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    Dossier: Berlioz Hector

    Berlioz et le romantisme

    Léo-Pol Morin
    «Cependant, la grande trilogie romantique vient après eux. Cette trilogie, c'est Berlioz, Liszt et Wagner. Trois romantiques différents, trois états flamboyants du romantisme. C'est pourtant Berlioz qui reste comme le romantisme fait homme. Il est même plus complètement romantique que Victor Hugo, si cela est possible. Né en 1803 et mort en 1869, il réunit en lui toutes les qualités et tous les défauts du romantisme. Il clame la joie, la souffrance dont il se repaît et aussi le dégoût, avec un égal débordement. Son panache a grande allure. Rien n'est petit ni médiocre chez lui. C'est beau ou laid, bon ou mauvais. Fort d'une vocation musicale irrésistible, il a toujours éprouvé le besoin impérieux d'exprimer en musique la passion dont il était possédé et cette immense faculté de souffrir qui le caractérise. Sa personnalité déborde et il extériorise ses sentiments en gestes de toute sorte. Sa musique est comme une action constante, heurtée, saccadée, tendre, parfois mélancolique, héroïque et toujours humaine. Il est grandiloquent et les moyens simples lui répugnent. Mais dans tous ses excès, il reste sublime. Quelquefois un peu ridicule, pour les gens trop sobres, trop froids et uniquement intellectuels Quand même, il est génial.
    Dans son désordre passionné, on le sent pourtant soumis aux lois essentielles de l'art classique et il fallait bien, en effet, que les lois de la raison intervinssent pour l'édification de monuments aussi considérables que la Symphonie Fantastique ou la Damnation de Faust. Sa maîtrise de l'orchestre est unique et sa couleur orchestrale est rutilante. Par le geste et la fantaisie, il fait penser aux grands peintres de son temps et Victor Hugo ne peut rien lui apprendre. Dans aucune autre musique de ce temps on ne trouve autant d'abondance, autant de variété, en un mot autant d'émotion et de vie bouillonnante. Avec cela, la plus grande liberté. N'a-t-il pas, contre toute vraisemblance et pour le seul plaisir de loger une marche hongroise au commencement de sa Damnation, envoyé son héros, le Dr Faust, dans les plaines de la Hongrie où défile devant ses yeux une armée? Cela lui importe peu, et la Marche Hongroise est splendide. Après lui, Liszt n'en fera pas de plus grouillante ni de plus forte.
    Berlioz est certes un astre de première grandeur, mais quelle que soit la grandeur de la Fantastique, de la Damnation ou de Harold en Italie, de Benvenuto Cellini ou de L'Enfance du Christ, du Requiem, ou de Roméo et Juliette, l'historien regrette qu'il n'ait pas su tirer de son génie une oeuvre un peu apaisée et parfaitement mesurée, une oeuvre, ainsi que le disait Combarieu, «d'une plasticité parfaite, et répondant bien à son propre dessein». En effet, Berlioz n'a pas écrit de Parsifal, qui est le chef-d’œuvre d'apaisement de Wagner. Mais il ne faut pas oublier que la Fantastique est des années 1830, c'est-à-dire d'une époque où l'apaisement n'était pas de mode.
    La légende de Faust a inspiré des oeuvres de toutes sortes: en musique, en peinture, en littérature et au théâtre. Berlioz, Liszt, Schumann, Gounod, ont été tentés par le même sujet. Berlioz a fait dans sa Damnation une peinture cruelle et ironique du docteur Faust. Une peinture pleine de contraste et de pittoresque, mais la partie philosophique du drame, « la faillite de la science et la recherche de l'infaillible bonheur » n'y sont pas substantiellement traduites. Non plus dans le Faust de Gounod, où le sujet philosophique est réduit à une aventure sentimentale de grisette pleine de remords et d'ingénuité. Gounod, musicien de charme, de grâce et de fraîcheur mélodique, n'a nul souci de fantastique et de philosophie. Pour lui, la musique est l'amour. La tendresse et l'émotion intime lui conviennent mieux que les grands éclats et il a toujours été admirablement secouru par ses réserves de tendresse chaque fois qu'il y avait de l'amour à exprimer quelque part.»
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01


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