Ils appelaient à une responsabilité collective et sociale vis-à-vis de la planète et de ses habitants. Cette gauche était également demeurée internationaliste et manifestait une ouverture à l’autre : elle s’opposait à l’apartheid, était préoccupée par le bien-être du Tiers-Monde. J'ai aimé toutes ces choses et je me sentais attiré par l' idéalisme politique radical que ces attitudes impliquaient ». (13)

    Les idées de Blond évoquent pour moi celles du philosophe français Jean-Claude Michéa, représentant éminent, de l’autre côté du spectre politique, de ce courant orwellien (« anarchisme tory», dit Michéa), de cette gauche conservatrice qu’évoquait récemment Chantal Delsol dans un texte éclairant publié dans le quotidien Le Monde : « Ce qu'ils récusent dans le libéralisme, ce n'est pas seulement la toute-puissance de l'argent ou le règne de la violence économique. Leur critique est plus profonde.  Ce qu'ils reprochent au libéralisme, c'est son individualisme et sa neutralité devant les évolutions sociales même les plus aberrantes, jusqu'à admettre le dépassement de toute limite. S'ils aiment la liberté, celle-ci ne représente pas pour eux la valeur-phare à l'aune de laquelle il faudrait tout calibrer. Ils cherchent la mesure humaine, et comme ils n'ont pas de religion pour la décrire, ils s'en remettent à l'expérience historique et sociale. (…) Nous nous trouvons ainsi devant une forme nouvelle de conservatisme de gauche, qui a d'ailleurs abandonné de la gauche son misérabilisme agaçant, son côté jocrisse d'aristocrate en haillons. Ce sont des gens qui récuseront la croissance illimitée, mais qui refuseront aussi la légitimation de la polygamie et de l'inceste, qui nous pend au nez. La liberté doit s'incliner devant la mesure humaine et la décence commune. L'ubris est à bannir partout, même là où cela pourrait limiter nos propres envies ». (14) 

    Il est étonnant d’ailleurs que personne, à ma connaissance, n’ait fait ce rapprochement entre le «red » toryisme d’un Blond et l’orwellisme d’un Michéa. Le seul site où l’on parle à la fois de Michéa et de Blond, mais dans deux entrées distinctes, est, et ce n’est pas un hasard, celui de l’Association des Amis de Chesterton. (15) On se prend quand même à rêver d’un débat entre ces deux intellectuels de belle stature et de provenance opposée. 

    La « Radical Orthodoxy »

    J’ai évoqué plus haut la carrière de professeur de théologie de Blond. J’aimerais rappeler brièvement son cheminement institutionnel. Il quitta sa ville natale, Liverpool, pour étudier à l’université de Hull la science politique et la philosophie; par la suite, il fit une maîtrise en philosophie « continentale » à l’université de Warwick. Ses années de formation les plus marquantes eurent sans doute lieu lors de son passage en théologie, à Peterhouse, rattachée à l’université Cambridge. Il allait en effet y être l’étudiant de John Milbank, le fondateur du mouvement « Radical Orthodoxy ». Spirituellement, ce fut aussi une période essentielle de sa vie. Car c’est à Cambridge que, « (…) à l’âge de 27 ans, il se convertit à l'Église anglicane après avoir achevé son doctorat en théologie sous la tutelle du philosophe John Milbank ». (16)

    John Milbank


    On a affirmé qu’il aurait été un temps catholique dans sa jeunesse. Blond le dément. « (...) Je suis un anglican. Mais j'ai toujours été intéressé par la doctrine sociale de l’Église catholique, qui soutient que le capitalisme et le communisme sont deux aspects d’une même réalité. Tous deux ont pour conséquence une perte de pouvoir des gens sur leur vie ». (17) 

    Son premier livre, un collectif qu’il dirige, Post-Secular Philosophy : Between Philosophy and Theology (1998), traite de plusieurs des grands penseurs de la modernité et de la postmodernité. Il est baigné dans les idées de la « Radical Orthodoxy » et réunit des contributions de plusieurs intellectuels s’inscrivant dans sa mouvance ou dialoguant avec elle, comme Jean-Luc Marion, John Milbank ou Rowan Williams, l’ancien archevêque anglican de Canterbury. Blond poursuivra quelques années dans cette veine, alors qu’il enseignera la théologie chrétienne à l’Université de Combrie et donnera des cours au département de théologie de l’université d’Exeter.  

    Disons ici quelques mots de la « Radical Orthodoxy » que nous venons d’évoquer. Cette école de pensée, qui réunit des théologiens de diverses confessions, se veut très critique de la modernité philosophique et du libéralisme. Pour ce faire, elle puise abondamment dans la pensée postmoderne, dialoguant avec ses principales figures.  Ceux qui conçoivent la théologie comme une discipline uniquement tournée vers le passé le plus lointain seront détrompés.  Ces théologiens ne craignent pas, en effet, de se confronter à l’avant-garde intellectuelle.

    La « Radical Orthodoxy » a, pour la théologie, des ambitions très élevées (ses adversaires les qualifierons même d’ « hégémoniques »). Selon un de ses représentants, Adrian Pabst, elle se caractérise  d’abord par « une critique de la logique séculière (dans ses formes antiques, modernes et postmodernes) en philosophie comme en théologie. Cette critique se veut une recherche d’une théologie 'par-delà toute logique séculière’ (beyond secular reason) et en même temps une tentative de restaurer la théologie comme le ’master discourse’, c’est-à-dire comme la logique ultime et structurante qui positionne [« positions »] toutes les autres disciplines telles que la philosophie et les sciences sociales, au lieu d’être positionnée par elles. Car, pour J. Milbank, ‘’seule la théologie chrétienne présente un discours capable de positionner et de surmonter le nihilisme lui-même. C’est pourquoi il est si important de réaffirmer la théologie comme discours dominant [master discourse]; la théologie seule demeure le discours de la non-domination [non-mastery]’’ ». (18)

    A propos d’un intellectuel proche de la « Radical Orthodoxy », William Cavanaugh, Denis Sureau, collaborateur de la revue Kephas, écrit : « Cavanaugh est l’anti-Maritain. Il conteste sa distinction spirituel/temporel. Pour Maritain, l’Église est seulement l’âme du monde, les chrétiens ne forment un corps qu’au plan spirituel et n’agissent dans le temporel qu’individuellement, ‘’en chrétiens’’ et non ‘’en tant que chrétiens’’. Pour Cavanaugh, l’Église est un Corps – le Corps du Christ – qui n’est pas que spirituel, un corps de résistance qui manifeste ‘’la présence bouleversante du Christ-Roi dans la politique du monde’’ ». (19) Ce passage, à mon avis, nous fait mieux comprendre la portée des idées de la « Radical Orthodoxy ». 

    De par cette brève description, on devinera que cette dernière est une école de pensée très contestée, qui est attaquée de toute part tant par la théologie « officielle » que par les théologiens de gauche, qui mettent, eux, davantage l’accent sur une réconciliation avec le monde, sur l’acceptation de la laïcité. Dans un article intitulé « The problem with secularism », publié dans le International Herald Tribune du 21 décembre 2006, Phillip Blond et Adrian Pabst écrivaient : « Ainsi, nous assistons à un véritable retour intellectuel à la religion qui ne peut être réduit à la seule propagation du fanatisme. Il devient également évident que la laïcité renforce plutôt qu'elle ne surmonte tant le fondamentalisme religieux que l'athéisme militant ». (20)  Inutile de dire que ces propos, ainsi que les autres thèses de la « Radical Orthodoxy », feraient bondir bien des gens dans ce Québec qui se pique d’être à la fine pointe de la laïcité…

    Quel lien existe-t-il, si lien il y a, entre les idées politiques de Blond, son conservatisme civique, son « Red torysime », son traditionalisme, et la « Radical Orthodoxy ». L’intellectuel anglais a tendance à minimiser la chose. Ce n’est cependant pas l’avis de son mentor, qui livre des propos éclairants : 

    « Milbank est convaincu que la dernière incarnation de Blond, en tant que penseur politique, s’inscrit en continuité avec sa carrière antérieure de théologien, et que le ‘’Red Torysm’’ n’est que la traduction, sur le plan poitique, de la ‘’Radical Orthodoxy’’. "Pour les tenants de la ‘Radical Orthodoxy’’’,  me dit-il, ‘’la gauche non libérale est, depuis les années 1960, disparue de la scène idéologique, et ce qui l’a remplacée, c'est une gauche qui se définit de plus en plus en terme de libéralisme séculier. Quiconque veut faire la critique du capitalisme libéral doit être conscient de cela. Le capitalisme cherche à tout prix à se débarrasser du sacré. S'il n'y a plus de sacré, tout devient alors marchandise.  S’il l’on veut faire la critique du capitalisme ou si l’on veut le réformer, il est nécessaire, à notre avis, de ‘’réenchanter’’ le monde ». (21)

    Le fait qu’il ait subi cette influence de la « Radical Orthodoxy » donne assurément une certaine profondeur philosophique à ses interventions. Dans ses interventions publiques, on le sent soucieux de prendre à bras le corps les idées de son temps, même celles avec lesquelles il est en désaccord. Il ne correspond pas du tout à l’image de l’homme de droite ringard, du conservateur grincheux, qui rejette tout du revers de la main sans même le connaître ou en prendre connaissance, colportée par certains médias plus à gauche.


    L’accueil réservé aux idées de Blond

    J’aborderai, plus en détails, certaines critiques faites à Blond dans les prochaines sections de ce texte.

    Énonçons d’emblée cette évidence, à savoir que sa pensée a suscité une certaine adhésion dans le personnel politique du Parti conservateur britannique. Preuve en est que bon nombre de ses thèses ont été reprises dans la plate-forme de la « Big Society » du parti de David Cameron. Cette adhésion, qui reste à évaluer, était cependant loin d’être unanime.

    Cependant, la chose est encore moins claire en ce qui concerne le bassin de recrutement du Parti conservateur, chez les commentateurs et les journalistes de ce camp. J’ai lu bon nombre de critiques rédigées par des journalistes ou des intellectuels de droite, à l’occasion de la parution de son livre Red Tory, qui démolissaient tant le livre que les idées de son auteur. On s’en prenait au style de l’intellectuel, on décrivait ses projets comme étant farfelus, irréalistes, nostalgiques. Certains disent même qu’il voulait ramener l’Angleterre au Moyen-Âge, d’autres qu’il voulait en fait recréer quelque chose qui n’avait jamais existé. Critiques prévisibles, qu’on dirige, de manière presque rituelle, à tout penseur qui se réclame du conservatisme. D’autres allaient plus loin en remettant même en question sa conception du libéralisme, d’autres soutenaient qu’il est un mauvais économiste qui ne comprenait rien au capitalisme « réel ».

    Fait à noter : plusieurs de ces commentateurs, s’ils critiquent les réponses apportées par Blond, lui savent gré d’avoir au moins posé de bonnes questions.

    L’intérêt pour les idées de Blond ne se limite cependant pas à sa famille politique. 

    La gauche, de manière tout aussi prévisible, s’attaque à Blond, souvent avec les mêmes arguments (nostalgie, passéisme, moralisme, etc.). Étant de droite, il est forcément réactionnaire, rétrograde. Son intérêt pour des penseurs comme Chesterton ou Belloc, suspectés d’antisémitisme, n’en ferait-il d’ailleurs pas un extrémiste encore plus nauséabond pour certains représentants de la gauche ou de l’extrême-gauche? Pour d’autres, son projet politique se rattache, au bout du compte, au néo-libéralisme, et ils associent même son entreprise intellectuelle à Margaret Thatcher (!), ce qui est assez cocasse et révèle, à mon sens, une interprétation pour le moins erronée de sa pensée.

    Au sein de la gauche, chez les travaillistes notamment, certains, pourtant, se sentent attirés par ses idées et par sa manière non partisane de les soumettre au débat. Blond est d’ailleurs un ami de Maurice Glasman, l’inspirateur du « Blue Labour », cette mouvance, conservatrice sur le plan social, à l’intérieur du Parti travailliste, qui « (…) est d’avis que les électeurs de la classe ouvrière seront enclins à revenir vers ce parti, s’il adopte des positions conservatrices sur un certain nombre de questions sociales et internationales, telles que l'immigration, la criminalité et l'Union européenne; s’il prend ses distances du néolibéralisme en faveur de positions se rapprochant de celles du socialisme de guilde (‘’guild socialism’’) et du corporatisme européen; s’il se convertit à la gestion communautaire démocratique et à la fourniture de services sur un plan local, plutôt que de compter uniquement sur l’État-providence traditionnel qu’on estime être trop bureaucratique ». (22) On est à même de le voir, ce sont là des idées qui se rapprochent de celles professées par Blond.

     Un député travailliste proche du « Blue Labour », Jon Cruddas, s’intéresse tout particulièrement à la démarche de Blond : 

     « Jon Cruddas, député de Dagenham, est un homme politique de centre-gauche qui prend au sérieux les positions de Cameron et de Blond. Il était d’ailleurs un des intervenants, le mois dernier, lors du couronnement de Blond comme ‘’philosophe-roi’’ du Parti conservateur. ‘’Nous, travaillistes, ignorons le travail de Blond à nos risques et périls’’, soutient Cruddas. ‘’ Il existe, traversant l’histoire du conservatisme, une ligne de faille entre un conservatisme libéral sur le plan économique, et un autre, dont la tradition est plus riche, un conservatisme qui est davantage paternaliste. Phillip essaie de réhabiliter le second. Cette autre tradition permet aux conservateurs de parler un autre langage, de tenir un discours portant sur nos obligations les uns envers les autres, qui est infiniment plus riche que celui que véhicule la brutalité thatchérienne fondée sur la notion d’échange économique entre individus atomisés ». (23) 

    Cet attrait pour la pensée de Blond n’est au fond pas étonnant. Bien des gens sont en effet à même de se reconnaître dans le noyau des idées qu’il défend  : « La plupart des gens souhaitent un monde socialement responsable constitué de communautés stables, dont la vie économique est fondée sur un capitalisme qui profite à la majorité, et pas seulement aux 10% les plus riches ». (24)

    Un intellectuel au coeur de l’arène politique...

    La plongée dans l’action politique (et non dans la seule vie publique en général) est une tentation constante pour les intellectuels. En leur for intérieur, la plupart d’entre eux aspirent sans doute à influencer le pouvoir, sinon à l’exercer eux-mêmes. C’est en un sens tout naturel. Le pouvoir de l’esprit cherche à modifier la matière… En tout universitaire engagé, il y a, pourrait-on dire, un « philosophe-roi » qui sommeille, ou, à tout le moins, un Sénèque ou un père Joseph.

    Platon a sans doute, dans La République, semé une graine qui donnera éternellement des fruits. Si certains intellectuels aspirent aux plus hautes fonctions politiques, veulent être en quelque sorte des philosophes-rois (comme Michael Ignatiaeff, qui fut un temps chef du Parti libéral, ou encore le philosophe tchèque Thomas Masaryk, qui fut président de son pays après la Première Guerre mondiale), d’autres préfèrent plutôt jouer les éminences grises, ou bien les « précepteurs », à l’instar de Sénèque, au service de l’empereur démocratique. Ce me semble bien être le cas de Phillip Blond, même si on lui a, à plusieurs reprises, dans les médias britanniques, accolé l’étiquette de « philosopher-king » de David Cameron. (25)

    Ici, au Québec, nous avons eu le sociologue Fernand Dumont, qui, lors du premier gouvernement du Parti québécois, a été sous-ministre au Développement culturel, intervenant de manière décisionnelle quant à l’élaboration de la politique linguistique. Plus récemment, un autre sociologue, Jacques Beauchemin a été nommé, par le gouvernement de Pauline Marois, sous-ministre associé à la langue française, responsable de l’application de la politique linguistique, au ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles. 

    Les deux présidents de la Commission québécoise sur les accommodements raisonnables sont aussi des exemples d’intellectuels tenaillés par le besoin d’engagement au cœur de la Cité politique. On a souvent dit, pour diverses raisons, que Gérard Bouchard se percevait en quelque sorte comme le successeur de Fernand Dumont. Qui sait si dans un proche avenir nous ne le verrons pas siéger au cabinet d’un ministre, si ce n’est être ministre lui-même... 

    La tentation de la politique, le philosophe Charles Taylor l’a connue bien avant sa carrière universitaire. Il a en effet été candidat pour le Nouveau Parti démocratique lors de plusieurs élections fédérales (1962, 1963, 1965 et 1968). En 1965, il était même arrivé second contre le futur premier ministre Pierre-Elliott Trudeau, dans la circonscription de Mont-Royal. 

    Ici même, rappelons-le, l’Agora, dirigée par le philosophe Jacques Dufresne, avait pris une part très active,  dans l’après-Meech, à la création du Groupe Réflexion Québec, qui devait mener à la mise sur pied d’un nouveau parti politique, l’Action démocratique du Québec.

    En Europe et aux États-Unis, les exemples ne manquent pas. Pour la France, je ne mentionnerai que les Bernard-Henri Lévy, Régis Debray ou Max Gallo, car leurs noms me viennent spontanément en mémoire. Dans les pays anglo-saxons, d’innombrables think thanks constituent autant d’antichambres du pouvoir, favorisant tantôt les uns, tantôt les autres, au gré des changements de régime.

    Cette tentation, donc, est chose tout à fait courante, et normale. Les paragraphes qui suivent entendent évoquer l’aventure extraordinaire d’un de ces intellectuels dans les hautes sphères du pouvoir politique conservateur. Cette aventure est extraordinaire, car il est plutôt rare d’assister, presque en direct, à l’ascension et à la chute d’un conseiller du prince sur une période de deux ou trois ans. Sans être un film de… James Bond, son histoire n’en présente pas moins certains rebondissements, ainsi que nous le verrons. C’est un des aspects positifs d’internet que de permettre au politologue ou à l’historien de reconstituer assez facilement la trajectoire singulière d’un personnage public. 

    Je viens de parler d’ascension et de chute… En lisant,  au quotidien, les journaux, les blogues politiques, on sent bien la montée de l’opposition à Phillip Blond, le déchaînement de la haine, on prend connaissance des critiques féroces de certains journalistes, on pressent ce qui va venir, on devine tout cela. Et c’est finalement ce qui survient.

    Mais les apparences seront néanmoins sauves...  Car nous sommes en Angleterre. Tout cela se fait « à l’anglaise », dans une atmosphère feutrée, sans qu’on dise vraiment les choses, sans que le public s’en rende vraiment compte. A ce que je sache, David Cameron n’a jamais signifié formellement son « congédiement » à Phillip Blond. Les deux ne sont pas « en guerre ». Blond, pour sa part, n’a pas rompu avec fracas avec le gouvernement de la coalition, il ne l’a même pas désavoué réellement. Il a tout au plus critiqué son changement de politique, en ce qui concerne la « Big Society », avec l’espoir d’infléchir sa position. L’intellectuel liverpuldien dirige toujours son think thank Res Publica et continue à dialoguer avec le gouvernement. Il y a certains alliés, des amis même. Un des rapports de Res Publica, portant sur le rôle social que devrait jouer l’Église anglicane dans la société anglaise, doit même être discuté prochainement à la Chambre des Lords. Mais toujours est-il qu’il n’est plus le « philosopher-king », le conseiller du Prince, et que le projet qu’il a grandement inspiré, la « Big Society » est de plus en plus mis sur la touche, en dépit des apparences.

    Cette « démotion » n’est souvent même pas remarqué par les commentateurs de l’étranger, notamment français, qui continuent à présenter Blond d’abord et avant tout comme l’inspirateur principal de la « Big Society » du gouvernement de David Cameron, sans mentionner qu’il n’a plus l’oreille de celui-ci. C’est le cas du texte, intéressant par ailleurs, publié dans l’Opinion auquel j’ai fait allusion plus haut. (26)


    La reconquête du pouvoir par les Conservateurs britanniques

    Dirigé depuis 1997 par une administration de gauche, celle du New Labour de Tony Blair et de Gordon Brown, le Royaume-Uni paraît mûr pour un changement de régime à la fin des années 2000. Ce gouvernement travailliste, on le sait, a consacré la réconciliation de la gauche avec le libéralisme, avec l’économie de marché. Margaret Thatcher n’a-t-elle pas dit, il y a quelques années, que sa plus grande «  réussite » était Tony Blair – c’est-à-dire d’avoir finalement obtenu le ralliement de la gauche au libéralisme économique?

    Dans ce contexte, la marge était étroite pour le principal adversaire des Travaillistes, le Parti conservateur, les « Tories ». Afin de capturer les votes des nouvelles générations ayant grandi sous le règne du New Labour, le parti se devait de se donner un chef plus en résonnance avec les valeurs de celles-ci et surtout de renouveler son programme. 

    C’est le 6 octobre 2005 que David Cameron, qui n’a même pas quarante ans, est désigné à la tête du Parti conservateur.  Les mots d’ordre qui sont les siens : « Je veux un parti moderne » et « Changer la culture et l'identité du parti conservateur ». Affirmant se situer au centre, il préconise un « conservatisme moderne et compatissant ». Il faut toutefois demeurer critique à propos de ces affirmations. En fait, « (…) son programme ne diffère réellement du modèle thatchérien que sur les aspects ‘’qualité de vie’’ et ‘’protection sociale’’ ». (27) Défait lors de l’élection de 2006, David Cameron aura pourtant la chance de se reprendre en 2010, et il ne la manquera pas. Les Conservateurs obtiennent alors la majorité des sièges, mais pas la majorité absolue à la Chambre des Communes. Ils formeront donc une coalition avec les Libéraux-démocrates. Cameron occupera le poste de Premier ministre, Nick Clegg, leader du Parti libéral-démocrate sera Vice-premier ministre.

    Dès son entrée en fonction, il faut prendre soin de le noter, la coalition annonce un programme d’austérité visant à réduire le déficit énorme du pays. On prédit même que ce seront les pires coupes budgétaires de l’histoire du pays. 

    Cameron, à ce moment, cherche à prendre ses distances avec l’héritage thatchérien. Un ancien dirigeant du Parti conservateur, Norman Tebbit, le compare à nul autre que Pol Pot, en raison de son « intention d’effacer jusqu’à la mémoire du thatchérisme avant de construire son Nouveau Parti moderne compatissant vert globalement conscient ». Par ailleurs, en raison de son ouverture sur le plan social (Cameron est, par exemple, favorable au mariage gai), certains commentateurs lui ont reproché de faire fuir du parti sa clientèle traditionnelle, plus conservatrice socialement parlant. Le célèbre chroniqueur Peter Hitchens est même d’avis qu’en adhérant au libéralisme social, « monsieur Cameron a abandonné la seule différence significative qui restait encore entre son parti et la gauche établie ». (28) D’autres le dépeignent comme une girouette, comme quelqu’un de superficiel, qui serait dépourvu de véritables convictions et qui en change si besoin est. Ce dernier jugement ne me paraît pas totalement infondé (29).

    Je l’ai écrit plus haut, David Cameron se décrit lui-même comme un « modern compassionate conservative » (un conservateur moderne et compatissant). 

    Dans une allocution prononcée avant son arrivée à la tête du Parti conservateur, il a affirmé que « (…) le plus grand défi auquel notre pays est aujourd’hui confronté n'est pas le déclin économique, mais le déclin social » et que, dans la société britannique, « il existe un ensemble complexe de problèmes interconnectés (...) L'éclatement des familles. Le chômage chronique au sein de certains groupes. De faibles attentes (en ce qui concerne leur existence). Des milieux familiaux chaotiques. La toxicomanie. La criminalité. La piètre qualité des lieux publics ». Après sa nomination, il a souhaité introduire ces préoccupations sociales dans le programme de sa formation : « il est temps que nous admettions qu'il y a davantage dans la vie que l'argent, et il est temps que nous nous concentrions non plus seulement sur le PIB, mais sur le BEG - bien-être général ». (30)

    Lancée en grandes pompes en mai puis en juillet 2010, le programme de la « Big Society » – qui, selon lui, a pour but « de créer un climat qui permettra de donner davantage de pouvoir aux personnes et aux communautés locales, de construire une « grande société » qui ôtera le pouvoir aux politiciens pour le redonner aux citoyens » (31) – venait en quelque sorte apporter une solution d’ensemble à bon nombre des problèmes qu’il avait identifiés. 


    Et Blond survint....

    Comment, demandé-je plus  haut, un obscur maître de conférences en théologie chrétienne devient-il en bout de ligne un conseiller du Prince? « Pendant dix ans j’ai occupé un poste mineur dans une université de province (…) et puis tout à coup, tout a changé », ainsi qu’il le dit, amusé, à un journaliste du Guardian. (32)

    Son adhésion aux idées de la « Radical Orthodoxy », avec les réserves qu’elle exprime au sujet de la sécularisation et du libéralisme philosophique, devait sans nul doute l’amener à considérer de manière critique l’expression politique, sociale de ce libéralisme délétère à ses yeux. A la fin des années 2000, il commence à prendre position dans les médias (par exemple dans The Guardian (33) et The Independent), ce qui attire l’attention sur lui.  « Ensuite, grâce principalement à des séries de commentaires publiés dans les journaux, son travail a attiré l'attention de deux groupes très importants de personnes : des admirateurs provenant du monde des médias londoniens, de Westminster, et du milieu des conseillers politiques de la capitale; et, peut-être plus important encore, certains des plus aventureux esprits regroupés autour de la direction actuelle du parti conservateur ». (34)

    L’arrivée de David Cameron à la tête des Conservateurs suscite chez lui beaucoup d’espoir : « Je croyais vraiment dans le programme que Cameron tentait de mettre en oeuvre (...) Pour la première fois dans la politique britannique, quelqu’un osait parler de bien-être, osait aborder des thèmes importants comme les conditions du bonheur humain et de l’épanouissement, et les solutions civiques et locales qu’on pouvait apporter aux problèmes. En toute honnêteté, j’ai pensé : ‘’Tout cela me semble juste’’ ». (35) 

    C’est au début de l’année 2009 que s’amorce véritablement son ascension. En janvier, il devient responsable, dans le cadre des activités du think thank londonien Demos (qui se positionne comme indépendant, mais a été auparavant derrière les changements de philosophie des travaillistes de Tony Blair), d’un nouveau programme de recherche sur le « progressive conservatism » (conservatisme progressiste).  (36) 

    Ce programme de recherche, qui existe encore aujourd’hui, est décrit de la façon suivante sur le site de Demos : « Nous entendons nous pencher sur la manière dont on peut atteindre des buts progressistes grâce à des moyens fondés sur des principes conservateurs. Le projet entend élaborer des politiques et des idées qui seront fermement enracinées dans la tradition conservatrice, mais qui refléteront également les valeurs progressistes de l’empowerment personnel et collectif, en luttant contre la pauvreté et les inégalités ». (37) Il s’inscrivait dans la démarche initiée par le chef du Parti conservateur David Cameron, qui, en mai 2008, « (…) disait souhaiter atteindre des « buts progressistes », comme la justice sociale, la réduction de la pauvreté et celle des émissions de carbone, en employant des « moyens conservateurs ». (38)  Cameron assistera d’ailleurs au lancement du projet, le 22 janvier, en compagnie du gratin des partis conservateur et travailliste.

    Au bout de six mois, Blond devait quitter Demos pour fonder son propre think thank, Res Publica. Il s’explique ainsi au Guardian en août 2009 : « Comme un musicien qui vient de quitter un groupe, il affirme que sa rupture avec Demos s’explique par des ‘’divergences politiques et philosophiques’’, et que ‘’les valeurs et la philosophie qu’il défend pourront maintenant s’épanouir dans un lieu qui leur sera plus favorable’’ ». (39)

    Propos sybillins. Quelles sont donc ces différences « politiques » et « philosophiques » auxquelles il fait allusion? En lisant le communiqué annonçant sa nomination à Demos, on peut lire : « Avant de débattre avec Cameron, Phillip Blond tentera de convaincre la direction du Parti conservateur de résister à un retour à la pensée économique des années 1980 et de se concentrer plutôt sur ​​des politiques visant à réduire la pauvreté et à faire en sorte que le marché génère des gains sociaux ». Et, plus loin : « Dans son allocution, Blond s’attachera à décrire trois priorités devant selon lui guider la politique progressiste-conservatrice : une valorisation de l’économie locale afin de contrer les grands monopoles d'affaires;  une mise à jour des règles de contrôle du marché afin de favoriser certains objectifs sociaux; une diminution des inégalités en terme de richesse au Royaume-Uni, inégalités qui ont crû de manière spectaculaire ces dernières années ». Se pourrait-il qu’une partie du leadership tory ait mal vu sa critique insistante d’un « retour aux politiques économiques des années 1980 »? Dans un autre ordre d’idée, se peut-il que sa foi religieuse très affirmée ait posé problème à certains – j’ai lu plusieurs fois, et sous la plume de divers chroniqueurs : le fait que ses idées religieuses dont il ne faisait pas mystère, et certaines positions en matière de morale, posaient problème à certains, même chez les Conservateurs. Possible.

    Mais je pense que l’entrevue qu’il a accordée au Guardian nous livre le fin mot de l’histoire quant à ces divergences : « Les divergences entre le groupe de penseurs de Westminster (i.e. Demos) et Blond sont d’abord à chercher dans l’insistance que ce dernier met à parler de la « grande culture » et de la nécessaire élévation des standards en matière de morale, dont il dit que tant les libéraux de gauche que les libéraux de droite les tournent en dérision en les disant démodés. Ensuite, dans sa critique des défaillances d'un "capitalisme monopolistique" qui tue l’initiative et l’audace des gens presque autant que le fait l'État bureaucratique. Blond a certes le droit de déplorer « la main morte du gouvernement » (i.e. le fait que celui-ci soit une entrave), mais il entend aussi briser la puissance de, disons, Tesco (i.e. les monopoles) ». (41) Et c’est ce qui pose problème à certains.

    Avant de fonder Res Publica, il publie, en février 2009, un article qui fait beaucoup de bruit dans lequel il expose le noyau essentiel de sa philosophie politique : «  Rise of the Red Tories ». On peut le lire ici en ligne. https://www.prospectmagazine.co.uk/magazine/riseoftheredtories/#.Uoo6W-XCpYx

    C’est l’époque où il retient l’attention de David Cameron et de certains bonzes du parti conservateur. « En 2009, j'ai plaidé pour une nouvelle approche ‘’One Nation’’ pour faire face aux problèmes de la Grande-Bretagne, et Cameron a paru être d’accord avec moi. Les principes de « re-localisation » de l'économie, de « re-capitalisation » des pauvres et de « re-moralisation » du marché, qui me sont chers, ont été repris par Cameron dans ses discours et dans ses énoncés politiques ». (42) Ce sera principalement le cas pour le vaste chantier de la « Big Society ».

    Mais, de l’avis de plusieurs, ce n’est pas tant un conseiller aux idées programmatiques, systématiques, que voit en Blond David Cameron, qu’un inspirateur, quelqu’un qui sait créer, au sein d’une équipe, un climat particulier : 

    « Au cœur de ce que ressent David Cameron (...), il y a le fait que, pour lui, le « Toryism » qui ne se préoccupe que du prix des choses et non de leur valeur, est aride et inadéquat, et que ça, ça ne lui correspond pas. Il veut pouvoir s’appuyer sur une interprétation de la réalité qui soit de droite et conservatrice, mais qui sera aussi à même de justifier pourquoi il ne veut pas que les bureaux de poste de village soient supprimés. Phillip Blond peut lui fournir cette interprétation. C’est (...) plus une question de musique d'ambiance que de politique pure et dure. Si vous espérez que Phillip vienne vous voir avec cinq propositions qui pourraient constituer la base d'un livre blanc, vous attendrez en vain. Mais si vous voulez dans votre entourage une personne capable de créer un vrai climat intellectuel, cela, il peut l’apporter ». (43)

    En août 2009, on a pu lire, dans le Daily Mail, sous la plume de Simon Walters, “political editor”, un article intitulé : On His Dave's Secret Service : Daniel Craig's stepbrother appointed as 'philosopher king' to Cameron. (44) “Philosopher-king”. Cette expression fera florès parmi les journalistes et les commentateurs.

    Pourtant, il semble que l’adhésion de Cameron aux idées de Blond ait toujours été accompagnée de certaines réserves : « Je ne dirais pas que je suis d'accord avec tout ce qu'il a dit ou fait, avec tout, en fait, ce que lui et son groupe de réflexion pourraient dire ». (45)  Et déjà, à certains dirigeants conservateurs, des éléments de la pensée de Blond commencent à poser problème, en dépit de l’attrait qu’elle peut avoir : « Lorsque je questionne un ministre du cabinet fantôme de Cameron, et son allié, il me dit que les aspects ‘’consciemment nostalgiques’’ ("self-consciously nostalgic’’) de la pensée de Blond sont difficiles à concilier avec l’insistance du chef tory sur la modernisation, mais cela ne signifie pas qu’on ne fait pas attention à ce qu’il dit (…) » (46)


    C’est au cours de l’automne 2009 que Phillip Blond fonde le think thank ResPublica. Avec l’appui de la direction conservatrice, les débuts de l’organisme sont très prometteurs : « J’ai ramassé un million et demi de livres sterling en deux semaines », précise-t-il fièrement à un journaliste du Guardian (47).

    On peut lire ici l’allocution qu’il prononça lors de l’inauguration officielle du think thank, le 26 novembre 2009 : « The Future of Conservatism » : http://www.respublica.org.uk/item/SPEECH-The-Future-of-Conservatism-dqac-zjyf

    Parmi les conseillers et les « trustees » de l’organisme, on trouve les noms de deux proches de Blond, John Milbank et Adrian Pabst.

    En 2010, il approfondira le travail de présentation de sa doctrine en publiant un ouvrage qui fera, tout comme l’article du Prospect, beaucoup de bruit : Red Tory: How Left and Right Have Broken Britain and How We Can Fix It (Londres, Faber).

    Si la pensée de Blond séduit bien des esprits, chez les Conservateurs mais aussi au sein d’autres formations politiques (y compris le Labour), elle suscite également beaucoup d’hostilité, ainsi que nous le verrons dans la prochaine section.

     

    Phillip Blond et la « Big Society » 

    Il y aurait beaucoup à dire sur le projet cameronien de « Big Society », notion fourre-tout, sorte d’auberge espagnole où tout un chacun y met bien ce qu’il veut. Les commentateurs s’entendent cependant généralement pour dire que Blond est l’inspirateur principal de ce grand programme politique de la coalition. 

    Dans ses grandes lignes, la « Big Society » consiste à transférer massivement des compétences de l'État vers la société civile. Le milieu communautaire, les associations locales doivent prendre le relai de l’État, lorsque cela est possible, en assumant la gestion d’un certain nombre de services, comme les bureaux de poste, les bibliothèques, les transports en commun, l’aide aux nécessiteux, etc. Le projet mise sur la responsabilisation des citoyens. On retrouve bien là certaines des préoccupations principales de l’intellectuel anglais.

    Dans le New Yorker, Lauren Collins en présente les grandes lignes quelque peu différemment : « Le programme (de la « Big Society ») comprend une réforme du service public (réduction des formalités administratives), l’empowerment des communautés (transfert d’autorité au niveau local), et la valorisation de l'action sociale (encouragement du bénévolat et de la philanthropie, ou, pour une oreille cynique, le fait d’amener les gens à faire gratuitement des choses pour lesquelles ils étaient payés auparavant). Cameron a pour objectif de créer un État de taille modeste, dans lequel de petits pelotons de citoyens éveillés, qui ne sont plus gênés par des règlements absurdes et des bureaucraties sclérosées, s'unissent pour planifier et assurer la gouvernance de leurs communautés ». (48) L’allusion aux “little platoon of concerned citizens” renvoie bien sûr à Burke, le penseur conservateur par excellence, que pratique également Phillip Blond.

    Ce que je viens d’écrire, c’est un peu la « théorie » de la « Big Society ». La réalité est hélas moins rose. Avant même que les réformes ne débutent, les critiques fusaient. On affirmait qu’elle n’était qu’un paravent masquant le véritable programme de la coalition : des coupures budgétaires sans précédent, dictées par des motifs idéologiques. L’avenir devait malheureusement donner en grande partie raison à ces critiques.

    Sur les enjeux entourant la « Big Society », que je ne peux développer ici,  je renvoie le lecteur au dossier de l’Encyclopédie sur le sujet qui sera considérablement enrichi au cours des prochaines semaines.


    L’hostilité s’accroît…

    Dans l’article du Guardian qu’il consacre à Blond en août 2009, John Harris notait que « sa poignée de supporters conservateurs semblait être surpassée de beaucoup, en nombre, par les thatchériens qui lui sont hostiles » (« his smattering of Tory fans often seem to be far outnumbered by hostile Thatcherites”). (49) Car, et on ne s’en surprendra pas, le Parti conservateur de David Cameron est une formation politique divisée. Ed West parle d’une « lutte, au sein du Parti conservateur, entre, d’un côté, les libertariens et les thatchériens, et, de l’autre, les conservateurs sociaux, ou les « Tories Talibans », comme les appellent leurs ennemis ». (50) La mise à jour des politiques que souhaite réaliser son chef ne plaît pas à tous les membres de l’establishment du parti. Et le « radicalisme » de Blond, son côté « Red », déplaît encore plus à bon nombre d’entre eux. Il fait assurément partie de ces « Tories Talibans » dénoncés par la mouvance libertarienne et thatchérienne du Parti conservateur.

    Certains conservateurs, s’ils sont prêts à suivre Blond dans sa dénonciation des excès de l’État-providence, refusent d’être ses compagnons de route lorsqu’il critique un peu trop vertement le capitalisme monopolistique ou encore l’héritage de Margaret Thatcher. (51) Par ailleurs, certaines positions morales de Blond heurtent les valeurs des représentants de la nouvelle génération de conservateurs, car elles vont dans la direction opposée aux mesures empreintes de libéralisme social que Cameron essaie de mettre en œuvre : je pense ici à son opposition à l’avortement et au mariage homosexuel.

    Dès 2009, avant même l’élection de Cameron, des critiques acerbes à propos de Blond, de ses idées, de son influence sur le parti, apparaissent dans les médias et sur les blogues conservateurs (comme ceux du Telegraph).

    Sur le site de ce journal, James Delingpole pose une seule question, qui dit tout : « Why is Cameron getting into bed with this dumb Blond? » (« Pourquoi Cameron couche-t-il avec cet imbécile de Blond? » (52) Pour Ed West, associé à la même publication, les solutions que propose Blond sont entièrement tournées vers le passé. Son idée de recréer des communautés « perdues » lui apparaît parfaitement irréaliste : 

    « Ce qui me rend dubitatif, c'est que les solutions de Blond semblent avoir été conçues pour la Grande-Bretagne des années 1950, et non pour la société des années 2000, diverse et divisée, état de fait qui rend difficile (voire impossible) toute tentative de réactualiser des « valeurs communautaires ». Des sociétés très hétérogènes comme les nôtres ne constituent pas un terrain fertile pour une politique « communautarienne » qui présuppose  un fort sentiment de solidarité entre les citoyens. Bien plus, je ne suis même pas sûr qu’existent encore aujourd’hui des ‘’communautés de la classe ouvrière" telles qu’il y en avait jadis ». (53)

    D’autres, comme Alex Singleton, tournent en dérision ses soi-disant qualités de “penseur”, d’”intellectuel”. C’est pour lui un esprit confus, dont les bases économiques sont défaillantes, et qui est davantage préoccupé de sa propre promotion qu’autre chose :  

    « Phillip Blond est grand, impétueux et il nage dans l’argent – en fait,c’est son think tank qui est tout cela. ResPublica, l'organisme qu'il a fondé, est un succès. Feuilletez les magazines politiques et vous l’y trouverez. En moins de douze mois, Blond lui-même est devenu le penseur le plus en vue de Westminster. Eh bien, je dis "penseur", mais je ne suis pas tout à fait sûr que c'est une bonne description. Certes, il pense, mais les conclusions de ses idées politiques sont confuses. Il est évident qu'il n’arrive pas à maîtriser les questions économiques. Mais il a un talent fou pour faire sa propre publicité et certaines de ses propositions – comme une taxe sur les stationnements des supermarchés ou le fait de vouloir hausser le prix  des denrées vendues dans les mêmes supermarchés – , des propositions qui nuiront aux consommateurs, sont assurées de faire la une des journaux ». (54)

    C’est aussi sa crédibilité sur le plan économique qui est remise en cause par --Iain Martin, sur le site du Wall Street Journal. Il se moque particulièrement de la critique qu’il fait des supermarchés (en tant qu’ils détruiraient le commerce local) :  « Mais, au bout du compte, son obession au sujet des grandes chaînes montre bien en quoi il se trompe à propos des marchés -- qui ont un taux de réussite inégalé quant à la diffusion de la prospérité par rapport à n'importe quel autre système mis sur pied par les être humains. Si les marchés libres ne sont pas défendus par négligence, ou s’ils sont ébréchés par des penseurs tels que Blond, alors cela ne fera que renforcer la position de ceux qui veulent accroître le contrôle de l'État ou réduire leur exposition aux vents glacés de la concurrence ». (55)

    La parution de son livre, en 2010, génère un nouveau flot de critiques. Je dois le dire, la majorité des critiques de celui-ci que j’ai pu lire, sont négatives. Mais je n’ai évidemment pas la prétention d’être exhaustif.

    Pour l’écrivain Tim Worstall, la chose est jugée : « My God the man’s an ignorant, isn’t he? » (Mon Dieu, cet homme est un ignorant, n’est-ce pas ?) (56) Carl Packman, un autre manieur de la plume, voit certains aspects positifs à l’ouvrage mais y va d’une tirade assassine : « A côté de la boursouflure du propos, digne d’un cours de philosophie de première année, des absurdités mièvres sur la vertu et les politiciens (…) (« Aside from all bloated, first year philosophy course, flower eating nonsense that he talks about on virtue and politicians (...) » (57)

    A James Delingpole (Telegraph), féroce dans sa critique du livre, tant sur le plan de la forme que de celui de son contenu, Phillip Blond « fait peur » :  

    « Vous savez ce que c'est, parfois, quand vous tombez sur un livre si brillamment écrit et argumenté, et que vous vous trouvez soulignant chaque aperçu chatoyant, et inscrivant des tirets dans la marge? Eh bien, c'est exactement le contraire de ce qui m’est arrivé avec l’ineffablement affreux Red Tory, l'un des tracts sociopolitiques les plus faibles, les plus aberrants, les plus confus, et l’un des plus dangereux, potentiellement, dont la lecture m’ait été infligée.

    (…) Red Tories est une marque de commerce qui paraît « arresting », excitante  et différente, la  première fois que vous en entendez parler, mais qui s'effondre sous le poids de ses propres contradictions dès l’instant où vous essayez de la définir.

    (…)  En son for intérieur, je soupçonne que Phillip Blond le sait. Il a créé ce concept groovy (« sensass »). C'était assez pour impressionner non seulement un éditeur mais aussi David Cameron, ce qui a fait en sorte d’amener certains imbéciles crédules ou autre, à fournir un financement à son think tank ResPublica. Mais il se trouvait alors dans la position inconfortable d’avoir à préciser sa pensée dans le cadre d'un livre de 300 pages. Et, malheureusement, pour cela, son cerveau n'est pas à la hauteur. (Ni, d'ailleurs, le style de sa prose (...))

    Le mélange peu appétissant que nous offre Blond, fait de gaufre, de mauvaise prose, d’idées confuses et illogiques – qui nous sont jetés à la figure avec, de temps à autre, les faits, les chiffres et les statistiques qui nous permettent de voir qu’il a bien fait ses devoirs –, ce mélange, dis-je, serait tout à fait inoffensif s'il n'y avait pas un problème majeur : les conservateurs de David Cameron ont choisi ce bouffon comme philosophe-roi. Les conceptions économiques de Blond sont imbuvables; sa logique est incompréhensible; la politique qu’il propose est suicidaire. Nous devrions tous avoir très peur ». (58)

    Pour le chroniqueur de tendance libertarienne Richard D. North, auteur de Mr Cameron's Makeover Politics: Or Why Old Tory Stories Matter to Us All, ce que ce dernier aurait de mieux à faire, c’est « d'ignorer Phillip Blond - Red Tory est un livre qui de générosité, un livre qui est hystérique dans son diagnostic et irréaliste et non conservateur dans les solutions qu’il propose ». (« to ignore Phillip Blond - Red Tory is an ungenerous book which is hysterical in its diagnosis and unrealistic and un-Tory in its solutions »).  Pour lui, Blond serait en quelque sorte rien de moins qu’un crypto-socialiste :

    « Peut-être est-il un ‘’rouge’’… .... mais un ‘’tory’’? En fait, il est difficile d’apercevoir le ‘’Tory’’ en M. Blond. L’idée qu’il se fait de la société désirable ressemble davantage à celle d'un « alternativiste vert » comme George Monbiot (ou d’un Jonathan Porritt des années 1970, 1980 et 1990). (...) En résumé, je ne vois vraiment pas pourquoi M. Blond ne cherche pas plutôt à ramener le socialisme à ses racines réformistes et mutualistes, que d'essayer de greffer son rêve sur la tige traditionaliste et capitaliste des Tories ». (59)

    Une partie de la gauche se montre tout aussi hostile aux idées de Blond. En témoigne par exemple cette critique de Andy Gregg, sur le site Chartist.org.uk : « Cameron ne sera heureusement pas plus en mesure de faire adopter cette approche (celle de Blond) par son parti que ne le fut Blair d’imposer à sa formation le ‘’communautarisme’’apparu sur la scène au début de carrière politique et qui présentait les mêmes dangers ». (60) 

    A l’automne 2010, Phillip Blond, dans un article au Guardian («The austerity drive must not derail the winning 'big society' ») , se montre quelque peu désabusé quant au sort réservé à la « Big Society » : « La ‘’Big Society’’ de David Cameron constitue le nouveau centre de gravité de la politique britannique. (...) Malheureusement, la « big society » semble avoir été reléguée au second plan dans l’ordre du jour du Trésor tout entier préoccupé par les mesure d’austérité. La société civile, je le rappelle, est le centre de gravité de la politique britannique et elle est la seule alternative au retour d’un passé qu’aucun d'entre nous ne souhaite revivre. (...) Ailleurs dans le monde, des sociétés, du Japon à l'Italie, se rendent compte qu'elles ne peuvent plus assumer financièrement les coûts de la protection sociale dispensée comme elle l’a été jusqu’ici, et elles tentent en conséquence de créer leurs propres versions de la ‘’Big Society’’. Partout nous observons la transition vers de nouvelles associations civiques et sociales que l'Internet et les technologies émergentes rendent possibles. Mais le Trésor se montre assez peu sensible aux possibilités transformatrices de la « Big Society ». Il semble procéder à ses coupures sans réfléchir à la manière dont il pourrait mettre en place des politiques d’austérité qui tiendraient compte de l’importance du travail de refondation et du renouvellement qu’apporte la « Big Society ». Les réductions budgétaires pourraient et devraient offrir la possibilité d'une nouvelle approche civique de l'Etat. Si elles ne le font pas, et si ce que nous obtenons en bout de ligne est la simple version réduite de ce que nous avons déjà, la coalition aura laissé passer sa chance de donner vie à cette belle idée. Il ne restera plus aux Travaillistes et à Ed Miliband qu’à s’en emparer à leur tour ». (61)

    L’année 2011 marque vraiment le commencement de la fin pour la “Big Society” conçue comme projet global, mobilisateur pour l’ensemble du pays. Les critiques fusent de partout. Paradoxalement, c’est peut-être l’année où le rayonnement de Phillip Blond, en tant qu’inspirateur de la « Big Society », est le plus grand, sur le plan international. L’année 2011 verra aussi ses ennemis user de moyens assez peu honorables pour tenter de le discréditer.

    C’est en tout cas l’année des grands voyages, des tournées de conférences – même si Blond est un habitué des déplacements aux quatre coins du monde, et qu’encore aujourd’hui, une bonne partie de son activité consiste à offrir ses services de consultant auprès des cercles dirigeants internationaux ou à donner devant eux des conférences. 

    Déjà, en mars 2010, il s’était rendu aux États-Unis à l’invitation du blogue traditionaliste Front Porch Republic, proche de ses idées. Il prit notamment part, à l’université de Georgetown, au Forum Tocqueville,  à l’invitation de Patrick Deneen, membre actif du Front Porch Republic. Il débatit, lors d’une table ronde, avec Ross Douthat, journaliste traditionaliste du New York Times, Daniel McCarthy, du magazine The American Conservative, et Rod Dreher, de la Fondation Templeton. Dans les jours suivants, il prit part à une autre activité, à Philadelphie cette fois.

    En octobre 2011, il fit une autre tournée de conférences, où il aborda notamment la question du distributisme. Blond était alors très bien vu aux États-Unis, dans plusieurs milieux influents, au-delà des clivages partisans : 

     « Blond a été salué par le chroniqueur conservateur du New York Times David Brooks et par le magnat libéral des médias Arianna Huffington, et il a rencontré des politiciens des deux grands partis lors de sa tournée américaine. Il a été invité, par Stephen F. Schneck, politologue et partisan d'Obama, à prendre la parole à l'Université catholique d'Amérique à Washington. A New York, il a pris part à un rencontre privée organisée par Philip K. Howard, l'apôtre de la politique du « bien commun » qui fut un temps conseiller d’Al Gore ». (62)

    Détail intéressant : dans son article, le journaliste parle à ce moment au passé de son rôle de conseiller du premier ministre Cameron.

    Tim Ferguson, membre de l’équipe de rédaction du Forbes Magazine, affirme même que « en vérité, je désignerais Blond comme l’une des « Personnalités qu’il vous faut connaître en 2011 » du magazine Forbes ». (63) 

    Il se rend également à l’été 2011 en Australie, où son influence est importante dans les milieux de droite. Blond est en particulier très écouté du chef du Parti libéral, Tony Abott, qui vient d’ailleurs d’être élu premier ministre du pays le 18 septembre dernier. Fait intéressant. Blond et d’autres représentants de la « Radical Orthodoxy » ont des atomes crochus avec certains producteurs de la radio national australienne, qui diffuse largement leurs idées dans certaines émissions (ABC, Radio National).

    Poursuivant sa tournée des pays anglo-saxons, Blond vient également au Canada, la patrie du « Red Toryisme », si l’on peut dire. Le 28 mars 2011, il participe notamment à Toronto à une table ronde organisée par le MASS LBP, intitulée « Building the Big Society: An evening with Phillip Blond ».  Il y débat avec Cheri DiNovo, député provincial de Parkdale-High Park (Ontario); Chris Alexander, ex-candidat conservateur au fédéral et ancien ambassadeur en Afghanistan;  Alex Himelfarb, directeur de la Glendon School of Public and International Affairs. (64)

    A l’occasion de cette visite, il accorde un longue entrevue au Globe and Mail, dans lequel il discute de la situation canadienne en référence à ses idées. Il s’y  montre assez critique du gouvernement de Stephen Harper, qu’il voit plus proche du parti républicain américain que d’un conservatisme authentique : « La politique de vos dirigeants ressemble à celle d’un parti conservateur proto-américain : le conservatisme fiscal, la loi et l'ordre, la nécessité de maintenir une force militaire d’importance ». (65)

    Blond est de plus en plus critique de la manière dont le gouvernement britannique mène la barque de la “Big Society”.

    En juin 2011, The Observer intitule ainsi un des articles qu’il publie : « David Cameron's guru attacks the failings of the 'big society' » (66). Selon cet article, « Une étude réalisée par ResPublica – qui a été mis en place par l’âme soeur intellectuelle de  Cameron, Phillip Blond – soulève de nouveaux doutes quant à savoir si les agendas gouvernementaux  pour la mise en œuvre du localisme et de la ‘’Big Society" ont une chance de succès alors que les coupures dans les services publics se font sentir partout.  La publication de cette étude survient alors que des rumeurs courent selon lesquelles le stratège le plus écouté de Cameron, Steve Hilton, l'un des architectes du concept de «Big Society» avec Blond, serait de plus en plus frustré par le manque de progrès de celle-ci et par le blocage apparent du gouvernement sur la réforme des services publics en raison de pressions exercées par les libéraux-démocrates ».

    Un peu plus tard dans l’année, il se montre à nouveau dubidatif. Il réitère son message, qui selon lui n’est pas compris en haut lieu. Il exhorte à nouveau David Cameron à mettre en œuvre le programme « Red Tory ». Même s’il y a bien des blocages, un changement de cap est encore possible. Il voit d’un bon œil l’adoption récente de la loi sur le localisme : « (…) le projet de loi sur le localisme, dont l’adoption suit son cours au parlement, est rempli d’idées et de politiques novatrices qui, pour la première fois, permettront aux citoyens ordinaires de créer – grâce aux nouveaux pouvoirs de ‘’prise de contrôle budgétaire’’, de ‘’droit communautaire d’achat’’ et de ‘’contrôle du voisinage sur la planification’’ -- une économie politique qui pourrait changer du tout au tout les communautés locales du pays. » (67) Mais, en définitive, le ton de Blond est pessimiste :  « Le drame, c'est que le gouvernement a adopté une approche de laisser-faire dans la mise en œuvre de la ‘’Big Society’’ (...) Avec ces idées abandonnées en raison des coupures de dépenses, la bataille pour la ‘’Big Society’’, mise à l'écart par le Trésor car elle ne serait qu’une ‘’distraction’’ du premier ministre, a probablement déjà été, inutilement, perdue. Mais ses partisans ont peut-être déjà gagné la guerre, car le Parti travailliste reconnaît aujourd'hui qu'il doit adopter sa propre variante civique du projet ». (68)

    L’année 2011 voit aussi ses ennemis passer à la vitesse supérieure dans leurs attaques. A la virulence des dénonciations de sa pensée ou de sa personne s’ajoutent maintenant  des tentatives visant à discréditer la gestion qu’il fait de l’organisme qu’il préside, ainsi que la qualité du travail intellectuel réalisé par Res Publica. Des révélations dérangeantes pour Blond, qui sont « coulées » dans les médias par on ne sait qui…

    En juin 2011, le Times rapporte que ResPublica aurait de très sérieux problèmes de liquidités. Une partie du personnel serait même sur le point d’être remerciée. On souligne d’étranges manipulations financières de la part de Blond… (69). L’affaire rebondit au mois d’octobre suivant, le Daily Mail rapportant des agissements pour le moins étranges de la part du président de ResPublica.

    Le tabloid rapporte que Blond aurait fait de curieuses dépenses à même les fonds de son organisme. Il aura en fait sorti la somme de £40 000 à des fins personnelles, alors que son organisme éprouvait des difficultés financières. ResPublica précise à ce propos que lesdites dépenses et sorties d’argent ont été dûment comptabilisées. Ces informations auraient semble-t-il été coulées dans les médias par un ancien membre du personnel du think thank. Le journaliste en profite pour laisser entendre que Blond, qui parle volontiers de morale, ne pratiquerait pas toujours ce qu’il prêche. (70)

    Une des dépenses extravantes qu’on lui reproche : celle d’un fauteuil de style Regency, au coût de £165, décoré avec des images de filles en bikinis (sont-ce les « Blond Girls »?) et en souliers à talon haut, assises à cheval sur des motos. Blond, qui est célibataire, aurait, selon un de ses amis, la réputation d’être « un bon vivant ». Parmi les autres dépenses mises en évidence par le journaliste, des voyages dans des pays exotiques pour y rencontrer de jolies femmes. Il aurait ainsi payé £1,690 pour aller rejoindre une certaine personne au « Swiss Inn Resort » de Sharm El Sheikh, en Égypte. En mars 2011, il se serait rendu au Brésil pour y voir une autre femme, dans le luxueux établissement hôtelier de Porto Galinas; il aurait alors envoyé, à cet ami mentionné plus haut, des photos de sa conquête, toujours en bikini… Il aurait de plus comparé ses « notes » avec celui-ci au sujet d’une « journaliste espagnole titillante » (« hot Spanish journalist ») au service d’un journal catholique…

    Qu’en est-il de tout cela? La vie privée de Blond ne regarde que lui… Quant aux insinuations de nature financière, que peut-on en dire en n’ayant pas en main toutes les pièces du dossier? On peut quand même souligner que ces « révélations » arrivaient au bon moment pour achever de le discréditer aux yeux de la classe politique qui l’avait soutenu jusque-là. Mais cela n’a pas réussi. Le think thank Res Publica existe toujours, Blond le dirige, un personnel qualifié y œuvre, et l’on ne parle plus de malversations financières. 

    En 2012, une autre fuite est révélée sur le site de Mark Wallace, un commentateur libertarien qui, il faut le dire, ne porte pas Blond ni ResPublica dans son cœur. (71) Cette fois, c’est la qualité intellectuelle du travail fait par ResPublica qui est remise en cause. Il s’agit à nouveau de documents « coulés » de manière anonyme, visiblement dans le but de nuire à la réputation de l’intellectuel. Wallace rend publiques deux lettres qui auraient été rédigées par Stian Westlake, Executive Director du National Endowment for Science, Technology and the Arts (NESTA), concernant des rapports qu’auraient dû produire le think thank de Blond en échange de subventions. Ces lettres sont extrêmement critiques de la manière dont ResPublica a rempli (ou plutôt n’aurait pas rempli) son mandat. Qu’en penser? Ces documents sont-ils authentiques? Impossible pour moi de le vérifier. Je constate simplement que ces révélations ne sont reprises nulle part ailleurs sur internet. Sans mettre en doute l’honnêteté de monsieur Wallace, c’est un fait avéré (et tout visiteur de son blogue pourra le constater) qu’il est un adversaire résolu de Blond et de ses idées. 

    La fin d'un rêve?

    C’est dans ce climat nauséabond que la rupture définitive entre Phillip Blond et le gouvernement Cameron au sujet de la « Big Society » sera publiquement consommée, par l’intermédiaire d’un article publié dans le Guardian du 3 octobre 2012 et intitulé : « David Cameron has lost his chance to redefine the Tories ». (72) Vu son importance, il nous faut en citer de la larges extraits. Elle est à la fois le Credo de Blond, mais aussi a les allures d’un post-mortem, où l’on sent percer l’amertume : 

    « J'ai aimé David Cameron; quand il est devenu chef du Parti conservateur en 2005, il a reconnu d’emblée que quelque chose ne tournait pas rond avec la droite, et qu’un nouveau conservatisme radical était désespérément nécessaire. J'ai proposé un « Red Toryism » -- un engagement envers les mérites progressistes de la tradition et du conservatisme social, avec la nécessité d’édifier des institutions basées sur une éthique du service public, et basée sur une nouvelle approche économique conservatrice qui distribuerait à tous la propriété, l’accès au marché et l’excellence en éducation. (…)

    J’ai cru et je crois encore en tout cela. J'ai préconisé un renouveau civique de notre société qui devait partir de la base pour aller en haut (‘’bottom-up’’); je voulais également mettre de l’avant le conservatisme social non pas comme une guerre réactionnaire faite aux mères célibataires ou aux homosexuels, mais bien comme une force conservatrice permettant de restaurer la famille et des relations humaines aimantes en tant que principal facteur de renouveau et premier front dans la guerre contre la pauvreté, la négligence et le dysfonctionnement social. De manière fondamentale, j’ai rappelé que les politiques mises en œuvre par les conservateurs ne reposaient pas sur de vrais principes conservateurs et que les conceptions actuelles de l'économie de marché étaient en train de recréer les classes sociales et des castes.

    Cameron, et l’on peut mettre cela à son crédit, a parlé de toutes ces choses et a proposé, comme son grand projet, la « Big Society » -- tout un ensemble de mesures visant à accroître l’autonomie des communautés, à renforcer la vie civique et à multiplier les entreprises communautaires. Ce projet avait malheureusement été conçu pour accompagner un modèle économique dysfonctionnel plutôt que pour le transformer. Mais, malgré une stratégie de communication totalement déficiente, et en dépit de la croyance répandue affirmant que la « Big Society », c’est seulement du bénévolat, ce grand projet a su insuffler à notre société un sentiment de ‘’rajeunissement’’ et l’espoir d’un changement structurel. La « Big Society » a été la promesse non tenue de Cameron de faire et d’être quelque chose de différent.

    Mais quelle déception ce fut ! Et quelle tragédie que cette promesse de renouveau du conservatisme « one-nation » qui n’a pas été tenue! Ne vous méprenez pas : on a abandonné un « Toryisme » radical, et la chance unique dans une génération de redéfinir le conservatisme à partir d’autre chose qu’un libéralisme de marché réducteur a été perdue. En 2009, j'ai soutenu que le parti avait renouvelé sa vision sociale, mais pas sa philosophie économique, et que s’il se contentait de reprendre les idées économiques des années 1980, alors cela détruirait tout ce qu’il aurait de bon à offrir.

    Et cela a été démontré. Dans un acte de négligence presque inexplicable, Cameron a abandonné son projet de société pour adopter à nouveau, sur la question du déficit, l’approche ‘’toxyfiante’’ dès 1980. Il a placé le n ° 10 (Downing Street) sous la dépendance du Trésor et est ainsi devenu une créature au service des visées d’autres personnes plutôt que l’auteur de ses propres décisions – l'exemple plus frappant de tout cela se trouve dans le budget d'urgence de 2010, qui a imposé les plus importantes réductions aux autorités locales avant même que sa propre loi de localisme fut entré en vigueur, loi qui aurait permis aux communautés de prendre en charge des services publics ou aux employés de mutualiser et de moderniser – ce qui a eu pour effet de miner, dès le départ, l’ordre du jour de la ‘’Big Society’’.

    Le gouvernement se concentre maintenant uniquement sur un programme négatif de réduction du déficit, et il est incapable d'offrir une vision positive de l'avenir. Presque du jour au lendemain, l'idée d'un principe directeur et d’une vision d'une meilleure Grande-Bretagne a été abandonnée en raison de l'austérité économique et de l’indifférence béate du Trésor. (…)

    Le Premier ministre a donné quelque chose pour ne rien obtenir, abandonnant toute sa réflexion stratégique et visionnaire à l'approche tactique et défaillante de lutte au déficit de George Osborne. Un nouveau conservatisme a été étranglé à la naissance; l’incapacité, pour le parti, de repenser son offre économique a fait en sorte que l’ancienne économie a tué la nouvelle politique ».

     

    La mouvance thatchérienne, néo-libérale, celle du chancelier de l’Échiquier George Osborne, aura donc remporté la partie.  Entre l’article « Rise of the red Tories” (Prospect Magazine du 28 février 2009), et celui-ci, dans le Guardian, que de chemin parcouru! Mais aussi quelle désillusion!

    Qu’adviendra-t-il de la « Big Society », qui est toujours, théoriquement, le projet de la coalition? Sa construction continuera sans doute, mais sans réel plan d’ensemble. Mais il se pourrait qu’un jour un élan lui soit à nouveau insufflé, mais à partir de l’autre côté du spectre politique. En effet : « Mais rien n’étant plus proposé à partir de la droite, la gauche bougera donc afin de combler le vide. Plus inquiétant pour Cameron, le discours d'Ed Miliband (chef du Labour) cette semaine n'était même pas ‘’Blue Labour’’  - il était ‘’Red Tory’’ quand il a à la fois donné raison à la vision originale de Cameron et mis celle-ci à l’écart en se référant à Disraeli ». (74) Les élections britannique approchent. Nous verrons bien ce qui se passera alors. 

    Et l'avenir ?... 

    Et Phillip Blond ? Il dirige toujours ResPublica (http://www.respublica.org.uk/), qui a mis sur pied plusieurs chantiers de recherche et de réflexion. On peut le suivre sur son compte Twitter, où il dialogue avec les internautes, souvent avec beaucoup d'esprit. Le 21 novembre, la Chambre des Lords débattra du rapport « Holistic Mission» sur le rôle social de l’Église anglicane.  Sur le site du think thank, on peut lire, parmi les rapports récents : The Community Renewables Economy : Starting up, scaling up and spinning out (http://www.respublica.org.uk/item/The-Community-Renewables-Economy-Starting-up-scaling-up-and-spinning-out-zlbz); Raising the Roof: A new social bar for housing associations (http://www.respublica.org.uk/item/Raising-the-Roof-A-new-social-bar-for-housing-associations-bood); Putting People into Personalisation : Relational approaches to social care and housing (http://www.respublica.org.uk/item/Putting-People-into-Personalisation-Relational-approaches-to-social-care-and-housing); Making it Mutual : The ownership revolution that Britain needs (http://www.respublica.org.uk/item/Making-it-Mutual). On le voit bien, tous ces thèmes rejoignent, d’une manière ou d’une autres, la pensée de Blond.

    La « Big Society », dans sa nouvelle mouture, est peut-être effectivement en train de se construire en partant de la base. La base étant, cette fois, ce think thank (parmi d’autres institutions, d’autres lieux), où s’élabore, au jour le jour, en solutionnant un problème à la fois, une nouvelle façon de penser les choses, de faire les choses. Le rêve de Phillip Blond, son utopie, sont peut-être encore bien vivants.

    Notes

    (1) « Mrs Thatcher, elected in 1979, instigated a much-needed modernisation of the British economy. Unfortunately, however, she threw the baby out with the bathwater by completely surrendering the entirety of British public life and its related values to the dictates of a neo-liberalism whose consequences she would not have supported and the operations of which she clearly did not understand. Instead of a popular capitalism with open and free markets, what we got instead was a capitalism captured by concentrations of capital and a market monopolised by vested interest and the dominance of the already wealthy. With the bottom half of the population progressively decapitalised and subjects to an ever-widening array of barriers to market entry, more en more people were unable to fulfil the promise of a capitalism for all. With no investment in, or transitional mechanisms for, those who were not yet ready to compete and prosper, whole traditions, regions and a generation or two were sacrificed to the demands of the neo-liberal market. If socialist laid waste to the private sphere, Mrs Thatcher completed the evisceration of British culture by allowing the same in the public realm. The clearly unconservative idea that the market was the ultimate arbiter of value and the measure of all things ensured that civic life was ignored and that the interests of the state and the market were viewed as synonymous ». (Phillip Blond, Red Tory : How Left and Right Have Broken Britain and How We Can Fix It, Londres, Faber, 2010, p. 18-19)

    (2) « With his ruddy complexion, short brown hair, Roman nose, garrulous manner, and a booming voice, inflected by a Northern England, upper-class accent, Blond resembles Richard Burton circa 1965. At forty-five, he has the energy of a much younger man ». - Mark Stricherz, “Phillip Blond in Washington”, The Catholic Thing, 5 novembre 2011 -- http://www.thecatholicthing.org/columns/2011/phillip-blond-in-washington.html

    (3) « (...) the great disaster of the last 30 years is the destruction of the capital, assets and savings of the poor: in Britain, the share of wealth (excluding property) enjoyed by the bottom 50 per cent of the population fell from 12 per cent in 1976 to just 1 per cent in 2003 ».

    (4) « I’m a little bit Red and a little bit Tory. That is the best way to help the poor ».

    (5) « Phillip Blond as a teenager saw at first hand the savage impact of Mrs Thatcher’s policies on Liverpool.  “It profoundly affected me ... I love this city, the greatest city in Britain,” he told me. “I couldn’t see why people had to suffer so much, why whole communities had to be destroyed.” (...) “It was harrowing,” he says. “I saw the disruption to the lives of ordinary, decent people caught between the insane policies of the Militants and the brutality of Thatcherism.” It was a time of rioting, the Thatcherite destruction of heavy industries and manufacturing. He says: “I lived in our city as it was being eviscerated. It was a beautiful city, one of the few in Britain to have a genuinely indigenous culture. That whole way of life was destroyed.”” -- Ian Hernon, « Scouser Phillip Blond shakes up Conservative Party thinking », Liverpool Echo, 23 octobre 2009 – http://www.liverpoolecho.co.uk/lifestyle/nostalgia/scouser-phillip-blond-shakes-up-3442681

    (6) « His experience of growing up in the city as it was being ravaged, first by recession and then by deindustrialisation, has clearly shaped his politics, giving it an elegiac, nostalgic tone. » – Jonathan Derbyshire, «The NS Profile: Phillip Blond », New Statesman, 19 février 2009 –

    http://www.newstatesman.com/society/2009/02/red-tory-blond-liberal

    (7) « Blond’s oft-stated political program is to re-moralize the market, re-localize the economy, and re-capitalize the poor. He wants a Civic State or Associative State to replace the neo-liberal state — a political program, he implied, that would bust up the economic trusts ».  -- “Phillip Blond in Washington”, The Catholic Thing, 5 novembre 2011) -- http://www.thecatholicthing.org/columns/2011/phillip-blond-in-washington.html

    (8) « Red Tories are really “red” only in that they believe we have obligations to all of our countrymen, and they hold that social solidarity is a vital part of love of one’s country. They regard the landscape as part of the nation’s heritage no less than its customs and institutions. Red Tories are also keenly aware that the commonwealth is not served if dependence on centralized government is replaced by dependence on concentrated private wealth, which is the reason for their emphasis on political and economic decentralization. Without both, relative political and economic independence of local communities is impossible, and once this has been lost self-government and liberty gradually erode and vanish. » -- Daniel Larison, « Red Tories », The American Conservative, 8 mai 2010) – http://www.theamericanconservative.com/larison/red-tories/

    (9) « (...) Tawney and the distributism of Chesterton, Belloc and Skelton—all of who knew that, without something to trade, one cannot enter a market. » (article du prospect)

    https://www.prospectmagazine.co.uk/magazine/riseoftheredtories/#.UojEoeXCpYy

    (10) « Blond is best described as a Chestertonian or a Hitchensite (Peter, not Christopher), and argues that leaving things entirely to the free market destroys everything of value to conservatives: namely tradition, family life and society. On the other hand, the welfare state, that great untouchable sacred cow of socialism, has totally ruined working-class communities, taking away people’s mutual dependency, causing atomisation and destroying aspiration, making people selfish, apathetic and lazy. » (Ed West, The Tories are the party of greed, Labour the party of lust – maybe Phillip Blond's Christian capitalism is the solution, The Telegraph (blogs), 24 novembre 2009 – http://blogs.telegraph.co.uk/news/edwest/100017719/the-tories-are-the-party-of-greed-labour-the-party-of-lust-–-maybe-philip-blonds-christian-capitalism-is-the-solution/)

    (10b) Cyrille Lachevre, « Ces libéraux qui s'assument – (3/5) Phillip Blond veut révolutionner le libéralisme », L’Opinion, 20 août 2013 – http://www.lopinion.fr/20-aout-2013/35-phillip-blond-veut-revolutionner-liberalisme-3152

    (11) « Conservatives who believe in value, culture and truth should therefore think twice before calling themselves liberal. Liberalism can only be a virtue when linked to a politics of the common good, a problem which the best liberals—Mill, Adam Smith and Gladstone—recognised but could never resolve. A vision of the good life cannot come from liberal principles. Unlimited liberalism produces atomised relativism and state absolutism. Insofar as both the Tories and Labour have been contaminated by liberalism, the true left-right legacy of the postwar period is, unsurprisingly, a centralised authoritarian state and a fragmented and disassociative society.

    In respect of liberalism, the left has twice sinned. It has produced a managerial state that has destroyed the old mutualism of the working class. And it has destroyed both middle and working class morality; in the name of permissiveness, it commodified sex and the body, creating the licentious empty pleasure-seeking drones of the late 1960s. This left-libertarianism repudiated all ties of kith and kin and, though it was utopian in aspiration, its true legacy has been the dystopia of divided families, unparented children and the lazy moral relativism of the liberal professional elite. In this sense, the left was right wing years before the right, and it created the conditions for universal self-interest under Thatcher. The current political consensus is left-liberal in culture and right-liberal in economics. And this is precisely the wrong place to be. »

    (12) D’une critique de l’ouvrage de Blond, j’extraie ce passage, qui illustre bien ce rejet de l’emploi du terme « néolibéral » : « In order to do this he has to caricature it as "neo-liberalism": "The neo-liberal model of the capitalist market is too open to the pursuit of bad practice – buy as cheaply as possible, sell as dearly as possible, produce goods with the least possible expense and labour and the shoddiest possible quality." Only through a form of benign state invention (which he pretends is something else by calling it "localism") can this danger supposedly be averted. » -- James Delingpole, « Why the Tories are doing so well in the polls, pt 1: Phillip Blond », 24 avril 2010 -- http://blogs.telegraph.co.uk/news/jamesdelingpole/100036307/why-the-tories-are-so-well-in-the-polls-pt-1-phillip-blond/

    (13) “What I liked about socialism was its concern with social justice – the idea that our society should be ordered according to principles of equity, goodness and fairness. And it has to be said that many admirable policies came from the left: the refusal of racism, votes for women or the extension of voting to those without property. The left historically tended to position itself on the side of social justice. At the time it seemed to me that only the radical left-wing tradition believed in a society run for the good of all. I was also a republican, in the sens that I met seriously good people across all classes and cultures. I could never for the life of me understand why some despised those who differed from them by virtue of social class or race, or why, merely by accident of birth, the rich felt superior to the poor. The right just didn’t seem to give a damn about poverty, social exclusion and powerlessness.

    And I agreed with the ethical critique of unrestrained capitalism and believed in a life where values are not the creation of stimulated desire or human avarice. These values kept the environmental movement alive when all other idealisms seem to have died. These best parts of the left in the 1980s still tried to describe a good life based on real needs and authentic desires. It called for a communal and social responsability for the earth and all those who lived in it. The left also remained internationalist and open to others: it opposed apartheid; it was concerned for the well-being of the Third World. I liked all these things and felt drawn to the radical political idealism that these attitudes conveyed.”

    (14) Chantal Delsol, « Les orwelliens, ou la naissance d'une gauche conservatrice », Le Monde, 23 mai 2013 – http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/05/23/les-orwelliens-ou-la-naissance-d-une-gauche-conservatrice_3416546_3232.html

    (15) Voir cette page, visitée le 18 novembre 2013 : http://www.amisdechesterton.fr/categorie/veillechestertonienne/page/3/

    (16) « (...) aged 27, he converted to the Church of England after passing a PhD in theology under the tuition of Anglican philosopher John Milbank ». -- Ian Hernon, « Scouser Phillip Blond shakes up Conservative Party thinking », Liverpool Echo, 23 octobre 2009 – http://www.liverpoolecho.co.uk/lifestyle/nostalgia/scouser-phillip-blond-shakes-up-3442681

    (17) « (...) I'm an Anglican. But I have always been interested in Catholic social thought, which always made the argument that capitalism and communism are species of the same thing. Both are forms of disempowerment. »    Jonathan Derbyshire, «The NS Profile: Phillip Blond », New Statesman, 19 février 2009 – http://www.newstatesman.com/society/2009/02/red-tory-blond-liberal

    (18) Adrian Pabst, « Introduction à la théologie de John Milbank et à ‘’Radical Orthodoxy’’», 6 janvier 2003. Rubrique « Théologiens d’aujourd’hui », Revue Theologicum – http://www.catho-theo.net/spip.php?article31#outil_sommaire_1

    (19) Denis Sureau, « La mondialisation comme simulacre de la catholicité », Kephas, juillet–septembre 2002 – http://www.revue-kephas.org/02/3/Sureau31-33.html

    (20) «Thus we are witnessing a real intellectual return to religion that cannot be reduced to the spread of fanaticism. It is also becoming clear that secularism reinforces rather than overcomes both religious fundamentalism and militant atheism. » -- Ce texte est disponible en ligne : http://www.nytimes.com/2006/12/21/opinion/21iht-edblond.3974655.html?_r=0

    (21) « Milbank is convinced that Blond's latest incarnation as a political thinker is continuous with his earlier identity as a theologian, and that Red Toryism is merely the "political translation" of Radical Orthodoxy. "Part of Radical Orthodoxy's argument," he tells me, "is that since the 1960s a kind of non-liberal left has faded away somehow, and what you've got now is a left that increasingly defines itself in terms of secular liberalism. We argue that if you want to criticise liberal capitalism, you've got to realise that this is the form that secularity will take. Capitalism gets rid of the sacred. If there's no sacred, everything will be commodified. We argue that you need to re-enchant the world if you are to criticise or modify capitalism. »  – Jonathan Derbyshire, “The NS Profile: Phillip Blond”, New Statesman, 19 février 2009 – http://www.newstatesman.com/society/2009/02/red-tory-blond-liberal)

    (22) « (…) advocates the belief that working class voters will be won back to Labour through socially conservative ideas on certain social and international issues, such as immigration, crime and Europe, a rejection of neoliberal economics in favour of ideas from guild socialism and continental corporatism, and a switch to local and democratic community management and provision of services, rather than relying on a traditional welfare state that is seen as excessively bureaucratic. » Source : Wikipedia, entrée «Blue Labour » -- http://en.wikipedia.org/wiki/Blue_Labour

    (23) « One left-of-centre politician who does take Cameron and Blond seriously is Jon Cruddas, the MP for Dagenham, and another speaker at Blond's coronation last month as the Conservative Party's philosopher-king. "We, Labour, ignore Blond's work at our peril," Cruddas says. "There's a fault line running through the history of conservatism, between liberal-economic conservatism and a richer, more paternalistic tradition. Phillip's trying to rehabilitate the second one. What it does is allow the Conservatives to use a different language, a discourse about our obligations to others that is much richer than the Thatcherite brutality built around a notion of atomised economic exchange. » -- Jonathan Derbyshire, “The NS Profile: Phillip Blond”, New Statesman, 19 février 2009 – http://www.newstatesman.com/society/2009/02/red-tory-blond-liberal

    (24) « Most people want a socially responsible world with stable communities, together with a form of capitalism which benefits the majority, not just the top 10 per cent. » -- Ian Hernon, « Scouser Phillip Blond shakes up Conservative Party thinking », Liverpool Echo, 23 octobre 2009 – http://www.liverpoolecho.co.uk/lifestyle/nostalgia/scouser-phillip-blond-shakes-up-3442681

    (25) L’expression « philosopher-king » (« philosophe-roi »), que bien des journalistes ont attribuée à Phillip Blond, m’embête un peu, puisque, me semble-t-il, on devrait plutôt l’accoler à un intellectuel qui exerce véritablement le pouvoir. Si on définit autrement cette expression, si on soutient que « philosopher-king » veut plutôt dire : le « roi » des philosophes au service du prince, c’est-à-dire le premier en importance, le plus important de ses conseillers, alors, oui, je serais prêt à employer ladite expression sans réserve.

    (26) Cyrille Lachevre, « Ces libéraux qui s'assument – (3/5) Phillip Blond veut révolutionner le libéralisme », L’Opinion, 20 août 2013 – http://www.lopinion.fr/20-aout-2013/35-phillip-blond-veut-revolutionner-liberalisme-3152

    (27) http://fr.wikipedia.org/wiki/David_Cameron

    (28)  «intent on purging even the memory of Thatcherism before building a New Modern Compassionate Green Globally Aware Party »; « Mr Cameron has abandoned the last significant difference between his party and the established left. » Les références qui précèdent sont tirées de cette page : http://en.wikipedia.org/wiki/David_Cameron

    (29) C’est d’ailleurs pour une bonne part le jugement que porte Blond lui-même sur Cameron : « David Cameron remains an enigmatic figure who, although personally popular, is unable to offer a credible account of what he and his government stand for. At different times, he has been a progressive Conservative, a compassionate one, a "muscular liberal", a liberal Conservative, or a purely pragmatic politician who can easily dispense with ideology. » (Phillip Blond, Dave must take the Red Tory turn, New Statesman, 2 octobre 2011 – http://www.newstatesman.com/uk-politics/2011/10/society-social-economic)

    (30) « (...) the biggest challenge our country faces today is not economic decline, but social decline » et que, dans le pays, « there is a complex web of interconnected problem (...) Family breakdown. Persistent unemployment among some groups. Low expectations. Chaotic home environments. Drugs. Crime. Poor quality public space. » « It's time we admitted that there's more to life than money, and it's time we focused not just on GDP, but on GWB - general well-being. »  Cité par : http://en.wikipedia.org/wiki/Political_positions_of_David_Cameron

    (31) « to create a climate that empowers local people and communities, building a big society that will take power away from politicians and give it to people » - Cité par : http://en.wikipedia.org/wiki/Big_Society

    (32) « Ten years a minor academic in a provincial university (...) and then suddenly, it all changed» -- John Harris, « Phillip Blond: The man who wrote Cameron's mood music », The Guardian, 8 août 2009 –  http://www.theguardian.com/theguardian/2009/aug/08/phillip-blond-conservatives-david-cameron

    (33) http://www.theguardian.com/profile/phillipb 

    (34) « Then, thanks chiefly to a run of newspaper comment pieces, his work caught the attention of two very important groups of people: admirers rooted in the London media, Westminster and the capital's policy wonks; and, perhaps more importantly, some of the more adventurous minds grouped around the current leadership of the Conservative party. » -- John Harris, « Phillip Blond: The man who wrote Cameron's mood music », The Guardian, 8 août 2009 –  http://www.theguardian.com/theguardian/2009/aug/08/phillip-blond-conservatives-david-cameron

    (35) « I really believed in the politics that Cameron was trying to bring about (...). For the first time in British politics, somebody was talking about wellbeing; about broader categories of human happiness and satisfaction, and civic and local solutions. In all honesty, I thought, 'This is right.'» -- John Harris, ibid. -- http://www.theguardian.com/theguardian/2009/aug/08/phillip-blond-conservatives-david-cameron

    (36) New Demos project will explore 'progressive conservatism', communiqué non daté, vraisemblablement janvier 2009, puisque le lancement a lieu le 22 de ce mois.

    http://www.demos.co.uk/press_releases/newdemosprojectwillexploreprogressiveconservatism.

    (37) « We look at how progressive ends can be achieved using conservative means.  The project develops policies and ideas that are firmly rooted in the conservative tradition but also reflect the progressive values of personal and community empowerment, combating poverty and tackling inequality.” Source : The Progressive Conservatism Project (Demos) – http://www.demos.co.uk/projects/progressiveconservatism

    (38) « (…) vowed to pursue "progressive goals" like social justice, poverty reduction and carbon reduction through "conservative means" ». New Demos project will explore 'progressive conservatism', communiqué, janvier 2009 –http://www.demos.co.uk/press_releases/newdemosprojectwillexploreprogressiveconservatism

    (39) « Like a musician who has just left a band, he claims his split with Demos was a matter of "political and philosophical differences", and that "the values and philosophy I believe in can have a better home elsewhere"» -- John Harris, op. cit. http://www.theguardian.com/theguardian/2009/aug/08/phillip-blond-conservatives-david-cameron

    (40) « Before debating with Cameron, Phillip Blond will urge the Tory leadership to resist a return to the economics of the 1980s and focus instead on policies to relieve poverty and tie the market to social gains. »; « Blond's speech will focus on three priorities for progressive conservative policy – a revival of local economies to counter big business monoplies, a re-ordering of market regulation to serve social ends and a reversal of the dramatic rise in wealth inequality in the UK. »

    New Demos project will explore 'progressive conservatism', communiqué, janvier 2009 –http://www.demos.co.uk/press_releases/newdemosprojectwillexploreprogressiveconservatism

    (41) « Where Blond differs from Westminster groupthink, however, is in his emphasis on the "high culture" and upright moral standards that he claims both liberals on the left and right have damned as old-fashioned – and the failings of a "monopoly capitalism" that has squashed initiative and common endeavour almost as much as the bureaucratic state. Blond may bemoan the dead hand of government, but he also wants to break the power of, say, Tesco. » -- John Harris, op. cit. http://www.theguardian.com/theguardian/2009/aug/08/phillip-blond-conservatives-david-cameron

    (42) « In 2009 I argued for a new one-nation approach to Britain's problems, and Cameron appeared to agree. The principles of re-localising the economy, re-capitalising the poor and re-moralising the market were echoed in Cameron's speeches and policy ideas. »  -- Phillip Blond, « David Cameron has lost his chance to redefine the Tories », The Guardian, 3 octobre 2012 -- http://www.theguardian.com/commentisfree/2012/oct/03/cameron-one-nation-u-turn-tory-tragedy

    (43) «Core to what David Cameron feels (...) is that a Toryism that is all about the price of everything and the value of nothing, is arid and inadequate, and not him. He wants to find an account of the world that is rightwing and Tory, but which also explains why he doesn't want village post offices to shut. Phillip Blond provides him with that." T (...) is more a matter of mood music than hard policy. "If you look to Phillip to come up with five proposals that could form the core of a white paper, you search in vain. But if you look to someone who can reinforce an intellectual climate, he can provide. » -- John Harris, op. cit. http://www.theguardian.com/theguardian/2009/aug/08/phillip-blond-conservatives-david-cameron

    (44)   http://www.dailymail.co.uk/news/article-1205240/Daniel-Craigs-stepbrother-appointed-philosopher-king-David-Cameron.html#ixzz2kYHMsvXD

    (45) « I would not say I agree with everything he has said or indeed everything he and his thinktank are going to say ».  Rapporté par Alex Singleton, “Is Phillip Blond now David Cameron's most influential thinker?”, 3 décembre 2009 -- http://blogs.telegraph.co.uk/news/alexsingleton/100018739/is-phillip-blond-now-david-camerons-most-influential-thinker/)

    (46) « When I speak to a shadow minister and Cameron ally, he says that "self-consciously nostalgic" aspects of Blond's thinking are difficult to square with the Tory leader's emphasis on modernisation, but that doesn't mean that he isn't being listened to (...).» -- John Harris, op. cit. – http://www.theguardian.com/theguardian/2009/aug/08/phillip-blond-conservatives-david-cameron

    (47) John Harris, ibid. – http://www.theguardian.com/theguardian/2009/aug/08/phillip-blond-conservatives-david-cameron

    (48) « The program comprises public-service reform (cutting red tape), community empowerment (transferring authority to the local level), and social action (encouraging voluntarism and philanthropy—or, to a cynical ear, getting people to do things for nothing that they used to get paid for). Cameron envisages a garden-fence government, in which little platoons of concerned citizens, unhindered by senseless regulations and sclerotic bureaucracies, band together to conceive and execute the governance of their own communities. » (« All Together Now! What’s David Cameron’s Big Society about? », The New Yorker, 25 octobre 2010 – http://www.newyorker.com/reporting/2010/10/25/101025fa_fact_collins)

    (49) John Harris, op.cit. – http://www.theguardian.com/theguardian/2009/aug/08/phillip-blond-conservatives-david-cameron

    (50) «  (…) battle in the Tory party between libertarians and Thatcherites on the one hand and social conservatives, or the Tory Taliban as their enemies call them, on the other » -- Ed West, “The 'Tory Taliban' are resurgent in the battle for the soul of the Conservatives”, 10 décembre 2009 – http://blogs.telegraph.co.uk/news/edwest/100019539/the-tory-taliban-are-resurgent-in-the-battle-for-the-soul-of-the-conservatives/

    (51) Voici un exemple d’une telle critique : « Phillip Blond sees the modern state and market as equally brutal and dehumanising. He hates the state like a Thatcherite Tory might. But he doesn't like the market even as much as most social democrats manage to. In fact it passes the imagination how David Cameron and his ilk feel any empathy at all with a thinker whose hatred of the real world economy is as visceral as Mr Blond's. It is one thing to admire William Cobbett and even to claim his hatred of the Wen (The City plutarchy) as a sort of precursor, it is another to disparage and even seek to dismantle modern capitalism. --http://www.socialaffairsunit.org.uk/blog/archives/002015.php)

    (52) 19 octobre 2009 - http://blogs.telegraph.co.uk/news/jamesdelingpole/100014010/why-is-cameron-getting-into-bed-with-this-dumb-blond/

    (53) “My major doubt is that Blond's solutions seem to have been designed for 1950s Britain, not for the diverse, divided country of the 2000s, which makes it hard (almost impossible) to re-build "community values". Hugely mixed societies like ours are not fertile ground for communitarian politics that require a strong sense of solidarity among its citizens; moreover I'm not even sure that "working-class communities" exist anymore in the sense they once did.”

    -- Ed West, “The Tories are the party of greed, Labour the party of lust – maybe Phillip Blond's Christian capitalism is the solution”, 24 novembre 2009 --http://blogs.telegraph.co.uk/news/edwest/100017719/the-tories-are-the-party-of-greed-labour-the-party-of-lust-–-maybe-philip-blonds-christian-capitalism-is-the-solution/

    (54)  « Phillip Blond is big, brash and flush with cash – well, his think tank is, anyway. ResPublica, the organisation he founded, is a success. Open political magazines and there it is. In under 12 months Blond has turned himself into being the hottest thinker in Westminster.

    Well, I say “thinker”, but I’m not entirely sure that’s a good description. Certainly he thinks, but the conclusions of his policy ideas are muddled. It is obvious that he fails to grasp economics. But he is a fantastic self-publicist and his anti-consumer demands – he proposes a tax on supermarket car parks and wants higher supermarket prices – guarantee newspaper headlines. » -- Alex Singleton, “Is Phillip Blond now David Cameron's most influential thinker? “, 3 décembre 2009 -- http://blogs.telegraph.co.uk/news/alexsingleton/100018739/is-phillip-blond-now-david-camerons-most-influential-thinker/)

    (55) « But in the end, his mono-mania on supermarkets only illustrates how wrong he is about markets – which have an unmatched record in the spreading of prosperity when compared to any other system that human beings have attempted to construct. If free markets go undefended through neglect, or are chipped away at by thinkers such as Blond, then it merely strengthens the hand of those who want to increase state control or reduce their own exposure to the chill winds of competition. »  -- Iain Martin, “The Problem With Phillip Blond: He’s Wrong About Markets”, 30 novembre 2009 -- http://blogs.wsj.com/iainmartin/2009/11/30/the-problem-with-phillip-blond-hes-wrong-about-markets/

    (56) 17 avril 2010 – http://www.timworstall.com/2010/04/17/phillip-blonds-red-tory-my-god-the-mans-an-ignorant-fuckwit-isnt-he/

    (57) Carl Packman, Cameron will fail in reviving Conservatism, 15 août 2010 – http://liberalconspiracy.org/2010/08/15/cameron-will-fail-in-reviving-conservatism/

    (58)

    « You know how it is, sometimes, when you come across a book so brilliantly written and closely argued that you find yourself underlining each shimmering apercu, and drawing enormous ticks in the margin? Well that's the exact opposite of what I did with Phillip Blond's ineffably dreadful Red Tory, one of the most feeble, wrong-headed, confused, and potentially very dangerous sociopolitical tracts it has ever been my agony to read. (...) Red Toryism is a brand that is arresting, exciting and different the first time you hear it, but which collapses under the weight of its own contradictions the second you start trying to define it.

    (...)

    In his heart, I suspect, Phillip Blond knows this. He thought up the groovy concept. It was enough to impress not just a publisher but even David Cameron, leading some gullible fool or other to provide funding for his think tank Res Publica. But then he found himself in the awkward position of having to explain what it at all meant in the course of a 300 page book. And unfortunately, his brain isn't up to it. (Nor, for that matter, is his prose style (...))

    Blond's unappetising mix of waffle, bad prose, jumbled ideas, and illogicalities – all thrown together with the occasional bout of facts, figures and statistics, so we know he's done his homework – would be quite harmless were it not for one major problem: David Cameron's Conservatives have adopted this buffoon as their philosopher king. Blond's economics are unaffordable; his logic is incomprehensible; his politics are suicidal. We should all be very afraid. »

    James Delingpole, « Why the Tories are doing so well in the polls, pt 1: Phillip Blond », 24 avril 2010 -- http://blogs.telegraph.co.uk/news/jamesdelingpole/100036307/why-the-tories-are-so-well-in-the-polls-pt-1-phillip-blond/

    (59) « Maybe a Red…. but a Tory?  All in all, it is hard to see the Toryism in Mr Blond. His general sense of the desirable society seems more like that of a green alternativist such as George Monbiot (or a Jonathan Porritt of the 1970s, 1980s and 1990s). (...) In short, I can't really see why Mr Blond isn't trying to return socialism to its reformist and mutualist roots rather than try to graft his dream on to the traditionalist and capitalistic stem of the Tories. »

    David Cameron would do best to ignore Phillip Blond, 11 mai 2010 – http://www.socialaffairsunit.org.uk/blog/archives/002015.php)

    (60) « Thankfully Cameron is no more likely to be able to get his party to adopt this approach then Blair was able to carry into power the similarly dangerous 'communitarianism' that surfaced at the same early stage of his political trajectory. »

    (Andy Gregg, Red Tories - tall stories, janvier 2010 – http://www.chartist.org.uk/articles/britpol/jan10gregg.htm)

    (61) “David Cameron's big society constitutes the new centre ground of British politics. (...) Unfortunately, the "big society" seems secondary to the Treasury driven austerity agenda. Civil society is the new centre-ground of British politics and it is the only alternative to a repetition of a past none of us want to revist. (...) Elsewhere in the world societies from Japan to Italy realise they cannot afford to deliver welfare in the old way and are creating their own versions of big society. Everywhere we see the transition to new civic and social associations which the internet and emergent technologies offer. But the Treasury shows little sign of grasping the transformative possibilities of the "big society", it appears to be cutting without thinking how it could run austerity alongside the rebasing and renewal that the "big society" offers. The cuts could and should provide the opportunity for a new civic approach to the state. If they don't and we simply have a smaller version of what we have now, the coalition will have lost its opportunity on the "big society", leaving it for Labour and Ed Miliband to grasp.” (The Guardian, 3 octobre 2010 – http://www.theguardian.com/commentisfree/2010/oct/03/cuts-big-society-treasury-civic-state)

    (62) « Blond has been hailed by The New York Times' conservative columnist David Brooks and by the liberal media mogul Arianna Huffington, and met with politicians from both parties on his U.S. tour. He was invited to speak at Catholic University of America in Washington by Stephen F. Schneck, a political scientist and Obama supporter, and in New York he was hosted at an invitation-only confab by Philip K. Howard, the apostle of a "common good" public policy and onetime adviser to Al Gore. » (David Gibson, “With Phillip Blond, Age-Old 'Distributism' Gains New Traction”, Huffington Post, 20 octobre 2011 –

    http://www.huffingtonpost.com/2011/10/20/phillip-blond-distributism_n_1019732.html)

    (63) « In fact, I’d nominate Blond as one of Forbes’s “Names You Need to Know in 2011." » -- Tim Ferguson, “Conservatives, Meet Phillip Blond”, Forbes, 19 septembre 2011 –

    http://www.forbes.com/sites/timferguson/2011/06/19/conservatives-meet-phillip-blond/)

    (64) Voir ce communiqué : http://www.masslbp.com/journal_detail.php/phillip-blond.html

    (65) « Your politics looks like a proto-American conservative party, fiscal conservatism, law and order, need to maintain strong military. » (65) « The Big Society comes to the editorial board », The Globe and Mail, 29 mars 2011 – http://www.theglobeandmail.com/globe-debate/editorials/the-big-society-comes-to-the-editorial-board/article4258384/

    (66) « A study by ResPublica – which was set up by Cameron's intellectual soulmate, Phillip Blond – will raise fresh doubts about whether the government's localism and "big society" agendas can succeed as public service cuts bite. Its publication comes amid rumours that Cameron's most trusted strategist, Steve Hilton, one of the chief architects of the "big society" concept along with Blond, is growing frustrated with its lack of progress and with the government's apparent stalling on public service reform as a result of pressure from the Liberal Democrats. »  -- Toby Helm - The Observer, 18 juin 2011 – http://www.theguardian.com/society/2011/jun/18/david-cameron-guru-big-society)

    (67) « (...) the Localism Bill, now working its way through parliament, is full of innovative ideas and policies that will, for the first time, enable those at the bottom to establish - with the powers of budgetary takeover, community right to buy and neighbourhood control over planning - a political economy that could change localities beyond all recognition.. » -- Phillip Blond, Dave must take the Red Tory turn, New Statesman, 2 octobre  2011 -- http://www.newstatesman.com/uk-politics/2011/10/society-social-economic

    (68) « The tragedy is that the government has adopted a laissez-faire approach to the delivery of the big society. (...) With these ideas cut off by the spending cuts and sidelined by the Treasury as a prime ministerial distraction, the battle for the big society has probably already, needlessly, been lost. But its proponents may well have won the war, for Labour now acknowledges that it should adopt its own civic variant. » -- Ibid.

    (69) Voir aussi cet article : “ (...) the Sunday Times followed up (...) with revelations that staff had been locked out of the office due to non-payment of rent, and Blond had loaned himself £38,000 from company funds”. Mark Wallace, “Sunday Times follows up on ResPublica’s “cash crisis””, 6 juin 2011 – http://crashbangwallace.com/2011/06/05/sunday-times-follows-up-on-respublicas-cash-crisis/)

    (70) Jason Grove, “Cameron's Big Society guru 'raided' think tank coffers to fund £40,000 jet-set lifestyle”, Daily Mail, 24 octobre 2011 - http://www.dailymail.co.uk/news/article-2052610/Camerons-Big-Society-guru-raided-think-tank-coffers-fund-40-000-jet-set-lifestyle.html

    (71) EXCLUSIVE LEAK: Phillip Blond donor dissects ResPublica’s unpublishable and inadequate work, 3 mars 2012 – http://crashbangwallace.com/2012/03/14/exclusive-leak-phillip-blond-donor-dissects-respublicas-unpublishable-and-inadequate-work/

    (72) Source en ligne : http://www.theguardian.com/commentisfree/2012/oct/03/cameron-one-nation-u-turn-tory-tragedy)

    (73) « I liked David Cameron; when he became Conservative party leader in 2005 he recognised that something was badly wrong with the right, and a new radical conservatism was desperately needed. I proposed a red Toryism – a commitment to the progressive merits of tradition and social conservatism and the need to build ethos-driven institutions, and a new Tory economics that distributed property, market access and educational excellence to all. (...)

    I did and still do believe in all this. I advocated a bottom-up civic renewal of our society; plus I wanted to recover social conservatism not as a reactionary war on single mothers or gay people, but as a conserving force to restore the family and loving human relationships as the primary agent of renewal, and the first front in the war on poverty, human neglect and social dysfunction. Crucially I argued conservative economics were not delivering on conservative principles and that current versions of free-market economics were re-inscribing class and caste.

    Cameron to his great credit spoke to all of this and offered as its realisation "the big society" – a whole package of measures to add to community empowerment, civic life and community businesses. It was unfortunately designed to work alongside rather than convert a dysfunctional economic model. But despite appalling communication and a belief it was just about volunteering, it gave a sense of social rejuvenation and structural shift. Big society was Cameron's unfulfilled promise to do and be something different.

    But what a disappointment and what a tragedy this promised renewal of one-nation conservatism has become. Make no mistake: a radical Toryism has been abandoned, the once-in-a-generation chance to redefine conservatism on something other than a reductive market liberalism has been lost. In 2009 I argued that the party had renewed its social vision but not its economic philosophy, and if it simply repeated 1980s economics, then that would destroy everything else on offer.

    And so it has proved. In an act of almost inexplicable carelessness Cameron has abandoned his social project for a re-toxifying 1980s approach to the deficit. He has surrendered No 10 to Treasury determination and become a creature of other people's means rather than his own envisager of ends – the starkest example of which is that in the emergency budget of 2010 he allowed the largest cuts to fall on local authorities even before his own Localism Act had come into force, allowing communities to take over public services or employees to mutualise and modernise – undermining the big society agenda from the very outset.

    The government is now focused on a purely negative agenda of deficit reduction, and unable to offer a positive vision of the future. Almost overnight the idea of a governing principle and a vision of a better Britain was overthrown by economic austerity and a smug and indifferent Treasury. (...)»

    Phillip Blond, « David Cameron has lost his chance to redefine the Tories», The Guardian, 3 octobre 2012 – http://www.theguardian.com/commentisfree/2012/oct/03/cameron-one-nation-u-turn-tory-tragedy

    (74) « But nothing is on offer from the right, so the left has moved into the vacuum. More worryingly for Cameron, Ed Miliband's speech this week wasn't even blue Labour – he was red Tory when he both vindicated Cameron's original vision and sidelined it by appropriating Disraeli. » -- Phillip Blond, ibid.

     

    Date de création : 2013-11-20 | Date de modification : 2013-12-03

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