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    Dossier: Nutrition

    Redécouvrir le plaisir de manger

    Marie Béïque
    La connaissance des règles de la nutrition n'est plus l'apanage de quelques-uns. L'énoncé ou la prescription de ces règles par un nombre sans cesse croissant de «connaisseurs» font de chacun d'entre nous une petite encyclopédie du savoir-faire dans le domaine de l'alimentation.

    Chacun n'a-t-il pas trouvé son gourou? Et chacun n'a-t-il pas, plus ou moins cachée dans un tiroir, une diète qu'il a un jour suivie avec une ferveur fanatique et qu'il a plus tard répudiée avec fracas, suivant l'entourage ou les circonstances? Et, qui de son régime bas en hydrates de carbone ou à moins de mille calories, qui de ses protéines liquides ou de ses combinaisons alimentaires, qui d'entre nous n'a pas un jour ou l'autre «frappé un noeud» et dégringolé de son plateau de croyances autrefois absolues, la plupart du temps irrationnelles et inattaquables?

    Remplacer le beurre par la margarine, supprimer le lait et les produits laitiers, couper le gras, prendre sa cannette de Nutri-diet à la place d'un repas, sont autant de mesures ou de solutions miracles mais qui ne suffisent pas toujours à procurer, à long terme, la santé et l'équilibre recherchés. Cela permet, à tout le moins, de se mettre à l'abri et de croire que l'on a fait beaucoup pour sa santé.

    Nos mères n'avaient-elles pas déjà commencé à subir l'assaut des règles: quatre biberons par jour et laisser pleurer le bébé, commencer les purées à trois semaines, ne pas déjeuner le matin pour ne pas engraisser. Pour certains, être gras et avoir l'air en santé, à une autre époque et pour d'autres, être maigres et avoir l'air «in», couper les quatre «P»: pain-patate-pâte-pâtisserie, manger de la viande, ne plus en manger, ajouter des fibres, acheter du son d'avoine, couper l'alcool, prendre des polyinsaturés, mais où les trouver? Et le cholestérol...

    Oui, il y a des règles. Elles sont partout. Elles envahissent les revues, les périodiques, les émissions de radio et de télévision. Mais moi, où suis-je dans ce dédale d'informations? Je ne m'y retrouve plus. Je perds le fil de ma propre histoire. Depuis quelque temps je ne puis humer la moindre bonne odeur sans me demander si quelqu'un dans mon entourage ne va pas se déclarer inapte à manger ceci ou cela. Pire, je suis incapable de prendre un excellent repas en bonne compagnie sans aussitôt me sentir coupable!

    Le mot est lancé. Manger n'est plus une réjouissance. Voilà! Et la succulente cuisine de nos grands-mères (ce qu'il en reste!) est devenue impropre à la consommation. Je l'inviterai, ma mère-grand, et je lui apprendrai que les salades sont meilleures que les pâtés, que les tisanes sont plus sages que son petit brandy des jours de fête. Je lui montrerai ce que c'est qu'une famille en santé et des enfants bien développés. Quand on vit toute la semaine en fonction du boulot-dodo, il faut bien prendre ses forces quelque part. Et quand la nourriture ne suffit plus, on se tourne inévitablement vers la panoplie des suppléments, des vitamines. Un point c'est tout. Si ça ne lui plaît pas, à ma grand-mère, elle pourra bien retourner se faire cuire un oeuf. Moi je n'en mange plus!

    Armée de tous ces préceptes, j'ai rencontré récemment une vieille dame de quatre-vingt-quatorze ans. Elle vivait, sereine, dans un centre d'accueil non loin de Québec. Ce fut une chance de l'y trouver puisque, me disait-on, elle passe plus de la moitié de son temps en visite chez l'un ou l'autre de ses dix enfants. Elle y fait du pain et des confitures pour tout un chacun. Belle dame, vous avez mis beaucoup de soin, il y a une vingtaine d'années, à rédiger une biographie, à la demande de vos enfants.

    Ce n'était pas un livre de recettes qu'ils voulaient. C'était une histoire de vie, la vôtre, la leur. En la feuilletant, c'est presque l'histoire d'un siècle qu'on y découvre puisque vous en scandez les années avec une légère avance. On y voit photographiés des maisons, des cordes de bois, des paysages. On y trouve au passage une écorce de bouleau, un poème, une odeur. Il reste de tout cela encore un goût de vivre qui se lit sur votre visage. Et je vous entends conclure, d'une voix chantante:

    - Maintenant? Je me repose.

    Reposez-vous, bonne grand-maman, vous n'avez pas à faire de sermon sur la montagne. Si vous ne vivez pas jusqu'au siècle prochain, le souvenir de vos confitures saura ramener à la mémoire de ceux qui vous aiment votre présence lucide et heureuse.

    Pourquoi cette histoire de femme bientôt centenaire? Elle nous rappelle que manger, c'est comme aimer. Et toutes les règles du monde semblent avoir été inventées pour pallier à l'oubli de ce savoir-là, à l'absence de confiance en soi, à la peur d'être malade, à la perte du plaisir, à la monotonie des repas vite faits, à la solitude, au manque de temps, à la compression du budget, à la confusion induite par une publicité agressive, et surtout, à la recherche inlassable d'une panacée. C'est une façon de donner à d'autres le pouvoir de gérer ce qui nous est le plus intime, le plus enraciné: le plaisir de manger, qui remonte aux premiers instants de la vie. Cet instinct a su nous mener jusqu'à notre vie d'adulte, envers et contre tous. Pourquoi ne pas renouer avec cette certitude-là. «Si chacun savait manger, boire, travailler, communiquer, la vie quotidienne aurait un sens».1 A moins qu'on ne veuille inverser la proposition.

    Tout ce discours n'empêche pas de choisir ses aliments avec une sagesse éclairée par le bon sens et une information pertinente. Mais par delà les règles alimentaires, si chacun se demandait: qu'est-ce qui est important pour moi? Et comment puis-je me l'accorder? Si chacun pouvait faire le chemin de la compassion pour soi plutôt que celui du contrôle, de l'oppression et du remords. Dilater ses sens et être à l'écoute de ce qui résonne, de ce qui se dit à l'intérieur et qui veut être entendu. Oser s'offrir une fête quotidienne avec les aliments les plus simples et savoir encore célébrer les grands moments avec une nourriture saine qui exprime la joie du partage.


    Notes
    (1) Jean Trémolières, Partager le pain, Paris, Laffont, 1975.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01

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