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    • Édition


    Impression du texte

    Dossier: Ouverture

    L'école: milieu ouvert ou fermé?

    Émile Robichaud
    Le respect
    Dans sa sagesse, le législateur, en promulguant la loi qui créait le ministère de l'Éducation, a affirmé ce qui suit dans l'un des attendus de cette loi fondatrice:
    Attendu que les parents ont le droit de choisir les institutions qui, selon leurs convictions, assurent le mieux le respect des droits de leurs enfants.

    Ce qui justifie, donc, l'existence d'écoles privées et d'écoles publiques différenciées, ce n'est ni la complémentarité ni la concurrence mais bien plutôt, la diversité, née de la loi même qui a créé le ministère de l'Éducation.
    Deux idées clés devraient donc inspirer toutes nos réformes: les parents ont le droit de choisir, et de choisir les institutions qui, selon leur conviction, assurent le mieux le respect des droits de leurs enfants.

    La diversité existe déjà depuis longtemps au secteur privé. Elle existe aussi, de plus en plus, au secteur public: écoles internationales, écoles à vocation particulière (arts, musique, sport), écoles pour raccrocheurs et ce que le Conseil supérieur de l'éducation, dans son avis: La réussite à l'école montréalaise: une urgence pour la société québécoise, appelle des écoles à visage privé. Remarquons l'expression: écoles à visage privé. Mais que sont-elles ces écoles à vi-sage privé, sinon des écoles qui offrent au secteur public ce que d'autres parents vont chercher au secteur privé? Il s'en trouve toujours pour questionner ce choix des parents, pour mettre en doute non seulement sa pertinence mais son droit même à l'existence. Pourtant, l'expérience a prouvé que le choix, que la conviction des parents se sont avérés, dans l'immense majorité des cas, plus sûrs que toutes les théories des experts. Pensons au gigantisme des polyvalentes, au choix d'options laissé aux élèves, aux méthodes d'enseignement de la la


    ngue maternelle, à l'absence de prise en charge des élèves, de discipline, bref tout ce que les parents ordinaires craignaient et, nous le savons maintenant, à juste titre.

    Les écoles privées ont conservé des traditions éducatives dont se sont inspirées les écoles publiques différenciées. Et elles ont eu beaucoup de mérite à le faire au moment où les traditions, quelles qu'elles fussent, étaient toutes remises en question et, souvent même, méprisées. Toutes ces écoles différenciées, qu'elles soient privées ou publiques, ont été en quelque sorte les dépositaires d'une tradition aujourd'hui recherchée. Elles ont, surtout, prouvé l'importance de la diversité et le danger que représenterait pour l'avenir de l'éducation québécoise et, par là même, du Québec, la mise en place d'une école unique.

    Cette tentation est omniprésente dans tous les débats actuels sur l'avenir de nos écoles. Krishnamurti a écrit: La liberté est au début de l'action, non à la fin. Les pa-rents n'ont plus envie de livrer, dans leurs écoles, des luttes idéologiques dont ils connaissent déjà l'issue.

    L'expérience a prouvé le bien-fondé de leur conviction. Faut-il, aussi, rappeler que les écoles privées ne survivent que parce que les parents y mettent le prix? Nous ne sommes donc pas en présence d'écoles complémentaires ou concurrentes mais d'écoles soutenues, souvent au prix de lourds sacrifices, par des parents qui croient à la liberté de l'enseignement et prennent les moyens voulus pour l'exercer. Quant aux écoles publiques différenciées, nées elles aussi du désir des parents d'exercer leur liberté de choix, elles s'inspirent de la même démarche et des mêmes convictions.

    Il reste à souhaiter que les Québécois sachent tirer parti des expériences, souvent douloureuses, des trente dernières années. L'école polyvalente apparaissait, à la fin des années soixante, comme LA solution. La vie s'est chargée de nuancer cette utopie avec le résultat que nous nous retrouvons aujourd'hui en présence d'un système d'éducation complexe et fort diversifié. La sagesse nous commanderait d'y penser à deux fois (et même à trois fois!) avant de rejeter du revers de la main cette expérience chèrement acquise au profit d'une autre utopie, si généreuse soit-elle. L'école unique, laïque, seule porteuse de la culture publique commune, ne respecte pas la diversité de la vie et, à cause de cela, ne peut qu'engendrer frustrations et déceptions. Il est d'ailleurs paradoxal que des institutions profondément enracinées dans notre histoire qu'elles ont contribué à façonner soient si souvent présentées comme des concurrentes presque illégitimes! Nous avons une conception pour le moins surprenante de la notion


    de patrimoine!

    L'écologie nous a appris à respecter la multiplicité des espèces vivantes. Nous nous évertuons, à juste titre, à sauvegarder les espèces menacées si particulières soient-elles. Et s'il en allait de même pour les institutions humaines? Avons-nous le droit de supprimer des institutions qui nous ont rendu et nous rendent encore de si précieux services, et ce, au nom d'une uniformisation dont nous avons déjà expérimenté la noci-vité?

    Aux utopies simples et claires des idéologies, je préférerai toujours la riche complexité de la Flore laurentienne, avec l'espoir que jamais les humains n'auront l'idée saugrenue de simplifier la nature et d'inventer... un modèle unique de plante!

    La cohérence

    La mondialisation exigerait, à en croire ses prophètes, que nos écoles s'ouvrent, enfin, à toutes les influences. La question se pose, alors, à tous les parents, à tous ceux et celles qui oeuvrent dans les écoles: ces milieux doivent-ils être ouverts ou fermés? Le refus de laisser toutes les influences s'exercer à la maison et à l'école constitue-t-il une malheureuse propension à la ghettorisation? Est-il normal que des parents, que des équipes d'éducateurs veuillent offrir à des jeunes un type d'éducation qui, par ses exigences, par la philosophie qui la nourrit, par la transcendance à laquelle elle s'abreuve comme à une source intarissable, l'isole des écoles communes? Et faut-il vraiment parler d'isolement? Dans son remarquable article paru dans L'Agora d'avril 1996, Wilfrid Noël Raby nous amène à poser la question de la clôture d'une façon neuve et originale. La vie, encore une fois, vient à notre rescousse et nous oblige à plus de nuances, à une meilleure appréhension de la complexité des choses et des ê


    tres. Grâce à sa paroi, écrit-il, chaque cellule endigue sa miette d'énergie afin de pouvoir être un point chaud dans l'univers.

    Quelle belle image! Pourquoi ne pas espérer que chaque famille, que chaque école devienne, ainsi, un point chaud dans l'univers?

    Nos enfants nous le disent et nous le font savoir, parfois, de bien tragique façon: ils cherchent un sens à leur vie et leur décrochage de la famille, de l'école et, trop souvent hélas, de la vie elle-même, est un appel à l'aide déchirant et pressant. Il nous faut leur offrir des familles, des écoles au sein desquelles on respectera le principe de la clôture qui protège la vie contre les forces de l'univers cherchant à la dissiper.

    À vouloir trop ouvrir nos écoles et nos familles à toutes les influences qui veulent s'exercer sur elles, nous n'avons pas rendu service à nos enfants. Nous avons oublié jusqu'à quel point sont fragiles les institutions que nous reconnaissons être les assises mêmes de la société. Notre trop grande ouverture les a, en quelque sorte, épuisées parce que nous avons cru qu'elles allaient de soi, qu'elles pouvaient résister à tout alors qu'elles ont, de tout temps, dû lutter âprement pour conserver leur reste d'énergie. La sagesse nous a appris qu'on ne peut jamais donner ce que l'on n'a pas!

    Comment nos écoles et nos familles pourraient-elles vivifier la société si elles ne parviennent pas à conserver l'énergie vitale nécessaire à cette urgente revitalisation? Une telle conception du rôle de la famille et de l'école peut paraître à certains restrictive, voire étroite d'esprit. Ce serait oublier l'autre aspect du fonctionnement des cellules vivantes dont Wilfrid Raby nous explique l'importance: Un groupe de cellules agissent ensemble de la même façon et doivent communiquer entre elles à travers leurs parois. Ensemble, ces cellules deviennent le foie, la peau, l'estomac et le cerveau; elles reçoivent du dehors et donnent de l'intérieur. Cette admirable leçon de diversité que nous donne la vie et, surtout, cette aptitude à donner de l'intérieur devraient être au coeur de toutes nos réflexions sur l'avenir de nos écoles. Comment pouvons-nous refuser de croire que des écoles nourries aux sources d'une authentique tradition, quelle qu'elle soit, donneront de l'intérieur? Quelle société a le droit de s


    e priver d'un tel apport sous prétexte d'offrir à tous une école commune et ouverte?

    Le voilà bien, l'enjeu de nos réflexions actuelles sur l'avenir de notre système d'éducation: chacune de nos écoles sera-t-elle en tous points semblable à toutes les autres? Exigerons-nous qu'elle s'ouvre à toutes les influences, qu'elle respecte toutes les dissidences et toutes les différences? Si oui, le risque est bien grand qu'elle ne succombe rapidement au mal décrit par W. Raby: Lorsque les cellules dérogent au code qui les unit, en forme et en action, elles deviennent cancéreuses et cavalent vers l'ultime sentence de mort, où sont supprimés intérieur et extérieur.

    Il est impérieux que nous apprenions à respecter cette vitale dualité de l'intérieur et de l'extérieur. Pourquoi avons-nous tellement peur de la membrane cellulaire? Pourquoi vouloir supprimer à tout prix toutes les différences? Une obsession hante toutes nos actuelles remises en question: celle du ghetto. Comme si nous reprochions à chacune de nos cellules de vouloir protéger sa miette d'énergie. Pourtant, nous savons maintenant que, sans cet enfermement, la cellule ne serait jamais un point chaud dans l'univers.

    Quand un seul type de cellules s'impose chez l'être humain, ce n'est pas le triomphe de la vie mais celui de la mort. Rappelons-le: le cancer, c'est la suppression de l'extérieur et de l'intérieur. La société québécoise, l'extérieur, ne gagnerait rien à supprimer l'intérieur, c'est-à-dire toutes les intitutions privées et publiques différenciées qu'elle a mis tant d'énergie et d'amour à mettre au monde et à faire vivre. Pourquoi, au moment où la quête de sens est si impérieuse chez beaucoup de jeunes et d'adultes, nous acharnerions-nous à annihiler jusqu'à la moindre trace de confesionnalité dans nos institutions publiques? Qui sommes-nous donc pour décréter que tant de miettes d'énergie ne sont plus utiles et que l'univers n'a plus besoin de ces points chauds?

    Gustave Thibon, dans des lignes saisissantes, a expliqué ce qui se passe quand nous oublions les lois de la vie pour leur préférer celles de la mécanique: À mesure que l'homme se désintègre, la mécanique l'emporte de plus en plus en lui sur le vivant [...] et il se reconnaît dans une doctrine qui rend compte de cette désintégration intérieure. (Le voile et le masque, p. 105).

    L'occasion nous est offerte de retrouver le goût de la vie, de sa diversité, de sa complexité: ne succombons pas à la tentation mécaniste. Nos écoles, nos familles sont des êtres vivants et, comme tous les êtres vivants, elles ne survivent pas longtemps à l'ouverture absolue. Elles ont besoin de rester fermées pour jouer le rôle qu'elles ont à jouer: celui, irremplaçable, de points chauds dans l'univers.

    Le principe de clôture, nous a appris W. Raby, protège la vie contre les forces de l'univers cherchant à la dissiper. Faut-il alors se surprendre que ce soit dans ces milieux dits fermés que nous allions aujourd'hui chercher des solutions aux problèmes qui tracassent les milieux trop...ouverts?
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01

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