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    Dossier: Sand George

    À George Sand (poème)

    Ch. Poncy
    À George Sand

    I

    Tout ce qui peut sonder la sublime agonie
    Qu’à l’aspect de nos maux ta belle âme ressent,
    Doit un hommage à ton génie.
    Celui que ma voix t’offre est éclos, George Sand,
    Parmi les chants marins que la mer me récite,
    Longtemps mon jeune cœur te l’adressa tacite :
    Puisse-t-il en cédant au transport qui l’excite,
    Te le peindre comme il le sent.

    Bien que je sois marqué du sceau de l’indigence,
    Désertant aujourd’hui ma chère obscurité,
    J’ose, sûr de ton indulgence,
    T’aborder sur les flots de ta célébrité.
    Je sais que l’avenir dans ton âme fermente,
    Qu’à des fleuves divins ta lèvre s’alimente,
    Et que tout cœur battu par l’humaine tourmente
    Sous ton amour est abrité.

    Ainsi lorsque le front du ciel s’étoile et semble
    Remplir le monde entier de sa sérénité;
    Quand nos flots se fondent ensemble,
    Symbole grand et pur de la fraternité;
    Lorsque l’astre des nuits répand ses lueurs molles
    Sur la grève des bords échelonnés de môles :
    Je murmure ton nom, prophète qui t’immoles
    Au bonheur de l’humanité.

    Et là, tous les parfums de la plage marine,
    Tous ces hymnes d’amour qu’on ne peut définir,
    Au fond de ma jeune poitrine
    Comme en un encensoir viennent se réunir.
    Et je leur dis : « Partez, voix aux notes légères,
    Frais parfums apportés des rives étrangères,
    Allez, sur l’aile d’or des brises messagères,
    La parfumer et la bénir. »


    II

    O mère de mon cœur, je voudrais que tu visses,
    Au lieu de ce Paris tout gangrené de vices,
    Ce Paris dont j’ai peur, ce superbe bourreau
    De Gilbert, de Lebras, d’Escousse et de Moreau,
    Je voudrais qu’un matin tu visses nos rivages
    Où le temps et les flots inscrivent leurs ravages :
    Nos vaisseaux à vapeur dont les mâts rabougris
    Sont toujours panachés d’un long nuage gris;
    L’onde où l’on voit bondir nos vives escadrilles
    Ainsi que nos beautés au milieu des quadrilles;
    Le sable que le vent soulève en tourbillons;
    Nos vaisseaux ombragés de brillants pavillons,
    Qui semblent, dans la brume aux diaphanes stores,
    De grands arbres couverts de feuilles tricolores.
    Et tu retrouverais dans ces flots que je peins
    L’harmonieux fracas des antiques sapins
    Qui virent à leur pied, gigantesque cylindre,
    Mûrir ton beau génie aux bruits des flots de l’Indre !
    Notre rade d’azur qu’Arago traversa
    Bercerait ton esquif comme elle le berça.
    Du fond de nos chantiers que Béranger égaye,
    Où ma voix prolétaire à chaque heure bégaye
    Des cantiques d’espoir nés de tes nobles chants,
    Peut-être entendrais-tu quelques accords touchants,
    Salut mélodieux jeté sur ton passage
    Par ceux dont les labeurs ont hâlé le visage,
    Comme une main chrétienne, alors que juin renaît
    Jette au dais du Seigneur les flots d’or du genêt.


    III

    Que je voudrais te voir lorsque ton œil embrasse
    L’immensité des flots que la tempête brasse !
    Que je voudrais te voir lorsque le doigt de Dieu
    Sous ta tempe gonflée allume un divin feu,
    Et que, nouveau Jacob, vers le ciel où tu montes,
    Avec ton idéal tu combats et le domptes !
    Car c’est dans ces moments que, sourde aux bruits humains,
    Ta grande âme s’épuise à tailler des chemins
    Dans ces monts inconnus où l’avenir se voile;
    Pareille à ce vaisseau qui cingle à pleine voile,
    Qui fend les monts du pôle encore inexplorés
    Et cherche à découvrir des mondes ignorés !


    IV

    Le baume qu’ici bas ta parole distille,
    En tombant dans le peuple, avide de progrès,
    Tombe dans un sillon bien vaste et bien fertile.
    Les ouvriers, assis sur des vieux blocs de grès,
    Oubliant bien des fois que le mistral les gèle
    Et toutes ces douleurs dont l’essaim nous flagelle,
    T’invoquent, George Sand ! comme une bonne Urgèle
    Et semblent t’écouter dans le bruit des forêts.

    Aussi de quel amour, de quelle sympathie
    Ne t’entourons-nous pas ? Dans notre souvenir
    Ta gloire, ô noble Archange ! est à jamais bâtie;
    Elle y peut défier les siècles à venir.
    De tes grandes douleurs chacun te dédommage.
    L’art, dans le monde entier, propage ton image,
    Tous les soleils levants t’apportent quelque hommage,
    Et nos cent voix ne font qu’un cœur pour te bénir.

    Si tu daignes un jour, ô ma sainte patronne !
    Venir te reposer aux bords que nous aimons,
    Nos vagues t’offriront leurs falaises pour trône;
    Comme de verts tapis, l’algue et les goémons
    Courberont sous tes pieds leur élastique soie;
    Et les chaudes clartés que notre ciel déploie
    Couronneront ta tête, où la gloire flamboie
    Comme l’aube étincelle aux cimes de nos monts !
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01

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