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    Dossier: Landry Bernard

    La mondialisation rend la souveraineté plus nécessaire et urgente que jamais

    Bernard Landry
    Article paru dans la revue québécoise L'Action nationale de mars 1999
    Pour éviter que la globalisation des marchés ne sombre dans l’anarchie économique et sociale ou ne soit régie par le gouvernement des multinationales, elle devra être de plus en plus placée sous la surveillance et le contrôle de pouvoirs supranationaux. Comme seules les nations reconnues sont admises à siéger dans ces instances mondiales supérieures, le pouvoir s’éloignera de plus en plus des citoyens et citoyennes du Québec s’ils ne se décident pas à faire leur indépendance nationale au plus tôt.

    Cette indépendance depuis longtemps nécessaire, légitime et faisable aurait pu se réaliser en même temps et pour les mêmes motifs que celle des États-Unis d’Amérique, seize ans après les plaines d’Abraham. Elle aurait pu se faire plus tard, dans la foulée des nombreux États devenus souverains, en Amérique latine ou ailleurs dans le monde, depuis ce temps. Notre souveraineté se serait justifiée à l’époque même du régime français, puisque nous étions déjà un peuple au XVIIIe siècle. Certains historiens s’étonnent du fait que notre liberté ne soit pas advenue plus tôt, entre les deux guerres mondiales par exemple, alors que ses fondements étaient déjà si clairs et depuis si longtemps.


    Une nouvelle motivation

    Aujourd’hui, toutes les anciennes raisons subsistent, mais une formidable et nouvelle motivation donne à notre projet national une modernité fulgurante et le rend plus impérieux encore qu’auparavant. En effet, dans le nouveau contexte mondial, la souveraineté n’est plus seulement une question de survie, de prospérité et de rayonnement international des peuples, c’est la qualité même de leur vie démocratique qui est mise en cause par cette nouvelle donne que constitue la mondialisation.

    Le droit des peuples à se gouverner librement et à traiter d’égal à égal avec les autres est inscrit depuis longtemps dans le droit naturel et confirmé dans l’effectivité historique. Pour les peuples déjà libres et maîtres de leur destin, la question ne se pose même pas et aucun d’entre eux ne voudrait renoncer à sa souveraineté, sauf partiellement et seulement par adhésion volontaire à de véritables instances supranationales. Jamais ils n’accepteraient durablement d’en sacrifier la moindre parcelle pour se soumettre à la domination d’un autre peuple voisin ou lointain, amical ou hostile. Quant à ceux qui sont pris au piège, ils ne se reposent jamais tant qu’ils ne sont pas libres. C’est le cas du Québec comme de l’Écosse et auparavant celui des trois États baltes ou de la Slovénie, pour ne nommer que quelques-unes des libertés à conquérir ou déjà recouvrées. Quant à la Catalogne, l’Espagne démocratique n’oserait plus contester le statut national de ce peuple et bloquer son évolution comme Ottawa le fait avec nous.


    Le fondement de l’indépendance

    Le fondement principal des indépendances nationales est partout le même et bien connu: elles reposent sur les solidarités humaines naturelles et la convivialité, de plus en plus élective d’ailleurs à cause de la liberté accrue de circulation des personnes. La grande famille humaine, avec ses cinq milliards d’individus et sa formidable diversité, linguistique et culturelle notamment, est trop vaste pour l’adhésion directe et intime de chaque personne. Les siècles et la nature des choses ont créé ce relais intermédiaire essentiel, que l’on appelle peuple ou nation, bien supporté et accompagné par les irrépressibles besoins d’identité et d’appartenance. Il est certain que les patriotes du Bas-Canada au XIXe siècle s’inspiraient déjà de ces valeurs fondant la liberté des peuples. Les mêmes principes influencèrent la pensée d’Honoré Mercier, cinquante ans plus tard, et étaient bien sûr au coeur des réflexions des frères O’Leary, de Raymond Barbeau, de Marcel Chaput, d’André d’Allemagne et de Pierre Bourgault par la suite.

    Mais ce sont les fondateurs du Mouvement Souveraineté-Association, René Lévesque en tête, qui de façon claire et formelle ont solidement arrimé la recherche d’indépendance du Québec à la modernité. Ils l’ont conçue dès le départ comme les nations avancées et libres vivent la leur à l’aube de l’an 2000. C’est-à-dire à l’intérieur d’organisations supranationales favorisant la coopération étroite entre les peuples par la recherche des quatre libertés de circulation (biens, services, capitaux et personnes) et l’établissement d’institutions communes.

    Il est clair que le traité de Rome, signé en 1957 et qui portait en germe tout ce que l’Union européenne est devenue aujourd’hui, a fortement influencé la réflexion des souverainistes du Québec. À la naissance du MSA, le désarmement douanier était déjà complété entre les pays fondateurs de la Communauté économique européenne. Il était déjà acquis que l’on pouvait découpler le périmètre de souveraineté politique d’un peuple de son espace économique. De tout petits pays, sans renoncer à leur souveraineté, avaient soudain le même marché que leurs grands voisins qui, par le fait même, élargissaient aussi le leur. On connaît la suite : l’Europe est devenue un formidable modèle de rapports économiques et politiques harmonieux entre des peuples libres. En pratique, un camion peut aujourd’hui quitter Stockholm, sur les bords de la Baltique, et rouler jusqu’à Brindisi, sur les rives de l’Adriatique, sans devoir s’arrêter à un seul poste douanier, même s’il franchit une série de frontières nationales diverses. Les pièces du nouvel euro, la monnaie commune et unique, sont déjà frappées et mises en circulation pour couronner la plus grande oeuvre d’intégration et de fluidité économiques de l’histoire humaine.

    Il faut souligner que la vieille Europe a chèrement payé de deux guerres cruelles et de millions de morts - dont 6 millions de Juifs sacrifiés sur l’autel du fanatisme raciste - le droit d’enseigner aux autres que les rapports pacifiques entre les peuples ne se fondent pas sur la domination mais sur la solidarité dans la recherche de leur développement mutuel.

    Cette façon de voir s’est maintenant répandue à divers degrés par toute la planète. L’Union européenne elle-même, à partir de six membres fondateurs, ne cesse de croître et n’a probablement pas terminé son évolution spatiale : il n’est pas absurde de penser qu’elle s’étendra un jour « de l’Atlantique à l’Oural ». De toute manière, dans les parages même de l’Oural, comme sur les rives de la Baltique, des peuples sont redevenus libres et coopèrent entre eux suivant diverses formules modernes. Dans tous les continents, les libertés nationales se sont donc affirmées, consolidées au moment même où la mondialisation avançait de façon irréversible: les deux vont de pair comme compléments et contrepoids.


    L’importance de la liberté des peuples

    Une révolution de cette ampleur ne va pas sans créer toutes sortes de problèmes, ressentis de façon particulièrement dramatique depuis quelques mois. Ces graves maladies infantiles de la globalisation, dont nous vivons les premiers soubresauts sérieux, ne trouveront pas de solution en dehors de véritables organisations supranationales liant par traité des peuples libres qui leur sacrifient une part de souveraineté. Au marché global, il faut une régulation globale par des instances qui dépassent les nations. C’est la seule manière d’empêcher efficacement la diffusion foudroyante, par simple contagion, de diverses crises nées dans les maillons les plus faibles du système. Il faut relever d’urgence le niveau général d’efficacité d’un appareil législatif, réglementaire et régulateur vraiment mondial. Comme à l’intérieur des frontières nationales, on ne peut compter uniquement sur l’éthique spontanée et le libéralisme pour assurer l’ordre, la paix et l’honnêteté des rapports vie des hommes et des femmes de tous les pays se joueront maintenant essentiellement à trois niveaux : le supranational mondial, le supranational régional et le national. Le niveau provincial, aussi appelé sous-national, comme dans le cas des provinces, toutes égales, d’une même fédération deviendra de plus en plus trivial, chargé de tâches non négligeables certes, mais totalement encadré et limité dans son action par les divers niveaux supérieurs.

    L’évolution récente du statut du Québec, marqué par le jeu combiné de l’unilatéralisme brutal d’Ottawa en matière constitutionnelle et son opiniâtre impérialisme budgétaire, le mène peu à peu vers le statut d’exécutant mineur des décisions prises dans les vrais lieux de pouvoir. Le même phénomène frappe évidemment toutes les autres entités sous-nationales du Canada mais pour la Saskatchewan et l’Île-du-Prince-Édouard, tout comme d’ailleurs pour la Rhénanie-Westphalie ou le Wisconsin si l’on veut élargir le débat, cela n’est pas vraiment une tragédie. Ces instances provinciales ou locales n’ont aucune ambition nationale, ni véritable culture spécifique, ni langue particulière à maintenir par rapport à l’étranger. Leurs particularismes économiques ou sociaux ne justifient pas qu’ils soient membres de l’OCDE, présents à l’OMC ou à l’UNESCO et d’ailleurs aucune d’entre elles n’en montre la moindre velléité. Le cas échéant, comme elles n’ont à ce jour aucun vrai passé national ou identitaire, leur mouvement serait vite à ranger, ce n’est pas leur faire injure que de le rappeler, parmi les plus vulgaires formes de séparatisme.


    La nécessité d’un niveau de pouvoir

    Pour le Québec, quinzième puissance économique du monde qui a sa langue et sa culture, très différenciées de celles de l’entourage, son passé, ses projets communs, en un mot son destin national, c’est une tout autre affaire. Ce que la Saskatchewan ne peut ni ne veut, c’est-à-dire faire partie du concert des nations, le Québec le peut de toute évidence, il l’a presque voulu formellement en 1995 et le voudra bientôt clairement. C’est pour lui un moyen essentiel pour faire valoir ses intérêts particuliers et assurer sa place dans le monde tout en préservant son identité propre et sa façon originale de pratiquer les solidarités humaines.

    Il est facile de voir que la globalisation des marchés requiert plus que jamais un niveau de pouvoir, entre les nations et au-dessus d’elles, sans quoi l’intégration ne pourra se faire que dans l’anarchie et sa cohorte de risques socio-économiques, ou sous la gouverne des firmes multinationales et transnationales qui n’ont de comptes à rendre qu’à leurs actionnaires. Ces deux cas de figure sont inacceptables et comportent un déficit démocratique insoutenable. On l’a vu dans le cas de l’AMI où un club estimable, l’OCDE, mais formé uniquement d’un petit groupe de nations presque toutes riches, a voulu donner le pas à la planète entière dans des champs essentiels qui doivent relever du peuple à travers les institutions démocratiques que les peuples se donnent.

    Les cas de ce genre sont de plus en plus nombreux où des décisions qui nous affectent de façon vitale ne seront plus prises ni à Québec, ni à Ottawa, mais à des tables supranationales où le pouvoir central prétendra nous représenter. Une délégation canadienne qui doit faire valoir, comme le dit la Constitution du Canada, que toutes les provinces sont égales et qui nie ouvertement l’existence du peuple québécois, va déjà et ira de plus en plus parler en notre nom à Genève ou à Marrakech, à l’ONU ou à l’UNESCO ou plus tard dans des instances continentales où seront assis à bon droit l’Uruguay, le Chili et le Salvador, mais non le Québec. C’est aussi injuste qu’absurde et inefficace ; cela choque l’esprit le moindrement objectif.

    Le domaine très spécifique de la culture nous a donné récemment à Ottawa l’exemple dramatique de ce qui sera de plus en plus notre lot dans tout le reste. C’est Sheila Coops et non pas Louise Beaudoin qui a parlé aux autres peuples de la terre au nom de la culture de Gaston Miron et d’Anne Hébert. Quand on sait malheureusement ce que pense, dit et écrit le Canada anglais à propos du Québec, demander au gouvernement central de faire valoir ce que nous sommes et nos intérêts et notre image à l’étranger, relève de plus en plus du masochisme. Pourquoi leurs diplomates, même les plus honnêtes, parleraient-ils de nous en mieux que l’ensemble de la presse canadienne-anglaise, si généralement négative au sujet du Québec, quand elle n’est pas tout simplement sectaire et intolérante?

    Il faut noter qu’en matière économique, nous subissons déjà ce sort depuis longtemps avec les résultats que l’on connaît. L’auto pact qui fait que l’Ontario, par le truchement de Ford, General Motors et Chrysler, est le coeur économique du Canada et que le taux de chômage de cette province est toujours inférieur à celui du Québec, a été l’oeuvre d’une diplomatie et d’une fonction publique économique canadiennes qui ne se sont jamais vraiment souciées de prendre acte et de faire valoir qu’il y avait aussi, au Canada, un autre espace industrialisé, le Québec, dont le potentiel est plus élevé encore que celui de l’Ontario. Ils ont été plus prompts à l’intervention quand il s’agissait d’enlever au Québec un avantage de situation.


    Des réalités inéluctables

    À cet égard, posons-nous brutalement la question suivante: qu’adviendrait-il, dans une négociation internationale serrée, si la délégation canadienne devait arbitrer entre l’aéronautique et l’automobile? Vers quoi la poussera le vent politique démocratique dominant si en plus on est à la veille d’une élection fédérale ? Voilà des réalités inéluctables qui étaient vraies hier et le seront incommensurablement plus dans le nouveau contexte d’intégration planétaire. Bien évidemment, ce n’est pas parce que les Canadiens sont méchants ou même qu’ils nous en veulent ; pour la plupart d’entre eux en tout cas, c’est simplement qu’ils illustrent, une fois de plus, ce que George Washington écrivait jadis: «There can be no greater error than to expect or calculate upon real favour from Nation to Nation».

    Même les hommes d’affaires fédéralistes du Québec conviendront facilement que dans n’importe quelle négociation économique internationale, leurs intérêts seraient à l’évidence mieux servis s’ils étaient représentés par Gérald Tremblay ou par votre serviteur que par John Manley ou Sergio Marchi. Au-delà des personnes, l’évaluation des motivations profondes des uns et des autres et de leur connaissance des besoins économiques du Québec me semble facile à faire et pourtant, dans le système défendu traditionnellement par une grande partie de notre classe d’affaires, seuls les fédéraux sont admis aux tables décisionnelles internationales.

    Mis à part notre statut dans la francophonie, gagné de haute lutte et sans cesse précarisé par l’irrédentisme fédéral, l’essentiel de notre représentation internationale formelle est dominé par le Canada et ses porte-parole. Les efforts surhumains des diplomates québécois ne peuvent compenser la force du nombre et des institutions. Nous payons de nos impôts et taxes un imposant corps diplomatique fédéral pour généralement nier l’existence même de ce que nous sommes comme peuple et nation ou pour colporter à l’étranger les inepties habituelles de la presse canadienne à notre égard. Je dois cependant à la justice de préciser qu’il y a dans la diplomatie canadienne, anglophone comme francophone, de nobles et rares exceptions : ces professionnels doivent travailler à la limite de la désobéissance aux consignes pour présenter la réalité telle qu’elle est.

    De toute manière, si l’on parle d’éducation à l’UNESCO, qui s’exprime au nom de notre peuple ? De santé à l’Organisation mondiale de la santé ? De droit du travail, au Bureau international du travail ? Les ministres québécois, qui sont pourtant nos élus responsables et démocratiquement désignés pour gérer ces matières, n’ont aucun rôle direct dans ces instances. Notre voix doit passer par les messagers du gouvernement du Canada et singulièrement ces années-ci d’un certain Jean Chrétien dont l’intransigeance est proverbiale et dont le simplisme, quant à la question du Québec, est bien connu ici comme à l’étranger.


    La différence Québec

    En d’autres termes, la présence du Québec dans la fédération canadienne, couplée à l’émergence rapide d’un appareil économique, social et culturel de plus en plus supranational, accroît le déficit démocratique d’une façon spectaculaire, érode les pouvoirs de l’Assemblée nationale et éloigne de plus en plus les citoyens et citoyennes du Québec des centres de décision importants pour leur vie quotidienne. D’ailleurs, plus le dialogue mondial est important, plus le Canada cherche à nous en tenir à l’écart de façon hargneuse, ce qui rend les choses encore plus dramatiques.

    Les Ontariens n’ont pas ce problème. Leur gouvernement national est à Ottawa et il les sert très bien. Ils n’ont aucun besoin ni désir de quitter le Canada dont ils sont le coeur et qu’ils dominent à l’intérieur comme à l’extérieur. Pour des raisons différentes, le Manitoba et la Saskatchewan ne voient rien de tragique dans cette situation. Mais pour le peuple du Québec, la nouvelle donne est déjà intenable et le sera de plus en plus. C’est un peu comme si on demandait à un Français, par une hypothèse absurde, d’accepter que la France devienne un des « lander » allemands, dans une fédération aux institutions centrales officiellement bilingues mais très majoritairement germaniques. Le citoyen français serait ainsi gouverné par Paris, capitale provinciale, Berlin capitale fédérale, Bruxelles capitale européenne et à travers ce dédale, il chercherait à influencer l’OMC ou l’UNESCO dans le sens de ses intérêts nationaux, sans la présence bien entendu d’un ambassadeur de France ni même français à la table décisionnelle. Un brave Berlinois essaierait dans ces circonstances incongrues de sauvegarder le cinéma français, l’aérospatiale, le fromage au lait cru ou simplement de recouvrer le droit d’avoir une équipe dans le Mundial de football pour représenter l’espace sous-national français!

    Ce modèle aussi impensable qu’impertinent représente pourtant la réalité que le régime canadien inflige aux Québécois. Ils doivent tenter de maîtriser leur destin à partir de Québec en passant par Ottawa, puis par l’ALÉNA et ses institutions, présentes et à venir pour aboutir enfin aux grandes structures supranationales sans droit de parole ou de représentation directe. Quant à participer aux tournois internationaux de hockey, il n’y avait que Guy Bertrand pour y rêver! On voit bien, dans les petites choses comme dans les grandes, que l’on s’éloigne à grande vitesse de l’idéal démocratique. Le pouvoir quitte le peuple et le statut provincial du Québec nie et niera de plus en plus la justice tout autant que le simple bon sens.

    C’est pourquoi il est impérieux et urgent de nous rapprocher des pouvoirs supranationaux émergents qui seront de plus en plus importants dans nos vies. Comme la participation à ces tables est strictement réservée aux seuls peuples et nations reconnus, notre devoir démocratique est de plus en plus clair si nous voulons préserver ce que nous sommes.


    Une raison impérieuse

    Notre temps, on le voit bien, nous donne une raison impérieuse de plus et un devoir additionnel de rejoindre le concert des nations : c’est urgent car les jeux sont en train de se faire sous nos yeux et sans nous. Les dizaines de nouveaux membres de l’ONU, depuis 10 ans, l’ont compris parfaitement et vivent déjà pleinement leur vie de peuple dans le monde. Notre place nous attend ; il faut la prendre vite ; autrement nous serons très gênés pour expliquer à nos petits-enfants pourquoi nous avons laissé échapper cette chance historique et refusé de suivre, dans la dignité, cette voie normale et toute tracée pour les peuples.

    Il me semble que tout cela est d’une clarté lumineuse. C’est pourquoi je prends la liberté - en tout respect pour le lecteur - de dramatiser mon propos à l’aide d’un extrait d’une lettre de Régis Debray, écrite en 1969 à mon ami Philippe de Saint-Robert. «Un fait est sûr, écrit-il: quiconque ne comprend pas que l’unification économique et technique de la planète Terre ira de pair avec l’accentuation de ses particularités nationales, quiconque ne saisit pas cette étonnante dialectique, qui est le tissu de notre présent, il est grand temps qu’il passe une fois pour toutes pour un imbécile. Fût-il socialiste, pacifiste et mondialiste».

    Traiter d’imbécile celui qui ne voit pas les choses comme soi-même est un procédé cavalier dont je me dissocie formellement. Par ailleurs, le parcours de Debray, du gauchisme au gaullisme en passant par le mitterrandisme, et qui écrivait ces lignes avant que le nombre de pays à l’ONU n’augmente du quart et que le GATT ne cède la place à l’OMC, commande au moins la réflexion malgré sa tournure irrespectueuse. D’ailleurs, dans un langage plus sobre, Boutros Boutros-Ghali dit la même chose quand il affirme que: «Pour entrer en relation avec l’Autre, il faut d’abord être soi-même. C’est pourquoi une saine mondialisation de la vie moderne suppose d’abord des identités solides». Ne peut être solide l’identité à qui l’on nie le droit de parler en son nom propre.

    De mon côté, c’est très simplement et amicalement que j’incite les Québécois et Québécoises de toutes origines qui ont voté «non» en 1995, tout en leur réitérant mon respect profond de leur décision, à entrer en réflexion maintenant, à la lumière de ces nouvelles données, en vue de « la prochaine » qui viendra bientôt. En effet, le choix à venir devient de plus en plus évident et dépasse la question toujours centrale du patriotisme : c’est la démocratie elle-même, planétaire comme nationale, qui est en cause maintenant. Les gens de bonne volonté ne peuvent pas se soustraire à ce nouvel examen de la question.

    Source

    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01

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