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    Dossier: Encyclopédie

    Encyclopédie et dictionnaire

    René Daumal
    À l'occasion de la publication du Dictionnaire encyclopédique Quillet, René Daumal propose une distinction entre le dictionnaire dont le but est de renseigner et une encyclopédie dont le but est d'enseigner. Il ébauche ensuite une histoire des encyclopédies.
    Savez-vous quelle est la Bible d'aujourd'hui? C'est le Dictionnaire Encyclopédique Quillet, si l'on en croit son éditeur. « Pendant deux mille ans, écrit M. Aristide Quillet dans la préface de cet ouvrage, "le livre par excellence" fut la Bible. La Bible d'aujourd'hui, c'est le dictionnaire. À la Bible, les peuples anciens demandèrent une révélation; au dictionnaire, les peuples modernes demandent la connaissance. » Paroles malheureuses, mais trop vraies. Il est parfois agréable, j'en conviens, de passer une demi-heure à voyager parmi le hasard alphabétique d'un dictionnaire, surtout si le dictionnaire est bien documenté, bien imprimé et bien illustré, comme sont le Larousse et le Quillet. Il est commode, je l'accorde aussi, de pouvoir en quelques secondes vérifier l'orthographe d'un mot, se renseigner sur une date, rafraîchir sa mémoire ou se documenter sur quelque point d'une science ou d'une technique, comme on peut le faire avec le Larousse ou le Quillet. Et cela est possible parce que le dictionnaire est fait pour renseigner et non pour ensei-gner; cherchant à être impartial, donc forcé d'éliminer ce qui est effort créateur de l'individu, de ne présenter de la culture que les résultats sur lesquels la majorité des contemporains est d'accord, le dictionnaire est tout clarté, mais clarté illusoire. Et c'est de cela, de cet instrument de travail, utile mais par lui-même inerte, que l'on veut faire un enseignement, un moyen de connaissance, une Bible ! La machine à penser, la machine à tout savoir sans y rien comprendre, les fruits de la culture donnés à tous sans qu'il soit désormais besoin, pour cultiver, de défricher, de labourer, de fumer, d'ensemencer,de sarcler, de récolter - voilà ce que veut notre époque; ce n'est que trop vrai, et de cette énorme stupidité M. A. Quillet a fait l'aveu le plus clair que l'on ait jamais fait. Que ne s'est-il contenté de faire un dictionnaire, puisque lui-même reconnaît que son ouvrage est fait pour « l'homme d'action » (lui n'a pas de temps à perdre à d'aussi futiles occupations que comprendre, lorsque d'autres l'ont fait pour lui.
    Grâce à une malheureuse confusion de mots, ce dictionnaire à prétentions encyclopédiques est entré en concurrence ouverte avec l'Encyclopédie Française (celle de A. de Monzie, Lucien Febvre, Pierre Abraham, Paul Rivet, Henri Wallon, etc.), qui est une encyclopédie munie de tables alphabétiques, c'est-à-dire tout autre chose. Tandis que le dictionnaire se propose simplement de renseigner, une encyclopédie est une couvre constructive, qui a pour buts de résumer en un livre la culture d'une époque; livre, par conséquent, partial, je veux dire impliquant des jugements. Il en résulte qu'à chaque type de civilisation correspond un type d'encyclopédie et que ce serait une pure superstition que de vouloir imiter les encyclopédistes d'une autre époque. On peut, grossièrement, ramener ces types à quatre
    1- Dans les civilisations de type dit « traditionnel », où l'ordre du monde, l'ordre des institutions et l'ordre de la vie humaine sont soumis à une idée centrale qui a forme et force, tous les savoirs et toutes les techniques concourent à cet ordre, selon une hiérarchie de sciences sacrées et d'arts sacrés (le « sacré » étant défini par là même). On retrouvera la même structure dans les encyclopédies de ces civilisations. Telles les Écritures judaïques (Bible, Talmud, Kabbale, etc.), les King chinois (avec le Li-ki et tous les rituels), les l'urânas hindous. (Ces derniers, contrairement aux livres précédents, sont de véritables encyclopédies populaires : ainsi l'Agni-Purâna qui, en 400 chapitres environ, traite de tous les sujets de la culture et de la vie quotidienne hindoues, depuis l'origine des mondes jusqu'à la délivrance individuelle, en passant par la médecine, l'art vétérinaire, la magie, la phonétique, la grammaire, l'esthétique, etc.)
    2- Quand cette structure traditionnelle s'est affaiblie, un type de culture individualiste apparaît. C'est l'époque des «esprits encyclopédiques », celle d'Aristote ou celle (le Léonard de Vinci. L'encyclopédie est alors l'oeuvre d'un individu qui cristallise autour de lui la culture diffuse de son temps.
    3- Mais du même coup la culture s'est séparée d'avec la masse et n'a plus le pouvoir d'organiser la société humaine; celle-ci, soumise au mécanisme de ses contradictions internes, passe par une série de phases critiques de transformation. C'est alors qu'on voit la culture individuelle faire sa propre critique et se retourner en même temps vers les institutions et la vie sociale. C'est l'époque de la culture militante et de l'Encyclopédie du XVIIIe siècle.
    4- Sommes-nous encore dans ce type de culture, ou à l'aube d'un quatrième ? Nous ne pouvons guère le savoir, le recul nous manquant. Pourtant, l'Encyclopédie Française, dans sa conception, représente un effort nettement nouveau; non plus une encyclopédie militante, mais une réunion d'individus qui, sans rien abdiquer de leurs croyances ni de leurs recherches propres, s'efforcent de construire une oeuvre collective : collective par la forme, individuelle par le contenu. Cette tendance ne répond-elle pas au mouvement dominant de notre époque ? Un autre trait, nouveau et caractéristique, est le souci de continuité dans l'oeuvre collective, le souci de « mettre à jour » continuellement le bilan de notre culture; souci, somme toute, d'efficacité historique. Jusqu'ici, on étudiait l'histoire. Maintenant, on veut la faire.
    En résumé, une Encyclopédie est toujours l'expression, sous la forme très particulière d'un livre, de l'ensemble des activités humaines - ou du moins de celles qui dominent - à une époque donnée. Elle ne peut avoir la valeur d'une « Bible » qu'aux époques de culture traditionnelle (que ces époques aient eu une existence historique ou qu'elles soient des époques symboliques). Dans les autres périodes, l'encyclopédie a successivement la valeur d'une vision du monde, d'une critique de la culture, ou d'une collaboration d'individus représentatifs.
    Un dictionnaire est toujours un dictionnaire; on ne lui demande que d'être commode et agréable à consulter. Le Quillet l'est.
    (1936)
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01

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