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    Dossier: Confessionnalité

    Soutenir et renouveler la confessionnalité

    André Paré
    André Paré écrit qu'une des idées introduite par l'Église dans le monde est «la reconnaissance de la nature humaine comme nature blessée». Transposée à l'éducation, cette reconnais-sance est celle de l'ignorance des choses essentielles, celle d'un déficit d'être qu'il importe de combler par la quête de la connaissance. L'auteur défend ici le statut confessionnel des écoles.
    Tout commence en mystique, tout finit en politique, disait Charles Péguy. Cette pensée résume bien l'histoire des rapports entre la religion catholique et les écoles du Québec. André Paré, professeur au Collège Notre-Dame, a vu la nécessité de réintroduire un peu de mystique dans un débat devenu trop platement politique.

    La confessionnalité a perdu la plupart de ses appuis au Québec. Non content de l'avoir virtuellement éliminée des textes juridiques (autres que la Constitution canadienne) et de la structure administrative, on voudrait la proscrire à jamais de toutes les maisons d'enseignement du Québec. Comment interpréter autrement l'appel lancé au début de septembre par la coalition pour la déconfessionnalisation (composée de tous les grands syndicats et de plusieurs des plus importantes associations du monde de l'éducation) afin que l'on s'engage sur la voie de la laïcisation complète du réseau scolaire québécois? Dans la coalition, on entend par laïcisation complète le remplacement de l'enseignement religieux par un cours de morale ou d'éducation civique avec, en plus, la possibilité d'un cours optionnel de connaissance des religions. À défaut d'obtenir ce résultat, la coalition accepterait le maintien de l'enseignement religieux comme mesure transitoire avant son élimination (Le Devoir, 30 août 1996).

    Il y a dans l'intransigeance de cette coalition, intransigeance religieuse au sens péjoratif de ce terme, une outrance qui appelle une analyse d'autant plus rigoureuse que dans les mémoires qu'elle a préparés, ou les opinions qu'elle a formulées lors des consultations de la commission des États généraux, la population du Québec n'a pratiquement jamais présenté la confessionnalité comme une question qui la préoccupait.

    Au Japon en ce moment, parmi les dix meilleures écoles sur un total de 5 500, quatre sont catholiques: l'école des Jésuites à Yokohama, celle des Frères des Écoles chrétiennes à Kagoshima, celle des Dominicains au Shikoku et enfin celle des Clercs de St-Viateur à Kyoto. Les parents japonais n'envoient pas leurs enfants dans ces écoles parce qu'ils sont catholiques, la plupart ne le sont pas, mais parce qu'ils sont fiers de donner à leurs enfants le privilège de bénéficier d'une tradition scolaire qui a formé Pascal, Descartes, Rousseau et Voltaire. Pour la même raison, les écoles catholiques jouissent d'un prestige croissant dans l'ensemble des 21 pays membres de l'o.c.d.e.

    Les écologistes font des croisades pour protéger une plante rare de la forêt amazonienne. Et nous serions béatement témoins de l'extinction au Québec d'un type d'école dont le crédit s'accroît ailleurs dans le monde! Ce faisant, nous serions complices de cette approche centralisatrice et unitaire à laquelle une génération complète de jeunes Québécois a déjà été sacrifiée! Avant le croyant, l'homme de bon sens en moi se révolte contre ce parti pris pour l'uniformité, contre une diversité plus importante encore sur le plan biologique que sur le plan culturel.

    Mais c'est le croyant que je veux laisser parler aujourd'hui. Par son enseignement général et particulièrement par celui de ses écoles confessionnelles, l'Église catholique a introduit dans le monde quelques grandes idées. J'en évoquerai cinq ici, en rappelant amicalement aux croisés de la laïcité qu'ils feraient preuve d'intelligence en les considérant avec respect, tant qu'ils n'auront pas trouvé de meilleurs moyens de satisfaire les besoins fondamentaux de l'âme auxquels ces grandes idées correspondent. Je leur suggère de prendre Descartes comme modèle. Après avoir révoqué en doute les idées qu'il avait reçues, et en attendant d'avoir fondé en raison ses nouvelles idées, il lui fallait continuer à vivre le plus sagement possible. À cette fin, il a fait le choix d'une morale de transition, qu'il appelait morale par provision et son choix s'est porté sur la religion de ses ancêtres. La population québécoise demeurée, dans sa majorité au moins, partiellement catholique, ressemble à Descartes sur ce plan.

    La première idée que l'on retrouve à la base même du christianisme est la reconnaissance de la nature humaine comme nature blessée. Cette conviction est majeure. Se retrouve en elle cette attitude essentielle pour accueillir le salut chrétien: l'humilité. Sans cette humble reconnaissance, le christianisme comme religion de rédemption serait impossible.

    Les blessures de notre nature demeurent toujours une réalité présente et nous nous méprenons lorsque nous limitons l'homme à ses seules forces positives sans conserver la mémoire de son état réel. La liberté, la raison et la puissance sont réelles chez l'homme, mais, en même temps, elles portent la marque de cette blessure originelle; en ce sens, elles ne sont pas absolues.

    Une deuxième idée: l'incarnation comme grâce, mais aussi comme appel. Tous les chrétiens admettent et reconnaissent l'incarnation du Christ, accomplie pour assurer notre salut et nous délivrer de la mort. Beaucoup oublient, particulièrement à cette époque, que cette incarnation divine dans l'humain constitue un appel à un dépassement de l'humain dans le divin. En ce sens, l'homme se voit confier une part importante de responsabilité dans son propre salut: il doit y consacrer toute son existence. Cette dernière apparaît alors comme un temps de grâce accordé à l'homme. Cette idée peut paraître triviale au chrétien conscient de sa vocation, mais risque d'apparaître surprenante, voire inacceptable, à bien des chrétiens d'appellation d'abord soucieux de leur bien-être immédiat, car elle débouche sur une autre idée chrétienne, l'orientation à donner à la souffrance.

    Troisième idée, donc: le sens de la souffrance. Cette idée fait scandale de nos jours: comment un Dieu miséricordieux peut-il permettre cette souffrance? Pourtant c'est là une idée bien simple à comprendre (bien que difficile à vivre): toute souffrance, volontaire ou infligée, c'est-à-dire ascèse ou épreuve, dans la mesure où elle est associée aux souffrances du Christ en croix, contribue à notre salut personnel et au salut du monde. Cela découle directement de la part de responsabilité (de l'imputabilité dirions-nous aujourd'hui) de l'homme en ce qui concerne la faute originelle: cette part de responsabilité s'exprime et s'assume à travers une souffrance inévitable, un effort obligatoire pour s'amender; en un sens, l'homme est appelé au martyre.

    Quatrième idée: l'existence du péché. Beaucoup n'hésitent plus à nier l'existence du péché; désormais, pour eux, il n'y a que des maladies que la psychanalyse et la psychiatrie suffisent à expliquer et à guérir. L'enseignement chrétien reconnaît toujours l'existence du péché: il est présenté comme perversion de la liberté humaine et cause profonde de la mort, parce qu'il sépare l'homme de Dieu, source de vie; il est présenté aussi comme occasion et effet de l'intervention en nous d'un agent obscur et ennemi, le démon1. Quant au remède du péché, il ne réside nullement dans la thérapie, mais dans la prière, le jeûne et la fréquentation des sacrements.

    Cinquième idée: un salut universel. Selon cette conception, tout homme, quel qu'il soit, vaut la peine d'être sauvé. C'est là une idée révolutionnaire qu'aucune autre religion avant le christianisme n'avait osé exprimer; aucune autre n'a osé le faire depuis. Ce salut est rendu possible non pas en vertu de quelconques droits, mais grâce à une identité de nature chez les hommes: par le Christ, tous les hommes sont fils de Dieu et, de ce fait, tous frères. Cette dignité en Dieu les convie tous au même salut, qu'il leur suffit d'accepter et de mériter.

    Il faut le reconnaître, si l'on prenait les cinq idées que nous venons d'évoquer comme critères pour juger les écoles confessionnelles actuelles, on ne pourrait qu'être très sévère pour ces dernières.

    Peut-être y a t-il lieu de considérer la situation actuelle, malgré les apparences, comme une bénédiction? L'opposition à laquelle est confrontée l'école confessionnelle ne constitue-t-elle pas l'occasion d'édifier la confessionnalité sur des bases renouvelées? Il vaut la peine de s'y arrêter et de réfléchir aux conditions de ce renouvellement.

    Il faut nous assurer tout d'abord que la tentative d'écraser l'école confessionnelle ne résulte pas en sa disparition, mais en son déplacement: c'est là le lieu du premier combat. Que la confessionnalité soit exclue de l'école publique actuelle, soit! Mais nous devons lutter afin de conserver le pouvoir de contrôler entièrement notre propre réseau d'écoles confessionnelles. En cela, le réseau privé est appelé à jouer un grand rôle. Cela acquis, nous pourrions alors renouveler l'état déplorable dans lequel se retrouve la confessionnalité actuelle, de telle sorte que l'école confessionnelle catholique puisse devenir:

    1. Le lieu d'un fiat

    La confessionnalité de l'école en tant que structure doit permettre l'accueil et la promotion de l'Esprit. Cela n'est possible que si les personnes qui composent l'école ont elles-mêmes exprimé un fiat et sont elles-mêmes guidées, dans leur vie, par cet Esprit auquel elles participent et qu'elles désirent insuffler chez ceux qui leur sont confiés. Sans une vie spirituelle à l'intérieur de l'école, la structure confessionnelle n'est plus qu'une coquille vide. Nous devons tirer des leçons de la situation actuelle.

    2. Une ecclésia

    L'école qui se veut catholique doit pouvoir fonctionner en cohésion très intime avec l'Église, se moduler au rythme même de cette dernière. En ce sens, l'école apparaît comme un prolongement de l'Église. Dispensant l'enseignement de ce que la tradition humaniste chrétienne a de mieux à offrir tout en favorisant une vie de foi, l'école devient alors le lieu d'une véritable éducation chrétienne. En temps et lieu, cet aspect devra faire l'objet d'une réflexion en profondeur.

    3. Un lieu de renouvellement des consciences

    Nous pouvons dire de la conscience qu'elle se situe à la jonction des deux mondes que nous portons tous en nous-mêmes. Elle est d'abord le lieu intime où se font entendre les appels divins auxquels le moi est appelé à consentir; elle est, ensuite, le lieu jusqu'où parvient l'écho de ce monde auquel nous appartenons et qui nous détourne, souvent avec succès, de la vie intérieure à laquelle nous sommes appelés: ce faisant, nous nous emprisonnons dans cette vallée de larmes que l'on croyait initialement être la terre de toutes les libertés. Se dégage, pour l'éducation, une immense tâche de libération.

    À défaut de trouver des maîtres capables de le guider, l'élève demeure livré à lui-même, incapable de faire surgir, dans sa conscience, les appels divins étouffés par les séductions du monde. Coupé de toute sève intérieure, le jeune se sent alors désoeuvré, inutile; l'existence lui semble absurde.

    Qu'il rencontre un maître capable de lui montrer les beautés et les vérités de ce monde intérieur duquel il est coupé, l'élève se sent alors transfiguré, emporté, prêt à tous les efforts pour se dépasser et se conformer aux exigences de cette vie intérieure qu'il reconnaît comme seule capable de lui procurer une véritable liberté (pensons à saint Jean Bosco). Il appartient à l'école de fournir aux élèves de tels maîtres.

    4. Des maîtres eux-mêmes catholiques

    Un des plus graves problèmes auxquels est confrontée l'école catholique actuelle est l'absence de contrôle réel qu'elle peut exercer sur la formation de ses futurs maîtres. Tous les futurs enseignants étant soumis aux mêmes exigences, l'école catholique n'est pas mesure d'exiger certains critères qui lui sont spécifiques et que les facultés de formation des maîtres ne retiennent guère. Il lui est donc très difficile d'exiger de ses futurs enseignants des critères de foi, de pratique religieuse ou de cohérence de vie; sans compter que de telles exigences feraient l' objet d'une rapide dénonciation au tribunal des droits et libertés.
    L'école catholique, pour se perpétuer, doit devenir maître d'oeuvre de la totalité de la formation à laquelle elle entend soumettre ses futurs maîtres. À ce titre, nous avons déjà en main un institut catholique capable de servir à cette fin. Qu'on l'affranchisse de sa tutelle universitaire et qu'on lui donne tous les pouvoirs en matière de formation des maîtres catholiques.

    À la cohérence de la destruction à laquelle nous assistons actuellement, nous devons opposer une cohérence de la construction, c'est-à-dire une cohérence qui, s'appuyant sur un fiat indéfectible, soit participation ecclésiale, lieu de renouvellement des consciences et une pépinière de maîtres. Ce faisant, nous aurons contribué hors de tout doute au renouvellement de la confessionnalité et à la reconstruction des âmes.


    Note
    1. Sans voir l'action du Prince de ce monde partout, un simple observateur ne peut que s'étonner de l'importance accordée à tout ce qui relève du diable, du démoniaque, du monde des ténèbres. C'est là un phénomène étrange pour une société qui, supposément, s'est libérée de la foi qui entravait sa liberté. On assiste à une telle banalisation de cette réalité que peu de gens, désormais, semblent la craindre. Sur ce point, cependant, les enseignements de l'Église sont formels...
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01

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