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    Dossier: Estrie

    Le développement régional

    Brigitte Frot
    La notion de développement régional, c'est en cette fin du XXe siècle qu'elle est appelée à prendre tout son sens; car si à une époque encore récente l'individu vivant dans un système autarcique pouvait se satisfaire de ce qu'il produisait, il n'en va plus de même à notre époque où l'individu, valorisé par son potentiel de consommateur, est l'objet de soins attentifs: de la part d'un système social érigé pour sa protection, de la part d'un système économique l'incitant à vivre dans le confort et de la part d'un système politique soucieux de son opinion.
    Dans un tel contexte, il devient fondamental de planifier le développement régional à court et à long terme, car la non-mobilité des individus et l'accroissement du bassin de population d'une région sont directement liés aux conditions économiques faites aux individus. Par ailleurs, l'accroissement d'une population étant de nature quantitative mais aussi qualitative, c'est en fonction des ressources de la nature et des ressources humaines que devrait être planifié tout développement régional. C'est donc dans cette perspective que nous allons envisager le développement régional de l'Estrie.

    Aperçus géographique et historique

    Topographie

    "La région des Cantons de l'Est est la seule région urbanisée du Québec, entre Hull et Québec, située à l'extérieur de l'axe du Saint-Laurent. Région intérieure, ses 3 306 milles carrés en font la plus petite région du Québec."1 C'est une région au relief marqué, traversée qu'elle est du sud-ouest au nord-est par "trois chaînes ou rangées de collines "anticlinales", assez parallèles, à environ 25 milles (de distance) l'une de l'autre."2 Les origines de cette configuration physique remontent au quaternaire, époque où les glaciers furent "les principaux agents de la transformation du relief. Ils arrachèrent partout de nombreux blocs, les transportant parfois sur de longues distances et les déposant ici et là après les avoir broyés partiellement."3

    Outre ses paysages accidentés, la région ne comporte pas moins de 150 lacs qui offrent de multiples attraits touristiques et sportifs. Par ailleurs, le cours d'eau le plus important des Cantons de l'Est est la rivière Saint-François. Elle couvre 72% du territoire et elle prend sa source dans l'Estrie, plus précisément dans le lac Aylmer, au nord-est de la région, et elle coule dans une direction sud puis nord, formant un cours en forme de U. Autrefois, les premiers arrivants empruntèrent la Saint-François qui reçut alors l'appellation de "lieu de passage ou du chemin qui marche pour la paix ou pour la guerre, selon l'expression de l'Indien".4 Les tribus d'Abénaquis furent donc les premières à fouler ce sol entre 1608 et 1760. L'Estrie ne fut alors qu'une terre d'excursions ou de station temporaire que traversaient, à l'occasion, les tribus indiennes dans des buts de trafic, d'alliance ou de visites aux missionnaires.

    Peuplement

    Malgré "une végétation naturelle, avec (des) bois francs moins à pic et moins monotones que la forêt laurentienne",5 malgré un climat un peu moins rude que celui des parties septentrionales de la province et constituée d'une saison estivale plus longue et plus chaude que dans les Laurentides, l'Estrie n'apparut pas comme une terre d'élection aux Indiens. C'est donc dire que ce qui est déterminant pour ancrer une population en un espace particulier, ce sont moins les facteurs climatiques que les ressources. La région de l'Estrie, dotée d'un insignifiant réservoir de chasse et pêche, ne pouvait offrir d'attrait pour les Indiens, groupe dont le mode de vie était essentiellement organisé en fonction de ces deux activités.

    "En 1760, les Cantons de l'Est, comme tout le Québec, passèrent aux mains des Anglais qui donnèrent au territoire le nom de Buckinghamshire. "6 C'est seulement pendant et immédiatement après la Guerre d'Indépendance que la région commence à se peupler par l'installation de Loyalistes qui franchissent la frontière du sud et s'établissent en squatters. Pourtant, ce n'est qu'en 1791-1792 que des arpenteurs, sur l'ordre de Londres, taillèrent dans ces terres vagues des "townships" de 10 milles de côté. Ainsi, 10 000 Loyalistes et colons d'origine saxonne obtinrent des droits sur cette région. À partir de 1800 et à la suite d'une "active propagande faite en Nouvelle-Angleterre, cultivateurs et artisans affluent en nombre beaucoup plus considérable que les premiers et véritables Loyalistes. Ils constituent la première strate humaine importante des Cantons de l'Est ."7

    Le territoire de Bickinghamshire, divisé en townships, fut donc l'objet d'une colonisation systématique par l'élément britannique dont les empreintes subsistent encore, de nos jours, à travers les noms de rues, de villages et de villes. Puis, progressivement, dans le cadre de la revanche des berceaux, l'élément canadien-français s'infiltra puis se développa dans ces "Eastern Townships" au point que l'élément anglophone fut noyé. Cette situation de l'Anglais bouté hors de la région a été représentée dans un roman de la littérature canadienne-française La ferme des pins de Harry Bernard; dans ce roman, l'Anglais Robertson voit avec dépit ses enfants épouser des Canadiens français et pour sauver le dernier il l'emmène avec lui en Ontario.

    Progressivement l'élément canadien-français se substitua donc à l'élément canadien-anglais sous l'influence d'une politique encourageant la très forte natalité des Canadiens français et leur vocation agricole. Pendant près d'un siècle, à partir de 1860, prônes, journaux et discours diffusèrent des messages visant à démontrer l'importance de l'agriculture base de la religion et de la nation. Ainsi la Gazette des campagnes, pendant 34 ans, véhicula en sous-titre "si la guerre est la dernière raison des peuples, l'agriculture doit en être la première. Emparons-nous du sol, si nous voulons conserver notre nationalité."8

    Par une transformation linguistique de l'appellation "Eastern Townships", d'abord en "Cantons de l'Est" (canton venant de "l'italien cantone et signifiant une division d'un arrondissement "9), puis en "Estrie", les Canadiens français manifestent leur appropriation définitive de la région; ce qui est sanctionné le 10 novembre 1951 par un décret de l'Académie canadienne-française qui approuve cette dénomination.

    Réseaux routier et ferroviaire

    La répartition des ville sur le territoire des Cantons de l'Est témoigne de la concentration du développement économique à l'ouest du territoire, favorisé par de grandes voies de communication naturelles (rivières et vallées) avec l'extérieur. Entre 1845 et 1854, l'avènement du chemin de fer favorisa le développement des Cantons de l'Est. "Ce chemin de fer, qui sera connu pendant de nombreuses années sous le nom de Grand-Tronc, fut le premier à traverser les Cantons de l'Est".10) L'activité de la région s'en ressentit, des villages se transformèrent en petites villes industrielles. "La région reçut en moins de 50 ans une infrastructure d'une qualité exceptionnelle. "11

    L'infrastructure routière et ferroviaire joue un rôle primordial dans l'ouverture de l'espace régional à l'industrie vers les régions extérieures et à l'intérieur de celles-ci. L'ouest de la région des Cantons de l'Est, qui a une structure économique développée, est doté d'un système routier adéquat, axé sur Sherbrooke, n?ud urbain des Cantons de l'Est. L'autoroute reliant Sherbrooke à Montréal, réalisation relativement récente (début 1960), témoigne de l'importance fondamentale d'un réseau de communication adéquat pour favoriser le développement d'une région.

    Les Cantons de l'Est et l'ère pré-industrielle

    Certains auteurs tels Albert Faucher et Maurice Lamontagne distinguent deux périodes dans le développement économique du Québec, 1911 marquant la césure. L'agriculture, nous l'avons implicitement signalé, n'a pas été un secteur développé en raison de sa rentabilité mais en raison d'objectifs nationalistes et religieux à la fois. L'agriculture, conçue sur la base d'un système autarcique, n'était pas destinée à accroître le niveau de vie des individus mais à les faire vivre; ce n'était donc pas un facteur de développement du pays au sens où nous l'entendons.

    Par ailleurs, quelques industries portant sur le travail du cuir, des textiles, du bois se développèrent avant 1900: ainsi, des filatures furent établies dès 1879 à Coaticook; de même, en ce qui a trait aux mines, l'extraction de l'amiante, commencée en 1877, produisait 10 000 tonnes de minerai en 1895 et employait 700 ouvriers dans les Cantons de l'Est.12 Mais on ne peut parler de véritable "boom" industriel qu'après la première guerre.

    Ce qui va modifier la structure économique, et sociale par contrecoup, c'est un changement radical dans l'utilisation et la consommation des ressources naturelles. Ainsi que l'exposent Faucher et Lamontagne, une "nouvelle période" commença quand "le charbon et l'acier", qui se substituèrent au bois, devinrent les "éléments fondamentaux du développement économique".13 Furent alors promues à une expansion rapide les régions détentrices de charbon et de fer, qui étaient en état de répondre à la demande et de jeter les bases de l'infrastructure industrielle. Toutes les villes qui avaient bâti leur prospérité sur le bois, à l'exemple de Québec avec la construction navale, perdirent de leur importance. C'est au défaut de charbon et de fer que le Québec doit, selon les auteurs cités, sa vocation et stagnation agricoles, car il n'y avait rien d'autre à faire, rien d'autre à exploiter à cette époque.

    Les Cantons de l'Est et la phase industrielle

    Dès le début du siècle, le tableau changea et les Etats-Unis virent certaines de leurs ressources s'épuiser; puis "l'aviation fut pour l'aluminium ce que les chemins de fer furent pour l'acier ... l'énergie hydraulique devint pour plusieurs industries un important facteur de localisation".14 Le Québec entra alors dans l'ère industrielle. Là encore la littérature manifesta cette "emprise" de l'étranger sur les richesses naturelles et Barré, avec L'Emprise, conscience de croyant, montre, en 1930, comment les richesses hydrauliques du Québec sont convoitées et développées par l'Américain au détriment du peuple québécois.

    Les années 1920 à 1940 furent pour les Cantons de l'Est une période d'expansion qui profita du développement économique de la région. Les domaines de l'électricité et des pâtes et papiers connurent une croissance accélérée. L'intérêt manifesté pour l'exploitation de l'industrie primaire forestière aida les Cantons de l'Est à se développer. En effet, "les fortes demandes de papier journal sur le marché nord-américain suscitèrent de très gros investissements de l'industrie de la pâte et du papier et ce fut là l'une des causes principales de l'accroissement de l'énergie en hydro-électricité ".15 L'amiante, qui allait trouver une utilisation dans le développement de l'aviation et de l'automobile entre autres, favorisa cette expansion remarquable de l'Estrie, puisque son extraction atteignit 70% de la production mondiale.

    Situation démographique

    La région des Cantons de l'Est, comme bien d'autres dans le Québec, a longtemps été aux prises avec un certain "déséquilibre" dû à un accroissement maximal de la population non subordonné aux ressources disponibles, le trop plein se déversant alors dans un courant migratoire constant et nourrissant les Etats-Unis ou les villes. Le déséquilibre s'est accentué à la faveur des guerres qui haussèrent puis firent chuter le prix des denrées agricoles de sorte que progressivement, et jusqu'en 1960, le pourcentage de ruraux s'abaissa tandis que la population devenait en majorité urbaine.

    La situation de l'Estrie se caractérise par le fait que de 1951 à 1971 son rythme de croissance, qui se chiffre à 20.5%, est "deux fois plus lent que celui de l'ensemble du Québec16 chiffré à 42.5%. De 1968 à 1976, on observa pour les différentes zones de la région des augmentations ou baisses de population directement liées à leur statut économique. Le tableau général de la démographie pour la région, entre 1961 et 1971, présente une "faible augmentation de la population urbaine, une forte diminution de la population agricole et une forte hausse de sa population rurale non agricole. L'Estrie est donc, en 1971, une des régions les moins urbanisées".17 Par ailleurs, c'est une population vieillissante.

    Ressources agricoles

    L'étude d'un échantillon comprenant les comtés de Brome, Shefford, Sherbrooke, Stanstead, Richmond, Wolfe et Compton révèle certaines disparités liées à la valeur des terres et à l'organisation des fermes; des correctifs ont été proposés en vue de favoriser le développement de ce secteur.

    Ces correctifs, auxquels s'ajoutent les suggestions visant à établir une protection des terres arables ainsi qu'à créer un enseignement destiné à assurer la relève, apparaissent d'autant plus indispensables qu'en 1971 on observe une réduction de 23% de la superficie des fermes qui comptaient 1577 900 acres en 1961 et 1214 530 acres 10 ans plus tard, réduction dont les conséquences se situent au niveau de la vente des produits qui s'est abaissée de 1.5%, puisqu'elle est tombée de 8.5% (1960) à 7% (1970).

    Ressources sylvicoles

    l'Estrie ne satisfait que 43% de la demande en bois de ses usines et quant à sa production elle se distribue ainsi: 3/4 pour les usines de pâtes et papiers, 1/4 pour les usines de sciage. Deux types de produits sont observés: les essences feuillues qui sont l'objet d'une forte exploitation et les essences résineuses dont le volume productif est plus faible. Signalons enfin que la production des forêts privées est neuf fois plus élevée dans cette région que dans le reste du Québec.

    Non planifiée, l'exploitation de la forêt est en passe de se muer en destruction systématique du potentiel forestier. Un développement rationnel de cette richesse devrait assurer à la population locale un revenu suffisant pour vivre, et ne pas être une menace pour l'environnement. Des groupements de sylviculteurs, des transformations du produit dans la zone même, l'amélioration du réseau routier visant à réduire les frais de transport ainsi que l'exploitation intensifiée du sirop d'érable, tels sont les objectifs à atteindre en vue de tirer profit de cette ressource sans hypothéquer l'avenir.

    Ressources minières

    L'amiante constitue la principale ressource minière de la région et son extraction place le Québec au premier rang mondial. Les cinq usines de Thetford et Black Lake produisent 46% de l'amiante. Toutefois, le Québec, bien que produisant 84% de la production canadienne, n'en transforme que 2%; c'est-à-dire que la province dans son entier, et l'Estrie en particulier, sont privées d'une source importante d'emplois. Car, ainsi que le signalait le Ministre Bérubé dans une allocution récente,(18) 3 000 produits différents sont tirés de l'amiante générateur de 240 000 emplois à l'étranger.

    Outre l'amiante, l'Estrie extrait du granit dont Stanstead est le centre, mais il s'agit là d'un marché incertain, le manque de recherches et d'experts limitant l'exploitation de cette ressource; par ailleurs, la construction ne fait plus appel à ce matériau.

    L'industrie manufacturière

    "L'industrie manufacturière est fortement concentrée dans l'ouest de la région: 82.1% de l'emploi est localisé dans les comtés de Sherbrooke (41.14%), Stanstead (22.2%) et
    Richmond (18.5%). Les comtés de Compton, Frontenac et Wolfe fournissent respectivement 9.4%, 5.4% et 3% de l'emploi régional".19 De 1966 à 1971, les hausses enregistrées dans ce secteur sont les moins fortes de tout le Québec et, en terme d'emploi, des baisses sensibles ont été observées en 1971 dans les textiles et les machines tandis que l'habillement, le caoutchouc, le plastique et le cuir ont monté.

    De même que la mécanisation fut un facteur de première importance dans l'exode des campagnes vers la ville, l'industrie du textile, touchée elle aussi par la mécanisation, est en déclin. Des industries de substitution devront être prévues pour compenser la perte des emplois. Le vêtement entraîné dans la chute du textile, de même encore que le cuir et par suite l'industrie de la chaussure, réduisent d'autant les sphères d'emploi dans l'Estrie.

    La région est encore touchée par le déclin de l'industrie des pâtes et papiers, déclin dont les causes sont attribuables au coût de la matière première, aux frais de transport ainsi qu'à l'absence de transformation sur place. L'expansion du marché pour les feuillus laisse toutefois des perspectives d'avenir intéressantes malgré une période difficile (projets de fermeture de la compagnie Domtar à East Angus).

    Quant aux scieries, désuètes pour la plupart, elles tendent à disparaître et ne subsistent que grâce à une main-d'?uvre bon marché. De 1050 qu'elles étaient en 1974, on prévoit n'en compter que 200 en 1980.

    Dans la région de l'Estrie, on observait en 1970 que la petite et moyenne entreprise, qui totalisait 11 189 emplois, avait connu entre 1963 et 1970 une augmentation de 1914 emplois tandis que la grande entreprise, cumulant 11 762 emplois en 1970, accusait en fait une baisse de 403 emplois au cours de la même période. Ces pertes sont attribuables aux industries des textiles et des pâtes et papiers.

    À cause de la concentration de la population dans le comté de Sherbrooke, les boissons, aliments et imprimeries connaissent un développement notable et l'accent est mis sur la transformation des produits agricoles. La machinerie est également une source d'emploi importante, établie qu'elle est depuis 1900 à Sherbrooke; quelques emplois naissent encore des produits chimiques et du caoutchouc.

    Conclusion

    Le développement régional est donc subordonné à une série de facteurs d'importance. Dans la mesure où les pertes d'emploi découlant d'industries en déclin sauront être compensées par la transformation des produits agricoles, des produits du bois ou encore de l'amiante, le développement de la région variera. Si la consolidation de certaines industries, telles celles de la machinerie, de l'agriculture ou encore de l'industrie du bois mettent plus particulièrement à contribution le dynamisme des individus, beaucoup plus complexe est la question de la transformation des ressources naturelles, notamment celle de l'amiante. En effet, ainsi que le rappelait le Ministre Bérubé, des lettres patentes émises avant 1884 dépossèdent la collectivité québécoise de la propriété du sous-sol qui tombe sous le contrôle du gouvernement fédéral.

    Le tourisme peut apparaître comme un facteur de développement dont nous ne voulons pas minimiser l'importance; mais il est bon de rappeler qu'il est subordonné à un environnement sain, puisque c'est l'atmosphère polluée des villes que fuient les touristes. En conséquence, il importe de veiller au traitement des eaux et d'implanter des programmes de protection, ce qui est en cours pour certaines régions. Envisager le tourisme comme une ressource ressemble à une sorte de spéculation sur une utopique société des loisirs ;20 utopique parce que le touriste est le produit d'une énergie qui permet son déplacement et le fait que cette énergie devient de plus en plus coûteuse et rare motive nos réserves face au tourisme vu comme ressource. Néanmoins l'on ne saurait nier l'apport actuel du tourisme pour les stations de skis, l'industrie hôtelière, les terrains de camping et toutes les industries reliées à la fabrication des articles nécessités par ce nouveau mode de vie. Certains, très optimistes, vont même jusqu'à par


    ler "d'industrie du tourisme" et de la vocation éminemment touristique de l'Estrie: "tourisme de passage, tourisme de villégiature en résidence secondaire, tourisme sportif";21 donc, selon cette vision, multiples facettes d'un tourisme voué à l'expansion.

    La société traditionnelle privilégiait un développement quantitatif des industries et ce, au détriment du bien-être, c'est-à-dire du développement qualitatif de l'individu. La tendance des sociétés actuelles, engagées dans un processus de consommation il est vrai, tend à permettre davantage le développement du potentiel intellectuel des individus; en conséquence, le développement régional, lié ne l'oublions pas à l'ensemble du pays et du bloc occidental, devrait intégrer ce potentiel créatif humain et l'orienter vers la recherche de nouveaux débouchés pour la transformation des produits. l'Estrie ne disposant ni qualitativement ni quantitativement (à part l'amiante) de ressources naturelles de premier ordre, c'est essentiellement sur le dynamisme de sa population que se fondera son développement.


    Notes :

    1 Conseil régional de développement des Cantons de l'Est, Synthèse des Colloques, juin 1977, p. 4.
    2 La Société historique industrielle, Les Cantons de l'Est, Tome 1, Montréal, 1956, p. 208.
    3 GAGNON, Robert, Les Cantons de l'Est, Montréal, 1970, p. 5.
    4 DEMERS, Louis-Philippe, Sherbrooke, légendes et documents, Sherbrooke, 1966, p. 1.
    5 PHILIPPONNFAU, Michel, L'avenir économique et social des Cantons de l'Est, Québec, 1960, p. 135.
    6 GAGNON, Robert, op. cit., p. 9.
    7 PHILIPPONNEAU, M. op. cit., p. 31.
    8 DUMONT, Fernand et coll., Idéologies au Canada Français, 1850-1900, P.U.L., Québec 1971, pp. 174-175.
    9 MERCIER, Jean, L'Estrie, Sherbrooke, 1964, p. 115.
    10 DEMERS, Louis-Philippe, op. cit., p. 8.
    11 Ibid., p. 14.
    12 FAUCHER, A., LAMONTAGNE, M., "L'histoire du développement industriel au Québec" dans La société canadienne française, H.M.H., 1971, page 268.
    13 Ibid., p. 267.
    14 FAUCHER, A., LAMONTAGNE, M., op. cit., p. 271.
    15 Conférence sur les ressources et notre avenir; mémoires préparés pour la Conférence, Montréal, 1961, p. 8.
    16 Conseil Régional de développement des Cantons de l'Est, op. cit., p. 10.
    17 Ibid., p. 14.
    18 Journal La Tribune du 11 janvier 1978, p. 1.
    19 Conseil Régional de développement des Cantons de l'Est, op. cit., p. 51.
    20 DUHAIME, M., Ministre du tourisme, invité à l'émission de Radio-Canada "Présent à l'écoute" rappelait, le vendredi 27 janvier 1978, que le déficit pour le Canada était de 1.8 milliards de dollars en ce domaine.
    21 THIBAULT, André, Tourisme et Loisir en Estrie, p. 33.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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