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    Dossier: Église orthodoxe

    L'Église orthodoxe russe et l'État

    Ladislas Gonczarow
    L'origine de l'Eglise orthodoxe russe remonte à 988, date à laquelle le peuple russe fut christianisé. La religion adoptée par la Russie venait de Byzance. Ce fait est important, car la culture byzantine avait conservé des liens étroits avec la civilisation antique.

    L'influence byzantine ne fut pas que spirituelle; elle fut également très marquée dans les domaines de la politique, de la culture, de l'instruction et même de la technique. Si l'orthodoxie a apporté au peuple russe de nouvelles conceptions religieuses et éthiques, elle a également créé des conditions favorables à un épanouissement remarquable, impétueux et rapide de la Russie kiévienne sur les plans politique, social, économique et culturel.

    C'est de Byzance et de la Bulgarie que les Russes reçurent l'alphabet cyrillique, le slavon d'Eglise, ainsi que des ouvrages religieux et scientifiques. Le slavon d'Eglise devint la langue liturgique et littéraire commune de tous les Slaves orthodoxes, notamment des Russes. Alors que dans le monde catholique le latin était incompréhensible pour les classes inférieures, dans le monde orthodoxe slave la religion et la culture furent diffusées dans une langue parfaitement comprise de tout le peuple. L'influence byzantine fut également considérable, surtout en architecture et en peinture notamment dans l'art de l'icône.

    L'expansion du christianisme entraîna la construction de nombreux monastères qui devinrent des centres de rayonnement intellectuel dans l'ancienne Russie. Les moines constituaient alors la couche la plus cultivée de la population. C'est parmi eux que l'on trouve la plupart des littérateurs et les premiers historiens-chroniqueurs. Ils enseignèrent au peuple la lecture et l'écriture, si bien qu'en quelques décennies la Russie kiévienne devint un des pays les plus cultivés d'Europe.

    Ce fut l'Eglise qui transféra de Byzance en Russie la notion théocratique du chef d'Etat investi de cette fonction par la volonté divine. Le clergé prenait une part active aux affaires de l'Etat. Les ecclésiastiques exerçaient des fonctions de conseillers auprès des princes russes. Dans les périodes de discordes et de luttes intestines entre les princes, ils assumaient souvent le rôle d'intermédiaires et de pacificateurs.

    A l'heure des dures épreuves de l'histoire russe, l'Eglise orthodoxe se fit toujours la gardienne du peuple; elle soutenait son moral et son énergie dans la lutte contre l'ennemi de l'extérieur. Durant le joug tartare (du XIIIe au XVe siècle), l'Eglise contribua grandement au maintien de l'esprit national russe et lorsque le pays commença à se libérer de la domination des Tartares, elle manifesta de nouveau une activité considérable pour raffermir la structure de l'Etat.

    Il y a lieu de noter que l'Eglise orthodoxe russe rejeta peu à peu la tutelle de ses mentors byzantins, prenant un visage véritablement national. Au milieu du XVe siècle, elle devint à toutes fins pratiques indépendante de l'Eglise grecque de Constantinople, ne reconnaissant à celle-ci que la supériorité hiérarchique. L'élection, en 1589, du premier patriarche «de Moscou et de toute la Russie» fit de l'Eglise russe l'égale hiérarchique de l'Eglise grecque.

    A l'époque du morcellement politique de la Russie (du XIVe au XVIe siècle), la conscience de l'unité nationale se forgea à partir de la conscience de l'unité religieuse du pays. Rehaussant le pouvoir et soutenant l'autorité des Grands Princes moscovites, l'Eglise exerça un rôle important dans le rassemblement politique des terres russes autour de Moscou.

    Au cours de cette période dite «moscovite», une étroite collaboration idéologique et politique existait entre l'Eglise et l'Etat. Le clergé continuait de professer l'idée de l'origine divine de l'autorité temporelle, à savoir celle du Grand Prince et, plus tard, celle du tsar. Aux yeux de l'Eglise, le tsar était, dans l'Etat, non seulement le gardien du droit, de la justice et de l'ordre, mais encore celui de la vraie religion.

    A la fin du XVe siècle et au début du XVIe les penseurs religieux professèrent l'idée de «Moscou Troisième Rome». Ils estimaient qu'après la chute des trois Etats orthodoxes (Bulgarie, Serbie et Byzance), la Russie moscovite restait la seule monarchie orthodoxe et, partant, l'unique représentant et défenseur de l'orthodoxie, et que le tsar était désormais l'unique protecteur des peuples orthodoxes. La Russie moscovite devint la Sainte Russie. A cette époque, l'appartenance au royaume russe se définissait par la profession de la vraie foi, autrement dit de la foi orthodoxe, les domaines religieux et national ne faisant qu'un dans la conscience du peuple. Etre russe signifiait être orthodoxe. Même l'Eglise orthodoxe grecque était soupçonnée d'hérésie. La correction des livres liturgiques d'après les textes grecs était considérée par le peuple russe comme une trahison de la vraie foi. La résistance à cette réforme se traduisait par une protestation violente et entraîna un des événements les plus tragiques et les plus lourds de conséquences dans l'histoire de l'Eglise russe: le schisme religieux («Raskol») entre les vieux-croyants et l'Eglise officielle.

    A l'époque de la Russie moscovite, la vocation des monastères n'était pas uniquement religieuse. Ils servirent d'asile aux éléments de la population incapables de travail manuel. Comme à l'époque de la Russie kiévienne, ils constituaient des centres de rayonnement intellectuel et culturel. Au nord-ouest du pays, ils dirigèrent la mise en valeur et la colonisation des espaces forestiers. Enfin, en temps de guerre, ils fournirent des fonds au souverain et parfois même servirent de places fortes.


    L'Eglise russe et l'Etat du XVIIIe au XXe siècle (jusqu'en 1917)

    Au début du XVIIIe siècle, sous Pierre le Grand, un changement important se produit dans la haute administration de l'Eglise russe: cessant d'être assumée par un patriarche, la direction appartient désormais à un Collège d'évêques, le Saint Synode. A l'exception des questions religieuses, tout est soumis à la surveillance du procureur général et du Sénat. Le procureur suprême adjoint au Saint Synode est «l'oeil et l'oreille» du tsar en tout ce qui concerne l'administration des affaires de l'Eglise. Ainsi, sous Pierre le Grand, l'Eglise est formellement assujettie au pouvoir de l'Etat et devient en quelque sorte un des départements de l'administration gouvernementale.

    C'est de propos délibéré que Pierre le Grand brise les liens centenaires et traditionnels qui unissaient l'Eglise et l'Etat. Il s'ensuit que l'un des éléments essentiels qui, jusque-là, avait fait partie de la vie russe, doit s'estomper devant l'autorité toute-puissante de l'Etat, pouvoir détenu intégralement par le tsar. Dès lors, ce dernier dirige le spirituel aussi bien que le temporel et désormais il ne règne plus par la volonté de Dieu mais par la volonté monarchique. Tout le pouvoir est rassemblé entre ses mains et émane de lui. Tous les aspects de la vie des sujets sont régis par le tsar, y compris la vie spirituelle. Le clergé se voit interdire toute influence sur le peuple à l'exclusion des obligations que lui impose l'Etat.

    La réforme religieuse de Pierre le Grand ne touche pas seulement le haut clergé. La situation du bas clergé n'est pas moins profondément modifiée. Avant la réforme, les prêtres des paroisses étaient élus par les fidèles; après la réforme, c'est l'autorité éparchique qui les désigne, sans consulter les paroissiens. Il en résulte un affaiblissement des liens entre le prêtre et sa paroisse. Le clergé paroissial devient une classe fermée, la vie de l'Eglise prend un caractère bureaucratique. La situation du prêtre devient celle d'un fonctionnaire de l'Etat. L'attitude du tsar est particulièrement hostile à l'égard des monastères, qu'il considère comme des foyers d'opposition à ses réformes.

    En réalisant ses réformes (y compris celle des structures de l'Eglise), Pierre le Grand s'efforce de rompre avec le passé de la Russie (dont l'élément essentiel était la religion) et de la faire entrer le plus rapidement possible dans la famille des nations européennes. L'européisation et la sécularisation de la société russe, sous Pierre le Grand, puis au cours de tout le XVIIIe siècle, touchent surtout la classe supérieure russe, la noblesse.

    Après la réforme de Pierre le Grand, particulièrement dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, l'autorité et l'importance de l'Eglise continuent à décliner et la situation de celle-ci devient encore plus difficile. Adepte de l'absolutisme occidental, Catherine la Grande, influencée par Voltaire et les libres-penseurs français, décide de confisquer tous les biens immobiliers et les richesses de l'Eglise. Un nombre incalculable de trésors périssent à cette époque; dans les églises, le nouveau fait place à l'ancien. Les couvents ne sont pas épargnés. La fermeture de monastères dans les provinces éloignées, notamment dans le nord du pays et en Sibérie, sape l'oeuvre éducative des moines.

    A la fin du XVIIIe siècle, une rupture presque totale, tant sur le plan spirituel que culturel, est réalisée entre la classe supérieure de la société d'une part, l'Eglise et le bas peuple d'autre part. En effet, le clergé et le bas peuple, qui sont dans l'ensemble des paysans asservis, continuent à vivre comme le faisaient leurs ancêtres, restant à l'écart de la nouvelle vie et de la nouvelle culture. Comme par le passé, la religion occupe une place essentielle dans la vie des classes inférieures de la société. Les monastères demeurent, pour la masse du peuple, les principaux centres spirituels et culturels. La religion orthodoxe qui autrefois, à l'heure de l'épreuve, soutenait le moral du peuple, l'aide maintenant à supporter le lourd fardeau du servage.

    La situation de l'Eglise se dégrade constamment au cours de tout le XIXe siècle. L'élément bureaucratique y prend une ampleur accrue. L'Eglise dépend de plus en plus de l'autorité laïque; le rôle du procureur général ne cesse de croître au détriment du prestige du Saint Synode. Fait significatif, une institution aussi importante que le Concile des évêques n'a pas été convoquée depuis 1714 en raison de l'opposition des autorités laïques. Dans le dernier quart du XIXe siècle, l'Eglise, ayant perdu toute indépendance, devient le «Département de la Confession orthodoxe», un outil docile du gouvernement.

    Ainsi humiliée, l'Eglise voit s'affaiblir ses liens moraux et sociaux avec la population russe. La classe cultivée dans son ensemble, s'éloigne de l'Eglise, et cette cassure idéologique dans la société prépare le triomphe futur des idées matérialistes et athées. Commentant l'orientation intellectuelle de la classe cultivée, Anton Tchékov considère celle-ci comme «essentiellement athée et matérialiste, totalement incapable de comprendre les idéals religieux et nationaux professés par Homiakov (célèbre slavophile russe) et ses disciples».1

    Malgré l'oppression que subit l'Eglise hiérarchique aux XVIIIe et XIXe siècles, son développement spirituel n'est pas totalement freiné. En effet, les liens du peuple avec les monastères restent solides. L'épanouissement de la vie spirituelle est marqué à cette époque par la vie de plusieurs hommes qui deviennent des saints très vénérés: Dimitri de Rostov, Innocent d'Irkoutsk, Séraphin de Sarov, auquel le peuple voue une dévotion toute particulière, et beaucoup d'autres encore. C'est aussi l'époque où apparaissent, dans les monastères, de nouveaux maîtres spirituels, les Startsy (vénérables), dont l'enseignement et l'influence qu'ils exercent sur le peuple prouvent que la vie spirituelle est toujours vivace.

    La vie philosophique et religieuse de l'Eglise se manifeste également au XIXe siècle par l'activité de théologiens laïques. Fait important à signaler, au début du XXe siècle, une partie de la classe intellectuelle se détourne du marxisme et se rapproche de l'idéalisme; autrement dit, abandonne l'athéisme pour la foi. La révision de la situation de l'Eglise fut envisagée longtemps avant la révolution. Dès le début du XXe siècle, des voix s'étaient élevées en faveur du retour aux anciennes traditions de la vie religieuse, préconisant la convocation d'un Concile de l'Eglise et la restauration du patriarcat, ce qui ne se réalisera qu'après la révolution de février 1917, plus précisément six mois avant la révolution bolchévique.

    A la mi-avril de 1917, le gouvernement provisoire décrète la dissolution du Saint Synode et, à la fin du mois, une proclamation annonce la convocation d'un Concile de l'Eglise de toute la Russie. Celui-ci se réunit à Moscou le 15 août. Au milieu de novembre, lors de l'élection effectuée par tirage au sort, le métropolite Tihon est désigné comme patriarche de Moscou et de toute la Russie. Par conséquent, la révolution bolchévique d'Octobre se produit au moment de la réunion du Concile de l'Eglise.


    L'Eglise et l'Etat après la révolution d'octobre et pendant la guerre civile

    Arrivés au pouvoir en 1917, les bolchéviks matérialistes considèrent la religion non pas comme l'affaire personnelle de chacun, mais comme «l'opium du peuple», un obstacle à l'édification de la société communiste et de ce fait un mal social qu'il convient d'extirper.

    Les persécutions religieuses qui commencent après la révolution sont, au début, dirigées essentiellement contre l'Eglise orthodoxe russe. En effet, comme l'orthodoxie était, avant la révolution, la religion d'Etat, les bolchéviks la considèrent comme le soutien du tsarisme et, partant, l'alliée naturelle du mouvement contre-révolutionnaire. Néanmoins, après 1925, les persécutions s'étendent à toutes les religions du pays.

    Tandis que l'Eglise se réorganise à l'intérieur du nouveau régime politique, le gouvernement soviétique nouvellement formé publie un certain nombre de décrets contraires aux intérêts de celle-ci. Les autorités promulguent un décret qui ordonne la nationalisation des terres appartenant aux églises et aux monastères. Des décrets subséquents interdisent l'enseignement religieux et instaurent le mariage civil. Les biens d'Eglise sont déclarés biens nationaux. Comme ces décrets ne portent pas sur l'essentiel, à savoir les questions intéressant la foi, ils ne provoquent pas l'opposition des autorités ecclésiastiques. Mais, bientôt, le nouveau gouvernement passe de la parole aux actes. Au début de janvier, on réquisitionne l'imprimerie synodale; le 13 janvier, en vue d'améliorer la situation catastrophique des finances, un décret ordonne la réquisition de la laure Alexandre-Nevsky de Pétrograd et, le 19 janvier, celle-ci fait l'objet d'une attaque à main armée au cours de laquelle est tué son archiprêtre, qui cherchait à défendre les biens d'Eglise.

    Le même jour, en réponse à l'action des bolchéviks, le patriarche adresse au clergé et aux fidèles un mémoire où il énumère les actes criminels perpétrés par le nouveau gouvernement contre l'Eglise et les fidèles, prononce l'anathème contre tous ceux qui accomplissent les «oeuvres de Satan» et demande à tous les croyants de prendre la défense de la foi et de l'Eglise et d'opposer à la force extérieure «la force sacrée de leur zèle».2 Le patriarche demande aux fidèles d'éviter tout rapport avec les bolchéviks. Il recommande d'autre part aux laïques de former leurs propres associations paroissiales et de prendre la défense de l'Eglise. Le concile ecclésiastique accorde son appui à l'attitude intransigeante du patriarche. Quelques jours plus tard, en réponse au mémoire du patriarche et à l'opposition croissante du clergé et des fidèles, le gouvernement soviétique promulgue un nouveau décret qui ordonne la séparation de l'Eglise et de l'Etat, et celle de l'école et de l'Eglise. Tout en légitimant officiellement l'indépendance de l'Eglise vis-à-vis de l'Etat, ce décret l'écarte de toute participation à la vie sociale et éducative du peuple et l'empêche de préparer les cadres du clergé.

    Prévoyant des temps difficiles pour l'Eglise, le Concile publie à la fin de janvier 1918 une résolution stipulant que le patriarche peut, sous forme de testament secret, désigner plusieurs de ses remplaçants. Le Concile clôture sa session à l'automne de 1918, mais auparavant, en réponse au décret séparant l'Etat et l'Eglise, il publie une résolution relative à la participation du clergé et des fidèles à la vie politique du pays. Le Concile déclare que cette participation est l'affaire personnelle de chacun; il demande toutefois aux croyants de respecter deux conditions, à savoir ne pas faire de politique au nom de l'Eglise et ne pas chercher à lui nuire par leur activité politique.

    En 1918, le mouvement antibolchévique prend de l'ampleur, tandis que s'intensifie la répression du gouvernement soviétique à l'égard des éléments qui lui sont hostiles. Le pouvoir soviétique considère l'Eglise comme l'alliée du mouvement anticommuniste et, partant, comme un ennemi politique. Au cours de l'été de 1918, le gouvernement décrète la terreur rouge. On assiste à une recrudescence de la répression dirigée par les autorités soviétiques contre les éléments hostiles et suspects, parmi lesquels figurent de nombreux ecclésiastiques. Plusieurs évêques et un grand nombre de prêtres périssent victimes de la terreur rouge, ce qui a pour effet de durcir encore davantage la position de l'Eglise face aux autorités soviétiques. En octobre 1918, le patriarche Tihon s'adresse au gouvernement soviétique pour l'accuser de crime commis non seulement contre l'Eglise mais encore contre le peuple russe.

    Vous avez séduit le peuple inculte et ignorant par la possibilité de s'enrichir à peu de frais tout en restant impuni ' vous avez par là obscurci sa conscience et étouffé en lui le sentiment du péché. Mais vous avez beau masquer par d'autres actes vos mauvaises actions: le meurtre, la violence et le pillage resteront toujours des péchés et des crimes graves qui réclament au ciel le châtiment.3

    Mais à l'automne de 1919, voulant souligner la neutralité de l'Eglise dans la lutte politique et préserver ainsi ses membres des effets de la terreur rouge, le patriarche s'adresse cette fois-ci au clergé, demandant aux prêtres et aux moines de ne pas prendre part à la guerre civile. L'appel du patriarche ne modifie en rien l'attitude des autorités soviétiques à l'égard de l'Eglise. La terreur rouge fait de nombreuses victimes parmi les ecclésiastiques. Des monastères sont transformés en écoles, sanatoriums, hôpitaux, fermes, etc. En août 1920, paraît une circulaire ordonnant la liquidation totale des reliques: celles-ci sont brûlées, jetées ou remises aux musées de l'athéisme.

    Jusqu'à l'automne de 1921, absorbé par la lutte contre les forces anticommunistes et par l'organisation de l'Etat soviétique, le gouvernement accorde peu d'attention à la lutte antireligieuse qui, à cette époque, est menée principalement par les récentes associations d'athées. Au sein de l'Eglise, d'autre part, on constate la défection d'éléments instables et une cohésion de plus en plus étroite de ceux qui restent.


    Les grandes épreuves de l'Eglise pendant les années 1920

    La fin de la guerre civile laisse les mains libres aux autorités soviétiques pour intensifier leur pression sur l'Eglise. La désorganisation causée par la guerre civile et la mauvaise récolte de 1921 provoquent la famine, qui touche non seulement les villes mais aussi la campagne. Le patriarche Tihon décide d'organiser à l'échelle du pays un «Comité d'aide aux affamés». Le gouvernement soviétique refuse d'abord l'aide de l'Eglise, puis l'accepte. Le patriarche autorise alors le don de tous les objets religieux ne servant pas directement au culte. Cette initiative philanthropique du patriarche n'empêche pas la promulgation, en février 1922, d'un décret ordonnant la confiscation de tous les objets religieux, y compris ceux qui se rapportent directement au culte. Le patriarche qualifie l'acte de sacrilège et interdit la remise de ces objets aux autorités. il s'ensuit une mainmise forcée sur les objets religieux, souvent accompagnée de toutes sortes d'excès. Il y a de nombreux affrontements sanglants entre les détachements de la milice et les fidèles qui s'opposent à la spoliation. La résistance étant imputée au clergé, ses membres, de même que ceux des conseils des églises, font l'objet de nombreux procès à l'échelle du pays. Le procès se termine souvent par l'emprisonnement ' parfois même l'exécution. Au nombre des personnes fusillées figure le métropolite de Pétrograd, Benjamin.

    Devant la résistance de l'Eglise, le gouvernement soviétique intensifie sa lutte. Il décide de tirer parti d'un courant de gauche qui existe alors au sein de l'Eglise. Les partisans de ce courant d'opposition, qui a pour chef l'évêque Antonin, ne sont pas d'accord avec l'intransigeance du patriarche Tihon à l'égard du gouvernement soviétique et le considèrent comme trop conservateur dans les affaires de l'Eglise. Organisée avec le concours du gouvernement soviétique, l'«Eglise vivante», celles des «partisans du renouvellement» a d'abord le dessus. Le patriarche Tihon est déposé, arrêté et attend son procès. La direction suprême de l'Eglise passe aux mains des «partisans du renouvellement». L'«Eglise vivante» convoque un concile composé de membres du courant d'opposition. C'est précisément lors de ce concile qu'on dépose le patriarche Tihon et que sont prises des décisions radicales: abolition du monachisme, autorisation pour les évêques de se marier.

    Tout est favorable à l'«Eglise vivante», à l'exception d'un seul élément, les fidèles. Ceux-ci, en effet, ne se rallient pas à l'«Eglise vivante». La plupart des églises des partisans du renouvellement restent vides, alors que celles qui demeurent fidèles au patriarche Tihon sont bondées. Le gouvernement est donc forcé de céder, voyant que la majorité des croyants sont restés fidèles au patriarche, dont l'arrestation n'avait fait qu'accroître le prestige. De son côté le patriarche Tihon constate que le pouvoir soviétique s'est raffermi et que, dans l'intérêt de l'Eglise, il faut en tenir compte. Le gouvernement et le patriarche en arrivent à une entente. Le patriarche reconnaît par écrit son activité antisoviétique, se repent de ses fautes à l'endroit des autorités soviétiques et déclare qu'il renonce désormais à toute lutte contre le régime. Le gouvernement, de son côté, fait également des concessions: le jugement prononcé contre le patriarche est cassé et ce dernier sort de prison.

    Après la libération du patriarche Tihon, non seulement on voit l'Eglise orthodoxe se raffermir, mais encore on assiste au retour de la plupart des partisans de l'«Eglise vivante». Les prêtres qui ont adhéré à ce mouvement d'opposition doivent subir une épreuve spéciale d'expiation et on bénit de nouveau les églises où ils ont officié.

    La coexistence pacifique de l'Eglise et de l'Etat est toutefois de courte durée. Bientôt, on lance une nouvelle attaque idéologique avec le slogan «la religion est l'opium du peuple», offensive que l'on confie aux agents de propagande et aux agitateurs les plus experts. Il se forme une association des athées militants. La propagande est particulièrement active dans les écoles et dans les universités. On organise toutes sortes de spectacles antireligieux. Dans toutes les villes, il y a d'importantes discussions publiques où l'on convoque des membres du clergé. Les débats les plus connus sont ceux que dirigent les chefs du mouvement athée Lunatcharski et Vvedenski.

    Le patriarche Tihon meurt en avril 1925. Il laisse à ses ouailles un testament spirituel leur disant que tout en n'acceptant aucun compromis en matière de foi, il faut être loyal à l'égard du gouvernement soviétique. Dans le même texte, conformément aux directives du concile qui l'avait élu, le patriarche désigne quelques-uns de ses remplaçants. Le premier, le métropolite Pierre, ne reste que quelques mois à la tête de l'Eglise. Selon la route tracée par son prédécesseur, il accepte le principe de la coexistence avec le gouvernement communiste, mais se refuse à tout compromis. Les autorités lui proposent d'accorder un statut légal à l'Eglise à condition qu'il accepte 1) de publier une déclaration dont le contenu lui est imposé; 2) de démettre de leurs fonctions les évêques jugés indésirables par le gouvernement; 3) de désavouer les évêques russes vivant à l'étranger; 4) de continuer à maintenir les contacts avec le gouvernement. Accepter ces conditions revenait à placer l'Eglise sous la dépendance du pouvoir soviétique. Se rendant compte du danger, le métropolite décline l'offre. En décembre 1925, il est déporté en Sibérie et y meurt.

    Le deuxième remplaçant du patriarche Tihon est le métropolite Serge. Les autorités soviétiques font de nouvelles tentatives pour amener la capitulation de l'Eglise. Voyant qu'on était arrivé au moment décisif de la lutte pour la liberté spirituelle de l'Eglise, le clergé russe publie les deux documents suivants: «Mémoire des évêques déportés aux îles Solovki adressé au gouvernement soviétique» et «Projet de lettre de Mgr Serge, métropolite du Nijni-Novgorod, aux évêques, pasteurs et fidèles du patriarcat de Moscou», dans lesquels ils définissent la position de l'organisme qui dirige l'Eglise orthodoxe. Dans le «Mémoire des évêques», il est dit que les divergences entre l'Eglise et les autorités soviétiques sont irréconciliables et qu'une seule mesure peut mettre fin au conflit, à savoir la mise en application d'une loi portant sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat.

    Le Seigneur Jésus-Christ nous a enseigné de donner «ce qui appartient à César», c'est-à-dire le souci du bien-être matériel du peuple, «à César», c'est-à-dire au pouvoir gouvernemental, et n'a pas enseigné à ses disciples d'exercer une influence sur les formes de gouvernement ou diriger leur activité. Selon cette doctrine et la tradition, l'Eglise orthodoxe a toujours évité la politique et a toujours obéi à l'Etat pour tout ce qui ne concernait pas la foi. C'est pourquoi quoique intérieurement étrangère à l'Etat de l'empire de l'ancienne Rome ou récemment, de la Turquie, elle pouvait demeurer, et est demeurée effectivement, loyale dans le domaine public. Mais l'Etat contemporain de son côté ne peut exiger d'elle rien de plus. A l'encontre des vieilles théories politiques qui jugeaient nécessaire à la cohésion interne des groupements politiques l'unanimité des citoyens en matière de religion, l'Etat ne reconnaît pas à cette unanimité d'importance de ce point de vue, affirmant hautement qu'il n'a pas besoin de la collaboration de l'Eglise pour atteindre les objectifs qu'il s'est fixés et qu'il laisse aux citoyens une entière liberté religieuse.4

    L'Eglise ne cherche pas à renverser le pouvoir soviétique et ne fait pas de politique, mais elle n'entend ni se mettre au service du gouvernement, ni devenir une institution d'Etat. Si l'Eglise se voit interdire de désapprouver les actions du gouvernement, elle ne doit pas avoir davantage le droit de les approuver, puisque cela revient aussi à se mêler de politique. En renonçant totalement à toute intervention dans la vie politique du pays, l'Eglise se refuse du même coup à surveiller le loyalisme de ses coreligionnaires. Elle ne peut certifier que la religion ne subit - persécution en Russie. Elle ne peut être d'accord aucune avec les lois qui la restreignent dans l'accomplissement de ses obligations religieuses. Les évêques ne peuvent être jugés que par un concile ecclésiastique; toutefois, ce dernier ne pourra avoir pleine autorité que si les évêques emprisonnés sont libérés. Dans le «Projet de lettre de Mgr Serge», diffusé à tous les évêques russes et remis au gouvernement soviétique, le métropolite Serge déclare qu'il certifie personnellement au pouvoir soviétique que les membres du clergé orthodoxe acceptent de se comporter comme des citoyens pleinement respectueux de la loi et de rester à l'écart de toute activité politique. Toutefois le métropolite ajoute que (...) tout en promettant une entière loyauté, obligatoire pour tous les citoyens de l'Union, nous, représentants de la hiérarchie ecclésiastique, nous ne pouvons contracter aucun engagement spécial pour prouver notre loyauté.5

    Le représentant du gouvernement soviétique déclare que l'Eglise n'a pas fait suffisamment de concessions. Il continue à exiger que soient acceptées les conditions qu'il avait soumises au métropolite Pierre. Le métropolite Serge ne cède pas. En décembre 1926, il est arrêté.

    Les mêmes conditions en vue de la légalisation du statut de l'Eglise sont posées par les organes gouvernementaux à l'archevêque Séraphin, remplaçant du métropolite Serge. L'archevêque répond qu'il ne peut, de son propre chef, prendre une décision aussi importante sans convoquer un concile d'évêques. Or la convocation de ce concile est impossible étant donné qu'un grand nombre d'évêques sont déportés ou même emprisonnés.

    En mars 1927, le métropolite Serge est libéré et prend de nouveau la direction de l'Église. De nombreux fidèles soupçonnent le métropolite et le gouvernement soviétique d'être arrivés à une certaine forme d'entente; ils croient même que le chef de l'Église a certainement dû faire d'importantes concessions. Ces soupçons s'avèrent fondés. Sans consulter son remplaçant ni les évêques qui étaient en liberté, le métropolite accepte de son propre chef les conditions imposées par le gouvernement en échange de la légalisation de l'Église. Une fois que le métropolite Serge accepte de faire des concessions, l'attitude des organes gouvernementaux change radicalement à son égard. L'encouragement et le soutien que les autorités accordaient à l«Eglise vivante» lui sont retirés au profit du métropolite.

    A la fin de juillet 1927, le métropolite Serge adresse au clergé et aux fidèles un mémoire dans lequel il expose les fondements de sa politique à l'égard du gouvernement. Dans cette «Lettre au clergé et aux fidèles», il n'est plus question des contradictions radicales entre l'Eglise et le pouvoir communiste qui figuraient dans le «Projet de mémoire au gouvernement soviétique». Se reportant aux propos conciliateurs du patriarche Tihon à l'égard du pouvoir soviétique, le métropolite Serge écrit ce qui suit:

    Il nous faut démontrer non par des paroles mais par notre action que peuvent se montrer fidèles citoyens de l'Union soviétique non seulement des gens qui sont indifférents vis-à-vis de l'orthodoxie, non seulement des gens qui l'ont trahie, mais ses fidèles les plus zélés pour qui cette orthodoxie avec tous ses dogmes et ses traditions, avec toute sa structure canonique et liturgique, est aussi chère que la vérité et la vie. Nous voulons être orthodoxes et en même temps reconnaître l'Union soviétique pour notre patrie civile dont les joies et les succès sont nos joies et nos succès et dont les insuccès sont nos insuccès... Tout en restant orthodoxes, nous nous souvenons de notre devoir d'être citoyens de l'Union «non seulement par crainte du châtiment mais aussi à cause de la conscience» (Rom. XIII, 5), comme nous l'a enseigné l'Apôtre. Et nous espérons qu'avec l'aide de Dieu et votre collaboration et votre aide à tous nous résoudrons ce problème.6

    Dans son mémoire, le Métropolite Serge, pour la première fois au nom de l'Eglise, remercie le gouvernement soviétique «pour l'attention portée aux besoins de la population russe». Ce mémoire provoque une violente protestation de la part de ceux qui y voient une trahison envers l'orthodoxie ou encore un acte de lâcheté, une capitulation sous la pression des organes gouvernementaux. Certains, par contre, estiment que le chef de l'Eglise indique la seule voie de salut pour l'Eglise dans la situation créée par un gouvernement communiste.

    La politique de coopération avec les autorités raffermit la position du métropolite dans sa lutte contre l'opposition qui existe au sein de l'Eglise. Dans la mesure où les organisations religieuses d'ecclésiastiques ou de laïcs acceptent ou rejettent la politique du métropolite vis-à-vis du pouvoir soviétique, elles sont considérées comme fiables ou non, aussi bien à l'égard de l'Eglise que du régime en place.

    Les concessions du métropolite Serge ne produisent pas un effet modérateur sur la politique du gouvernement envers le clergé. Les athées redoublent d'activité. En mai 1929, des modifications sont apportées à l'article 13 de la constitution de 1918 relatif à la liberté de propagande religieuse et athée, article qui ne reconnaît plus la liberté confessionnelle, mais laisse inchangée la liberté de propagande athée.

    En 1930, commence la collectivisation forcée. Menant la lutte contre une masse paysanne chiffrée par millions, les autorités intensifient du même coup leur campagne contre la religion et l'Eglise. Le gouvernement s'engage résolument sur la voie de l'anéantissement de l'Eglise orthodoxe. L'Association des athées redouble d'activité et se donne le but suivant: «durant l'année 1930, nous devons faire de notre capitale rouge une Moscou athée et de nos villages des villages de kolkhozes athées».7

    Les Eglises et le clergé sont frappés d'impôts très élevés. On ferme les églises, on enlève les cloches et on brûle les icônes. La répression et les arrestations des gens d'Eglise redoublent d'ampleur. Le même sort frappe également les paroissiens. Les prêtres sont souvent obligés de se cacher. On assiste à l'apparition de prêtres itinérants qui vont de village en village; c'est à cette époque que prend naissance l'Église clandestine des «catacombes».

    Au cours de la «période quinquennale athée» décrétée en 1932 par l'«Association des athées militants», ces derniers intensifient leurs efforts auprès des masses, notamment auprès de la jeunesse étudiante. Ces efforts prennent souvent la forme d'une intimidation des fidèles. Toute sympathie à l'égard de l'Église est interprétée comme un acte antigouvernemental. Ainsi, les intellectuels qui ont une attitude favorable à l'Eglise risquent de perdre leur poste.

    Le clergé orthodoxe est incapable d'opposer une résistance à cette campagne massive. Ce sont alors les fidèles qui se font les gardiens de la foi. L'attachement du peuple à sa foi s'avère plus profond que ne le croyaient les organisateurs de la propagande athée.

    En s'appuyant sur les résultats inédits du recensement de 1937, (c'est la dernière année de la période quinquennale athée!), le président de l'Association des athées, E. Jaroslavsky, affirme qu'un tiers des citadins et deux tiers de la population rurale se sont déclarés croyants. Au total, cela représente 55% de l'ensemble des habitants du pays. Commentant ces chiffres, le professeur Bernard Pares s'exprime comme suit:

    If this is all the result of twenty years of battering at religion, Russia bas surely a greater right than other contries to regard herself as religious.8

    Dans la défense de la foi, le mérite des femmes est particulièrement grand. Ce sont elles en effet qui, d'abord, s'opposent à la fermeture des églises et à l'arrestation des prêtres; ce sont elles, aussi, qui font baptiser secrètement leurs enfants et plus tard leur apprennent à prier.


    L'Eglise et l'Etat durant la Seconde Guerre mondiale

    La vie de l'Eglise prend une nouvelle orientation à cause de l'élan patriotique suscité par la guerre germano-soviétique. Dès le premier jour des opérations militaires, le métropolite Serge se révèle un grand patriote. Il publie soi, célèbre mémoire au clergé et aux fidèles dans lequel il leur demande de se faire les défenseurs de la patrie et de la foi. Il écrit notamment: Notre Eglise orthodoxe a toujours partagé le sort du peuple.

    Avec lui elle a supporté les épreuves, avec lui elle était consolée par ses succès. Aujourd'hui, non plus, elle n'abandonnera pas son peuple. Elle donne sa bénédiction céleste à l'effort héroïque que va accomplir tout le peuple. Plus que tous, nous devons avoir présent à la mémoire le commandement du Christ: «Il n'est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis.»9

    Se rendant compte de l'importance de ce mémoire, le gouvernement soviétique en assure la publication dans les quotidiens de l'Etat. Durant toute la guerre, l'Eglise orthodoxe fait le maximum pour assurer la victoire. Elle réunit notamment huit millions de roubles qui servent à la création du corps de chars d'assaut «Dmitri Donskoï».

    Cette activité patriotique a pour effet d'accroître l'autorité du métropolite Serge et provoque un regain du sentiment religieux parmi la population. Aux yeux du gouvernement soviétique, cette activité patriotique constitue un soutien moral pour les millions de soldats russes qui se préparent au combat et qui sont prêts à mourir, s'il le faut, pour défendre les frontières de leur patrie.

    Le gouvernement soviétique apprécie hautement les services que lui rend alors l'Eglise orthodoxe. En effet, la politique gouvernementale à l'égard de l'Eglise changera et de nouveaux rapports s'établiront entre l'Eglise et l'Etat. Toujours durant la guerre, le Synode saisit le gouvernement soviétique d'une importante question, à savoir la convocation d'un Concile et l'élection d'un patriarche. Le gouvernement n'y oppose aucune objection et donne son accord. Le Concile siège en septembre 1943. Le métropolite Serge est élu patriarche de Moscou et de toute la Russie.

    Jusqu'à sa mort (survenue en mai 1944), le patriarche Serge mène indéfectiblement une politique d'assistance au gouvernement dans la lutte contre l'ennemi. Les résultats de cette politique se font déjà sentir du vivant du patriarche. Le Conseil d'Etat pour les affaires de l'Eglise orthodoxe déclare, au nom du gouvernement, que l'Eglise s'est montrée digne de la confiance du parti et du gouvernement, qu'elle a adopté la politique patriotique voulue et qu'en conséquence elle ne fera pas l'objet de persécutions. Et en effet, la persécution proprement dite des croyants prend fin. La vie de l'Eglise devient plus tranquille. Les services religieux sont rétablis.

    Quelque deux cents églises et couvents sont rouverts en 1943 et 1944. Des prêtres qui tenaient secrète leur dignité ecclésiastique retournent à leur activité pastorale. Les anciens moines se voient accorder la possibilité de réintégrer les monastères. A partir de 1943, des Ecoles de théologie sont de nouveau ouvertes et ceux qui sont attirés par la prêtrise peuvent recevoir l'enseignement voulu. La masse des fidèles ne cesse d'augmenter. Un grand nombre de croyants qui étaient passés à l'«Eglise vivante» ou qui, pendant de longues années, avaient caché leurs opinions religieuses reviennent grossir les rangs de l'Eglise traditionnelle.

    Le Concile se réunit à la fin de janvier 1945. Durant sa session, en février, en présence de deux patriarches d'Orient (ceux d'Alexandrie et d'Antioche), des représentants du patriarche oecuménique et du patriarche de Jérusalem, ainsi que des dignitaires d'autres Eglises orthodoxes autocéphales, Mgr Alexis, métropolite de Léningrad, est élu patriarche de Moscou et de toute la Russie.


    Période de renaissance de l'Eglise (1945-1957)

    Le patriarche Alexis, qui a, pendant de longues années, partagé les vues du patriarche Serge, poursuit dans l'ensemble la politique religieuse de son prédécesseur. Le début de son ministère coïncide, sans conteste, avec une période de renaissance rapide de la vie religieuse dans la légalité. Cependant, au point de vue juridique, les droits de l'Eglise ne sont pas plus étendus. Par exemple, dans la Grande Encyclopédie Soviétique, l'article consacré à la situation de l'Eglise en U.R.S.S. est rédigé comme suit:

    Le gouvernement soviétique part du principe (...) que l'Eglise a comme seule attribution l'exercice du culte. Aucune activité de propagande, d'enseignement moral ou d'éducation (sortant du cadre de certaines communautés religieuses) ne doit être du ressort de l'Eglise.10

    Pour sa part, une fois élu, le patriarche Alexis affirme notamment dans son premier mémoire aux fidèles:

    Le devoir d'un patriarche est de veiller à l'inaltérabilité et à inviolabilité de l'enseignement de l'Eglise, des canons sacrés et des traditions religieuses; il doit protéger des scissions et des schismes l'Eglise dont il a la charge, promouvoir la vie vertueuse chez ses ouailles.11

    La guerre finie, les rapports entre l'Eglise et l'Etat ne subissent guère de changements. L'Eglise continue à bénéficier du prestige qu'elle a acquis pendant la guerre auprès des croyants ainsi qu'auprès des organes du pouvoir soviétique. A titre de récompense pour leur concours dans la lutte contre l'Allemagne, les membres du clergé russe reçoivent, entre 1946 et 1948, 253 décorations et médailles civiles; le patriarche Alexis, pour sa part, reçoit deux décorations.

    Dans les années d'après-guerre, l'Eglise s'efforce de faire rouvrir un certain nombre d'églises restées inactives. Elle marque un de ses plus grands succès quand elle se voit accorder la direction de deux lieux saints hautement vénérés de l'orthodoxie, à savoir les Laures Trinité-Saint-Serge et Kievo-Petchersk. On rend également à l'Eglise une partie des icônes et des reliques qui, depuis les années 1920 et 1930, se trouvaient dans les musées d'Etat. Toutefois des icônes particulièrement vénérées et d'une haute qualité artistique, telle la Trinité de Roublev, ainsi que les icônes miraculeuses de Notre-Dame du Don et de Vladimir restent encore, à cette époque, dans les musées de l'U.R.S.S.

    L'Eglise continue à rendre d'importants services au gouvernement soviétique. Alors que durant les hostilités, le rôle essentiel du clergé (selon le gouvernement) consistait à stimuler le patriotisme de la population et à exalter son énergie dans la lutte contre l'ennemi, l'Eglise, une fois la guerre finie, se voit entraînée dans la campagne de lutte pour la paix menée par le gouvernement soviétique.


    Nouvelles persécutions de l'Eglise par l'Etat (1957-1964)

    La fin des années 1940 et la première moitié de la décennie suivante constituent encore une période de coexistence de l'Eglise et de l'Etat. Mais cette réconciliation du régime soviétique avec un organisme qui vit à ses côtés et qui lui est idéologiquement étranger ne pouvait être que temporaire. Dès 1957, le gouvernement soviétique recommence à restreindre l'activité de l'Eglise et à partir de 1960 entreprend des mesures visant à anéantir la religion dans le pays. Ce changement de la politique gouvernementale était prévisible. Dans son ouvrage Origine et sens du communisme russe, Nicolas Berdiaev décrit en ces termes l'essence du communisme:

    Le communisme au contraire veut avant tout être une «conception du monde». Il se déclare «totalitaire» et attache en conséquence une importance énorme au fait religieux. Le communisme russe - le communisme, en général d'ailleurs, est une création russe - a construit tout son programme à partir de cette «conception du monde». Dans la constitution du parti, non seulement du parti russe, mais du parti international, il est dit que tout adhérent doit être un athée et mener la propagande appropriée; il est tenu de briser tout lien, de quelque nature que ce soit, qui le rattache à l'Eglise. Lénine lui-même a arrêté avec précision tous ces principes. La religion n'est affaire privée qu'au sein d'un Etat bourgeois, où le rôle du communiste lui-même est alors de soutenir la thèse de la liberté de conscience, de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, la thèse d'une religion «privée». Mais, dialectiquement, il en va tout autrement du moment où la question est posée à l'intérieur du parti communiste, à l'intérieur d'un Etat et d'une société communistes. La religion cesse alors d'être chose particulière pour devenir au plus haut point générale-sociale, et le combat contre elle doit être mené impitoyablement. Le communiste véritable et intégral ne peut plus être un croyant religieux, il ne peut plus être un chrétien. Une conception du monde définie à l'avance lui est imposée, il doit être un matérialiste et un athée, un athée militant. Partager le programme social du communisme ne suffit pas pour devenir membre du parti. Il faut accepter cette foi, opposée à la foi chrétienne, et dans laquelle le communisme réside essentiellement.12

    A la fin des années 1950, les idéologues soviétiques commencent à affirmer que le socialisme est déjà construit en U.R.S.S. et que le temps est venu de construire le communisme proprement dit. Or, l'existence et a fortiori la prospérité relative de l'Eglise ne s'accordent en aucune façon avec les déclarations des idéologues soviétiques. Ces derniers, même durant les périodes de coexistence pacifique de l'Eglise et de l'Etat, avaient d'ailleurs toujours considéré l'existence de l'Eglise comme un phénomène temporaire. C'est ainsi que l'on peut lire dans la Grande Encyclopédie Soviétique, à la rubrique consacrée à la religion:

    (...) tant que la religion n'a pas disparu, tarit qu'elle n'aura pas libéré de son étreinte tenace une certaine partie des citoyens de l'U.R.S.S. qui jouissent des droits civiques, le gouvernement soviétique prend en considération l'existence des idées religieuses et (...) ne restreint pas la liberté de célébrer les cérémonies religieuses.13

    Par conséquent, aux yeux des autorités soviétiques, tout compromis avec l'Eglise n'est qu'une situation temporaire, leur but restant essentiellement la disparition totale de l'Eglise.

    En 1957, sous Khroutchev, l'Eglise recommence à faire l'objet de persécutions. Contrairement à ce qui se passait avant la Seconde Guerre mondiale, les organes gouvernementaux ne font pas appel, cette fois-ci, à la destruction physique des individus. Les représentants du «Département des affaires religieuses» mettent en oeuvre la politique antireligieuse en appliquant des mesures administratives: à la prétendue demande de citoyens, on ferme des églises, des couvents et des séminaires, les ecclésiastiques font l'objet de mutations et de destitutions. A l'égard des fidèles, la lutte antireligieuse se fait au moyen de la propagande, et aussi par l'application de mesures administratives. Ainsi, les élèves et étudiants qui participent à la vie de l'Eglise sont passibles de renvoi des établissements d'enseignement.

    Le patriarche Tihon publie une protestation et un certain nombre de prêtres renégats sont excommuniés. En réponse à la protestation de l'Eglise, le gouvernement se lance dans la répression. Durant les trois années allant de 1959 à 1962, quelque 10 500 églises sont fermées et il ne reste plus, à la fin de cette période, qu'environ 14 500 prêtres sur les 30 000 qui officiaient encore en 1959.14

    A partir de 1964, avec la chute de Khroutchev, la propagande antireligieuse se fait moins agressive, il y a même des articles qui dénoncent les excès des propagandistes athées. Comment faut-il interpréter ce nouveau ralentissement de la campagne d'anéantissement de la religion? L'archiprêtre D. Konstantinov, ayant étudié de près la situation de l'Eglise en U.R.S.S., voit quatre causes principales à ce ralentissement: 1) le mouvement religieux de la résistance; 2) la réaction du monde occidental; 3) l'activité religieuse clandestine (apparition en U.R.S.S. d'un grand nombre d'Eglises illégales clandestines et, d'une façon générale, de diverses cellules religieuses); 4) la situation internationale et la situation interne de l'U.R.S.S. Selon D. Konstantinov, des quatre facteurs précités «le principal, et qui conditionne les autres, est le mouvement religieux de la résistance».15


    L'Eglise et l'Etat après les persécutions de l'époque khroutchévienne (1964-1980)

    Bien qu'avec la chute de Khroutchev, la persécution directe se soit apaisée, il n'en reste pas moins qu'on ne rouvre pas les églises, les séminaires et les couvents qui avaient été fermés pendant les persécutions de l'époque khroutchévienne. La campagne antireligieuse reste aussi active qu'auparavant. La lutte idéologique contre l'Eglise se poursuit. Le but de cette lutte demeure l'anéantissement de la religion et, partant, de l'Eglise. En définissant la place de l'Eglise au sein de la société soviétique, un des spécialistes communistes des questions religieuses écrit:

    A l'heure actuelle, non seulement l'orthodoxie n'aide pas les Soviets à construire le communisme, mais encore elle y fait obstacle de toutes sortes de façons. Et, comme nous l'avons vu, il ne s'agit pas là d'une quelconque mauvaise volonté ou de la malveillance personnelle du clergé orthodoxe, mais de l'essence même de l'idéologie religieuse dont ce dernier fait la propagande cela signifie que les changements reliés à l'évolution n'ont aucunement touché la nature de l'Eglise orthodoxe en tant que propagandiste de l'idéologie religieuse antiscientifique incompatible avec la conception du matérialisme dialectique, en tant que stimulant des superstitions qui retardent le développement spirituel de l'homme, en tant que zélateurs de normes morales qui sont par essence en contradiction avec les principes du code moral des bâtisseurs du communisme. Par conséquent, même dans son état actuel, l'Eglise orthodoxe russe est encore l'héritage de la société du passé, autrement dit, une chose périmée. Elle ne dispense pas ses services à toute la société socialiste, mais seulement à quelques-uns des membres de celle-ci, c'est-à-dire à des gens qui ne se sont pas encore libérés du vestige du passé que sont les préjugés religieux (...)

    A mesure que déclinera le nombre des croyants, l'Eglise verra se restreindre de plus en plus sa sphère d'influence et l'envergure de son activité, jusqu'à ce qu'elle quitte définitivement la scène pour ne devenir qu'un objet d'études historiques.16

    La Russie soviétique des années 1960 et 1970 n'est plus ce qu'elle était sous Staline. Les voix des dissidents commencent à aborder des thèmes religieux aussi bien que politiques. Les ecclésiastiques et les fidèles commencent à discuter ouvertement de questions intéressant l'essence même de la vie de l'Eglise. Ils ont le courage de réexaminer les rapports entre l'Eglise et l'Etat, courage qu'ils paient souvent de leur propre liberté. On voit également la preuve que l'Eglise orthodoxe russe n'est pas un organisme religieux en voie d'extinction dans le fait que le nombre des croyants ne cesse de croître; il y a lieu de noter d'autre part que parmi les néophytes on compte un grand nombre de jeunes et d'intellectuels.

    Quel est l'avenir de l'Eglise orthodoxe en U.R.S.S.? Continuera-t-elle à suivre la voie conciliante tracée par le patriarche Serge, ou bien, avec le temps, sous l'influence d'idées et de circonstances nouvelles, et inspirée par des hommes nouveaux, se mettra-t-elle en quête d'un autre chemin? Il est encore trop tôt pour pouvoir répondre à cette question.


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    Notes
    1 P-E. KOVALEVSKII, Istoricheskii put' Rossii, Parizh, 1949, p. 84.
    2 Traduction empruntée à C.J. DUMONT, «Message du patriarche Tihon en date du 19 janvier 1918», L'Eglise orthodoxe russe en face du communisme, Paris, 1950, p. 7.
    3 Traduction empruntée à Nikita STRUVE, «Lettre de S.S. Tihon, patriarche de Moscou et de toute la Russie au Conseil des commissaires du peuple à l'occasion Élu premier anniversaire du pouvoir soviétique, le 7 novembre 1918», Les Chrétiens en URSS, «Annexe 1» Paris, Editions du Seuil, 1963, p. 291.
    4 Traduction empruntée à Nikita STRUVE, «Mémoire des évêques déportés aux îles Solovki adressé au gouvernement soviétique (été 1926)», op. cit., «Annexe l», p. 295.
    5 Traduction empruntée à C.P. DUMONT, «Projet de lettre de Mgr Serge, métropolite de Nijny-Nougorod, aux évêques, pasteurs et fidèles du patriarcat de Moscou», op. cit., p. 40.
    6Traduction empruntée à Nikita STRUVE, «Lettre de Mgr Serge, métropolite de Nijny-Nougorod, locum tenens» du gardien du trône patriarcal, au clergé et aux fidèles du patriarcat de Moscou, op. cit., «Annexe l», p. 307.
    7 Loc. cit.
    8 Bernard, PARES, Russia, New York, Penguin Books, 1940, pp. 178-179.
    9 Traduction empruntée à Nikita STRUVE, «Aux pasteurs et aux ouailles de l'Eglise orthodoxe du Christ. Message de Mgr Serge, métropolite de Kolomna et de Moscou, chef de l'Eglise orthodoxe russe, adressé à toutes les paroisses le 22 juin 1941», op. cit., «Annexe I», p. 310.
    10A- Kolosov, «Religiia i cerkov' v. SSSR», Bol'shaia Sovetskaia Enciklopedia, tom «SSSR», Moskva, 1947, pp. 1783-1784.
    11 Zhurnal Moskovskoi patriarhii, 1944, no: 12.
    12 Nicolas BERDIAEV, Les sources et le sens du communisme russe, Paris, Gallimard, 1938, pp. 223-224.
    13 A. KoLosov, «Religiia i cerkov' v SSSR», op. cit., p. 1782.
    14 Protoierei D. KONSTANTiNOV, Religioznoe dvizhenie soprotivIeniia v SSSR, SBONR, 1967, p. 63.
    15 N. JUDIN, Pravda o peterburgskih sviatyniah, Leningrad, 1962, P. 8.
    16 N.S. GORDIENKO, Sovremennoe pravoslavie, Moskva, Mysl', 1968, Pp. 140-141.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01

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