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    Dossier: France

    La France jaune : contre la méritocratie?

    Jacques Dufresne

    Les élites de nos grandes villes, disait Christopher Lasch en 1995, ont plus d’affinités avec leurs homologues des autres métropoles du monde qu’avec le commun des mortels de leur nation.[…] La méritocratie dont ils se réclament, ajoutait Lasch, a des effets pervers pires que ceux de l’aristocratie. Le « bobo » qui a réussi peut très bien croire qu’il ne doit rien aux «ploucs», tandis que monsieur le duc pouvait difficilement oublier qu’il devait sa nourriture à ses paysans.

    Les aristocrates français s’étaient regroupés à Versailles autour de Louis XIV, puis de Louis XV et de Louis XVI, plutôt que de rester dans leur campagne, à l’instar de leurs homologues anglais, par exemple. On sait ce qui leur arriva en 1789. Les nouvelles élites françaises n’auraient-elles pas commis une erreur analogue en se regroupant dans les grandes villes? Une multitude d’analyses, à commencer par celle de Christopher Lasch et celles, plus récente du géographe Christophe Guilly, nous incitent à le croire. Guilly en substance :  Paris sert de modèle aux autres grandes villes de France; seuls en mesure d’en occuper les logements de plus en plus coûteux, les gagnants de la mondialisation occupent le cœur de la ville; les immigrants viendront les servir depuis leurs banlieues; par-delà les banlieues, la France périphérique, celle des gilets jaunes, de la majorité invisible, des fins de mois difficiles et des taxes destinées aux subventions accordées aux banlieues visibles.

    Dans The revolt of the elites, paru en 1995, Christopher Lasch formulait le même diagnostic pour l’ensemble de l’Occident et au-delà. Les élites de nos grandes villes, disait-il en substance, ont plus d’affinités avec leurs homologues des autres métropoles du monde qu’avec le commun des mortels de leur nation. Ils détruisent ainsi la communauté de destin là où elle existait.  La méritocratie dont ils se réclament, ajoutait Lasch, a des effets pervers pires que ceux de l’aristocratie. Le « bobo » qui a réussi peut très bien croire qu’il ne doit rien aux «ploucs», tandis que monsieur le duc pouvait difficilement oublier qu’il devait sa nourriture à ses paysans .Voici comment  dans un article datant de 1997, Marc Chevrier a résumé la pensée de Lasch : « La nouvelle élite, habile au maniement des symboles, mathématiques, informatiques et langagiers, est persuadée qu'elle ne doit rien à personne, devant ses succès à son haut degré d'instruction. Cette élite méritocratique, mobile, bardée de diplômes, citoyenne du monde, friande d'exotisme et de cosmopolitisme, a peu de sympathie pour la classe moyenne, trop inculte et mal dégrossie pour elle. Plutôt que de se sentir un devoir de solidarité envers la communauté et la nation, elle recherche la compagnie de ses pairs, se réfugie dans des banlieues aseptisées et compte ses sous. […] Si les gens fortunés aux États-Unis continuent de concentrer la richesse sans être plus généreux, licenciant sans vergogne des milliers d'employés et réclamant l'allégement de l'impôt, le spectre d'une révolution à la 1789 se profilera vite à l'horizon.»1  C’est Donald Trump qui est venu.

    Se pose aussi le problème de la méritocratie féminine. Le mouvement de libération des femmes a permis à plusieurs d’entre elles de se hisser au sommet de la société, mais il en a bien d’autres à accepter des emplois bien peu libérateurs et souvent précaires. Résultats : hommes et femmes travaillent à l’extérieur mais le revenu des ménages n’est pas suffisant (deux emplois, deux voitures…) et la vie est plus dure pour chacun. Dans un tel climat, les mères célibataires dans le besoin sont de plus en plus nombreuses, cela va de soi. D’où le fait, noté par plusieurs observateurs, que les femmes sont très nombreuses parmi les gilets jaunes.

    Le mal est profond. Il découle du fait que depuis les années 1950 c’est la croissance du PIB qui tient lieu de contrat social. Tant que chacun a pu croire, fût-ce dans l’illusion, qu’il était avantagé par le système économique, la paix sociale pouvait régner, mais en cas de décroissance involontaire ou de stagnation, on ne pourrait plus désormais compter sur un principe d’unité plus subtil et plus solide que le pouvoir d’achat. La croissance est ainsi devenue une nécessité quels que soient les déficits écologiques et économiques qui la rendent possibles.

    La France est en ce moment à la recherche d’un vrai principe d’unité. Bien d’autres pays en seront réduits aux mêmes tensions, pour peu que le souci de l’environnement se concrétise et que les inégalités continuent de croître. Le mouvement s’ébauche déjà.

    Depuis 2008 surtout, on répète sur toutes les tribunes que le 1% le plus favorisé possède 50% de la richesse nationale et que les plus riches s’enrichissent beaucoup plus vite que la classe moyenne tandis que les plus pauvres survivent aux dépends de cette même classe moyenne. On ne peut que s’étonner du fait que le couvercle de la marmite sociale n’ait pas sauté plus tôt.

    La décroissance ou la croissance durable, si une telle chose existe, qui vont de pair avec le défi écologique enferment peut-être le secret de l’unité à retrouver.

    Parmi tous les intellectuels français dont j’ai lu ou entendu les commentaires sur les gilets jaunes, je m’arrête à Jean-Claude Michéa. Ce disciple de George Orwell, qui se présente lui-même comme un anarchiste conservateur a compris qu’il faut se mettre en position d’écouter les gens avant de leur faire la morale après les avoir traités de racistes, de ltgbphobes et de xénophobes. Au moment de prendre sa retraite de l’enseignement de la philosophie à Montpellier, il a vendu l’appartement qu’il possédait dans cette ville branchée, pour s’établir sur une parcelle de 2 hectares, près de Mont-de-Marsan dans les Landes. Dans cette ville qui est une pépinière de gilets jaunes, l’agora, où il est souvent question de la décroissance et de la permaculture, est un ancien entrepôt transformé en bibliothèque. On aura compris que Michéa se fait rare dans les grands médias. Si on veut l’interviewer, il faut qu’on vienne le rencontrer dans sa France périphérique. Il a emprunté à Orwell l’idée de common decency, elle-même apparentée à la logique du don comme fondement de toute vie sociale, selon Marcel Mauss et Jacques T. Godbout.

    Michéa :« En 1938, Orwell écrivait qu’il était difficile d’échapper à l’idée “que les hommes ne sont moraux que lorsqu’ils sont sans pouvoir. ” Ce jugement n’est pas aussi pessimiste qu’il y paraît. Il prend simplement acte du fait que le pouvoir (et cela inclut évidemment celui que confère la richesse ou la célébrité) tend naturellement à enfermer ceux qui le détiennent dans un univers séparé de la réalité commune et des limites qui la définissent. »2

    Cette sensibilité à la réalité commune, n’est-ce pas ce qu’Héraclite appelle l’éveil dans ce fragment : « Ainsi que l'a dit Héraclite, l'homme qui n'est pas éveillé vit replié dans son monde. L'homme éveillé vit au contraire ouvert au monde commun des hommes. Cette ouverture, il la doit au logos. »

    Ce monde commun des hommes nous rapproche de la maison commune aux hommes, aux animaux et aux plantes, laquelle risque fort, si on ne veille pas sur elle, et sur le pacte du don, de n’être habitable que par des machines et des hommes machines.

    À propos de la maison commune : « l’environnement naturel est parsemé de blessures causées par notre comportement irresponsable. L’environnement social a lui aussi ses blessures. Mais toutes, au fond, sont dues au même mal, c’est-à-dire à l’idée qu’il n’existe pas de vérités indiscutables qui guident nos vies, et donc que la liberté humaine n’a pas de limites. »3

    Le sens de la limite, condition du salut! Parmi les doléances des gilets jaunes, j’ai noté celle-ci : revenu maximum à 15 fois le smic. N’est-ce pas raisonnable? Pour en arriver là, il ne suffirait toutefois pas de créer une sixième république, il faudrait refonder le droit de propriété. : revenir à l’idée qu’il n’est pas un droit de l’homme, c’est-à-dire un absolu justifiant tous les excès, mais, comme le vieux droit romain4 nous l’enseigne, un bien à l’égard duquel on a autant de responsabilités que d’avantages. Quand on fait l’éloge des droits de l’homme pour les excellentes raisons que nous connaissons tous, on oublie de préciser qu’historiquement le premier de ces droits fut le droit de propriété. Il est le péché originel du capitalisme sauvage et peut être aussi la plus glus grande nuisance écologique, puisque c’est en vertu de la propriété-droit-de-l’homme5 que les pollueurs se croient dispensés d’être aussi les payeurs.

    Notes

    1 http://agora.qc.ca/documents/elite--les_nouvelles_elites_inciviques_par_marc_chevrier
    2 Jean-Claude Michéa, « Libéralisme et décence ordinaire (ragemag.fr, 10 décembre 2012) - http://ragemag.fr/liberalisme-et-decence-ordinaire/
    3 Encyclique Laudato si’.
    4 «Pour Villey, le droit romain pur tire sa force de son humilité, des limites à l'intérieur desquelles il se tient. Il s'agit d'abord d'un droit civil, plus précisément d'un droit limité à une cité particulière, Rome. Un tel droit peut être transposé, moyennant modifications, dans une autre cité, mais il ne peut pas s'appliquer aux différends entre deux cités, il n'est pas international, dirions-nous aujourd'hui. Ce droit civil ne repose pas sur une conception  achevée, transcendante de la justice, qui aurait été  explicitée dans des lois et qu'il s'agirait ensuite d'appliquer en diverses circonstances; il repose plutôt sur un principe simple, l'égalité proportionnelle, (qequitas en latin) dont un juge s'inspirera pour trouver le juste milieu entre les points de vue de deux personnes — représentées ou non par un avocat — qui se disputent un bien. Il s'agit en réalité d'un droit dialectique. Par la dialectique, ce dialogue raisonné qui éclaire progressivement l'envers et l'endroit des mots et des choses, les philosophes grecs tentaient de s'élever jusqu'à la vérité; mais dans le cas d'une mésentente sur le partage d'un bien, ce mode de discussion ne permettait pas aux parties d'en arriver à un accord. Il fallait donc un juge pour trancher; il tranchait selon l'équité, selon l'égalité proportionnelle, c'est-à-dire en partant non pas du principe de l'égalité des droits mais, par exemple, du principe selon lequel, il faut faire varier la responsabilité en fonction de la richesse ou du pouvoir.» (Jacques Dufresne, Le procès du droit, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1987)
    5 Michel Villey, Le droit et les droits de l'homme, Paris, Presses universitaires de France, 1983.

    Date de création : 2018-12-16 | Date de modification : 2018-12-16

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