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    Dossier: Esclavage

    Les limites du discours abolitionniste

    Françoise Vergès
    Victor Hugo, ardent avocat de la république, de l'abolition de l'esclavage et de la peine de mort commente ainsi, en 1841, la conquête de l'Algérie: «C'est la civilisation qui marche sur la barbarie, c'est un peuple éclairé qui va trouver un peuple dans la nuit. Nous sommes les Grecs du monde; c'est à nous d'illuminer le monde.» (Choses vues)
    L'abolitionnisme fut certes un mouvement de progrès. Et pourtant il amorçait un colonialisme républicain dont les ambiguïtés ont été bien analysées par l'historienne américaine Alice Conklin. Réglementer, codifier, redéfinir, changer, moderniser, tel est le programme abolitionniste qui se fait complice de l'empire colonial tout en critiquant ses excès. Tous deux partagent le projet d'arracher la colonie à son archaïsme et de l'intégrer à la république. Les abolitionnistes exhortent les affranchis à participer volontairement à ce projet. Ils voient dans le repli des affranchis sur une économie de survie, dans leur manque d'enthousiasme, dans leur refus d'une vie basée sur l'épargne et la morale, la survivance d'archaïsmes qu'il faut éradiquer. Ils posent ainsi les fondations d'une société coloniale post-esclavagiste où la liberté des affranchis reste une liberté formelle, où l'abolition des relations maître-esclave laisse la place aux relations entre État métropolitain et colonisés. Le pouvoir colonial a recours à des lois discriminatoires, à tout un arsenal de mesures répressives, pour instaurer de nouvelles formes de servitude. On assiste à l'avènement du colonat partiaire, un nouveau système d'exploitation où le petit exploitant travaille pour le grand propriétaire et qui instaure un lourd héritage de dettes se transmettant de père en fils. Les discriminations raciales se maintiennent. L'esclavage reste un non-dit. En 1946, quand les députés communistes demandent la fin du statut colonial devant l'Assemblée nationale, aucune référence à l'esclavage n'est faite. Aimé Césaire n'évoque pas les esclaves dans sa présentation du projet de loi de 1946. Ils existent dans ses poèmes mais pas dans ses discours politiques. Les esclaves sont toujours les fantômes qui hantent la société créole. Dans les années 1970, ils réapparaissent. Leurs noms et leurs combats sont de nouveau évoqués pour tracer une filiation entre hier et aujourd'hui, mais l'esclavage demeure une contrée mythique, la plantation une métaphore du mal, et l'esclave une figure héroïque ou victimisée. En 1998, les notions de réparation et de crime contre l'humanité dominent le champ des débats. La loi du 10 avril 2001 inscrit la traite et l'esclavage comme crimes contre l'humanité et en réaffirme la condamnation morale. Si nous souhaitons élaborer une politique de réparation qui, je le répète, redéfinit le statut de la victime, fuir le sentimentalisme et interroger les fondements d'une politique qui s'appuie sur la pitié, alors il nous faut parler de l'esclavage et de l'abolitionnisme non seulement en ce qu'ils constituent des documents du passé, mais en ce qu'ils restituent de notre présent.

    Dans ce livre, je me suis efforcée de présenter les ambiguïtés d'une politique qui cherche avant tout à faire le bien, sans prendre le temps nécessaire d'étudier les complexités d'une situation. Ce qui frappe quand on étudie l'abolitionnisme du xixe siècle, c'est qu'on y retrouve l'écho de bien des figures actuelles: l'Européen sauveur, l'Africain victime, le Mal et le Bien, le devoir d'intervention, le rôle de l'éducation dans la disparition des idées mauvaises. Cette permanence d'une conception de l'Europe éclairant le monde, dans le rôle du sauveur, fait question. Elle nous encourage à repenser l'esclavage, l'abolitionnisme et le colonialisme sous des angles nouveaux, au-delà de la condamnation morale et vertueuse. Soldats d'un idéal d'amour et de tolérance, les abolitionnistes ont accompagné la fin de l'empire colonial prémoderne et la construction de l'empire colonial républicain. Ils étaient partisans d'une industrialisation à l'échelle humaine. Ils concevaient la colonisation comme une tutelle légitime exercée sur les peuples non européens. Ils voulaient faire le bien, éradiquer le mal, apporter à ceux qui en sont démunis les bienfaits du progrès et de la science. La colonie représentait le laboratoire de leur utopie. Mais ce désir du bien les portait à ne pas regarder les choses de trop près, à les voir d'assez loin pour que la réalité paraisse correspondre à leurs discours. C'est ainsi qu'ils trahirent les valeurs qu'ils défendaient et justifièrent a posteriori leurs compromissions. Nous sont-ils si étrangers?
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01

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