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    Impression du texte

    Dossier: Pape

    Les papes et le monde

    Lucien Lemieux
    En déménageant de Jérusalem à Rome, l'Eglise de Jésus le Christ a cessé d'être juive et s'est ouverte à tous les peuples de la terre. Entée sur l'olivier planté par Abraham, elle s'est enracinée au coeur de l'empire romain. Après de pénibles tribulations, elle s'est laissé prendre au jeu du pouvoir et s'est ainsi confinée au continent européen. L'évêque de Rome se réserva le nom de pape au VIe siècle et usa parfois de ses armes spirituelles pour affirmer son pouvoir temporel. Il s'ensuivit des remous et des craquements; des Eglises locales se disloquèrent du grand tout. Les Etats Pontificaux furent envahis et les papes se déclarèrent des prisonniers volontaires du Vatican jusqu'aux accords de Latran de 1929. L'Etat de la cité du Vatican, réduit à 44 hectares de terrain, en pleine ville de Rome, apparut suffisant à Pie XI et à ses successeurs pour signifier leur autonomie vis-à-vis de toute autre souveraineté temporelle et pour leur permettre d'exercer leur mission propre dans le monde.


    Promotion du catholicisme social

    Le mouvement ultramontain du XIXe siècle et l'ecclésiologie sous-jacente favorisèrent le dogme de l'infaillibilité pontificale, promulgué lors du concile oecuménique Vatican I en 1870, et valorisèrent la papauté comme le seul refuge de la vérité. Libéré des Etats Pontificaux, le successeur de Pie IX porta cependant son regard au-delà de la péninsule italienne. Eclairé par l'Union de Fribourg constituée d'une équipe de travail sur le catholicisme social, Léon XIII intervint en 1891 sur la situation des ouvriers (hommes, femmes et enfants) par l'encyclique Rerum Novarum. C'était le point de départ d'une ouverture aux défavorisés du monde industriel, non plus seulement par le biais de la charité, mais aussi par celui d'une transformation de la vie en société. L'impact de cette prise de position se répercuta au niveau des Caisses Populaires, des Coopératives, des Syndicats, des Semaines Sociales dans différents pays du monde. Pie XI y ajoutera le principe de subsidiarité, quarante ans plus tard, en commémoraison de cet événement majeur dans les relations entre la papauté et le monde, par son encyclique Quadragesimo Anno.


    Artisans de paix durant les deux guerres mondiales

    Bien que toujours surestimés et auréolés, les papes furent amenés à prendre position lors des deux conflits mondiaux de la première moitié du XXe siècle. L'élection de Léon XIII en 1878 avait regagné la liberté des catholiques allemands, entamée avec fracas par le Kulturkampf de Bismark. celui-ci reconnut qu'il se dirigeait vers un cul-de-sac et l'empereur Guillaume Il, d'allégeance protestante, favorisa même le développement du catholicisme. L'impartialité de Benoît XV, que chacun des ennemis attirait dans son propre camp, fut inébranlable, lors de la Première Guerre mondiale. Considérant celle-ci comme le «suicide de l'Europe civilisée», le pape travailla à la paix de plusieurs façons: par la formation en 1915 d'une commission spéciale en vue d'un traité de paix; par l'intervention des membres d'une même famille princière qui se trouvaient parmi les belligérants des deux côtés; par des efforts auprès de l'un ou de l'autre gouvernement, aucun ne défendant d'ailleurs une juste cause; par la note romaine du 14 août 1917, à tous les pays en guerre, pour de fructueuses négociations. Les résultats sont difficilement palpables. L'aide apportée par le Vatican pour adoucir les rigueurs de la guerre auprès de la population en général fut toutefois finalement reconnue.1

    Pie XI et son nonce apostolique à Berlin jusqu'en 1930, puis son secrétaire d'État, Eugenio Pacelli, virent s'accroître l'influence du national socialisme, fondé sur une théorie raciste non chrétienne. Les promesses du chancelier Adolf Hitler, le 23 mars 1933, et le concordat signé entre le Vatican et le troisième Reich, le 20 juillet et le 10 septembre 1933, influencèrent les dirigeants des Eglises catholique romaine et luthérienne d'Allemagne en faveur du nouveau potentat. Leurs protestations ultérieures, les trente-quatre notes romaines au gouvernement dictatorial de 1933 à 1937, l'encyclique Mit brennender Sorge du 4 mars 1937 n'endiguèrent pas le totalitarisme et les persécutions déjà en cours. La guerre la plus meurtrière de l'histoire humaine éclata et perdura près de six ans.

    Le comportement de Pie XII durant ce second conflit mondial fut durement contesté, surtout après sa mort, à la suite d'une pièce de théâtre à succès Der Stellvertreter, parue en 1963. Cette oeuvre d'imagination fut prise au sérieux. Une meilleure connaissance des faits, heureusement rendue possible depuis 1,965 grâce à la publication des Actes et documents du Saint-Siège relatifs à la Seconde Guerre mondiale2, anéantit toutes les allégations fantaisistes d'un jeune Allemand, heureux de faire porter par le pape ce dont son peuple avait été en bonne part responsable.

    Pie XII ne s'était pas contenté de répéter: «Rien n'est perdu avec la paix, tout est perdu avec la guerre»; il a fait tout en son pouvoir pour éviter la guerre et pour en atténuer les barbares conséquences. Il aurait servi d'intermédiaire entre les Allemands et les Anglais, pour que Hitler fût mis de côté par un coup d'Etat avant la déclaration de la guerre. il alerta Paris, Londres, Bruxelles, Amsterdam de l'imminence des attaques allemandes contre leurs pays respectifs. Préoccupé de demeurer impartial et de «juger selon la vérité et la justice», il a sans cesse poursuivi trois objectifs: le meilleur sort possible de l'Eglise en Allemagne, la restauration de la paix, l'humanisation de la guerre. Lui-même responsable de la protection de 5,000 Juifs à Rome, il a sauvé d'une mort certaine, avec la collaboration de ses nonces apostoliques et d'autres responsables de l'Eglise, au moins 150,000 Juifs.

    Quant à son silence, que peut-on en dire? Précisons d'abord que durant la guerre aucun message télégraphique ou téléphonique n'atteignait le Vatican, car l'Italie, l'alliée de l'Allemagne, interceptait ou, du moins, brouillait toute communication. Seuls des individus, tel Mgr Paganuzzi, aumônier de l'ordre de Malte, faisaient la navette entre l'Allemagne, le Vatican et d'autres pays européens. Toute intervention spectaculaire du pape aurait fait plus de tort que de bien, car toute protestation contre le régime hitlérien excitait la fureur des nazis. Pie XII avoua à ses cardinaux, réunis le 2 juin 1943, qu'il s'abstenait de parler haut et clair pour ne pas aggraver le sort des victimes de la guerre. Il se devait, de plus, de respecter l'épiscopat allemand et de procéder par son nonce apostolique, peut-être pas toujours à la hauteur de la situation. Même le cardinal archevêque de Cracovie, ayant en main une déclaration écrite du pape, la parcourut et la brûla devant l'émissaire papal, en disant: «Point n'est besoin de rendre publique la condamnation du pape (il est naturel que le pape soit avec nous), si elle sert à aggraver nos maux.» En dernière analyse, nous pouvons tout aussi bien faire confiance aux propos du pape Pie XII qu'à ceux de tous ses dénigreurs: «Tout ce qu'une anxieuse sollicitude pouvait suggérer a été tenté pour empêcher les horreurs d'une déportation et d'un exil en masse. Et quand, en dépit de nos espérances, ceci s'est avéré impossible, nous fîmes personnellement tout ce qui était en notre pouvoir pour tempérer au moins la cruauté d'un état de chose imposé par une force brutale.»


    Agents d'universalité

    Il reste que les pontificats de Benoît XV, Pie XI, Pie XII et même de Jean XXIII recouvrent cinquante années décisives dans la vie de l'Eglise, compte tenu de la crise mondiale à travers laquelle passe l'humanité tout entière, Qu'elle soit perçue sous son angle politique, juridique, idéologique, économique, culturel ou moral, cette crise de civilisation modifie en profondeur toutes les relations humaines. Personne, quel que soit son panache, ne peut plus amener le monde à lui. L'universalisation de la planète a relativisé toute intervention individuelle. L'Eglise catholique romaine compte à peine 18% de la population mondiale. La proportion était bien différente quand le regard se limitait à la seule Europe.

    Les papes s'en rendirent compte et l'universalité de l'Eglise se concrétisa alors de diverses façons: autonomie de plus en plus grande dans les Eglises dites de missions; oecuménisme répandu d'abord au sein des Eglises d'allégeance protestante, accueilli timidement par Pie XII et voulu par Jean XXIII; éclatement du cléricalisme en un ministère presbytéral exercé même par des prêtres ouvriers; présence diplomatique dans les grands organismes internationaux; prise en charge progressive de l'Eglise par l'ensemble des chrétiens et chrétiennes grace a l'Action catholique; études scripturaires libératrices de vérité. Benoît XV avait donné l'élan à ce mouvement, Pie XII en avait saisi toutes les implications, Jean XXIII ouvrit tout simplement la porte de l'Eglise au monde et y laissa entrer le vent pour l'aérer de fond en comble.


    Vers des papes à taille humaine

    Jean XXIII humanisa la tâche pontificale. Sa bonhomie se révéla finesse et charité profonde. Sa ténacité et sa malice de paysan se doublèrent d'humilité, d'indulgence et de lucidité. Pie XI avait imposé le respect, Pie XII l'admiration, Jean XXIII imposa l'amour. Ses fréquentes sorties à Rome et dans les environs suscitèrent beaucoup de sympathie sur son passage. Il laissa en héritage un début d'aggiornamento à triple facette: la réforme de l'Eglise, l'union des chrétiens, l'ouverture au monde. Il à réconcilié l'Eglise avec son siècle, même s'il ne partageait ni les idées, ni le style de vie des gens de son temps. Il fit confiance à ces derniers, en adressant sa grande encyclique Pacem in Terris «à tous les hommes de bonne volonté». La paix existerait vraiment si elle était fondée sur la vérité, la justice, la charité et la liberté. En convoquant le deuxième concile du Vatican, il appela tous les évêques à exercer avec lui leurs responsabilités universelles et à balayer avec lui «la maison du bon Dieu», cette Eglise qui revenait au service du monde.

    La papauté était démystifiée; le pape n'en était que plus aimable, plus à la portée de tout le monde. Des gens de partout et de toutes croyances, même des incroyants, témoignèrent par écrit avoir vécu avec lui ses derniers jours de maladie; par exemple, Mireille qui lui écrivit: «Bien que je ne croie pas en Dieu, je vous envoie mes voeux de bonne santé», ou ce musulman noir: «Si vous n'êtes déjà plus là, que ceux qui vous entourent soient éclairés par l'Esprit Saint de Dieu afin que votre successeur qu'ils désigneront continue dans la voie lumineuse que vous avez suivie».3


    Nouveau mode de présence au monde

    Stimulés par l'exemple de Jean XXIII et encouragés par les évêques réunis en concile (surtout grâce à la constitution doctrinale sur L'Eglise dans le monde de ce temps), Paul VI, Jean-Paul I et Jean-Paul II manifestent un nouveau mode de présence au monde.

    L'interprétation des fréquents voyages du premier et du dernier (le deuxième n'ayant pu en 33 jours de pontificat que donner un témoignage de simplicité et de sérénité) peut différer selon les angles d'approche. Y discerner un désir de retour en arrière n'est pas facilement justifiable. Si tous les évêques du monde, tous les prêtres et tous les chrétiens ou chrétiennes faisaient le même effort que le pape pour être présents en tant que tels aux réalités séculières et au monde de leur milieu, les voyages du pape apparaîtraient moins spectaculaires et correspondraient davantage à une volonté commune de tous les membres de l'Eglise catholique romaine d'être concrètement présents en tant que tels au monde de leur temps.

    Paul VI, souvent perçu à travers la seule encyclique Humanae vitae, plus ou moins bien interprétée d'ailleurs, et à travers la caricature de ses dernières années de pontificat, a posé des gestes d'une extrême importance. Son premier voyage, un pèlerinage à Jérusalem, le premier qu'y faisait un pape depuis le départ de saint Pierre, recentrait l'Eglise sur Jésus le Christ. «La richesse symbolique et la fécondité d'un tel geste ne sont pas près d'être épuisées».4 Les autres voyages prennent leur vrai sens sous ce seul éclairage. Les Nations-Unies, le Conseil oecuménique des Eglises et l'Organisation internationale du travail, Karnpala, Bogota, Fatima, Istanbul, Bombay, l'Australie et Sarnoa, Hong-Kong, autant de stations où les arrêts ont d'abord une portée pastorale et spirituelle. Ajoutons tout de suite les déplacements de Jean-Paul Il en Amérique latine, en Pologne, en Irlande, aux Etats-Unis, en Turquie, aux Philippines, en France et en Allemagne de l'ouest et ailleurs. Il est vrai que Jean-Paul II, encore plus que Paul VI, donne l'impression de toujours parler durant ces périples. Les mass media reproduisent ses discours ou ses homélies. On est porté à remarquer plus le contenu de ses paroles que le sens de ses gestes, un peu comme on le fait à la lecture des Evangiles. Et pourtant Jésus se révèle autant, sinon plus, par son comportement que par ses propos.


    Impact des voyages des papes

    S'il est devenu naturel et normal qu'un pape se rende un peu partout dans le monde, quel impact peut-on percevoir de ce nouveau mode de présence dont certains ne voient que le coût et les dérangements? Sur le plan religieux, il en ressort une grande fierté d'être catholique chez les membres de l'Eglise romaine; c'est un stimulant dans la poursuite d'un cheminement évangélique. A travers tous les mécanismes de la religion populaire, un nouveau dynamisme de vie chrétienne surgit aussi dans le coeur des gens de bonne volonté. La portée des gestes se situe souvent au niveau des petits et des laissés pour compte. Les discours sont différents selon les papes et l'importance de leurs propos n'est ordinairement pas relativisée à la lumière de la constitution doctrinale sur La Révélation divine; selon cette dernière, en effet, on ne devrait pas donner une autorité égale à des sujets relevant des Saintes Ecritures ou de la Tradition apostolique et à tous les autres sujets plus ou moins liés au message évangélique ou à la vie en Eglise. L'essentiel peut tout de même être trié au milieu d'éléments secondaires de la foi chrétienne.

    La portée oecuménique des déplacements du pape dépasse la perception de quiconque. L'ouverture pourrait être taxée d'opportunisme, mais d'où provient une telle critique? Pourquoi ne pas y lire un effort de communion véritable avec les principales Eglises chrétiennes? Dans la vérité et dans un sain réalisme pastoral, les derniers papes ont délaissé leur perchoir et cherchent avec des responsables d'autres Eglises les voies de réalisation de la prière de Jésus, telle que rapportée au chapitre XVII de l'Evangile selon saint Jean.

    Sur les plans social, économique, politique et culturel, les voyages de Paul VI et de Jean-Paul II permettent à ceux-ci de constater et d'observer les nombreuses différences entre les peuples ou les groupes visités. Une page est tournée. «Le processus historique qui a semblé destituer le pontificat romain de sa puissance politique, en limitant sa souveraineté à la minuscule Cité du Vatican, lui a en fait assuré une indépendance et, si l'on peut dire, une transcendance de situation qui a immensément accru sa puissance spirituelle.» Sans encourir quelque soupçon de défendre d'autres intérêts que ceux de la mission de l'Eglise, le pape indique ce qui est le mieux pour l'humanité, compte tenu du ferment chrétien. Par le pape, l'Eglise rentre dans le temporel, non pour posséder mais pour assumer. Elle se fait ainsi servante du monde par son porte-parole officiel et privilégié.

    Vouloir discerner des objectifs d'ordre politique aux voyages des papes, c'est limiter énormément leur mode de présence au monde, c'est l'enchâsser dans ce qui fait l'objet habituel des gros titres de journaux. Mais dans l'atteinte de leurs objectifs d'ordre évangélique, les papes n'apparaissent pas moins comme des forces de résistance antitotalitaire, au nom de l'homme créé à l'image de Dieu et qui trouve toutes ses dimensions en Jésus le Christ.


    Comportement de Jean-Paul II

    En la personne de Jean-Paul II projeté du jour au lendemain, par sa seule élection à la papauté, au premier plan de l'actualité, la présence au monde d'un pape s'est rapidement cristallisée. Sa personnalité s'impose, son rayonnement s'affirme, son enseignement dérange. Rome ne le retient pas. Il adhère de façon motivée à de nombreuses invitations. Son élection avait été une grande nouvelle dans un monde souvent blasé. Ses déplacements et ses propos pourront perdre leurs atours, mais ne laisseront pas indifférents ceux et celles qui s'y intéresseront. Vigoureux, dynamique, soucieux de l'être humain, individuel et collectif, porté de façon privilégiée vers les démunis, il apparaît, face aux horizons incertains de l'an 2000, un porteur et un artisan d'espérance. Sourire lumineux, bonté malicieuse, accueil généreux, pensée rigoureuse, autant de qualités qui peuvent lui être reconnues, sans qu'on n'y décèle la poursuite d'intérêts si désirés dans d'autres sphères de la société. Même les plus méfiants des êtres humains sont portés à lui faire confiance.

    De tels propos peuvent sembler de l'apologie. Rappelons-nous tout simplement la description que faisait en 1848 d'un éventuel pape slave le poète Julius Slowachi, qui en voulait par ailleurs à Pie IX:

    Au milieu des discordes de ce monde, le Seigneur Dieu
    Frappe à grands coups l'airain.
    Pour un pape slave, il prépare le trône.
    Celui-ci ne fuira pas devant les glaives,
    Comme un Italien.
    Hardi, à l'image de Dieu, il restera au poste.
    Car pour lui le monde est poussière.
    Il va balayer les nefs des églises
    Et nettoyer leurs parvis.
    Et montrer Dieu dans la création du monde
    Clair comme le jour.5

    Cet écrivain prêtait tout son idéal à ce pape à venir, comme plusieurs chrétiens le font à la vue du pape actuel. Plus réaliste, tout observateur, même catholique, percevra rapidement des lacunes chez Jean-Paul II. Son ouverture les laissera passer plus que s'il était discret et renfermé. Mais ce qui est certain, c'est qu'il va continuer à répéter que «Jésus a toujours été du côté de l'homme» et à agir en conséquence. Si sa lecture de ce qu'il y a de mieux à offrir à l'humanité n'est pas toujours juste, passe encore, mais sa volonté de chercher à atteindre cet objectif demeurera inébranlable. Pape des droits de l'homme, il claironnera partout que Dieu est le premier droit de l'homme. Ceux qui s'y opposeront pourront-ils fonder leur argumentation sur une aussi solide volonté d'y aider l'humanité à court et à long termes. Que l'homme soit fait à l'image de Dieu ne peut être qu'une motivation très forte de respect à l'égard de l'humanité.

    Une présence libératrice, parce que non démagogique, une voix libre, parce que non craintive ni méfiante, un 'visage franc, parce que sans intérêt, un annonceur de paix, parce que non entaché de violence fratricide, un homme simple, parce que pas vendeur. Des attentes? Déjà une certaine concrétisation? Et pourtant aussi de la stupéfaction devant des affirmations très claires contre le matérialisme sous toutes ses formes et en faveur d'une vie simple et modeste. Sa contestation vis-à-vis de tout laisser-aller rejoint chacun, surtout en Occident, dans le vif de sa quotidienneté.


    Le sens ecclésial de la papauté

    Au regard de la foi, la tête de l'Eglise est le Christ et l'évêque de Rome en est le serviteur, en tant que coordonnateur et chef du collège épiscopal. Le service d'autorité du pape est en vue de la communion dans l'Eglise et entre les Eglises, pour un monde meilleur dès cette vie sur terre. Sa tâche lui est venue de Dieu à travers des hommes. Si le pape n'est pas toute l'Eglise, il n'y a pas d'Eglise sans le pape, et celui-ci est là pour toute l'Eglise. Or l'Eglise est au service du monde pour une plus grande glorification de Dieu.

    Cette vision de l'Eglise apparaît nouvelle, parce qu'elle ressort du concile Vatican Il et qu'elle complète l'approche forcément partielle de Vatican 1. On comprend maintenant que le pape n'est pas plus un super-évêque que Pierre n'a été un super-apôtre, que le pape n'est pas au-dessus de l'Eglise comme un dominateur, mais comme un serviteur dans la ligne de la primauté, de l'autorité et de la communion. Aucun système politique, de la démocratie à la monarchie, ne s'applique à une lecture attentive de la réalité ecclésiale. Si la papauté a servi au XIXe siècle à combler le vide affectif laissé par la disparition de la royauté et si elle y a succombé en bonne part, c'est malheureux pour l'Eglise et pour le monde; c'est jusque-là que va le risque de l'incarnation de Dieu. Remarquons-y cependant, sans anachronisme, tous les dynamismes et tous les encouragements à vivre. Discernons-y aussi la lucidité des évêques d'alors, réunis en concile, malgré leur engouement pour l'infaillibilité pontificale; en effet, celle-ci a été définie de façon telle qu'elle s'est appliquée une seule fois depuis 1870, c'est-à-dire en 1950 lors de la proclamation du dogme de l'assomption de Marie et cela après moult consultations.

    En terminant qu'on se rappelle cet extrait de la Symbolica du grand théologien oecuméniste allemand du siècle dernier, J.A. Möhler: «Si l'épiscopat doit former une véritable unité pour unir les fidèles et réaliser la grande vie communautaire telle que l'Eglise catholique la réclame, il a besoin lui-même d'un centre (qui, par sa présence active, rassemble et unisse solidement toute l'Eglise».6 Faisons abstraction, comme il est parfois préférable de le faire pour nos divers gouvernements locaux, de tout l'attirail historique dont s'est affublée la papauté et dont chaque pape doit porter en quelque sorte le poids, du moins durant un certain temps et par respect pour les personnes en place; même là, Paul VI a été le maître d'oeuvre de transformations très importantes. Saisissons surtout l'essentiel de ce que représente chaque pape à l'époque où il vit. Développement intégral de l'homme et développement solidaire de l'humanité, qui mieux que les papes du XXe siècle a porté cette double préoccupation majeure au sein de ses activités coutumières? Et cela en vertu même de leurs responsabilités pontificales, et non seulement comme individu épars dans un pays ou l'autre. Quelle autre fonction dans le monde est aussi porteuse d'espérance?


    Notes
    1 R. AUBERT, J. BRULS, P.E. CRUNICAN, John Tracy ELLIS, J. HAJJAR, F.B. PIKE, L'Eglise dans le monde moderne, dans Nouvelle histoire de l'Eglise, tome 5, Paris, Seuil, 1975.
    2 Collection publiée par la Secrétairerie d'Etat, Libreria Editrice Vaticana, grâce au travail de Pierre BLET, Robert GRAHAM, Angelo MARTINI, Burkhart SCHNEIDER, 1965 sq.
    3 POUPARD, Paul, Un pape pour quoi faire?, Paris, Mazarine, 1980.
    4 DE LUBAC, Henri, Paradoxe et mystère de l'Eglise, Paris, Aubier, 1967, p. 178.
    5 La Croix, 4 juillet 1979.
    6 CHAILLET, Pierre, L'Eglise est une, hommage à Möhler, Paris, Bloud et Gay, 1939, p. 183.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01

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