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    Dossier: Métropole

    Au-delà de la métropole

    Hans Blumenfeld
    À l'heure actuelle, on a tendance à imputer les problèmes urbains à la suburbanisation qui s'est produite pendant l'après-guerre, donc à voir dans les banlieues un phénomène nouveau. De fait, les banlieues sont aussi vieilles que les villes. Le terme faubourg est d'origine médiévale: le terme anglais vient de la Rome antique. Des banlieues ont été découvertes même à Ur, longtemps considérée comme la plus ancienne des villes.


    L'avènement de la région métropolitaine

    Qu'est-ce qui distingue les habitants des banlieues de ceux qui vivent dans l'enceinte de la ville? Ils appartiennent à deux groupes différents, situés aux antipodes de l'échelle sociale. Dans la villa suburbana de Rome, vivaient les riches patriciens qui jouissaient des agréments de la vie campagnarde tout en conservant leur rôle prépondérant à la ville. Leurs successeurs furent légion, et il s'en trouve encore aujourd'hui. D'autre part, dans les faubourgs médiévaux, vivaient ceux qui n'avaient pas la puissance politique et économique nécessaire pour accéder à la bourgeoisie.

    Ils ont aussi eu leur contrepartie à travers les âges: témoin les habitants des barrios et des favelas qui ceinturent de nos jours les villes d'Amérique latine.

    Ces deux groupes se retrouvent dans nos banlieues nord-américaines, mais ils ne sont pas typiques; la majorité de leur population appartient à la classe moyenne, comme c'est aussi le cas dans les villes. Avec la disparition des différences quantitatives et qualitatives, la distinction traditionnelle entre «ville» et «banlieue» est devenue désuète et sans signification. Le fait nouveau n'est pas l'existence des banlieues, mais bien leur disparition, ainsi que celle des villes. Les deux se sont fusionnées en une forme nouvelle et beaucoup plus étendue d'établissement humain. Dans le recensement des Etats-Unis et celui du Canada, on a reconnu ce fait en qualifiant la nouvelle agglomération de «région métropolitaine». Au Canada, une certaine reconnaissance politique lui est même accordée. Quel qu'en soit le nom, cette forme d'établissement humain est fondamentalement un ensemble interdépendant relié par des échanges économiques sur un même marché de logement et de main-d'oeuvre. Aux fins du recensement, les limites de la région métropolitaine correspondent au bassin de migrants qui travaillent dans le centre-ville.

    Il ne fait à peu près aucun doute que la région métropolitaine devient la forme dominante d'établissement partout dans le monde. Qui plus est, dans les pays capitalistes industrialisés et encore plus dans le Tiers-Monde - mais non dans les pays socialistes -, on constate une concentration croissante de la population dans les grandes villes «primaires». Au Canada, de 1951 à 1971, le taux d'accroissement démographique de cinq groupes de villes était en corrélation avec la taille des villes; il allait de 25.2% pour les villes de 5000 à 10000 habitants à 46.6% pour celles de plus d'un demi-million d'habitants.


    Vers la mégalopole

    Cette tendance va-t-elle se poursuivre? Toute la population du Canada - et celle du monde - se concentrera-t-elle dans quelques agglomérations gigantesques? Et au-delà de la métropole, quelles sont les perspectives?

    D'aucuns répondent: la mégalopole. Le terme s'accrédite depuis que Jean Gottman l'a choisi comme titre de son étude monumentale sur le littoral urbanisé du nord-est des Etats-Unis. Parfois, il est employé dans son sens littéral de «ville énorme». D'autres l'utilisent pour désigner une conurbation ou un chapelet de régions métropolitaines, comme celles qui vont de Boston à Washington ou de Tokyo à Osaka. De l'avis du regretté Konstantinos Doxiadis et de ses disciples, ces régions métropolitaines constituent un nouveau genre d'établissements humains, aussi différents de la métropole que cette dernière l'est des grandes villes qui l'ont précédée. Mais, aucune caractéristique distinctive n'a été identifiée. Il n'y a pas non plus de communication plus grande entre les villes situées dans les mégalopoles qu'entre elles et les autres villes, comme je l'ai constaté d'après un analyse des données sur les appels téléphoniques interurbains consignées dans le livre de Gottman.

    S'il est improbable que la métropole soit remplacée par la mégalopole, à quels autres changements faut-il s'attendre? La différence la plus évidente entre la métropole et la grande ville qui l'a précédée est son étendue beaucoup plus grande. Elle n'est, reproche souvent entendu, «ni la ville ni la campagne». Dans son périmètre, les fermes voisinent avec les forêts. De plus, les terres qui sont «aménagées» à des fins urbaines ne servent qu'à des densités faibles et décroissantes. Une étude menée par la New York Regional Plan Association sur toutes les terres urbaines de la région, qui comprend des dizaines de villes de taille petite et moyenne en plus de New York, indique une augmentation de la densité de quelque 40 000 personnes au mille carré en 1820 à 64 000en 1860; mais depuis ce temps, elle a diminué continuellement pour atteindre environ 8,000 à l'heure actuelle. Une étude de onze villes canadiennes effectuée par N. D. Lea, il y a environ 10 ans, révèle une convergence vers une moyenne encore plus basse de 6 500 personnes au mille carré.

    Il semble que la transformation de la ville en métropole a réduit la densité d'environ 90% ou, pour s'exprimer positivement, qu'elle a conduit à une augmentation dix fois plus grande de l'utilisation des terres urbaines par habitant. Des études suédoises révèlent que cette augmentation est étroitement liée à l'accroissement du revenu réel. Cet accroissement se poursuivra vraisemblablement, mais à un taux inférieur. Il importe aussi de se rendre compte qu'une plus forte proportion de terrain par personne est absorbée non seulement par l'habitation, mais aussi par l'industrie, le commerce, les institutions, les parcs et les terrains de jeu et même par les cimetières.

    Les prévisions semblent être à l'accentuation de cette tendance; comme plus de gens viendront de la campagne et des petites villes pour s'installer dans la métropole et, dans la métropole même, s'éparpilleront de plus en plus, à des densités de plus en plus faibles - perspective alarmante -, on ne peut faire autrement que de souhaiter une inversion de la tendance. Certains confondent rêve et réalité. Ils interprètent le phénomène du «white-painting», c'est-à-dire la rénovation des vieilles maisons urbaines par des acheteurs riches, comme un «retour à la ville» des banlieusards. Cette interprétation est battue en brèche par les résultats d'une petite enquête menée auprès de «rénovateurs» de trois zones de Toronto: sur quelque vingt répondants, pas un seul ne venait des banlieues. L'échantillon est, il va sans dire, trop petit pour être concluant, mais les résultats préliminaires du recensement de 1976 indiquent, pour la première fois, une baisse importante de plus de 100 000 personnes de la population de la ville de Toronto, soit presque 15%, depuis 1971, tandis que les populations des banlieues ont continué de croître considérablement.

    Aux Etats-Unis, on assiste à un revirement plus marqué de la tendance à la concentration dans les régions métropolitaines. Le solde migratoire net des régions métropolitaines par rapport aux régions non métropolitaines est impressionnant. Tandis que, au cours de la période 1965-1970, les régions métropolitaines gagnaient 352 000 migrants internes, de 1970 à 1975, elles en perdaient 1 594 000 et, de 1975-1976, 396 000 autres. Il y avait donc revirement de la tendance à long terme à la concentration dans les régions métropolitaines. De fait, les plus importantes d'entre elles, celles qui comptaient plus de deux millions d'âmes, ont de fait perdu 243 200 habitants ou 0.4% de leur population entre 1970 et 1974.


    Croissance de la zone métropolitaine

    Où sont allés les gens qui ont quitté ces grandes régions métropolitaines? Pas dans les 23 régions métropolitaines plus petites, celles qui comptent moins de 100 000 habitants. Elles ont aussi perdu un pour cent de leur population en raison de la migration interne, bien que leur total ait encore augmenté de 2.7% par suite de l'accroissement naturel.

    La perte nette de 1 600 000 migrants qu'ont subie les régions métropolitaines au profit des régions non métropolitaines entre 1970 et 1974 représente la différence entre 5 100 000 arrivées et 6 700 000 départs. Il est reconnu qu'environ 5 émigrants sur 8, soit environ 4 200 000, sont allés s'installer dans les campagnes à la périphérie des régions métropolitaines. Nul doute qu'il s'est aussi produit un déplacement important dans la direction opposée, de ces régions limitrophes vers les régions métropolitaines. L'ampleur de ce mouvement n'est apparemment pas connue; il n'est pas invraisemblable que le gain net de ces régions limitrophes excède la perte nette des régions métropolitaines. Cela signifierait que l'inversion de la tendance est une illusion statistique, et que l'expansion métropolitaine se poursuit au-delà des frontières définies par le recensement.

    Les changements démographiques sont, il va sans dire, déterminés non seulement par la migration interne mais aussi par l'immigration internationale, ainsi que par les taux de natalité et de mortalité. Une analyse récente des données colligées pour les recensements canadiens de 1966 et 1971 par le professeur J. W. Simmons de l'Université de Toronto jette une certaine lumière sur ces changements.

    Simmons a divisé le Canada en 124 régions, chacune axée sur une ville et il a groupé ces régions en cinq classes selon la taille de leur centre-ville. La croissance totale au cours de cette période, les données ultérieures n'étant pas encore disponibles, indique que les 11 plus grandes régions croissaient quatre fois plus rapidement que les 63 plus petites. Ces 63 régions ont perdu 2.2% de leur population à cause de la migration interne. Mais il en a été de même de Montréal (0.6%) et de Toronto (1.1%). Il est intéressant de noter que Toronto a perdu un plus fort pourcentage de sa population que Montréal. Mais, bien que Toronto ait perdu 24 300 migrants au profit d'autres parties du Canada, il a accueilli neuf fois autant d'immigrants venus d'outremer. Bon nombre d'entre eux ne sont sans doute pas demeurés à Toronto et, après un certain temps, sont allés s'installer dans d'autres parties du Canada. Ainsi, une grande partie de ce qui figure dans les données statistiques comme étant une «migration interne» est, de fait, un déplacement des immigrants étrangers, de la grande ville où ils sont débarqués, vers les endroits où ils se sont finalement installés. Dans une mesure moindre, cela peut expliquer les chiffres des Etats-Unis.

    Un autre résultat intéressant de l'étude de Simmons va à l'encontre de l'assertion générale d'après laquelle la population des petites villes est stable, tandis que celle de la métropole connaît un continuel va-et-vient. De fait, sur 100 personnes habitant dans une petite ville, en 1966, 16 sont parties au cours des cinq années suivantes, tandis que 13 nouveaux habitants sont arrivés. Mais au cours de cette même période, dans la région de Montréal, il n'y avait que 6 nouveaux arrivants et que 7 départs.

    On peut donc conclure à partir de toutes ces statistiques qu'il n'y a jusqu'ici aucune preuve concluante du revirement de la tendance à la métropolisation. Il y a plutôt un ralentissement qui peut être attribuable, en partie, au fléchissement de la croissance nationale de la population, à la baisse du cycle des affaires, et à une distribution plus égale des services entre les centres importants et les petits. Mais, le changement le plus important est de loin la croissance rapide de la frange qui entoure la région métropolitaine.

    On sait depuis longtemps qu'une région métropolitaine est entourée par une frange beaucoup plus étendue qui est fortement dominée et transformée par son centre. John Friedman l'appelle le «champ urbain». Je préfère le terme «zone métropolitaine». L'influence de la région métropolitaine centrale se fait sentir de deux façons: les entreprises productives, surtout manufacturières, s'installent dans la frange parce qu'elles peuvent bénéficier des services du centre; les habitants du centre bénéficient des ressources récréatives de la frange, en s'y retirant temporairement ou en permanence. Cette vaste région peut s'étendre jusqu'à 100 milles du centre-ville.

    Comme on l'a mentionné précédemment, le recensement définit la région métropolitaine comme un bassin de migrants alternants. Cette définition était assez claire tant que l'emploi était surtout concentré dans le coeur de la ville. Mais le secteur secondaire a depuis longtemps quitté le centre - dans la ville de Toronto, il est tombé de moitié au cours des 30 dernières années - et le secteur tertiaire en fait autant. Il est Peu Probable qu'une personne qui vit à quarante milles du centre y travaille, mais elle peut très bien faire la navette et se rendre à son travail dans une manufacture, un centre commercial ou un bureau situé à20 milles du centre et à 20 milles de sa demeure. De cette façon, la distinction entre la «région métropolitaine» centrale et la «frange» de la région métropolitaine s'estompe de plus en plus.

    Néanmoins, tant que les gens font quotidiennement la navette pour se rendre à leur travail, la distinction garde une certaine signification. Mais il existe deux nouvelles tendances qui peuvent éliminer cette barrière. La première est la possibilité de replacer le déplacement du travailleur vers son emploi par le déplacement de l'emploi vers le travailleur au moyen de communication électronique, comme la télévision en circuit fermé et le pupitre de commande d'ordinateur.

    Bien que ce changement puisse toucher une minorité d'employés de bureau, surtout le groupe professionnel et les cadres, la seconde tendance qui consiste à établir la semaine de travail de quatre jours, peut toucher tous les travailleurs. Avec la semaine de travail de quatre jours et l'année de 48 semaines, le travailleur devrait dormir seulement 144 nuits sur les 365 de l'année dans un endroit situé près de son lieu de travail. Il est probable qu'il n'aurait là qu'un simple pied-à-terre et qu'il établirait sa demeure familiale à la campagne. La transition peut dans certain cas se faire par la transformation d'une maison d'été en une maison habitable à longueur d'année.

    Il y a peu de doute que la plupart des gens d'un peu partout, non seulement du Canada, feraient ce choix. Dans un sondage réalisé récemment en France sur les préférences en matière d'habitation, 80% des répondants ont opté pour une maison à la campagne. À bien des égards, ce serait un mode de vie attrayant, mais qui comporterait de graves dangers. Il empiéterait sur les terres agricoles et nuirait sérieusement à la production agricole. Il entraînerait une prolifération de déplacements en automobile qui pourrait bien transformerle rêve en cauchemar. Les gouvernements alarmés décideront peut-être de s'opposer à la tendance, mais je doute qu'ils pourraient faire plus que la canaliser.

    Pour résumer, au-delà de la métropole, je ne vois ni une mégalopole, ni un retour à la ville, ni un retour à une multitude de petites villes; j'entrevois plutôt une plus grande expansion conduisant à la transformation de la métropole en une région semi-rurale très étendue, mais encore axée sur la ville.

    Mais des agglomérations aussi énormes seront-elles administrables? Il m'apparaît étrange que des gouvernements nationaux qui s'estiment compétents pour administrer un peuple de 20 ou de 200 millions d'habitants affirment que des régions urbaines de quelques millions sont impossibles à administrer. Je ne sache pas qu'il soit plus facile de gérer dix villes d'un million d'habitants ou une centaine de villes ayant une population de 100000 personnes chacune qu'une métropole de dix millions. Les gouvernements semblent toujours de mauvais administrateurs à quelque palier que ce soit.


    Le sort des petites villes

    Ce qui précède signifie-t-il que les villes de taille petite ou moyenne n'ont pas d'avenir? Par nécessairement. La tendance à la métropolisation est le résultat des économies d'échelle. Mais il y a aussi des déséconomies d'échelle. Les économies sont avant tout, mais pas exclusivement, «économiques» dans le sens propre du terme. La productivité de la main-d'oeuvre tend à augmenter avec le nombre de travailleurs et conséquemment les revenus monétaires tendent à s'accroître. Les déséconomies sont «sociales» et «environnementales». Etant donné que les gens commencent à considérer de moins en moins les villes comme étant un endroit où l'on gagne sa vie - un genre de mine comme un endroit pour vivre, où l'on se sent confortable, les valeurs peuvent changer. J'ai mentionné le fait que les services au consommateur sont de plus en plus accessibles aux habitants des petites villes. Un exemple intéressant est la ville danoise de Holste. Cette petite ville, quelque peu isolée à l'ouest de Yuelland, n'avait pas réussi au cours de nombreuses années à attirer l'industrie. Un jour, un architecte de Copenhague, John Alpass, conseilla aux administrateurs de procéder différemment: créer de bon services pour attirer les gens. La ville a ouvert d'argent - et davantage une école d'arts et un théâtre; elle s'est fait connaître par son centre culturel. Par suite de ces initiatives, elle a obtenu de meilleurs médecins pour son hôpital, de meilleurs professeurs pour ses écoles, ce qui l'a rendue encore plus intéressante. Je n'ai pas vu les statistiques, mais quand j'ai visité Holste l'été dernier, j'ai été impressionné par cette localité animée et prospère.

    J'ai aussi mentionné le fait que dans les pays socialistes, bien que l'expansion de la plupart des grandes villes ait été plus accentuée que prévu, elles ont connu une croissance moindre que les villes de taille petite et moyenne. Dans un article publié il y a quelques années, j'ai fait un exposé détaillé de cette situation en ce qui concerne l'U.R.S.S. et la R.D.A. Ce dernier pays, l'Allemagne de l'Est, a actuellement la même population qu'elle avait en 1939, soit un peu moins de 17 millions d'habitants. Il y a maintenant, comme il y avait en 1939, six villes dont la population dépasse le quart de million; toutes comptent un peu moins d'habitants qu'elles en comptaient en 1939. La baisse va de 8% à 32% dans la capitale, Berlin-Est, qui compte maintenant à peine un peu plus d'un million d'âmes. En revanche, il y a beaucoup plus d'habitants dans les villes de 20 000 à 100 000 habitants qu'il n'y en avait avant la guerre. Les Allemands de l'Est ont aussi publié des données sur la migration interne au cours de 1975. Les petits endroits, de moins de 10 000, ont perdu 8 personnes sur 1 000. Mais cette migration est allée surtout vers les villes de 50 000 à 100 000 habitants qui ont augmenté de 17 habitants sur 1 000; les villes de 100 000 ont augmenté de 7 habitants sur 1 000.

    On se perd en conjectures sur les raisons qui expliquent les tendances opposées de la répartition démographique dans les économies dirigées et dans les économies de marché. À mon sens, le travail de bureau, qui représente une bonne partie de la croissance de nos métropoles, est bien inférieur dans les pays de l'Est malgré leur bureaucratie très lourde. Mais la raison décisive peut se trouver dans les différentes motivations des cadres et des travailleurs. Dans nos pays, les cadres préfèrent les grands centres à cause de leurs «contacts». Ils peuvent y gagner un certain avantage sur leurs concurrents en étant les premiers à obtenir les renseignements au sujet des changements imminents dans les prix de leurs intrants et de leurs extrants. Dans les économies dirigées, ce genre particulier de concurrence n'existe pas; les cadres ne peuvent rivaliser qu'en termes de performance technique.

    Pour les travailleurs, ouvriers ou employés de bureau,a métropole offre un choix beaucoup plus vaste d'emplois. Si un employé perd son poste - ou s'il ne veut plus y demeurer - il peut en trouver un autre. Dans une petite ville, peu d'autres emplois sont disponibles de sorte que l'employé est forcé de déménager pour s'en trouver un autre. C'est très probablement la raison pour laquelle le taux de roulement est aussi élevé dans les petites villes, dont j'ai parlé précédemment. Dans les pays à économie dirigée, les gens, bien entendu, ont aussi leurs soucis, mais ils n'ont pas à s'inquiéter pour trouver ou pour garder un emploi.

    Si cette interprétation est exacte, les réponses à la question «qu'y a-t-il au-delà de la métropole?» pourront en définitive dépendre de la structure socio-économique que les Canadiens choisiront pour leurs descendants.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01

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