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    Dossier: Etats-Unis

    De quoi regretter Trump, 1ère partie

    Andrée Mathieu

    La seconde partie paraîtra dans la prochaine Lettre de l’Agora ; elle sera aussi publiée sur notre page d’accueil (agora.qc.ca) dans les jours qui viennent.

     

    La société est devenue folle !  Les citoyens s’invectivent de gauche à droite et on ne voit pas beaucoup plus de sagesse d’un côté que de l’autre. Même les modérés sont en train de perdre la boussole. Mon exemple préféré de la folie ambiante nous a été fourni par la chaine de télévision sportive ESPN. Un jeune animateur américain d’origine chinoise qui devait commenter le match local d’ouverture de la saison de football à Charlottesville s’est vu retirer des ondes parce qu’il porte le nom de… Robert Lee. ESPN craignait de froisser son auditoire en évoquant le nom du général sudiste, héros de la Guerre de Sécession. Cette anecdote, qui a fait le tour du monde[1], serait drôle à mourir si elle ne trahissait pas une amplification pathétique de la rectitude politique.

     Dans cette atmosphère, il est de bon ton de détester et diaboliser le président Trump, après tout il est vulgaire et nous aimons bien penser que nous ne le sommes pas, alors pas question d’en dire le moindre bien.  Mais au-delà du personnage et même s’il est probable que la plupart des gens d’extrême droite ont voté pour lui (ils n’allaient tout de même pas voter démocrate !), il est faux de prétendre que tous les électeurs de Donald Trump sont des idiots et des extrémistes. Parmi eux, il y a ceux qui ont espéré que l’homme d’affaires excentrique qui leur a promis de nettoyer les écuries d’Augias (drain the swamp), pourrait réellement débarrasser Washington des « élites » qui ont transformé la Maison Banche en village Potemkine. Car Washington n’est plus qu’un trompe-l’œil à des fins de propagande.

    L’idée d’écrire cet article m’est venue en lisant un texte de Glenn Greenwald intitulé What’s worse : Trump’s Campaign Agenda or Empowering Generals and CIA Operatives to Subvert it ?[2] Le célèbre journaliste fondateur de The Intercept fait remarquer que, pendant la campagne électorale, Donald Trump s’est attaqué aux principes sacrés fondant le consensus bipartisan qui règne à Washington depuis longtemps, exaspérant ainsi « les néolibéraux et néoconservateurs gardiens de ce consensus, ainsi que le réseau tentaculaire d’agences, de groupes de réflexion, d’institutions financières et de médias utilisés pour mettre en œuvre leur agenda politique (CIA, NSA, Institut Brookings (sciences sociales) et celui de l’Entreprise indépendante, Wall Street, Silicon Valley, etc.) ». Nous allons nous intéresser aux trois principales composantes de ce réseau, que déjà bien avant Trump on surnommait l’état profond (Deep State), ainsi qu’à la synergie inquiétante qu’elles ont développée.

    Le Département tentaculaire de la défense et ses nombreuses agences

    Peu importe ce qu’on peut penser de Steve Bannon, son congédiement ou sa démission a permis aux militaires de prendre le contrôle de la Maison Blanche. Un journaliste du Washington Post[3] s’est même réjoui que les généraux John Kelly, Herbert McMaster et James Mattis viennent rétablir l’ordre au sein du Gouvernement. Ces généraux « servent leur pays de façon à sauvegarder la démocratie et la Constitution au risque de mettre leur nom et leur réputation en jeu », a-t-il écrit. Niant l’existence de l’état profond, des journalistes et des citoyens appellent l’armée américaine à délivrer la République de son gouvernement élu ! Drôle de démocratie… Pour l’ancien agent des services secrets britanniques (MI6) Alastair Crooke, « le leadership civil a cédé sa place à l’armée »[4].

    La communauté du renseignement militaire est devenue si importante, si complexe et si secrète que personne ne sait plus combien elle coûte, combien de gens elle emploie, combien elle compte de programmes ou combien de ses agences font double emploi. En 2010, un dossier à ce sujet intitulé Top Secret America : A hidden world, growing beyond control[5] a été publié dans le Washington Post par la journaliste d’enquête Dana Priest et son collègue William M. Arkin, recherche qui leur a mérité le prestigieux Prix Pulitzer. Dans cet extraordinaire document, on apprend notamment que quelque 1271 organisations gouvernementales et 1931 compagnies privées travaillent sur des programmes reliés au contre-terrorisme, à la sécurité intérieure et au renseignement sur environ 10 000 sites sur le territoire américain. Plus de 850 000 personnes détiennent une habilitation de sécurité « top secret », soit plus que la population de Washington. Plusieurs agences de sécurité et de renseignement exécutent le même travail, créant de la redondance et du gaspillage. Par exemple, 51 organisations fédérales et commandements militaires, travaillant dans 15 villes américaines, surveillent les flux d’argent destinés aux réseaux terroristes. Les experts chargés de l’analyse des documents et des enregistrements de conversations obtenus par espionnage domestique ou étranger publient de l’ordre de 50 000 rapports de renseignement par année, une quantité si énorme qu’ils sont presque systématiquement ignorés. Le lieutenant général John R. Vines, qui a commandé jusqu’à 145 000 militaires en Irak, a fait cette affirmation aux journalistes du Post : « Je ne connais aucune agence avec l’autorité, la responsabilité et les processus nécessaires pour coordonner toutes ces activités inter-agences et ces opérations commerciales. La complexité de ce système défie la description ». Dans une autre entrevue au Post, Leon Panetta, alors directeur de la CIA, reconnaissait que « les niveaux de dépense depuis le 9 septembre 2001 ne sont pas soutenables ». Par exemple, la DIA (Defense Intelligence Agency) est passée de 7 500 employés en 2002 à 16 500 en 2010.

    L’agence de presse Reuters rapporte[6] que selon l’Inspecteur général du Département de la défense, en 2015 l’armée américaine a dû faire pour $6,5 billions ($6500 milliards !) d’ajustements comptables pour créer l’illusion que ses livres balançaient. En outre, les employés du Service des finances et de la comptabilité de la Défense ou DFAS (Defense Finance and Accounting Services) n’ont pas pu établir un état financier précis à la fin de l’exercice parce qu’au-delà de 16 000 fichiers de données s’étaient volatilisés de leur système informatique. Selon le rapport de l’Inspecteur général « il n’y a aucun moyen de savoir comment le Département de la défense, qui représente plus de la moitié du budget américain, dépense l’argent des contribuables ». « Où va l’argent ? Personne ne le sait » dit Franklin Spinney, un analyste retraité du Pentagone cité par Reuters.

    Répondez sérieusement. Si vous étiez parmi les payeurs de taxes de classe moyenne aux États-Unis, n’auriez-vous pas vous aussi été tentés de donner une chance à un candidat qui vous promettait de faire le ménage ? 

    Goldman Sachs et autres oligarques de Wall Street

    Michael Krieger[7] est un ancien analyste financier de Wall Street recyclé en blogueur indépendant parce que son travail ne correspondait plus à ses valeurs. Il a été témoin de la carrière de Donald Trump car il a grandi et travaillé à New York avant de s’établir au Colorado. Son blogue Liberty Blitzkrieg offre des points de vue intéressants sur le monde des affaires et ses interactions dans le système complexe mondial. 

    Selon Krieger, la vision d’un promoteur new-yorkais milliardaire typique est pleine de priorités mais le peuple n’en fait pas partie. « Le départ de Steve Bannon a fait tomber le masque populiste de l’administration Trump. On se retrouve sous la présidence de Goldman Sachs avec un prête-nom irréfléchi, autoritaire et susceptible comme fer de lance», écrit Krieger dans un texte intitulé Donald Trump Finally Comes Out of the Closet[8]. Bannon était à couteaux tirés avec plusieurs conseillers du président qu’il appelait « les mondialistes », parmi lesquels on trouve le gendre de Trump, Jared Kushner, le banquier d’affaires et directeur du Conseil économique national Gary Cohn et le conseiller à la Sécurité nationale H. R. McMaster.

    D’après Mike Krieger, « Goldman Sachs à la tête des politiques économiques de Donald Trump, c’est peut-être l’aspect le plus inquiétant de sa présidence en ce qui regarde les impacts négatifs sur les citoyens de classe moyenne… »[9]. Prenons, par exemple, la loi Glass-Steagall qui séparait les banques de dépôts, plus prudentes de nature, des banques d'affaires au goût du risque élevé, et qui a été abrogée par l'administration de Bill Clinton en 1999. Durant la campagne présidentielle, Trump a dit qu’il souhaitait rétablir une version « 21ème siècle » de cette loi[10]. Cependant, un article de Bloomberg[11] révèle que Wall Street ne l’a pas pris très au sérieux. Certains cadres de Wall Street pensent que si la Maison Blanche veut réellement une nouvelle version de Glass-Steagall, cette dernière ne fera que supprimer les règles pour les plus petites banques sans démembrer les grandes. Les grosses banques américaines désirent plutôt que le président assouplisse les exigences en capitaux qui limitent leur effet de levier (recours à l’emprunt pour financer l’investissement), qu’il diminue la pression qu’exercent les tests de résistance (exigés par la loi Dodd-Frank[12] adoptée sous l’administration Obama) qui ont pour but de les aider à survivre dans l’éventualité d’une autre crise financière et qu’il affaiblisse la règle Volcker visant à limiter les investissements spéculatifs, comme ceux qu’a fait Goldman Sachs en pariant sur la baisse de la valeur des subprimes tout en encourageant ses clients à en acheter. La crise de 2008 a conduit à la perte de 2,6 millions d'emplois, à une contraction de plusieurs centaines de milliards de dollars, à une chute des prix de l'immobilier et à une réduction « spectaculaire » du patrimoine des ménages américains. 

    Il faut lire le remarquable article publié par The Intercept au titre évocateur Government by Goldman : Gary Cohn Is Giving Goldman Sachs Everything It Ever Wanted From the Trump Administration[13]. Les journalistes Gary Rivlin et Michael Hudson y expliquent le rôle de Goldman Sachs, en particulier de Gary Cohn, dans la crise financière de 2008 ainsi que son influence dans le cabinet de Donald Trump. Lisez ce texte, puis regardez l’excellent film The Big Short[14] (Le Casse du siècle) et Wall Street n’aura plus de secret pour vous.

    Le fait que le président Trump se soit entouré de deux anciens cadres de Goldman Sachs, Steven Mnuchin comme secrétaire du Trésor et Gary Cohn comme conseiller économique, et que son administration ait nommé des amis de Wall Street comme régulateurs constitue, selon Mike Krieger, « un gigantesque doigt d’honneur au public américain ». La populaire sénatrice démocrate du Massachussetts, Élizabeth Warren, qui ne manque certes pas d'humour, a même plaisanté qu'il y a "suffisamment d'anciens cadres de Goldman Sachs à la Maison Blanche pour ouvrir une succursale"[15].

    Pourtant, de nombreux citoyens américains ont voté pour le candidat Trump parce qu’il a promis une réforme économique en leur faveur. Ainsi, pendant la campagne présidentielle[16], il ciblait entre autres Goldman Sachs quand il a dénoncé « un système truqué en faveur de l'élite mondiale, qui a volé notre classe ouvrière, dépouillé notre pays de ses richesses et mis l'argent dans les poches d'une poignée de grandes entreprises et de politiciens ». Il a râlé contre la délocalisation des entreprises américaines, allant jusqu'à les menacer d'imposer un tarif de 35% sur tous les biens importés aux États-Unis en provenance d'une compagnie ayant déplacé ses emplois à l'étranger. Il a promis une réforme de la fiscalité pour favoriser les travailleurs et insisté sur l'importance d'un ambitieux programme d'infrastructures. Il faut admettre qu'il y avait là de quoi séduire de nombreux électeurs...

    Mais Gary Cohn, le principal conseiller économique du président qui, chez Goldman Sachs, a été au cœur de la crise financière, tient un tout autre discours, comme le rapportent les journalistes de The Intercept[17]. En novembre dernier, Cohn a expliqué à un groupe d'investisseurs que Goldman Sachs a expatrié ses employés de soutien administratif à Bangalore en Inde parce que "les employés là-bas travaillent pour une fraction du salaire des travailleurs américains" ! Au printemps dernier, Cohn et Mnuchin ont annoncé un plan fiscal plafonnant l’impôt sur les sociétés à 15%. Dans un de ses célèbres gazouillis[18] (tweet) Donald Trump écrivait récemment que la Chine a un taux d’imposition des entreprises de… 15%, que les États-Unis ont avantage à égaler pour demeurer compétitifs. Si ce plan avait été en vigueur, Goldman Sachs aurait payé $1,4 milliards de taxes en moins l'an dernier. Enfin, Gary Cohn, flairant une autre bonne affaire dans le plan d'infrastructures du président, lui a suggéré que leurs partenaires de l'industrie privée pourraient aider le gouvernement à régler ce problème sans creuser davantage la dette publique. Nul besoin de préciser que cette suggestion a plu à ses anciens collègues du département du Secteur public et des infrastructures chez Goldman Sachs. Certains qualifient Cohn de « conflit d'intérêt ambulant ».

    Le journaliste du magazine Rolling Stone, Matt Taibbi, compare Goldman Sachs à « une pieuvre enrobant la face de l'humanité et qui étend constamment ses tentacules sur tout ce qui a l’odeur de l'argent ». Pas étonnant que la grogne s'installe chez les supporteurs du président !

    Les ploutocrates de Silicon Valley

    Une philosophie impérialiste 

    « Auteurs de discours ambitieux sur une planète 100% connectée où ils seraient capables de se substituer aux États dans tous les domaines, les mastodontes comme Facebook, Alphabet, Microsoft ou Apple ont en plus les moyens de leur mise en œuvre. Pas de quoi rassurer les défenseurs d’un modèle social et solidaire »[19] peut-on lire sur le site de Libération. C’est que les ploutocrates de Silicon Valley se proposent de « changer le monde » par le numérique, rien de moins. Facebook et Google sont les nouveaux pouvoirs coloniaux. Pas étonnant qu’ils aient réagi si fortement à la proposition de Steve Bannon d’en faire des services publics, car ils sont tout sauf cela.

    Dans un excellent article publié dans la revue Fast Company[20], le journaliste techno Gregory Ferenstein présente quelques résultats d’une enquête qu’il a effectuée auprès de 129 fondateurs de start-ups de Silicon Valley pour connaître leur philosophie. En résumé, les gourous du numérique combinent l’obsession méritocratique des libertariens et le collectivisme des libéraux. D’une part, ils méprisent les organisations de travailleurs qui, selon eux, font grimper les coûts, diminuer la productivité et politisent le travail. D’autre part, ils aiment bien que les gouvernements investissent dans les citoyens, cela permet à ces derniers d’être plus créatifs. Car les utopistes de Silicon Valley croient au salut par l’innovation. Alors, ils sont en faveur des investissements publics en santé et en éducation et, comme ils croient que tout ce que l’on fait a une influence sur les autres (interdépendance), ils croient justifiées les interventions du gouvernement dans les décisions personnelles des citoyens, notamment dans les choix affectant leur santé.

    De façon générale, les créateurs de start-ups sont optimistes. Comme dit Mark Zuckerberg, « Je pense qu’il faut l’être quand on est un entrepreneur ». Cet optimisme repose sur deux présupposés philosophiques :

    1. à long terme, le changement est presque toujours positif ;

    2. les conflits d’intérêts entre les citoyens, le gouvernement, les entreprises ou les pays étrangers n’existent pas.

    Les fondateurs croient que tous les problèmes sont des problèmes d’information. Par exemple, ils pensent qu’on devrait préférer le partage de renseignements à la protection de la vie privée et que seul le dialogue peut résoudre les conflits entre ennemis militaires. Ils font de la transparence (pour les autres) une panacée. Par ailleurs, un investisseur dans les hautes technologies a expliqué à Ferenstein pourquoi il est d’avis que la réalité virtuelle pourrait résoudre des siècles de guerres religieuses et d’inégalités sociales : « Si un milliardaire avait la possibilité de vivre pendant une journée la vie d’un sans-abri, il pourrait avoir plus d’empathie pour les personnes dans cette situation ». Sont-ils naïfs ou idéalistes ?

     La majorité des personnes ayant participé à l’enquête de Ferenstein croient que la source des solutions se trouve chez les citoyens. Cependant, elles ne croient pas que tous les citoyens peuvent contribuer également, alors elles sont favorables à l’égalité des chances mais pas à celle du traitement. Les créateurs de start-ups sont élitistes. 

    Enfin, les fondateurs pensent que le gouvernement doit être géré comme une entreprise ; ils préfèrent la collaboration internationale à la souveraineté des pays ; ils sont presque unanimement en faveur des accords de libre-échange et de l’ouverture des frontières à l’immigration, car ils croient que c’est la voie de la paix ; plusieurs croient même que l’urbanisation est un impératif moral, car la densité et la diversité favorisent l’innovation.

     En somme, pour emprunter l’expression d’Erwan Cario sur le site de Libération[21], les gourous de Silicon Valley multiplient les deus ex machina tels l’intelligence artificielle, la robotique, la réalité virtuelle et augmentée, les biotechnologies et même l’exploration de l’espace pour entraîner l’humanité dans la direction qu’ils ont choisie.

     Certains ploutocrates de Silicon Valley se proposent de réinventer le parti démocrate à partir d’un groupe appelé Win the Future[22] lancé par le co-créateur de Zynga Mark Pincus et du co-fondateur de LinkedIn Reid Hofman. L’organisation se décrit comme « pro-sociale, pro-planète et pro-entreprises »[23]. On remarque que depuis l’élection de Donald Trump, Silicon Valley s’intéresse de plus en plus à la politique. Le meilleur exemple de cette tendance est certes Mark Zuckerberg qui s’est entouré de l’équipe de campagne de Barrack Obama, visite chacun des 50 états américains et possède une équipe de 12 personnes et quelques photographes officiels pour soigner son image sur sa page personnelle. On dirait bien que Zuckerberg se prépare à devenir président des États-Unis. Michael Krieger[24], qui a parlé à plusieurs de ses amis pour tracer un portrait du jeune patron de Facebook, rapporte que son jeu vidéo préféré était Civilisation, dont l’objectif est d’ériger un empire durable, et qu’il était aussi amateur de Risk, un jeu de stratégie dont le but est ni plus ni moins que de s’emparer du monde. Krieger ajoute : « Croyez-le ou non, il a appliqué certaines des stratégies développées en jouant à ces jeux pour créer et gérer la formidable croissance de Facebook, organisant ses équipes comme il l’avait fait avec ses bataillons ». « Zuckerberg veut être empereur » est une expression qui revient souvent parmi les gens qui l’ont connu au fil des ans.

    Un système économique « algorithmique »

    Dans un article intitulé Feudalism and the Algorithmic Economy[25], l’écrivain, essayiste et auteur de science-fiction Thaddeus Howze décrit « un futur où votre efficacité sera mesurée par des machines et où vous serez sous-payés ». Il y a de plus en plus de travail à temps partiel, sur demande ou non planifié qui offre peu ou pas d’avantages marginaux tels une bonne assurance-santé, des congés de maladie ou des indemnités de vacances. 

    Selon le spécialiste de la transformation numérique du travail Jean Pouly[26], le succès des plateformes d’échanges de compétences, comme LinkedIn, préfigure une nouvelle organisation internationale du travail. Il existe des plateformes numériques pour tout type de services, ou presque, services à domicile comme Task Rabbit, services de traduction comme Gengo ou services de livraison comme Deliveroo ou Uber, par exemple. Aux États-Unis, déjà plus d'un tiers des actifs (35 %) ont adopté ce modèle. De plus en plus d’économistes donnent le nom de « gig economy », ou économie collaborative, à cette économie des petits boulots où chacun serait libre de travailler où il veut et quand il veut.

    « Est-ce une utopie ou une arnaque ? » se demande le spécialiste des marchés financiers, banquier d'affaires, et essayiste Marc Fiorentino[27]. Une maigre poursuite de $586,56 pourrait tirer la question au clair. En effet, un ancien livreur de GrubHub, Raef Lawson, se retrouve au centre d’une bataille légale pour déterminer si 1099 conducteurs travaillant pour les firmes GrubHub et Uber devraient être considérés comme des employés ou des entrepreneurs indépendants. Si Lawson gagne sa poursuite, c’est tout le modèle d’affaires de la « gig economy » qui sera remis en cause. Ce serait David terrassant Goliath.

    Antonio Garcia Martinez, ancien gérant de projet chez Facebook, a été terrifié par la progression rapide et incessante de la technologie. Dans son livre intitulé Chaos Monkeys[28], qui est passionnant et teinté d’humour, il craint que les machines auront fait disparaître la moitié des emplois d’ici 30 ans, créant de la révolte et potentiellement des conflits armés. « Il y a 300 millions d’armes dans ce pays, un pour chaque homme, femme et enfant, et elles sont principalement dans les mains de ceux qui sont économiquement perdants », écrit-il. Dans un excellent documentaire de la BBC intitulé Secrets of Silicon Valley, le journaliste britannique, auteur et directeur du Centre d’analyse des médias sociaux Jamie Bartlett lui fait écho : « Derrière cette application de conception élégante ou cette astucieuse plateforme se cache une forme brutale de capitalisme qui exclut plusieurs gens parmi les plus pauvres de la société »[29]. Ainsi, très récemment, John Cryan, président de la Deutsche Bank, déclarait : « dans notre banque nous avons des personnes qui travaillent comme des robots (…) demain nous aurons des robots qui agiront comme des humains. Seule différence, évidente : le robot n’est pas payé, la personne si. » [30]

    Dans le Monde diplomatique[31], Evgeny Morozov, chercheur américain critique du « webcentrisme » et du déterminisme technologique, explique que « le gratin des nouvelles technologies est devenu l’un des plus fervents soutiens du revenu garanti pour tous », car il permettrait aux citoyens de mieux s’adapter à la nature précaire des emplois. Mais, CBS News[32] se demande qui va payer pour le programme, car selon l’ONG Tax Foundation of Hawaï, par exemple, si chaque résident de cet état recevait $10 000 par année, il faudrait distribuer environ $10 milliards, ce que l’état d’Hawaï ne peut se permettre, car il doit payer $20 milliards pour les régimes de retraite non capitalisés. Le co-fondateur de Facebook Chris Hughes a fait un généreux don de $10 millions sur deux ans pour appuyer un programme de revenu garanti, mais le problème c’est que l’état hawaïen aurait besoin de 1000 fois cette somme à chaque année !

    Une orientation néocapitaliste

     Netflix, Airbnb, Tesla, SpaceX, Uber, Dropbox, Pinterest, Snapchat et plusieurs autres sont ce qu’il est convenu d’appeler des licornes, ou des entreprises, souvent des start-ups, dont la valorisation à plus d’un milliard de dollars est sans commune mesure avec les profits qu’elles génèrent. Depuis 2015, le magazine Fortune établit une liste de licornes[33]. En 2016, on en comptait 153 dans le monde, parmi lesquelles Facebook, une super-licorne valorisée à plus de $100 milliards ($500 milliards le 27 juillet 2017)[34].

     Facebook

     Facebook est une entreprise dont le modèle d’affaires consiste à capturer et vendre l’attention des utilisateurs. Elle illustre parfaitement la maxime de l’ère de l’Internet selon laquelle « si le produit est gratuit, c’est que vous êtes le produit »[35]. Les véritables clients de Facebook ne sont donc pas ses abonnés, mais les publicitaires qui salivent devant sa capacité à rejoindre des auditoires ciblés. La stratégie de la compagnie est de tirer le maximum de revenus de publicité de la connaissance de ses abonnés. En quelque sorte, ces derniers travaillent pour Facebook en lui ajoutant de la valeur. Le géant du numérique a deux objectifs : la croissance et la monétisation. À partir de maintenant, la croissance va se faire principalement dans les pays en voie de développement. Dans le monde industrialisé, l’accent de Facebook est mis sur la monétisation. Depuis son entrée en bourse il y a cinq ans, la compagnie s’est transformée en véritable machine à imprimer de l’argent en tirant profit de sa taille. Mais ce n’est pas vraiment l’argent qui motive son fondateur, Mark Zuckerberg est un conquérant ; Martinez le compare à Alexandre le Grand.

    Amateur de littérature classique capable de déclamer de longues tirades d'Homère, il a reçu une double formation en informatique et en psychologie. Il connaît donc parfaitement le fonctionnement de l’esprit humain en particulier la dynamique sociale de la popularité et du statut. Les gens désirent être vus à leur avantage et Facebook est le meilleur outil pour y parvenir. Ils aiment se comparer à d’autres gens comme eux, découvrir leurs réseaux sociaux et épater le monde. C’est cette caractéristique de Facebook qui a retenu l’attention de l’investisseur de capital de risque Peter Thiel. Ce dernier, qui a étudié la philosophie du xxe siècle à l'université Stanford, reconnaît avoir été fortement influencé par la pensée de René Girard et sa théorie du désir mimétique. Constatant que Facebook est un moyen extraordinaire de satisfaire le besoin des gens de se comparer à leurs semblables et de les imiter, Thiel a décidé de financer le démarrage de la compagnie.

    Selon le journaliste John Lanchester dans The London Review of Books[36], les firmes comme Facebook et LinkedIn connaissent votre nom, votre adresse, votre revenu, votre niveau d’éducation, votre état civil et tous les endroits où vous avez payé avec une carte de débit ou de crédit. De plus, Facebook peut joindre votre identifiant à celui de votre téléphone intelligent. Pour Lanchester, Facebook est avant tout une entreprise de renseignement. Elle vous observe et utilise ce qu’elle sait sur vous pour vendre de la publicité. Lanchester se dit effrayé par l’ambition illimitée de la compagnie, par sa cruauté et par son absence de conscience morale.

    Pourtant, Facebook n’est pas invulnérable. Les recettes publicitaires sur Internet dépendent du nombre de clics sur les annonces. Or, un grand nombre de ces clics sont exécutés par des robots à partir de faux comptes. Le problème est bien connu et il affecte particulièrement Google, car il est facile de créer un site, d’y insérer un programme publicitaire (comme AdWords ou AdSense), puis de générer des faux clics avec un robot. Les clics artificiels doivent tout de même être payés par l'annonceur sans pour autant se traduire par un résultat commercial. Le magazine spécialisé Ad Week estime à $7 milliards le coût annuel des faux clics, soit environ 1/6 du marché, ce qui fragilise le modèle d’affaires de Google et Facebook puisque, selon Lanchester, ils ont presque le monopole de la publicité numérique (Google avec 41% et Facebook avec 16,6% contrôlent 57,6% du marché publicitaire digital)[37]. De plus, la révolte des clients (les publicitaires) pourrait s’accompagner d’une action des régulateurs ou des gouvernements. Si les revenus publicitaires cessent leur progression ou se mettent à fléchir, pendant combien de temps encore Facebook sera-t-il gratuit ? 

    Tesla

    Selon le Financial Post[38], Elon Musk est le maître du fake business. Son génie s’exprime principalement dans le domaine de la recherche de subventions. En 2015, le gouvernement des États-Unis seul avait donné à ses entreprises 5 milliards de dollars américains par des subventions directes, des allégements fiscaux, des prêts à taux réduits, des crédits d’impôt, des rabais aux acheteurs de ses produits et des subventions indirectes comme les infrastructures de recharge électrique. « Les fake industries ont toutes les mêmes investisseurs providentiels – les gouvernements – et le même promoteur vantant leurs marchandises – à nouveau les gouvernements ». Elles ont tendance à être éblouissantes et les spéculateurs boursiers parient sur leur capacité à continuer à obtenir le soutien de l’État.  

    Depuis quelques jours, un nouveau sujet de querelle est apparu à Washington sous la forme de la section 1615 de la NDAA (National Defense Authorization Agreement) dont plusieurs observateurs disent qu’elle a été écrite avec l’intention cachée du Congrès d’éliminer tranquillement toute sérieuse compétition à la firme SpaceX d’Elon Musk. C’est le sénateur Ron Paul qui a sonné l’alarme[39]. La section 1615 empêcherait l’Armée de l’Air de financier tout autre véhicule de lancement. Or, il ne restera bientôt plus qu’un seul lanceur établi sur le marché, celui d’Elon Musk. Cette situation pourrait durer longtemps si cette mesure est acceptée. Le docteur Paul souligne que « les contrats du Gouvernement comptent pour près de 70% des contrats de SpaceX. Les contribuables américains ont déjà donné plus de $5,5 milliards à Musk sous forme de contrats de l’Armée de l’Air et de la NASA ». Si la mesure est adoptée, ce pourcentage pourrait s’accroître de façon exponentielle. Une journaliste du site American Thinker se demande même si Elon Musk n’est pas une menace pour la sécurité nationale (Is Elon Musk Undercutting National Security ?)[40]

    Amazon

     Dans une entrevue à New Republic[41], le journaliste économique et écrivain américain Barry C. Lynn affirme que le but d’Amazon est rien de moins que de prendre le contrôle total du commerce de détail (physique et numérique). Les géants de la technologie soutiennent que la destruction du marché de détail est une conséquence inévitable de la révolution numérique. Mais selon Lynn, ce qu’Amazon démontre en faisant l’acquisition de Whole Foods est que l’effondrement du commerce de détail n’a rien à voir, ou si peu, avec la révolution technologique et tout à voir avec l’abus de pouvoir d’un détaillant dominant qui veut devenir encore plus prépondérant. En outre, Amazon échappe à la loi anti-monopole, car celle-ci est basée sur le fait que si les prix baissent, c’est que les marchés fonctionnent bien. Le premier nom que Jeff Bezos avait choisi pour Amazon était relentless.com (sans relâche). Le géant du commerce électronique ne sera en effet satisfait que lorsqu’il aura mis tous ses concurrents, spécialement Walmart, à genoux. Les détaillants n’auront alors d’autre choix que d’appeler le gouvernement à l’aide, car ce sera le seul moyen de rester en vie.

    Un courageux journaliste du Washington Post (le journal de Bezos !), Fredrick Kunkle, a causé quelques remous cette semaine en publiant un article intitulé Jeff Bezos veut donner plus d’argent aux œuvres caritatives. Il devrait commencer par payer ses employés. (Jeff Bezos Wants to Give More Money to Charity. He Should Pay His Workers First.)[42]. Il rappelle l’historique d’Amazon concernant l’évitement fiscal, le mauvais traitement de ses employés et son attitude impitoyable à l’égard du plus petit de ses concurrents. Il y a deux ans, Bezos a sabré dans les prestations de retraite de ses employés. Il voudrait annuler les régimes d’assurance maladie et d’abord l’enlever à ses employés à temps partiel. Même Forbes dit que Bezos nous ramène à l’époque où les employés n’étaient que des rouages interchangeables dans une machine à faire des profits ! Nul besoin de préciser que le brave journaliste a été réprimandé… C’est ça qu’on pense de la liberté de presse à Silicon Valley.

    Lynn pose ainsi le problème : « Nous avons ici un beau défi en Amérique. D’un côté vous avez Jeff Bezos et de l’autre la démocratie. Nous pouvons choisir à qui nous accorderons notre confiance. Voulons-nous faire confiance à l’Amérique, aux Américains et à l’histoire américaine ? Ou préférons-nous faire confiance à Jeff Bezos ? Tout revient à ça. »

    Alors quand je vois nos élus faire des ronds de jambe à Amazon pour qu’elle établisse son nouveau siège social dans le Grand Montréal, je me demande : « Préférons-nous faire confiance aux Québécois ou favoriser des Jeff Bezos ? » Sur le blogue économique de Radio-Canada, Gérald Fillion a osé poser la vraie question : « Et on peut se demander jusqu’où les élus iront pour attirer le géant Amazon, qui a dit vouloir créer 50 000 emplois avec l’ouverture d’un deuxième siège social. Va-t-on payer le tiers des salaires, comme on le fait chez Ubisoft ? Va-t-on continuer de ne pas taxer les ventes effectuées par Amazon ? Va-t-on financer de meilleurs salaires chez Amazon, pour trouver les 50 000 emplois, au détriment des sociétés qui paient leurs impôts au Québec ? Les élus iront-ils jusqu'à promettre la lune pour bénéficier du gain politique qui est celui d'annoncer des emplois ? »[43] Ces 50 000 nouveaux emplois pourront-ils seulement compenser tous ceux qui seront perdus dans nos centres commerciaux : vente, entretien ménager, restauration rapide, etc. ?

    Par ailleurs, Jeff Bezos, que la journaliste et activiste australienne Caitlin Johnstone n’hésite pas à qualifier d’« ennemi de l’humanité », n’a pas acheté l’un des journaux les plus respectés, le Washington Post, « parce qu’il nous aime et qu’il veut que nous connaissions la vérité sur le monde », mais parce qu’il comprend que l’empire qu’il veut construire a besoin d’un solide outil de propagande.

    Comme nous venons de le voir, sous leurs allures de bienfaiteurs de l’humanité, les géants technologiques de Silicon Valley n’ont que peu ou pas de considération pour les citoyens. Evgeny Morozov est sévère à leur endroit : « Les géants du numérique s’emploient à contourner l’impôt ; ils cherchent en permanence de nouvelles astuces pour extorquer leurs données aux usagers qui les produisent ; ils veulent réduire à néant l’État redistributif, soit en le détruisant complètement, soit en le remplaçant par leurs propres services privés et hautement individualisés (…) Sans compter qu’ils colonisent, usurpent et transforment en machine à cash – aussi appelée « économie de partage » - toute forme nouvelle d’entraide sociale permise par les derniers progrès des technologies de la communication »[44]. Certains électeurs de Donald Trump en ont eu marre de payer pour nourrir cette bête. Plusieurs ont été mis au chômage par la révolution numérique et ne voient pas comment leur situation pourrait s’améliorer. D’autres encore craignent de voir une telle concentration de pouvoir dans les mains d’une poignée de milliardaires utopistes et arrogants. Alors, quand leur candidat a promis d’intenter une action contre Amazon pour infraction aux règles de concurrence et de forcer Apple à fabriquer ses produits aux États-Unis, comment ne pas comprendre qu’ils aient tenté leur chance avec lui ?

    Les « mondialistes » du Deep State

     Comme Glenn Greewald le soulignait plus haut, le concept de Deep State est apparu bien avant l’élection de Donald Trump. En 2014, Marc Ambinder and D.B. Grady, deux journalistes spécialistes de la sécurité nationale, ont publié un livre intitulé Deep State: Inside the Government Secrecy Industry[45], dans lequel ils affirment « qu’il y a un pays enfoui à l’intérieur des États-Unis », un pays formé par une industrie du secret. Bien sûr, les conspirationnistes ont fait leurs choux gras de cette idée d’un état dans l’état et l’ont associée aux histoires de gouvernement mondial et autres théories du complot. Mais il reste qu’on ne peut nier l’existence de réseaux de personnes non élues, riches et puissantes, qui formulent des politiques et font avancer leur agenda auprès du gouvernement. N’y a-t-il pas lieu de s’inquiéter quand l’armée, Wall Street et Silicon Valley se réunissent sans rendre compte de leurs activités et de leurs discussions à la population ?

    [46]



    [16] idem (pour tout le paragraphe)

    [17] idem

    [28] Antonio Garcia Martinez, Chaos Monkeys : Obscene Fortune and Random Failure in Silicon Valley

        Éditions Harper, 28 juin 2016, 528 pages

    [36] idem

    Date de création : 2017-09-19 | Date de modification : 2017-10-04
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