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    Dossier: Chateaubriand François-René de

    Le 250e anniversaire de naissance de François-René de Chateaubriand

    Marc Chevrier

    Saint-Malo a donné naissance à deux figures illustres : Jacques Cartier, « découvreur » du Canada, et François-René de Chateaubriand, qui a chanté l’Amérique, en particulier la Nouvelle-France, comme nul autre dans les lettres françaises. Né le 4 septembre 1768 dans la ville où il demanda à être enterré face à la mer, ce précurseur inspiré du romantisme, en qui le critique Sainte-Beuve a salué un « nouvel Homère », a laissé une œuvre considérable, chatoyante et contrastée. Une œuvre à l’image d’une existence étourdissante, qui enjamba les révolutions de 1789, de 1830 et 1848 et le vit tour à tour écrivain en exil, ministre, chef de guerre et ambassadeur. Depuis la parution d’Atala en 1801, qui peignait les amours de deux Amérindiens dans une Louisiane encore française, Chateaubriand a trouvé des deux côtés de l’Atlantique un lectorat envoûté par la magie de sa prose et par ses dons de mémorialiste, ainsi qu’en témoignent avec art ses Mémoires d’outre-tombe.

    Fils cadet d’un père élevé au titre de « comte de Combourg » qui avait navigué jusqu’à Québec et accueilli dans ses landes des Acadiens déportés, François-René affronta pendant sa jeunesse les orages de la Révolution, dont il déchanta rapidement. En 1791, fasciné par l’Amérique, il s’embarqua pour les États-Unis de Washington dont il arpenta en solitaire les déserts sylvestres, mais selon toute vraisemblance sans jamais atteindre la Floride célébrée dans ses romans. De retour en France en janvier 1792, il en repartit peu après pour l’Angleterre de William Pitt le jeune où, pendant sept ans, il connut l’âpre existence de l’exilé. Il mit à profit cette situation pour s’instruire et rédiger une première œuvre politique, L’Essai sur les révolutions, publié en 1797, qui se termine par une étonnante nuit chez les « sauvages » d’Amérique où il déploie son imagination romantique.

    Revenu en France en 1800, Chateaubriand fraya dans l’entourage de Napoléon et sut opportunément servir les desseins d’apaisement du consul ; fatiguée des excès de la Révolution, la France semblait vouloir renouer avec ses racines chrétiennes. Ainsi, en 1802, peu après l’entrée en vigueur du Concordat entre Napoléon et l’Église, Chateaubriand publia Le Génie du christianisme, qui lui valut aussitôt une certaine notoriété littéraire. L’écrivain prodige se brouilla toutefois avec Bonaparte, après l’exécution en mars 1804 du duc d’Enghien, le favori des royalistes. L’Empereur était au sommet de sa gloire quand Chateaubriand fit paraître en 1807 un réquisitoire implacable contre celui que l’écrivain accabla de cette formule : « C’est en vain que Néron prospère, Tacite est déjà né dans l’Empire ».

    La notoriété de Chateaubriand le protégea des fureurs de l’empereur, mais l’écrivain dut s’éloigner de Paris. L’auteur d’Atala et de René obtint d’être élu à l’Académie française en 1811, mais sans pouvoir y être reçu, car son discours élogieux de la liberté politique avait grandement déplu à l’Empereur. Or, après la défaite de Waterloo, la France hésitait entre le rétablissement des Bourbons sur le trône, la Régence, l’installation d’un descendant de la famille d’Orléans, voire le retour de Napoléon à certaines conditions. La brochure que Chateaubriand publia en avril 1814, De Buonaparte, des Bourbons, fit pencher la balance en faveur des Bourbons. Louis XVIII aurait affirmé que cet écrit lui avait « plus profité qu’une armée de cent mille hommes ».

    En outre, grâce à ses Réflexions politiques, publiées en 1814, Chateaubriand contribua à faire accepter la nouvelle charte libérale qui confirmait Louis XVIII sur le trône, au sein d’une monarchie parlementaire en apparence inspirée de l’exemple anglais. Chateaubriand devint ainsi ministre de l’Intérieur de Louis XVIII, puis accéda en 1815 à la fonction de sénateur, ou pair de France. Loin de chérir la monarchie absolue au grand dam des ultraroyalistes, il proposa une interprétation audacieuse du gouvernement parlementaire, fondée sur le règne de l’opinion publique garantie par une réelle liberté de presse, dans une autre brochure, La monarchie selon la Charte, qui fut saisie chez l’imprimeur dès sa parution en septembre 1816. Mis au ban du gouvernement, sans ressources, Chateaubriand dut même se défaire de sa bibliothèque et de sa villa de la Vallée-aux-Loups.

    Il entama alors une carrière de journaliste d’opposition, animant de ses pamphlets le journal « Le conservateur », interdit mais fort lu. « C’était un grand journaliste que Chateaubriand », écrivit Sainte-Beuve. L’écrivain se réconcilia avec le pouvoir entre 1820 et 1824 ; nommé ambassadeur à Berlin puis à Londres, il devint ministre des Affaires étrangères en 1822. S’il lança avec succès un corps expéditionnaire en Espagne pour chasser les libéraux des Cortès et rétablir les Bourbons sur le trône espagnol, la jalousie du président du conseil lui coûta son poste en 1824. Il redevint ambassadeur, à Rome cette fois-ci, en 1828, mais la chute de Charles X et l’accession du duc d’Orléans au trône français précipitèrent son retrait de la vie politique. Refusant de prêter serment à Louis-Philippe 1er, Chateaubriand démissionna avec fracas du sénat pour se consacrer à l’écriture. Il s’expliqua sur son refus de servir le régime orléaniste dans une autre brochure, De la restauration et de la Monarchie élective, publiée en 1831. La dernière monarchie de l’histoire de France devait passer de vie à trépas en même temps que l’Enchanteur : c’est sur son lit de mort, au début de juillet 1848, que Chateaubriand apprit en effet la nouvelle de la chute de Louis-Philippe 1er.

    C’est toutefois par son œuvre littéraire bien plus que par sa carrière politique dans la France postrévolutionnaire que Chateaubriand aura marqué l’imaginaire européen pendant la première moitié du XIXe siècle, et au-delà. Outre ses premiers romans « louisianais », il publia notamment Les Martyrs (1809), L’itinéraire de Paris à Jérusalem (1811), Les Aventures du dernier Abencérage (1826), le Voyage en Amérique (1827), les Études historiques (1831) et La vie de Rancé (1841), œuvre de vieillesse. Quelques années plus tôt, à 68 ans, Chateaubriand avait traduit le grand poème de Milton, The Paradise Lost. Publiée en 1837, sa traduction est encore de nos jours considérée comme un chef-d’œuvre. Mais ce sont ses Mémoires d’outre-tombe, parus à titre posthume et où défilent, dans une galerie époustouflante, les portraits de personnalités politiques côtoyées et de femmes aimées, qui l’ont hissé au rang des plus grands de littérature française, pavant la voie aussi bien à Victor Hugo qu’à Marcel Proust.

    Les accents américains de l’œuvre du Malouin trouvèrent de nombreux échos chez les héritiers de la Nouvelle-France. On enseignait Chateaubriand dans les séminaires du Bas-Canada dès les années 1820. On sait que l’écrivain correspondit avec l’abbé Marcoux, missionnaire connaisseur des Iroquois, ainsi qu’avec l’abbé Painchaud, fondateur du collègue de Saint-Anne-de-la-Pocatière, qui s’appuya sur sa vision du romantisme pour concevoir l’architecture et la pédagogie de l’établissement. L’un des premiers promoteurs d’une littérature nationale canadienne-française, l’abbé Casgrain, puisa son inspiration dans Chateaubriand, à l’instar des Octave Crémazie, François-Xavier Garneau et Arthur Buies.

    Enfin, aujourd’hui encore, on le lit, surtout en France, mais si peu au Québec, où il n’est guère enseigné dans les écoles, les cégeps et les universités, qui réservent une part bien maigrelette à la littérature française. L’Amérique française, jadis ressuscitée par Chateaubriand avec génie, serait-elle destinée à bouder désormais celui des écrivains français qui a le mieux compris les conséquences de la perte de la Nouvelle-France ? Qui sait que l’engouement actuel de notre jeunesse pour le sort et la culture des peuples autochtones tire bien plus sa source de la tendresse exaltée des pages que Chateaubriand a consacrées aux nobles Amérindiens gardiens d’une nature intacte que de la prose raisonneuse de Rousseau ?

    L’œuvre de l’Enchanteur offre à ses héritiers d’outre-France une belle synthèse entre l’enracinement du style et l’ampleur des horizons. Rompu aux langues vivantes et anciennes, grand voyageur dans les littératures, Chateaubriand soutenait toutefois que : « Le style n’est pas, comme la pensée, cosmopolite ; il a une terre natale, un ciel, un soleil à lui. » De même, l’homme qui avait connu l’exil ne destinait pas la littérature à fuir le monde ; la politique, l’histoire et l’écriture s’entremêlent chez lui, si bien que l’écrivain a réussi à transmuter ses échecs en politique en or littéraire. Ayant été tiraillé toute sa vie entre deux mondes, entre deux France, entre deux amours, entre l’incomplétude du passé et l’ouverture de l’avenir, Chateaubriand en résuma le mouvement comme celui de son œuvre dans cette phrase admirable : « Je me suis rencontré entre les deux siècles comme au confluent de deux fleuves ; j’ai plongé dans leurs eaux troublées, m’éloignant à regret du vieux rivage où j’étais né, et, nageant avec espérance vers la rive inconnue où vont aborder les générations nouvelles. » Puissions-nous naviguer longtemps encore avec lui !

    Date de création : 2018-09-04 | Date de modification : 2018-09-04

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