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    Dossier: Concert

    L'art des programmes

    Léo-Pol Morin
    SUR L'ART DES PROGRAMMES

    Faire un programme, composer un programme, n'est pas aussi simple qu'on l'imagine. Certaines personnes croient qu'il suffit d'aligner bout à bout telle ouverture, telle symphonie ou tel concerto, et que le tour est joué. Bien sûr, une ouverture, une symphonie et un concerto créent un programme. Mais pas nécessairement un bon programme. Et il faut également faire une différence entre bon programme et beau programme...
    Le chef d'orchestre qui a devant lui une saison de vingt ou trente semaines et qui doit combiner deux ou trois programmes différents chaque semaine, eh bien ! ce chef d'orchestre se trouve en face d'un problème d'une énorme difficulté. D'abord, il voudra éviter les redites, à moins qu'il ne s'agisse de chefs-d’œuvre qu'il est bon de réentendre plusieurs fois l'an. Et ces chefs-d’œuvre, il ne manquera pas l'occasion de les répéter. Car c'est une mine merveilleuse et bénie que ces chefs-d’œuvre. N'entend-on pas plusieurs fois par saison les mêmes symphonies de Beethoven, de Brahms ou de Sibelius, et toujours avec plaisir. Les paysages musicaux, on les retrouve aussi avec bonheur…
    Mais ces chefs-d’œuvre, il faut les bien entourer et ne point les desservir. Car ils s'usent aussi. Ils ne doivent pas non plus nuire aux oeuvres qui leur font escorte. Il y a la question des tonalités, des genres, des caractères, il y a les dimensions, la longueur, la profondeur, et enfin, à la radio, la durée. I1 faut aussi éviter le disparate, et ne point oublier qu'un programme mal balancé donne « plus de lassitude que de plaisir »...
    Un programme se compose à la manière d'un bon repas, ou encore à la manière d'un bouquet de fleurs, mieux encore à la façon d'un jardin. Il y faut du goût. Et ne pas oublier aussi la couleur en musique. Auprès d'un certain public, la disparité des genres et des caractères présente un réel danger, qui est la déroute. De la souplesse est requise pour passer rapidement d'un genre à l'autre. Et les poètes et les rêveurs n'aiment point qu'on les bouscule. Ils ne goûtent pleinement une atmosphère musicale que si elle se prolonge en eux comme une lente caresse. Tandis que d'autres, entraînés au jeu, supportent les sauts cahotiques.
    L'art de bien composer un programme d'orchestre est essentiellement une conquête du 20e siècle. Car au 19e siècle, on assemblait toutes sortes de musiques, de façon à satisfaire tout le monde, sans doute, mais surtout de façon à contenter soit un chanteur, soit un virtuose. Et cette sauce bariolée et mal liée encadrait tant bien que mal une grande oeuvre, quand ce n'était pas deux grandes oeuvres. Les concerts étaient interminables. On y passait des demi-journées. On y venait un moment, et puis on s'en allait, pour revenir pendant le concerto, ou encore pour assister à la sortie... Il y avait l'ouverture des retardataires, pendant laquelle on cherchait sa place tout en causant, et le morceau de la fin, le morceau des ouvreuses, ainsi que l'appelait le très amusant Willy, le morceau des ouvreuses qui menait au vestiaire. En ce temps-là, on en avait pour son argent, et la vie, d'ailleurs, était plus facile. Les concerts coûtaient moins cher.
    De nos jours, une heure et demie de musique suffit à nos appétits, du moins aux appétits des Américains de New-York et de Philadelphie. C'est déjà un bon festin qu'une heure et demie de musique, surtout si elle est substantielle d'un bout à l'autre. Et puis, par-dessus le marché, c'est une heure et demie de musique qu'on est forcé d'entendre presque d'affilée, avec un repos de quelque dix minutes. A Philadelphie, par exemple, aux grands concerts de l'Académie de Musique, aucun bruit, aucun geste, aucun sourire même n'est supporté. C'est le regard disciplinaire, le regard à la fois foudroyant et charmeur de Stokowsky qui a imposé cette tenue impressionnante. C'est sa main magique et cinématographique qui a accompli ce miracle. Et comme ils sont touchants, ces bienheureux esclaves de la musique, qui s'administrent à heure fixe et plusieurs fois la semaine le baume symphonique. Et c'est bien qu'il en soit ainsi. Car les chefs-d’œuvre de la musique ne seront jamais assez entourés des soins les plus rares. Ils doivent être présentés avec goût, dans l'atmosphère qui leur convient et qui les sert le mieux. Il ne faut rien détruire de leur auréole de gloire. Ils en ont besoin pour revivre...
    Pour moi, une symphonie pourrait faire à elle seule un bon programme, et un programme suffisant. Est-il vraiment besoin d'y ajouter, surtout si elle dure près d'une heure? Et n'est-ce pas suffisant, un programme d'une heure? Pourquoi une demi-heure de préparation au commencement d'un programme? L'orchestre ne peut-il pas se réchauffer dans une autre pièce, et le chef se faire la main sans être vu du public? Et pourquoi ces morceaux de la fin, qui ne sont souvent là que comme des accessoires! La course au vestiaire n'a plus besoin d'être accompagnée de musique.
    Le concert d'une heure, voilà la formule de demain. Sans aucun doute. Une formule comprimée qui va mener à une formule a encore plus ramassée, aux symphonies-minute et aux ouvertures-seconde... Les poètes y perdront la moitié de leurs rêves et les autres, ceux qui écoutent la musique en courant, eh bien! ceux-ci ne pourront plus guère respirer. Mais aussi, en ce temps-là, les entractes ou intermissions seront raccourcis au strict minimum, et qui sait si on pourra dire autre chose que le titre des oeuvres, qui ne seront peut-être que des numéros ou des couleurs. On sera sans doute devenu si intelligent, à moins que tout à fait imbécile, qu'on ne prendra plus la peine de penser et de réfléchir à ce que l'on fera... La poésie de la paresse, la poésie de la lenteur, la poésie du temps perdu, aura vécu, car la civilisation de demain, car la musique future, nous ménagent de graves et douloureuses surprises.
    Les révolutions, en musique, ne sont point aussi lentes qu'on le croit. Reportons-nous seulement un siècle en arrière et on verra que, dans sa présentation tout au moins, la musique a fait des bonds immenses, inouïs. Mais, faire des programmes sera toujours difficile, de plus en plus difficile même, et je plains les chefs d'orchestre de l'avenir qui voudront accommoder les longs chefs-d’œuvre d'autrefois aux exigences de leur temps.
    Ouverture du Mariage de Figaro . . MOZART Symphonie en Mi mineur, N° 4 . . . BRAHMS La Campanella (Arr. Dubensky) . . PAGANINI Ouverture de Roméo et Juliette . . . TSCHAÏKOWSKY

    L'ouverture des Noces de Figaro de Mozart est justement une de ces oeuvres que l'on réentend toujours avec plaisir. Peut-on imaginer une ouverture plus heureuse, plus pimpante, et qui nous met d'emblée dans l'atmosphère joyeuse des personnages de Beaumarchais si divinement exprimés par la musique. L'ouverture des Noces est pour longtemps encore installée dans notre cœur, et nous ne la connaîtrons jamais trop bien.
    Il est vrai, par contre, que nous connaissons moins bien les symphonies de Brahms, et surtout la quatrième, en mi mineur. C'est que Brahms demeure étranger à nos sensibilités justement parce que nous ne l'avons pas assez fréquenté. Allemand du Nord et protestant, Brahms nous paraît être avant tout d'une nature austère, pessimiste et morose. On n'ose pas l'aborder par le cœur et on n'est d'ailleurs pas sûr de pouvoir pénétrer le secret de ce cœur mélancolique, inquiet et insatisfait. Le fameux musicien Rubinstein disait de Brahms qu'il n'était « pas assez gracieux pour le salon et pas assez fougueux pour la salle de concert... » « Pour la campagne, disait-il encore, il n'est pas assez primitif... et pour la ville, pas assez génial... »
    Ce mot de Rubinstein, après tout, n'est qu'une boutade, et le cas Brahms ne se traite pas ainsi en un tournemain. Car, enfin, Brahms est de la plus pure et de la plus authentique espèce de musicien. Et il faut, bien entendu, prendre sa musique comme elle est, et ne lui reprocher ni sa couleur, ni sa sensibilité et son caractère. Brahms s'est exprimé avec une certaine pudeur. C'est un musicien de la vie intérieure et mélancolique, qui s'interdit les couleurs fulgurantes des grands romantiques et leurs aveux indiscrets. Il s'apparente bien plus à Beethoven qu'à Wagner, à Liszt et à Berlioz.
    D'une famille très modeste, Brahms est né en 1833, à Hambourg. Dès l'âge de quinze ans, il donne des concerts et il doit vivre du fruit de son travail, de ses leçons. C'est vers l'âge de vingt ans, au cours d'une tournée de concerts, qu'il fit la connaissance du grand violoniste Joachim, qui devint pour lui un ami incomparable. De passage à Weimar, il va voir Liszt, déjà très glorieux et célèbre, mais il semble que cette entrevue fut plutôt malheureuse. D'après ses biographes, Liszt n'aurait porté qu'une attention distraite aux manuscrits du jeune Brahms. Mais il faut aussi dire que Brahms, pauvre jeune artiste en tournée de concerts, s'était endormi chez Liszt, pendant que celui-ci lui jouait sa grande sonate en si mineur... Liszt, célèbre et expérimenté, savait résister au sommeil, tandis que le pauvre petit Brahms, dans la candeur de son âme, s'est laissé emporter par l'engourdissement d'une trop grande musique...
    Mais Brahms trouva en Schumann l'ami de son cœur. Schumann l'accueillit avec générosité et même avec enthousiasme, et il écrivit sur le jeune musicien encore inconnu un article qui eut un énorme retentissement. Voici le portrait que trace de Brahms, à ce moment-là, une jeune fille de Leipzig, Hedwige Salomon: « Hier, dit-elle, monsieur Von Sahr m'amena un jeune homme qui tenait à la main une lettre de Joachim... Il s'assit en face de moi, ce jeune héros du jour, ce messie annoncé par Schumann: blond, d'apparence délicate; et malgré ses vingt ans il a les traits déjà bien formés, quoique purs de toute passion. Pureté, innocence, naturel, force et profondeur, voilà tout son être... Et avec toute cette libre énergie, une petite voix qui n'a pas encore mué! Et un visage d'enfant qu'une jeune fille pourrait embrasser sans rougir!... »
    Mais Schumann qui l'avait lancé, qui l'avait annoncé au monde à la manière d'un messie, Schumann, un jour, pris de folie, se jeta dans le Rhin. Et nous savons par les biographes de Brahms que « les deux tristes années qui s'écoulèrent jusqu'à la mort de Schumann furent pour Brahms l'occasion de sérieuses méditations sur la vie et sur l'art... » Pendant la longue et pénible maladie de Schumann, Brahms vécut presque constamment à Dusseldorf, auprès de Clara et de Robert Schumann. Et si l'on devait fouiller dans la vie intime de Brahms pour y trouver des sources d'influences sentimentales, on y trouverait d'abord son amitié pour Joachim et les Schumann. Et Clara Schumann, plus tard, expliquait cette amitié en ces termes à ses enfants: « Votre père aimait et estimait Brahms comme aucun homme au monde, excepté Joachim... Il vint en ami fidèle partager mon malheur, il fortifia mon cœur qui menaçait d'éclater, il éleva mon esprit, rasséréna mon âme comme il put, bref il fut un ami dans le sens le plus complet du mot... Lui et Joachim furent les seules personnes que vit votre père durant sa maladie: il les reçut toujours avec une joie manifeste aussi longtemps que son esprit fut lucide... Joachim fut pour moi un ami fidèle, mais je ne vivais pas sans cesse avec lui. Ce fut donc Brahms seul qui me soutint. Je considère comme un devoir de vous dire cela. Ne l'oubliez jamais. » Mais Brahms, non plus, n'oublia jamais la chère Clara, ni le cher Robert, et si l'on devait mettre un nom, un portrait, une image, sous les tendres effusions musicales du très timide Brahms, ce serait assurément celui de la rêveuse et affectueuse Clara...
    Mais on oublie le Brahms jeune homme, et les différents portraits du maître de Hambourg sont ceux d'un Brahms épaissi par l'âge et l'embonpoint, ceux d'un bourgeois taciturne et confortable. Et pourtant, Brahms est toujours demeuré un homme simple. On raconte qu'à un dîner, vers la fin de sa vie, son hôte lui fit apporter un vin d'une grande qualité, en lui disant: « Voici, mon cher, le Brahms
    de ma cave. - Il est excellent, répondit Brahms après l'avoir goûté, mais que doit être votre Beethoven!... » Voici une autre anecdote: Un jour que la femme du célèbre Johann Strauss présentait à Brahms son éventail couvert des signatures des plus illustres musiciens de l'époque, Brahms écrivit les quatre premières mesures du Beau Danube Bleu avec cette simple phrase: « Hélas! pas de moi!... »
    Je redoute autant que vous- mêmes les analyses scolastiques, et vous savez aussi bien que moi que la musique peut toucher le cœur et l'esprit sans que l'on sache comment elle est faite. D'autres vous ont déjà dit que cette symphonie décrit le drame de la vie humaine, mais je vous laisse le soin d'en découvrir le sens humain, le charme mélancolique, le regret et même l'amertume. Car qui pourrait nous dire avec certitude ce que Brahms a d'abord voulu y exprimer...
    La Campanella de Paganini est fameuse. Elle a été mise à l'orchestre par M. Dubensky, second violon de l'Orchestre Philharmonique de New-York. Paganini est redevenu à la mode cette année, et on célèbre justement le centième anniversaire de sa mort, survenue à Nice le 27 mai 1840. Paganini a tourmenté ses contemporains par les diableries de sa virtuosité transcendante. Mais La Campanella, ou en français petite cloche, dont Liszt a fait une transcription pianistique, est aujourd'hui ânonnée même par les jeunes filles de nos couvents... et la sorcellerie de Paganini a rejoint d'autres légendes. Néanmoins, le nom de Paganini demeure prestigieux et la seule vue d'un violon nous le remet en mémoire.
    L'ouverture de Roméo et Juliette de Tschaïkowsky, est, bien entendu, une petite histoire d'amour. Nous savons, en effet, que vers l'âge de vingt-huit ans, Tschaïkowsky est tombé amoureux d'une célèbre chanteuse française, Désirée Artot, et qu'il devait l'épouser. L'ouverture de Roméo et Juliette lui fut inspirée au cours de ces jours heureux. Mais les fiançailles furent rompues pour des raisons que je n'ai pas le temps de vous expliquer. Désirée Artot épousa un chanteur espagnol et Tschaïkowsky dut se contenter de son ouverture, de sa propre musique d'amour... Il ne s'est d'ailleurs jamais marié... Chaque fois que l'on pense à l'amour, au théâtre, on pense malgré soi à Roméo et à Juliette, aux malheureux amants de Vérone... Ils ont bon dos, les pauvres!... Il est vrai que c'est un sujet comme un autre, et qu'importent les noms!...
    Ouverture d'Obéron . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . WEBER Concerto pour violoncelle et orchestre . . . . . . MOZART
    Joseph Schuster
    Symphonie en Ré majeur, No 2 . . . . . . . . . . . BRAHMS

    Weber, Mozart, Brahms! Voilà au moins des noms de tout repos. Voilà des musiciens, voilà des musiques que nous pouvons écouter sans contrainte, avec la certitude qu'elles ne choqueront pas par leur nouveauté. Car nous connaissons bien toutes ces pages. Et nous les avons souvent entendues.
    On a beaucoup oublié Weber. Sans doute, on sait bien qu'il a laissé des ouvertures célèbres: celle d'Obéron, notamment, celles du Freischutz et d'Euryanthe, ou encore la très célèbre Invitation à la Valse, mais on ne s'inquiète pas du reste. Le reste semble appartenir définitivement au passé, et les pianistes ne jouent plus guère les grandes sonates et pas très souvent le Concertstuck pour piano et orchestre. Une grande partie de l’œuvre de Weber est démodée et nous n'avons plus l'esprit qu'il faut pour l'apprécier. Et quand on songe au nombre incalculable de musiciens de la même époque dont on a pris congé définitivement, on trouve que Weber est quand même un heureux homme.
    C'est que Weber était un génie de premier plan, et il a exercé une influence considérable sur les grands musiciens romantiques de la première moitié du 19e siècle. Wagner, Liszt et Berlioz lui doivent l'éclat de leur orchestre, et aussi la virtuosité de leur écriture.
    Pour ce qui est de la vie de l'homme, de l'artiste, eh bien! on se contente de dire: « Pauvre Weber! » comme s'il avait été malheureux et misérable toute sa vie. Évidemment, c'était si bien la mode d'être malheureux au beau temps du romantisme qu'on ne voit plus la vie des grands artistes de cette époque que sous cet aspect tragique et mélancolique.
    Il est vrai que Weber a été longtemps malade et qu'il est mort de phtisie à Londres en 1826, à l'âge de quarante ans. Mais l'un de ses biographes, André Coeuroy, fait remarquer avec pertinence que « l'enjouement a toujours existé chez Weber avec le sérieux et la volonté calme », et qu'il n'y avait rien en lui du désordre habituel qu'on prête à plaisir aux romantiques. Comme Chopin et comme bien d'autres, Weber est mort de tuberculose, mais qui nous prouvera que la tuberculose était une maladie spécialement romantique. Ce qui était romantique dans la tuberculose, c'était le caractère d'abandon tragique et mélancolique qu'on y voulait voir. De nos jours, on meurt de consomption sans être romantique, et même sans génie...
    Je crois vous avoir déjà parlé d'Obéron, et avoir dit que cet opéra avait été commandé à Weber par un impresario anglais, sur un texte anglais, ce qui était une grande originalité pour l'époque. Car on ne faisait plus d'opéras anglais depuis longtemps et les langues des opéras étaient alors surtout l'italien ou l'allemand, ou le français. Or, Weber était déjà souffrant à ce moment-là, mais il accepta quand même la proposition, de façon à pouvoir assurer la vie de sa femme et de ses enfants après sa mort. Mille livres sterling, c'était alors une somme considérable pour un pauvre compositeur.
    Weber se mit donc à l'étude de l'anglais, et on raconte qu'il prit plus de cinquante leçons. On peut d'ailleurs juger de sa parfaite connaissance de l'anglais par la parfaite prosodie d'Obéron. L'oeuvre fut terminée en 1826, et Weber en dirigea douze représentations à Londres. Malgré son état de santé, il prit part à différents concerts et il put ainsi augmenter la somme promise pour son opéra et pour les représentations qu'il s'était engagé à en donner. Enfin, un soir de juin 1826, toujours à Londres, Weber doit se faire aider à rejoindre son lit. Et à l'ami qui l'aide, il dit: « Que Dieu vous récompense de votre douce amitié. Et maintenant, laissez-moi dormir... » Le lendemain matin, la bonne informait l'ami bienveillant et dévoué qu'elle n'obtenait aucune réponse du pauvre musicien. Et quand on enfonça la porte de sa chambre, on trouva le pauvre Weber paisiblement étendu dans son lit, couché sur le côté droit, la main sur la joue...
    Obéron a connu des fortunes diverses. Après le grand succès de Londres, cet opéra anglais fut mis en allemand, en italien, enfin en français, et tripatouillé de diverses façons. On a déjà pu faire revivre le Freischutz, mais il semble qu'Obéron, après fortune faite, ait rejoint Weber dans la tombe. Il en reste l'ouverture. Or, puisque les Américains sont à la recherche d'un opéra anglais, pourquoi ne tenteraient-ils pas de ressusciter cette oeuvre conçue en anglais et qui savait faire les délices des auditeurs anglais il y a un siècle. Les théâtres de New-York ont réussi des miracles plus impossibles encore...
    La Seconde symphonie de Brahms, celle en majeur, est bien connue, puisqu'elle fait pour ainsi dire partie du répertoire régulier de M. Barbirolli, brahmsiste impénitent. Je viens de dire que cette musique nous est familière, et pourtant, nous n'en avons pas encore pénétré le secret intime. La sensibilité de Brahms reste étrangère à nos sensibilités latines. C'est qu'on n'a pas assez fait l'effort de nous en approcher.
    Brahms n'est pas aussi intimidant qu'on l'imagine. Il est même tout le contraire d'un musicien terne ou morose, ainsi qu'on le dit trop souvent. Il est parfois aimable, limpide et familier. Mais il est vrai qu'il a une certaine pudeur, dans le sens où, par exemple, Tschaïkowsky n'en a point. C'est que Brahms redoute les couleurs fulgurantes des grands romantiques et leurs aveux indiscrets. En tout cas, la seconde symphonie en majeur, dans sa grandeur pathétique et monumentale, a quand même un caractère d'allure champêtre et agreste qui la rend d'un accès com­mode. Elle emprunte même des rythmes et des mélodies aux danses populaires, ce qui en fait tout ensemble une merveilleuse idylle tragique, d'une substance riche et brillante.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01

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