• Encyclopédies

      • Encyclopédie de l'Agora

        Notre devise: Vers le réel par le virtuel!


      • Encyclopédie sur la mort

        L’encyclopédie sur la mort veut s'intéresser à ce phénomène sous ses multiples aspects et ses diverses modalités.


      • Encyclopédie Homovivens

        Encyclopédie sur les transformations que l'homme opère en lui-même au fur et à mesure qu'il progresse dans la conviction que toute vie se réduit à la mécanique.


      • Encyclopédie sur l'inaptitude

        Tout le monde en conviendra : c'est au sort qu'elle réserve aux plus vulnérables de ses membres que l'on peut juger de la qualité d'une société. Aussi avons-nous voulu profiter ...


      • Encyclopédie sur la Francophonie

        L'Encyclopédie de la Francophonie est l'une des encyclopédies spécialisées qui se développent parallèlement à l'Encyclopédie de l'Agora.

  • Dictionnaires
  • Débats
      • Le Citoyen Québécois

         Après la Commission Gomery, la Commission Charbonneau! À quelles conditions pourrions-nous en sortir plus honnêtes… et plus prospères

      • L'hypothèse Dieu

         Un nouveau site consacré au dialogue entre croyants et non-croyants a été créé. Son titre « L’hypothèse Dieu » annonce-t-il un vira...

  • Sentiers
      • Les sentiers de l'appartenance

        L'appartenance c'est le lien vivant, la rencontre de deux Vies : la nôtre et celle de telle personne, tel  paysage...Quand la vie se retire, le sentiment d'appropriation se substitue au ...

      • Le sentier des fleurs sauvages

        Nous sommes des botanistes amateurs. Notre but est de partager un plaisir orienté vers une science complète où le regard du poète a sa place à côté de celui du botaniste, du généticien, du gastrono...

      • L’îlot Louis Valcke

        Sur les traces de Louis Valcke (1930-2012), professeur, philosophe, essayiste, cycliste, navigateur et pèlerin. Spécialiste mondial de l’œuvre de Pic de la Mirandole.

  • La lettre
    • Édition


    La lettre de L'Agora
    Abonnez-vous gratuitement au bulletin électronique. de L'Agora.
    Si l’Encyclopédie de l’Agora demeure progressiste, c’est dans un nouveau sens du mot progrès, fondé sur la science réparatrice et sur le principe de précaution.
    Média social:
    Facebook:


    Fluxs RSS:

    Impression du texte

    Dossier: Esclavage

    Esclaves et serfs

    Régine Pernoud
    Le mépris dont le Moyen Age a longtemps été l'objet eut notamment pour conséquence que l'on a assimilé le serf chrétien à l'esclave romain. Grossière erreur, selon Régine Pernoud.
    L'esclavage est probablement le fait de civilisation qui marque le plus profondément les sociétés antiques. Or il est curieux, lorsqu'on parcourt les manuels d'histoire, de remarquer la discrétion avec laquelle on l'évoque; qu'il s'agisse de la disparition de l'esclavage au tout début du Haut Moyen Age, ou de sa brusque réapparition au début du XVIe siècle, on témoigne à ce propos d'une rare retenue. Si l'on s'amuse, comme nous l'avons fait, à passer en revue les manuels scolaires des classes
    secondaires, on constate qu'aucun d'entre eux ne signale la disparition progressive de l'esclavage à partir du IVe siècle. Ils évoquent le servage médiéval en termes fort sévères mais passent sous silence le retour, assez paradoxal pourtant, de l'esclavage au XVIe siècle.

    Pour un esprit simple, il y a là de quoi s'étonner; il paraît difficile de nier que la société antique ait considéré l'esclavage comme naturel et nécessaire. Si au cours des derniers temps de cette société (qui d'ailleurs correspondent avec la montée du christianisme) un Sénèque fait remarquer qu'un esclave est un homme (réflexion toute personnelle émanant d'un très haut esprit, qui fut un être d'exception à son époque et d'ailleurs n'échappa que par le suicide à sa condamnation à mort par par le pouvoir impérial), il reste que l'esclavage n'en a pas moins subsisté jusqu'à l'époque qu'on appelle Haut Moyen Age. Les historiens de la Rome antique n'y ont pas vu plus de mal que les Romains eux-mêmes et, aussi longtemps qu'a duré l'admiration exclusive et sans nuance pour l'Antiquité classique, c'est-à-dire depuis le XVIe siècle jusqu'à nos jours, il ne s'est trouvé personne pour dénoncer cette énorme faille dans une société tant prônée en exemple. Bossuet lui-même s'est donné à tâche de démontrer que l'esclavage était «de droit naturel». En revanche, on s'est indigné du servage médiéval, si caractéristique de ces siècles obscurs où régnaient l'ignorance et la tyrannie. Aujourd'hui encore du reste, un certain nombre d'universitaires, dans le souci évident de simplifier la question, traduisent le mot servus par esclave dans les textes du XIIe siècle. Ils sont là en contradiction formelle avec l'histoire du droit et les coutumes du temps qu'ils évoquent, mais ils y gagnent en confort moral. Certains emploient des procédés plus subtils, tel celui qui, parlant de l'esclavage pratiqué dans le monde musulman, déclare que les autres riverains de la Méditerranée à l'époque carolingienne ont bien dû eux aussi acheter et vendre des esclaves. Ce «ont bien dû» est-il acceptable au plan de la rigueur historique t?

    Passons sur ces fantaisies. Le fait est qu'il n'y a pas commune mesure entre le servus antique, l'esclave, et le servus médiéval, le serf. Parce que l'un est une chose et l'autre un homme. Le sens de la personne humaine entre les temps antiques et les temps médiévaux a connu une mutation, lente parce que l'esclavage était profondément ancré dans les moeurs de la société romaine en particulier, mais irréversible. Et, en conséquence, l'esclavage, qui est peut-être la tentation la plus profonde de l'humanité, ne pourra plus par la suite être pratiqué en toute bonne conscience.

    La substitution du servage à l'esclavage est sans doute le fait social qui souligne le mieux la disparition de l'influence du droit romain, de la mentalité romaine dans les sociétés occidentales dès les ve-vie siècles. Quand Salvien, le prêtre marseillais, s'écriait à la chute de l'Empire : «Le seul vœu que forment les Romains (entendons les peuples soumis à Rome), c'est de n'avoir jamais à retomber sous le joug de Rome», il exprimait un sentiment de libération bien proche de celui qu'éprouvent les peuples aujourd'hui décolonisés. En effet les deux situations sont équivalentes, (compte tenu d'inévitables différences : quel historien oserait

    soutenir que l'histoire puisse se répéter?). Cette prise de conscience d'un peuple libéré de l'impérialisme romain, de ses institutions, de ses fonctionnaires et de ses marchands, c'est celle que vivent actuellement tant de peuples d'Afrique et d'Asie.
    En dépit de bienfaits fort appréciables, au reste justement appréciés par les victimes de la colonisation romaine, celle-ci,
    une fois effondrée, a laissé place aux coutumes originales des divers peuples d'Occident dont les affinités avec les «barbares» étaient évidentes. Ces peuples celtiques et germaniques ne connaissaient de l'esclavage qu'une forme très adoucie, qui n'était pas en contradiction avec le christianisme : aussi bien le serf médiéval est-il une personne, traitée comme telle; son maître n'a pas sur lui ce droit de vie et de mort que lui reconnaissait le droit romain. D'ailleurs, beaucoup plus qu'une catégorie juridique déterminée, le servage est un état, lié à un mode de vie essentiellement rural et terrien; il obéit aux impératifs agricoles et avant tout à cette nécessaire stabilité qu'implique la culture d'une terre. Dans la société qu'on voit naître aux vie-vile siècles, la vie s'organise autour du sol qui vous nourrit et le serf est celui dont on exige la stabilité : il doit demeurer sur le domaine; il est tenu de le cultiver, de bêcher, fouiller, semer et aussi de moissonner, car s’il lui est interdit de quitter cette terre, il sait qu’il en aura sa part de moisson.

    1. D'autant moins acceptable que quelques traces - extrêmement rares il est vrai subsistent de ventes ou achats d'esclaves dans le Proche-Orient musulman, dont on trouve l'écho, par exemple, dans les minutes des notaires marseillais en plein xm° siècle. Preuve incontestable que les commerçants méridionaux en rapport avec les pays barbaresques ne se sont pas fait faute de participer à un commerce expressément interdit par l'Église et condamné par les maeurs du temps. Mais c'est alors dans les mêmes proportions et les mêmes conditions que le commerce d'esclaves qui se faisait, toujours à Marseille, à la fin du xix° siècle, voire au début du xx°, où il était pratiqué par quelques armateurs peu scrupuleux, sans égard pour les lois civiles et bien après l'interdiction générale de l'esclavage.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01

    0%
    Dons reçus (2018-2019):0$
    Objectif (2018-2019): 25 000$


    Nous avons reçu près de 11 407$ lors de la campagne 2017-2018. Nous vous remercions de votre générosité. Pour la campagne 2018-2019, notre objectif s'élève à 20 000$.

    Contribuez au rayonnement des oeuvres de l'Agora/Homo vivens en devenant membre ou en faisant un don.