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    Dossier: Comenius

    Comenius: enseigner tout à tous et toutes

    Karel Vereycken
    Jan Amos Komensky (Comenius) (1592-1670) était avant tout un homme de terrain et un inspirateur pour le bien. Un an après sa mort, en 1670, Leibniz écrivait «il viendra le temps, Komensky, où les honneurs seront rendus à tes œuvres, à tes espoirs, et même aux objets de tes désirs». Comenius sera en effet le précurseur de Leibniz. Tout d’abord il s’oppose à la pétrification de la pensée de son époque résultant de l’hégémonie de l’aristotélisme: «Peu après cette union du Christ et d’Aristote, l’Eglise connut un état affligeant et se remplit du vacarme des querelles théologiques.»

    Défenseur ardu de la notion de libre arbitre qu’il ne voyait pas en opposition avec une certaine prédestination bien comprise, il se sentait plus proche de la démarche de Jan Hus que celle de Calvin, bien qu’on le range généralement dans le rang des calvinistes.

    Pour lui, comme pour Leibniz, une physique sans métaphysique se condamne à la stérilité. Grâce à cette inclusion de la transcendance, il ne conçoit plus la nature comme un simple agrégat défini par un système de lois (vision qu’il reprochera violemment à Bacon, Galilée et Descartes), mais comme un processus dynamique et comme un devenir. Ce devenir n’est pas répétition éternelle du même, mais progression et potentialisation: il y a dans la nature une tendance au développement qui est en même temps une tendance vers l’accomplissement et l’harmonie.

    En 1608, Comenius fait son entrée à l’école latine de Prérov (Moravie), école réorganisée à la demande de Charles de Zerotin sur le modèle de l’école calviniste de Sankt Gall en Suisse. Zerotin était une des figures clefs de la noblesse de Bohème, zélateur de la petite Eglise de l’Unité des Frères, organisateur de l’enseignement populaire et éminence grise de la résistance anti-Habsbourg à l’échelle internationale. Il prêta, par exemple, une forte somme d’argent à Henry IV en 1589 et le rencontra devant Rouen en 1593. La conversion d’Henry IV au catholicisme («Paris vaut bien une messe!») ruina tous les espoirs de Zerotin pour rapprocher les frères de l’Unité avec les Huguenots français. Ami de Théodore de Bèze qu’il fréquenta lors de ces études à Bâle et Genève, Zerotin envoya Comenius étudier à l’Université de Herborn dans le Nassau. Cette université fut fondée en 1584 par Louis de Nassau, frère de Guillaume le Taciturne, l’organisateur de la révolte des Pays-Bas contre l’Espagne. Louis de Nassau était en contact suivi avec le dirigeant huguenot français Gaspard de Colligny et avec Walsingham, le chancelier d’Elisabeth 1ère, en Angleterre; c’est-à-dire au centre de la conspiration anti-Habsbourg. Instigateur avec Zerotin de la révolte de la Bohème et après une brève période avec les maquisards, pour lesquelles il dessinera une carte de la Moravie, Comenius prendra l’exil, à la tête de son église, «l’Unité des Frères de Bohème». Jusqu’à sa mort il sera l’âme de la résistance bohème, gardien de la langue tchèque et tête pensante de la diaspora.

    Pour lui, les guerres ne sont possibles que si une vaste majorité de la population sombre dans l’ignorance. A l’opposé du système jésuite qui réserva l’éducation pour les élites, Comenius, partant de la conviction que chaque homme est fait à l’image de Dieu, imagina une éducation de très haut niveau, accessible à tous, qu’il élabora dans «La Grande Didactique» (1638). Suivant les préceptes d’Erasme et de Vivès, Comenius abolira les punitions corporelles et établira la mixité des classes. Avec lui, des écoles gratuites s’installeront dans chaque village et deviendront de véritables ateliers prototypes des Ecoles Polytechniques et des Arts et Métiers, portés par une véritable joie de la découverte. Le réseau international des académies des sciences de Leibniz trouve son origine dans les groupes d’amis de Comenius. Véritable fondateur de la pédagogie moderne, il est un des premiers à comprendre que l’enfant est un être de sensibilité avant d’être un être de raison. Jusqu’à là, l’ignorance était souvent vu comme une manifestation du diable. Le cardinal français Pierre de Bérulle (1575-1629), fondateur de la Congrégation de l’Oratoire écrivait par exemple que «l’enfance est l’état le plus vil et le plus abject de la nature humaine après celui de la mort».

    Pour rendre la connaissance accessible à chacun, quelque soit son origine sociale, sa race, son sexe ou sa religion, Comenius révolutionne les a priori de la pensée éducative.

    Ainsi, dans des belles salles de classe bien tenue et remplie d’images et de cartes, on donnait des cours de moins d’une heure couvrant tous les domaines que l’on trouve autour de Comenius dans la gravure qui illustre l’édition latine de ses œuvres complètes: travaux manuels, musique, astronomie, géométrie, botanique, imprimerie, construction, peinture et sculpture.

    Bien que Comenius enseignait lui-même le latin, il pensait qu’avant tout chaque élève devait pouvoir maîtriser sa langue maternelle. Car jusqu’à là, l’enseignement du latin se faisait en latin, et temps pis pour ceux qui n’y comprennent rien! Il va aussi introduire des manuels scolaires illustrés («Le Monde Sensible en images», 1653), stupidement banni de l’éducation pour «ne pas inviter les sens à venir troubler la pensée». Pour Comenius, l’image accomplit la même fonction qu’un télescope qui amène dans le champ de la perception ce qui est naturellement situé hors de ses limites.

    Ses idées, et les résultats des écoles qui s’inspiraient de cette démarche séduisirent toute l’Europe et plus encore. Vers 1642, Comenius sera embauché par Johan Skytte (1577-1645), l’influent chancelier de l’Université d’Uppsala pour mettre à l’œuvre son nouveau système d’éducation en Suède. Skytte, un érudit inspiré par Platon et Erasme, sera le tuteur du roi Gustave Adolphe et son fils Bengt Skytte sera un des précepteurs de Leibniz. Avant cette offre, Comenius avait écarté la proposition que Richelieu formula peu avant sa mort pour se mettre à l’œuvre en France, ainsi que l’offre qui lui vient d’Amérique de John Winthrop (junior) pour diriger l’Université d’Harvard, nouvellement fondée dans la Massachusetts Bay Colony de Cotton Mather. Si Comenius opta pour la Suède, c’est qu’il cultivait l’espoir qu’un jour la Bohème serait libérée de l’occupant habsbourgeois, avec l’aide de ce pays.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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