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    Dossier: Holocauste

    Le jardin du commandant

    Yves Gosselin
    Le livre de Gosselin est une démonstration qui s'applique non seulement à l'holocauste des Juifs mais également à d'autres situations: toutes celles qui nous faignons d'ignorer, parce que nous sommes impuissants à les changer ou parce que nous ne voulons pas déranger les idées reçues. On pourrait donner comme exemples: la faim dans le monde, la maladie et la guerre qui ravagent les contrées défavorisées, les pauvres qui vivent à la frange des pays capitalistes... Ce livre montre l'émergence de la conscience, dans toute sa douleur. On a là un Allemand cultivé, amateur de Kant, qui se retrouve dans la peau d'un falsificateur à Auschwitz. Que faire? Il ne peut rien faire, justement. Alors il ment: il maquille les morts en maladies infectieuses, il ment à sa femme et à ses enfants, qui habitent pourtant à quelques pas du camp d'extermination. Quant à sa femme, intelligente, son intelligence ne lui sert pourtant qu'à éviter la vérité qu'elle ne veut pas voir: tous ses beaux discours rappellent ceux des biens nantis dissertant sur les problèmes du monde, organisant des activités culturelles, alors qu'un enfant meurt du paludisme à toutes les 30 secondes. (J.L.)
    «Nous avons bu toute la soirée. À la fin, Hans a eu l'idée de disserter sur l'impératif catégorique de son philosophe préféré, Kant, cherchant à déterminer en quoi le national-socialisme avait ajouté à la morale de «l'homme de Königsberg», comme il se plaisait à le désigner. Il a dit que la morale au sens où l'entendait Kant ne pouvait être discutée que si des hommes comme lui avaient le courage de poser la question de l'impératif catégorique en termes dramatiques, excessifs, par une action nouvelle et inconcevable jusque-là pour l'esprit humain. Je n'ai pas compris ce que cherchait au juste à me dire Hans par cet exemple. Il n'a pas l'habitude de faire de tels rapprochements, de mêler sa propre expérience avec celle d'hommes qui ont fait et font toujours la grandeur de l'Allemagne.

    Pour ne pas être en reste, je lui ai dit [c'est sa femme qui parle] :
    -Tu n'es évidemment pas Kant, mais ton expérience à Auschwitz vaut bien la sienne à Königsberg. Il n'y a pas de honte à compter les morts, comme il n'y a aucune honte à être vendeur dans un magasin de chaussures ou fossoyeur.
    Ma phrase a piqué Hans au vif. Il s'est emporté et m'a répliqué vivement:
    -Ce ne sont pas là des activités du même ordre, Anna.
    Tel n'était pas mon avis. Tous les métiers se valaient. Et celui qui consistait à compter les morts valait tous les autres, si on voulait bien considérer la question autrement que par le petit bout de la lorgnette.» (p. 58-59).

    [Hans] «Un jour, il y a deux ou trois ans, j'ai rencontré un théologien. Il s'intéressait à des questions aussi sérieuses que la réversibilité des péchés, la Grâce et le pardon. Pour cet homme, mon "cas" était de ceux devant lesquels la théologie chrétienne se trouvait étrangement démunie. Mon histoire, pour tout dire, le dépassait. Elle échappait, disait-il, à la compréhension ordinaire. Il m'a dit, mais peut-être se trompait-il, en me disant cela: "Les juifs occupent une place importante dans votre histoire. N'oubliez jamais que ce sont eux qui vous ont fait naître à la conscience." » (p. 281)
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01


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