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    Dossier: France

    La meilleure université française c'est la France elle-même.

    Le meilleur ambassadeur que la France ait au Québec en ce moment, Christian Rioux, correspondant à Paris du journal Le Devoir, nous apprend ce matin 20 mars 2013 que l’Université française s’apprête à franchir une nouvelle étape de son anglicisation. Il s’en inquiète. Moi aussi, car je suis persuadé que c’est là une stratégie perdante, même dans la perspective utilitariste de ses promoteurs.

    Je devais prendre position sur cette question, ne serait-ce que par reconnaissance pour tout ce que j’ai reçu de la France à l’occasion des divers séjours d’études que j’y ai faits. Je savais pourtant que mon article aurait peu d’impact. Un ami a eu l’amabilité de me le rappeler : «même si je suis d’accord avec votre propos, je dois vous dire qu’il aura probablement peu d’impact. On vous cataloguera comme un nostalgique ou un « esprit chagrin ». Les promoteurs du tout à l’anglais à l’université se réclament de la modernité, du nouvel état des choses, de l’inéluctable, du fait acquis, des exigences de la mondialisation. Voir ce texte par exemple. Dans cette affaire, la droite française, celle de Sarkozy, est encore plus militante pour l’anglicisation. Les articles favorables à la mesure sont publiés dans Le Figaro . La gauche hollandiste ne fait qu’emboîter le pas. Une pétition circule pourtant pour protester contre la loi Fioraso.

    Je suis l’un des  milliers de québécois qui ont choisi de poursuivre leurs études en France au cours de la décennie 1960. Ils sont beaucoup moins nombreux aujourd’hui, ce qui est regrettable pour le Québec autant que pour la France. Pourtant l’intérêt pour la France existe toujours au Québec, les statistiques le montrent bien. Au prorata de la population, la France (64,6 millions d’habitants en 2010) est une destination touristique beaucoup plus populaire pour les Québécois que le Québec (7,9 millions d’habitants en 2010) ne l’est pour les Français : en 2010, par exemple 324 300 québécois ont visité la France et 308 400 Français ont visité le Québec. (Source : Export Québec)

    Dans les années 1960, c’était la France qui nous attirait, Paris en second lieu, mais rarement une université en particulier. Nous pressentions pour la plupart que notre immersion dans la culture française serait plus importante que nos études formelles. J’ai eu le bonheur d’être favorisé sur les deux plans grâce à un réseau d’amis, dont ma directrice de thèse faisait partie, qui nous ont fait connaître la France intime en pratiquant une hospitalité qui était elle-même le meilleur enseignement que nous pouvions recevoir.

    La France était pour nous le lieu de la paideia, cette formation par la cité dont Werner Jaeger a si bien parlé. Elle fait fausse route si elle espère rivaliser avec les États-Unis ou le Canada anglais en offrant en anglais des formations spécialisées, qu'on pourrait tout aussi bien donner sur la lune! Au pays de l’art roman, de l’art gothique, du paysage cistercien, des châteaux de la Loire, de Versailles et des impressionnistes, ce qu'on a sous les yeux en permanence est plus formateur que les connaissances que l’on acquiert par l’analyse de textes et les expériences de laboratoire.

    Je cite ici Gustave Thibon de mémoire : on peut dire d’une personne qu'elle a une culture profonde, de ses connaissances, on dira seulement qu'elles sont étendues. Il n’y a ici aucun mépris pour les connaissances, seulement une préférence pour celles qui, au lieu de demeurer séparées, s’insèrent dans la vie, s’intègrent à une culture. Les connaissances séparées de la vie et divisées ensuite en spécialités sont la caractéristique des multiversités. Dois-je préciser qu'il n’y a plus d’universités, c’est-à-dire de lieux où l’on approfondit une culture sur laquelle se greffent des savoirs spécialisés? En 1960, de tels lieux existaient encore et ils étaient à échelle humaine. C’était le cas de l’Université de Dijon où je me suis inscrit en même temps que je m’initiais à l’art roman… et aux vignobles de la région.

    À la même époque, un ami économiste qui étudiait au même endroit, mais avec une nette préférence pour l’éducation par le paysage, les parfums et les saveurs, a décidé d’appeler l’une de ses filles Chambertine. Chambertine devait apprendre plus part qu'un étudiant belge dans la même région avait appelé son fils Gevrey. J’ignore la suite de l’histoire qui illustre bien le fait qu'à l’époque étudier c’était épouser un pays et une région. Les plus favorisés dans ce contexte étaient souvent les conjoints qui n’ayant pas d’exercices imposés pouvaient jouir sans réserve de ce que leur proposait leur milieu de vie et de formation.

    Au retour, je disais que j’avais étudié en France. J’aurais pu dire aussi que j’avais étudié la France. À la même époque j’ai étudié pendant deux étés à Heidelberg. Au retour je disais que j’avais étudié à Heidelberg, l’Allemagne dans son ensemble passait au second plan. J’avais rêvé un moment d’étudier à Louvain, mais non en Belgique. Aux États-Unis, les grands campus sont des îlots distincts du reste du pays. En France les universités, comme les monastères, à cette époque faisaient partie du paysage national ou régional. Est-ce encore le cas?

    Une immersion régénératrice, comme celle qu'il m’a été donné de vivre, ne peut se faire qu'en français. Il faut  connaître le mot français qui désigne le cœur de la façade d’une église romane : tympan. Cela dit, je m’empresse de préciser qu'il va de soi aujourd’hui qu'on apprenne plusieurs langues, dont l’anglais bien entendu, mais sans accorder à cette langue plus d’importance que ne lui en donnent les puissants moyens financiers qui la soutiennent.

    Une  immersion régénératrice, comme celle qu'il m’a été donné de vivre ne peut se faire qu'en français. Cela dit je m’empresse de préciser qu'il va de soi aujourd’hui qu'on apprenne plusieurs langues, dont l’anglais bien entendu, mais sans accorder à cette langue plus d’importance que ne lui en donnent les puissants moyens financiers qui la soutiennent.

    L’anglicisation de l’enseignement, combiné, avec le coût élevé de la vie,  dans des campus et des quartiers sans aménité témoigne d’une séparation accrue entre l’acquisition des connaissances et l’immersion dans une culture. Combien de jeunes doctorants ont-ils mendié, au cours des dernières décennies, une ou deux rencontres avec leur directeur de thèse, pendant un séjour d’études de trois ans et plus, vivant pauvrement dans un placard et perdant ainsi jusqu’au désir de connaître la France et de s’en imprégner. Quand ils sont devenus professeurs au Québec fallait-il s’attendre à ces anciens  incitent leurs étudiants à aller étudier en France.

    La France, disait-on hier, c’est aussi le TGV, c’est aussi Airbus. C’était le bon ordre des choses. La fin d’abord, les moyens ensuite. L’important n’est pas le train ou l’avion mais sa destination : les jardins de Villandry ou ceux de Versailles. Il faudra désormais se résigner à dire : la France c’est aussi cette  langue française affinée à l’ombre des cathédrales par des savants comme Poincaré. Qu'il faille bien fabriquer le train et l’avion, qu'il faille pour cela de bons techniciens, cela va de soi,  mais ce qu'il faut surtout c’est que l’homme ses œuvres d’art et de pensée restent au-dessus de ces moyens au point de les rendre invisibles.

    Au cours de la décennie 1970, la revue Critère, que je dirigeais alors, organisait un concours dont la récompense était, pour les vingt premiers, un voyage en France royalement organisé par l’Office franco-québécois pour la jeunesse: la France se dévoilait à ces jeunes québécois sous son plus beau visage. Ils en ont tous conservé un souvenir ému, admiratif, reconnaissant. Les français les plus hospitaliers leur faisait découvrir la maison France. Certains de ces jeunes ont consacré leur vie à l’étude et à l’illustration de la culture française. J’ai sous les yeux un livre de l’un d’entre eux, Christian Roy. Il s’intitule : Alexandre Marc et la jeune Europe (1904-1934) : l’ordre nouveau aux origines du personnalisme. Six cents pages d’une écriture vivante qui descend jusqu’aux vaisseaux capillaires.

    Pour ce qui est des avantages et des inconvénients que présente la situation de monopole des grandes  revues savantes anglo-saxonnes, je renvoie le lecteur à nos travaux antérieurs sur cette question. À tous les chercheurs en mal de reconnaissance par une institution anglo-saxonne, je donne en exemple «l’Alter dictionnaire médico-pharmaceutique bilingue» du docteur Pierre Biron. Cet éminent spécialiste de la pharmacovigilance consacre ses années de retraite à la traduction en français de données scientifiques présentées exclusivement en anglais.

    Mais je veux plutôt exposer les grandes lignes de la stratégie que j’adopterais pour attirer des étudiants étrangers en France. Je partirais du constat suivant : dans les Universités françaises, les salles de cours sont si remplies, les professeurs si débordés que le pauvre étranger qui s’aventure dans ces institutions, à Paris en particulier, se sentira isolé au point de perdre le goût de jouir des charmes de cette ville. Encore faudrait-il qu'il puisse le faire. Il faut être riche pour bien vivre à Paris aujourd’hui. L’argent, autre aspect important de la question. Au cours de la décennie 1960, le taux de change était très avantageux pour les Canadiens. Un couple pouvait se nourrir pendant une semaine avec 20 dollars, soit 100 francs.

    Une réforme radicale du réseau universitaire français, si vaste et si lourd, étant impossible, j’identifierais les lieux les plus beaux et les plus inspirants de France : villages, châteaux, monastères, grands domaines bourgeois et j’y installerais de petites colonies d’étudiants, moitié étrangers moitié français, profitant pour parfaire leur culture des échanges à l’intérieur de leur groupe et de leur intégration à la communauté et misant sur Internet pour acquérir des connaissances. Il suffirait dans ces conditions que quelques professeurs partagent leur vie et qu'ils aient la possibilité d’inviter des conférenciers choisis aussi bien dans le monde universitaire qu'en dehors. De tels lieux de formation ressembleraient à ces maisons de lecture dont rêvaient George Steiner et Ivan Illich pour rétablir les bases d’une culture qu'’il était, à leurs yeux, devenu impossible d’acquérir dans les universités. «Avec Georges Steiner, je rêve qu’il puisse exister quelque chose comme des maisons de lecture, proches de la yeshiva juive, de la medersa islamique ou du monastère, où ceux qui découvrent en eux-mêmes la passion d’une vie centrée sur la lecture pourraient trouver le conseil nécessaire, le silence et la complicité d’un compagnonnage discipliné, nécessaires à une longue initiation dans l’une ou l’autre des nombreuses « spiritualités » ou styles de célébration du livre.» Source (Photo, ci-contre: École de théâtre Actéon à Arles)


    Si j’avais vingt ans, c’est dans une telle maison que j’aimerais parfaire ma formation. Je connais au moins un groupe de jeunes qui, dans cet esprit, se sont établis dans une grande maison, quelque part dans les Alpes. Si le théâtre m’intéressait c’est à l’école du théâtre Actéon, à Arles, que je voudrais m’inscrire Si je voulais étudier les humanités je m’inscrirais dans un collège installé dans le château de Montaigne à Bergerac, à la condition que l’on donne les cours de latin et de grec dans la bibliothèque dont le plafond est orné de citations de Montaigne en grec et en latin.

    Taizé attire chaque année des milliers de jeunes à la recherche d’un sens à leur vie. Les bâtiments de la communauté sont pauvres mais on est près de Cluny et d’un grand nombre de villages anciens souvent construits autour d’une belle église romane. Le même lieu pourrait accueillir des jeunes ayant des intérêts bien différents.

    Je rêve. Bien entendu. Et pourtant je rappelle une chose qui devrait être évidente : l’éducation est une chose si importante qu'on doit réserver pour elle les plus beaux lieux. La rive gauche de Paris au XIIIe siècle, Oxford, Cambridge. Si c’est l’Université McGill qui reçoit le plus d’étudiants étrangers au Québec, j’oserai dire que ce n’est pas uniquemement parce qu'elle est anglophone et bien classée par Shangai, mais aussi parce qu'elle est aussi  la plus européenne de nos universités, entendons par là la mieux intégrée à sa cité, Montréal.

    Date de création : 2013-03-28 | Date de modification : 2013-03-28

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