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    Dossier: Langue française

    L'enseignement de la langue française au Canada

    Grégoire Mathieu
    L'accession au pouvoir du Parti québécois en octobre 1976 a réveillé la scène politique canadienne. Ce résultat a surpris même les observateurs généralement bien renseignés. Sur le plan de la politique provinciale, c'était l'arrivée au pouvoir d'un parti hautement nationaliste dont l'un des objectifs politiques était l'indépendance du Québec ou la souveraineté-association. Une signification à retenir de cet événement est la volonté ferme de ce mouvement politique de rappeler une fois de plus l'existence d'un groupe francophone en Amérique du Nord britannique et d'assurer, par des lois, la primauté du français au Québec. Étions-nous à ce point menacés, étions-nous en situation d'assimilation tellement avancée que des mesures énergiques s'imposaient rapidement? Le gouvernement à peine formé en semblait convaincu puisqu'il donnait priorité à la loi sur la langue officielle du Québec (loi 101).1 Un vaste débat s'ouvrit au Québec, car cette législation y dérangeait l'équilibre linguistique, ébranlait des châteaux-forts de ce qui semblait des droits acquis et risquait de faire disparaître l'exercice toléré de certains droits.

    Cette atteinte portée à l'élément minoritaire du Québec souleva l'animosité des anglophones du Québec et des autres provinces. Mais quel sort était-il fait aux groupes minoritaires francophones dans les autres provinces? Tout le problème de la situation des groupes minoritaires (anglophones du Québec, francophones hors Québec) attira l'attention. Également, l'ensemble de l'élément francophone du territoire canadien fut animé par une dynamique nouvelle susceptible d'améliorer son sort, soit en récupérant les droits à l'éducation en français enlevés aux francophones hors Québec, soit en affirmant la primauté de la langue française au Québec. Dans cette province, il fallait solidifier le fait français; dans les autres provinces, favoriser son expansion. Les moyens proposés pour résoudre l'un et l'autre problème différaient profondément, puisque les Québécois peuvent agir au niveau des institutions politiques, alors que les francophones des autres provinces doivent soumettre leur requête à leur gouvernement provincial. Maintenant que cette première agitation est passée, est-il possible de déceler si elle fut bénéfique et jusqu'à quel point elle a pu influencer l'évolution de la situation de l'enseignement de langue française dans les autres provinces?

    L'objectif de chaque communauté francophone dans le domaine de l'éducation est facile à énoncer: un réseau complet d'institutions d'enseignement en français, de la maternelle à l'université, lequel se doit d'être dirigé et administré par des francophones, à l'instar de celui de la communauté anglophone du Québec. Cette comparaison érigée en principe s'avère irréaliste, voire utopique. Il faut donc savoir à quel niveau se situent les revendications des francophones de chaque province afin d'adapter à leurs problèmes quotidiens l'objectif à long terme. Sur cette question, il n'existe pas de plan canadien en éducation, mais seulement des plans provinciaux. Les luttes menées à ce sujet remontent à 1759 et s'appuient sur le principe que le droit de conquête ne confère aucun droit sur la culture et la langue. Un survol rapide de la situation de l'enseignement en français dans chaque province fera voir la complexité du problème ainsi que la difficulté de proposer des solutions uniques ou identiques.


    Terre-Neuve

    Au groupe francophone que l'on pourrait dire de vieille souche, lequel remonte aux origines de Terre-Neuve, un autre est venu s'ajouter, qui lui se situe au Labrador, à la frontière entre le Québec et Terre-Neuve. Les développements industriels de cette région ont attiré des Québécois. Ces derniers ont directement appuyé et renforcé les demandes d'éducation en français auxquelles le gouvernement provincial a toujours montré une oreille attentive. Voici quelques détails sur la situation.2

    Il n'y a toujours pas de loi sur l'éducation de la minorité francophone. Cependant, l'enseignement en français est offert dans les endroits de la province où le nombre d'étudiants est suffisant: à Labrador Cité, avec 134 étudiants de la maternelle à la sixième année et 57 étudiants de la septième à la dixième année. Pour leur onzième année (secondaire V), les étudiants reçoivent une bourse du gouvernement provincial.

    À Cap Saint-Georges, à Saint-Jean et à Gander où se trouvent les plus importantes concentrations de francophones, des programmes d'immersion ont été commencés et, au moment des inscriptions, la priorité est donnée aux francophones ou aux enfants qui ont un parent francophone (une grande majorité à, Saint-Jean).

    Au ministère de l'Éducation, il y a maintenant quatre personnes qui travaillent pour les programmes de français:

    - une coordonnatrice des programmes de bilinguisme qui s'occupe aussi des classes françaises au Labrador et des programmes pour les classes d'immersion avec des comités d'étude qui ont pour but de développer des programmes franco-terreneuviens;

    - un conseiller pédagogique qui s'occupe du développement et des programmes de français langue seconde;

    - une assistante bilingue;

    - une secrétaire bilingue.

    Les progrès sont réels et constants.


    Île-du-Prince-Édouard

    Tout l'enseignement en français pour les Acadiens de cette province se donne surtout dans l'unité scolaire no 5. L'enseignement au niveau élémentaire et au niveau secondaire peut donc se faire en français Le secteur postsecondaire en français est inexistant. Les enfants résidant à l'extérieur de l'unité scolaire no 5 sont donc négligés et les parents veillent et travaillent à améliorer cette situation.

    La qualité de l'enseignement en français préoccupe également les parents, les professeurs et les administrateurs. En 1977, était rendue publique une étude très poussée sur l'enseignement du français dans les écoles de l'Île-du-Prince-Édouard.3 Les grands problèmes de l'accès à l'école française, de la qualité de l'enseignement en français, de la formation des maîtres, des manuels en français, entre autres, étaient évoqués. Voici comment la Société Saint-Thomas d'Aquin entrevoit son action dans le domaine de l'éducation.

    La Société Saint-Thomas d'Aquin reconnaît que le danger de l'assimilation totale des communautés acadiennes à l'Île est grand. Elle reconnaît ainsi la nécessité de continuer énergiquement son oeuvre de promotion de la vie acadienne. La Société doit continuer à privilégier ses services d'animation en éducation pendant encore de nombreuses années. La Société reconnaît les urgents besoins des communautés acadiennes pour un système d'écoles homogènes françaises et doit continuer à revendiquer les droits des Acadiens en éducation. La Société doit appuyer les efforts des Acadiens qui veulent se donner les institutions et organisations culturelles, religieuses, sociales, récréatives, communautaires et économiques adéquates pour l'épanouissement de leurs communautés.4


    Nouvelle-Écosse

    En Nouvelle-Écosse, la situation apparaît meilleure. L'érection en université du collège Sainte-Anne confère à l'éducation en français une structure institutionnelle de la maternelle à l'université. Envisagé sous cet aspect, on peut être tenté de croire que tout va bien dans cette province au sujet de l'enseignement en français, mais il y a place pour des améliorations.

    Le débat en éducation porte sur la reconnaissance légale du droit à l'enseignement en français pour les Acadiens. Le problème soulevé pourrait obtenir une solution si l'on prenait au sérieux les recommandations du rapport Graham, en y ajoutant toutefois les modifications qui s'imposent afin de favoriser une éducation française.5 En plus, les demandes se font de plus en plus insistantes pour l'obtention d'écoles homogènes, c'est-à-dire réservées à l'enseignement en français pour les Acadiens. Ces écoles devraient avoir une administration française, une ambiance française.6


    Nouveau-Brunswick

    Le Nouveau-Brunswick, province bilingue, offre beaucoup d'intérêt en raison du nombre important de sa population acadienne. L'énergie déployée par l'élément francophone pour arriver à une reconnaissance officielle témoigne de la ténacité des Acadiens dans la sauvegarde de leur patrimoine culturel. Un lecteur attentif de l'actualité ne peut ignorer leurs revendications.

    Dans le domaine de l'éducation, les Acadiens du Nouveau-Brunswick possèdent des écoles primaires et secondaires de langue anglaise. Quelques-unes sont encore bilingues, mais les faire disparaître. D'autres points litigieux existent au niveau des commissions scolaires. L'on propose, entre autres, un nouveau partage du territoire en districts scolaires. Au sein du ministère, il y a beaucoup de services offerts en français pour les francophones, mais, encore là, il y a place pour des améliorations tant quantitatives que qualitatives.

    Au niveau postsecondaire, c'est surtout le secteur non universitaire qui retient l'attention des Acadiens. L'augmentation des programmes disponibles en français s'impose. L'Université de Moncton, pour sa part, offre déjà plus de 78 programmes. Cette situation est encourageante. Les réalisations de cette université sont plus qu'intéressantes, elles donnent espoir à tous ceux qui sont en mesure d'évaluer les effets de cette institution dans le milieu acadien.


    Québec

    Le thème de cette livraison de la revue Critère, «Francophones d'Amérique», oblige à quelques observations sur le cas du Québec. Il faut alors considérer cette province en tant que province minoritaire en Amérique.

    Il y a quelques années, les tentacules de l'assimilation envahissaient nos rangs et nous menaçaient de strangulation culturelle. Ces dangers étaient semblables à ceux que rencontrent les autres groupes francophones du Canada. Moins apparente au Québec, cette situation s'avérait d'autant plus dangereuse. Elle engendrait un laisser-aller dans le langage, un assoupissement de la vigilance grammaticale et une léthargie générale envers le français, attitudes qui alimentaient des tendances suicidaires.

    Le malaise se développait au sein de la population par le milieu de travail, le milieu socio-culturel, etc. Sous prétexte de réussite sociale et d'avancement, de promotion, de plan de carrière, la nécessité de savoir parler anglais allait presque jusqu'à supprimer celle d'apprendre sa langue maternelle. En cherchant les remèdes pour corriger ce climat malsain, il fallait travailler sur plusieurs fronts. Quelle fut donc l'attitude du gouvernement au sujet de l'éducation?

    Dans la loi 101, le gouvernement se contenta de définir les conditions de l'éligibilité à l'école anglaise. Indirectement, cette formulation rendait l'école française obligatoire pour les francophones; dimension de la loi qui passe souvent inaperçue, mais n'en est pas moins très positive. D'ailleurs, cette solution de rendre l'école française obligatoire pour les francophones était déjà contenue dans une résolution adoptée par l'assemblée générale de l'Association canadienne d'éducation de langue française (ACELF).7

    Attendu que... l'Association canadienne d'éducation de langue française considère que le gouvernement du Québec doit accentuer ses efforts pour développer le fait français au Québec et par voie de conséquence au Canada,

    Elle recommande donc:

    - que le gouvernement du Québec proclame le français, la langue officielle du Québec;...

    - que la langue d'enseignement soit la langue officielle pour les francophones et les immigrants à venir...

    Un redressement s'imposait donc; de plus, une volonté populaire se manifestait afin d'assurer au français sa place au Québec et indirectement son maintien en Amérique du Nord. Il faut rendre justice au gouvernement de cette première étape dans la réalisation de ses objectifs. Aujourd'hui, le ministère de l'Éducation s'applique à développer la qualité de l'enseignement du français.

    Malgré tout ce que l'on a pu dire et écrire au sujet du traitement accordé par cette loi à la minorité anglophone, il est non seulement respectueux de leurs droits mais généreux. Les francophones hors Québec ne peuvent pas encore jouir d'autant de garanties.


    Ontario

    L'Ontario possède le plus important groupe de francophones hors Québec. En éducation, les Franco-Ontariens ont dû soutenir des luttes héroïques. Les résultats obtenus sont éloquents. Ils possèdent aujourd'hui des écoles françaises publiques et privées tant au niveau primaire que secondaire. Le grand problème est celui des conseils scolaires. Les francophones aimeraient pouvoir diriger leurs propres conseils scolaires. Ils sont obligés de soumettre aux conseils scolaires toutes leurs demandes. Or, ceux-ci sont majoritairement composés d'anglophones. Les comités consultatifs de langue française créés pour corriger les imperfections du système ne font qu'alourdir la procédure et retarder les améliorations nécessaires. Il y a donc lieu de revendiquer des conseils scolaires homogènes de langue française.

    Au niveau postsecondaire, la liste des programmes en français s'allonge d'année en année. Ces améliorations sont dues aux efforts soutenus des dirigeants de la communauté francophone.

    Le ministère de l'Éducation possède une section de l'enseignement en français dirigée par un sous-ministre, qui offre de nombreux services. Il porte une attention particulière à la production de manuels en français et veille surtout à la qualité académique et linguistique des jeunes francophones. L'Ontario jouit en plus d'un excellent outil pédagogique: la télévision éducative de langue française. Les réalisations de cet organisme ont atteint une qualité de production qui suscite l'admiration.


    Manitoba

    À mon point de vue, le Manitoba représente l'idée de la Constitution canadienne devenue réalité. Lors de sa création en tant que province et dès son entrée dans la Confédération, une occasion était offerte au gouvernement du Canada d'appliquer ce que devait être la nouvelle Fédération: l'égalité des deux groupes linguistiques français et anglais ainsi que de leur langue. La tentative a été généreuse, mais les résultats piètres. Encore aujourd'hui, en 1979, la cause se trouve devant les tribunaux.

    Dans cette perspective, il est très impressionnant de constater la présence de francophones au Manitoba. Leur ardeur à la défense de leur patrimoine culturel relève presque de l'épopée. Ils n'ont pas craint de s'installer dans la clandestinité pour maintenir leurs droits bafoués par les gouvernements. Progressivement la tolérance s'est muée en reconnaissance et, depuis 1971, l'enseignement en français est possible aux niveaux primaire et secondaire. Le Collège universitaire Saint-Boniface assure avec succès l'enseignement postsecondaire en français.

    Le ministère s'est doté, en 1976, d'un Bureau d'éducation française sous la responsabilité d'un sous-ministre francophone. Ces dernières années, les améliorations apportées à l'enseignement en français ont été rapides. D'autres problèmes sont apparus: la présence d'anglophones dans les écoles francophones, ce qui nuit grandement à l'ambiance générale. La revendication la plus importante se fait sur l'école française homogène, c'est-à-dire ne regroupant que des francophones. Au sujet de l'amélioration des structures scolaires, on a déjà proposé la mise sur pied d'une ou deux commissions scolaires pour l'ensemble des écoles françaises.


    Saskatchewan

    Les règlements qui régissent l'enseignement en français clans cette province sont assez rigoureux. Les contraintes sont limitées dans l'espace et dans le temps. Les écoles où le français est langue d'enseignement sont désignées à cette fin; l'enseignement en français ne se donne que là. De plus, un pourcentage d'enseignement en français, variant de 65% à 500x, et décroissant selon les années, est consenti dans les écoles désignées.


    Alberta

    Une législation similaire à celle de la Saskatchewan (limitation de lieux et de temps d'enseignement) préside aux destinées de l'enseignement en français. Les mêmes inconvénients s'y retrouvent donc. Le milieu est anglicisant et nuit grandement à l'enseignement en français. Les ministères de ces deux provinces devraient augmenter leurs services afin de favoriser l'enseignement en français.

    Le Collège universitaire Saint-Jean d'Edmonton est devenu Faculté Saint-Jean de l'Université de l'Alberta. Un embryon d'enseignement universitaire en français existe dans cette province.


    Colombie-Britannique

    La résistance à l'enseignement en français qu'avait toujours offerte cette province vient de céder. L'enseignement en français est maintenant offert aux francophones de la Colombie-Britannique. Si la bienveillance que le gouvernement manifeste actuellement était proportionnelle aux efforts déployés par les Franco-Colombiens pour l'obtention de cette reconnaissance du droit à l'enseignement en français, les progrès seraient spectaculaires.


    Conclusion

    Cette présentation sommaire permet de constater combien il est difficile d'avoir une connaissance approfondie des milieux francophones du Canada. En territoire américain et canadien, les dix communautés francophones Sont à des degrés divers menacées par l'assimilation. Le Québec vient d'affirmer l'urgence qu'il y a pour lui d'enrayer ce mal. Cette urgence est encore plus grande pour les autres groupes hors Québec. L'objectif final de la population francophone canadienne est le même : être maître au niveau provincial d'institutions capables d'assurer son développement et son épanouissement au Canada.

    Dans le domaine de l'éducation, c'est le même principe qui sert d'objectif. L'école française pour les francophones, c'est le moyen à privilégier pour le maintien et le développement du fait français au Canada. Les différences constatées entre les besoins de chaque communauté empêchent de proposer, de manière générale, des recommandations uniformes. Une constatation s'impose: les étapes à franchir pour obtenir la reconnaissance du droit à l'enseignement en français sont toujours les mêmes. Les groupes francophones, après bien des efforts, finissent par obtenir un peu d'enseignement en français. Satisfaits des résultats obtenus, les gens s'appliquent à les conserver et à exploiter au maximum le peu d'enseignement en français qui leur a été accordé. Puis, ils accèdent à, l'école bilingue. Celle-ci apparaît vite un facteur d'assimilation. Les groupes sont obligés de revendiquer l'école homogène française. Ce processus est long, nécessite beaucoup d'efforts et s'échelonne sur plusieurs générations. Il faut donc le raccourcir. Mais pourquoi les solutions provinciales sont-elles si lentes à venir?

    En vertu de l'article 93 de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique, les gouvernements provinciaux ont pleine et entière juridiction sur l'éducation. Les législatures provinciales peuvent reconnaître, par une loi, le principe de l'enseignement en français. Le français est tout simplement déclaré langue d'enseignement au même titre que l'anglais. Le droit des francophones à recevoir l'enseignement en français serait ainsi établi juridiquement. Après la reconnaissance de ce droit, la marche vers la réalisation de cet objectif pourrait suivre le rythme de croissance que chaque communauté d'expression française peut se permettre selon sa situation actuelle. Très rapidement, les francophones auraient en main et dirigeraient le développement de l'éducation en français dans leur province.

    Au Québec, les anglophones sont maîtres et responsables de leur propre système d'éducation. Ils peuvent imprimer à leurs institutions leur caractère culturel spécifique et les diriger selon leur génie particulier. Cette situation fait l'envie de tous les francophones hors Québec. Lorsque le gouvernement québécois négocie avec les autres provinces au sujet de l'éducation, ces aspects sont soulevés. En vertu de la juridiction exclusive que chaque province exerce en éducation, l'observateur comprend mal pourquoi les États provinciaux ne facilitent pas le même accès à l'école anglaise ou à l'école française dans chaque province. Cette argumentation québécoise, qui revendique les droits à l'enseignement en français pour les Québécois qui vont s'installer dans une autre province, vise à faire hâter la reconnaissance de ce droit pour les communautés francophones existantes. Cette situation prouve bien les inégalités inhérentes aux ententes politiques. La libre circulation des personnes est possible, mais les avantages vont aux anglophones. Les francophones qui vont d'une province à l'autre sont pénalisés par l'absence d'institutions scolaires adéquates et voués à une inévitable assimilation.

    Dans la conjoncture politique actuelle, on peut se demander si l'accession au pouvoir du Parti québécois a ébranlé la résistance anglophone en matière d'éducation en français au Canada. Les documents qui pourraient permettre un jugement clair et solide sur ce débat font défaut. Après le choc causé par la volonté de s'affirmer du nouveau gouvernement québécois et l'appréhension injustifiée des torts qui seraient causés à la minorité anglophone, les gouvernements provinciaux ont semblé s'intéresser à la question. Le besoin d'études sur la situation de l'enseignement en français au Canada s'est alors fait sentir.8

    La suggestion étudiée par le Conseil des Ministres de l'Éducation lors de la réunion de St-Andrews, Nouveau-Brunswick, en août 1977, égalité d'accès à l'école française ou anglaise partout au Canada, ou selon les accords de réciprocité, fit sourire les uns et figea les autres. Les communiqués issus de ces rencontres laissaient entendre que les propositions d'ententes provinciales ou interprovinciales au sujet de l'éducation en français ne suivaient pas la tendance naturelle des provinces.

    Un peu plus tard ravisés: Ils ont constaté que les tentatives d'ententes qui pourraient être réalisées, voire obtenir du succès, faisaient le jeu du gouvernement du Québec et illustraient de manière concrète la thèse soutenue par ce parti politique - la souveraineté-association. Devant la possibilité d'établir la preuve que des accords de réciprocité entre ces provinces étaient viables, de fausses craintes sont apparues. Et pour ne pas faire le jeu du gouvernement du Québec, les provinces ont renoncé à l'exercice, voire à, l'apprentissage de l'exercice de leur souveraineté. Il faudrait vérifier si le même raisonnement n'a pas joué également dans les secteurs économiques, sociaux et autres, bien que, dans ces secteurs, les gouvernements provinciaux n'aient pas une juridiction exclusive semblable à, celle qu'ils ont en éducation.

    L'attitude des hésitations et des remises à plus tard semble prévaloir actuellement. C'est ainsi que des options politiques alimentées par des passions partisanes peuvent nuire à des causes que théoriquement tous aimeraient défendre.

    Ce qui est réclamé par les Canadiens français, c'est la possibilité d'avoir de l'enseignement en français partout au Canada. Le Canada n'est viable que si le gouvernement fédéral s'appuie sur la politique des deux communautés fondatrices et que si les provinces accordent aux francophones l'égalité de droit et de fait à, l'enseignement en français.

    Novembre 1979.


    Notes
    1 Lire à ce sujet le Livre blanc présenté à l'Assemblée nationale du Québec, par monsieur Camille Laurin, ministre d'État au Développement culturel intitulé: La politique québécoise de la langue française, mars 1977.
    2 Lettre de Marie-Christine Halliday, coordonnatrice des problèmes de bilinguisme, ministère de l'Éducation, Saint-Jean, Terre-Neuve, 9 février 1979. D'autres changements ont dû suivre.
    3 L'enseignement du français dans les écoles de l'Île-du-Prince-Édouard. Étude réalisée par le Service de développement professionnel Ltée pour la Société Saint-Thomas d'Aquin, (1977).
    4 Histoire de la Société Saint-Thomas d'Aquin de l'Île-du-Prince-Édouard, imprimée à l'occasion de son 60e anniversaire, p. 72.
    5 Rapport Graham, Royal Commission on Education, Publie Service and Provincial Municipal Relations, Nouvelle-Écosse, 1974.
    6 Cf., au dernier congrès de la Fédération des Acadiens de la NouvelleÉcosse, les revendications au sujet de l'école homogène française, (novembre 1979).
    7 ACELF, Assemblée générale de 1974, tenue à Saint-Jean, Terre-Neuve, Bulletin de l'ACELF, volume III, no 5, juin 1974.
    8 Conseil des Ministres de l'éducation, Canada, L'état de l'enseignement dans la langue de la minorité dans les dix provinces du Canada, 246 pages, janvier 1978.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01

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