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    Dossier: Chesterton Gilbert Keith

    Chesterton par Henri Massis

    Henri Massis

    Introduction à Hérétiques, dans la traduction de Jenny S. Bradley, parue en 1930 chez Plon.
    Remarques préliminaires sur l’importance de l’orthodoxie.

    [...]
    Hérétiques, pourrait-il penser, n’est-ce pas la suite nécessaire d’Orthodoxie ? Après avoir établi les fondements de sa doctrine, exposé ses raisons de croire, l’auteur a senti le besoin de mettre ses idées à l’épreuve de l’expérience, en les affrontant à celles de ses adversaires. Pour un polémiste de son espèce et qui possède une métaphysique à quoi il peut tout rapporter, quel incomparable instrument de combat ne devait-elle pas lui fournir !
    Ce serait, en fait, se méprendre, car dans l’ordre du temps, comme dans l’ordre de la pensée, Hérétiques a précédé Orthodoxie. Rien de plus révélateur de la démarche et du rythme d’un tel esprit. Faire table rase d’abord, construire ensuite ; vaincre avant de légiférer, voilà toute la méthode de Chesterton. Méthode inductive et concrète qui ne quitte jamais la ligne du réel ; alors même qu’il voyage au pays des fées, qu’il semble folâtrer parmi les lutins, qu’il s’égare dans un club anarchiste ou dans un temple de Babylone, il est à la recherche d’une éthique humaine, d’une humble vérité qui nous serve à mieux vivre. Aussi la reconnaissance et l’investissement des positions « hérétiques » devaient-ils devancer son adhésion à l’ « orthodoxie ». C’est à redresser avec une violence allègre les gens qui pensent de travers qu’il s’est avisé de la façon de penser droit ; c’est en renversant les idoles du subjectivisme et du déterminisme, de l’anarchie et de la tyrannie, c’est en dirigeant ses coups contre l’humanitarisme sentimental et le culte inhumain du surhomme qu’il s’est avisé de la trempe de l’arme qu’il tenait en main et qu’il avait saisie, il le reconnaît lui-même, quelque peu à l’improviste.
    Qu’était G. K. Chesterton lorsqu’il engagea ainsi le fer contre les plus notoires de ses contemporains, les Wells, les Bernard Shaw, les Kipling ? C’était un homme de gauche, dirions-nous. Journaliste et critique aux libérales Daily News, libéral lui-même, indépendant par goût, polémiste par vocation, poète et artiste, de surcroît. Doué d’une intuition merveilleuse, d’une étonnante jeunesse de regard, il découvre partout dans la riche substance de la réalité ces accords admirables, ces correspondances mystérieusement apparentées qui nous relient au monde et que nous ne savons plus reconnaître. Bien décidé à jeter bas le mur maussade qui cache la splendeur de l’univers créé, il s’est fait tout de suite une belle réputation d’anarchiste et de démolisseur…
    Le voilà qui se lance soudain dans une nouvelle bataille et se porte avec fougue contre tout ce qui lui paraît malsain, excessif, insincère, contre les superstitions du commun et contre le snobisme des happy few, contre tout ce qui irrite son sens inné du naturel et de l’humain, car il aime la vie, il aime l’homme, il aime la création, d’un amour qui ne les sépare pas et où il puise, comme un vin fort, son énergie et son audace. Dès l’abord, il combat pour le plaisir, par une sorte d’exubérance, de plénitude, de joie de vivre : il s’amuse et amuse le spectateur qui ne sait pas où il va. Le sait-il davantage lui-même ? Mais, au fort de l’engagement, il s’aperçoit que, pour toucher si juste et si souvent, sa virtuosité dialectique n’a pas dû lui suffire : la qualité de l’arme qu’il manie ne laisse pas de l’étonner. Un instrument de combat qui sert tout ensemble à confondre Wells et Kipling, Nietzsche et Shaw, l’athée et le puritain, le socialiste et le jingoïste, n’a-t-il pas quelque chose d’enchanté ? Et peu à peu l’on sent s’affermir la confiance de l’escrimeur, plus sûr de sa lame que de sa propre science.
    Il va désormais plus avant, il pousse au centre de toutes les contradictions, cherchant à atteindre l’essentiel sous la circonstance, l’éternel sous le transitoire, bien décidé à ne se contenter de rien, si ce n’est de tout. Que veut-il et quelle passion le mène ? Sous son allure paradoxale, et alors qu’il semble tracer en l’air de surprenantes arabesques, on lui découvre une étrange gravité. Que demande-t-il à l’adversaire en le saluant ainsi de son arme ? Qu’il engage, dans le défi, sa foi, ses idéaux, sa conception de l’univers. Il ne lui permet pas d’échappatoire, il ne lui cède pas un pouce de terrain ; il vise droit à la tête et au cœur, car il s’agit d’un duel où la valeur ultime de la vie humaine est en cause ; et, par là, il manifeste l’importance et la dignité du combat.
    Parce qu’il a devant lui des écrivains, des artistes, des poètes, des inventeurs de fables et de figures, certains seraient tentés de ne croire qu’à un jeu d’escrime. Mais Chesterton met l’art, la poésie, le roman, parmi les choses grandes et qui ne sauraient, sans déchoir, éluder ce qui fait leur grandeur. Demander à un artiste quelle est sa philosophie, exiger qu’il en ait une, n’est-ce pas la plus noble façon d’honorer son art et sa personne ? Ce serait singulièrement mépriser un auteur que de traiter sans sérieux ce qu’il nous donne comme le fruit de sa méditation, le trésor de son âme. Priver une œuvre de ses conséquences, c’est frustrer un écrivain de son acte, c’est se conduire à son endroit de manière humiliante. Comment croire, sans lui faire injure, qu’un homme qui publie des livres veuille être pris pour quelqu’un qui n’a rien à nous dire ? La gratuité de l’art n’est tout de même pas si gratuite qu’elle rabaisse l’artiste au rôle de chien savant, et il serait suprêmement discourtois de lui faire le succès qu’on accorde à ces animaux bien dressés. Quand nous disons d’un auteur que nous l’aimons ou que nous le détestons pour les idées qu’il exprime, nous donnons de notre sentiment la plus digne des raisons et nous lui apportons le plus noble des témoignages ; car s’il nous a convaincu, ce ne peut être que pour ses convictions ; si nous les rejetons, ce ne peut être que pour les nôtres et parce que nous les trouvons meilleures : du même coup, nous avons le droit et le devoir de combattre les siennes. Tel est le code de l’honneur intellectuel que pratique Chesterton : il entre en lice avec ses idéaux, ses croyances, ses buts, enivré de les sentir solides, joyeux de les affirmer avec force, de mettre à mal ceux qui le contredisent, car il lui a suffi qu’ils eussent l’impudence de soutenir une philosophie contraire à la sienne pour qu’il flairât en eux l’hérésiarque.
    Au siècle de l’art pour l’art, tant de bon sens et de raison devait passer pour une attitude étrangement paradoxale. Mais Chesterton ne méprise rien tant qu’un pur paradoxe, une défense ingénieuse de ce qui est indéfendable. Disons plutôt que sa nouveauté consistait à revenir, par un sûr instinct, aux « méthodes doctrinales du treizième siècle, dans l’espoir d’aboutir à quelque chose ». Ce quelque chose, ce fut Orthodoxie. En s’imaginant qu’il était seul debout, face à l’adversaire, il était, en réalité, soutenu par toute la chrétienté, l’arme qu’il croyait être la sienne ne lui appartenait même pas ; les coups décisifs que portait cette arme enchantée, il lui fallut bien reconnaître qu’il ne devait à son audacieuse personnalité que de les donner trop souvent à tort et à travers. Et, lorsqu’au terme du combat on exige qu’il nomme sa philosophie, force lui est de répondre avec une humble déconvenue : « Je ne l’appellerai pas ma philosophie, car je ne l’ai pas faite. Dieu et l’humanité l’ont faite et elle m’a fait moi-même. » Les aventures extraordinaires de G. K. Chesterton à la poursuite de l’évidence, voilà Orthodoxie.
    « Je confesse librement, dit-il, toutes les ambitions idiotes du dix-neuvième siècle. J’ai essayé, comme tant d’autres petits garçons solennels, d’être en avance sur mon époque. Comme eux, j’ai essayé d’être de quelque dix minutes en avance sur la vérité. Et j’ai trouvé que j’étais dix-huit cents ans en arrière. J’ai haussé ma voix avec une exagération péniblement juvénile en émettant mes vérités. Et j’ai été puni de la façon la plus appropriée et la plus risible, car j’ai gardé mes vérités, mais j’ai découvert non pas qu’elles n’étaient pas des vérités, mais qu’elles n’étaient pas miennes… Il se peut, le ciel me pardonne, que j’aie essayé d’être original, mais je n’ai réussi qu’à inventer par mes propres moyens une copie inférieure des traditions existantes de la religion civilisée… Je m’ingéniai à trouver une hérésie originale et, quand j’y eus mis les derniers soins, j’ai découvert que c’était l’orthodoxie. »
    Par « orthodoxie » Chesterton entendait alors la théologie chrétienne « dont le Credo des apôtres est le sommaire » ; il réservait encore la question de savoir à quel siège appartenait la primauté : il allait y répondre, quelques années plus tard, en se convertissant au catholicisme romain. Mais il avait déjà beaucoup d’idées catholiques et, de son propre aveu, sa manière de voir, en somme, a peu changé : « Le catholicisme, dit-il, nous apporte une doctrine. Ce n’est pas seulement une autorité ecclésiastique, c’est aussi une base qui sert à établir le jugement. » Voilà ce que le polémiste avait entrevu au vif de l’action contre les « hérétiques » ; en mettant ses idées à l’épreuve, il en avait senti l’efficace. Cette même vérité qui lui avait servi à se garder à gauche, à se garder à droite, n’était-elle pas, selon toute apparence, la Vérité ?
    Hérétiques venant après Orthodoxie, l’expérience pouvait être récusée. Orthodoxie suivant Hérétiques est l’irréfutable témoignage d’une haute conquête spirituelle qui a été atteinte par les humbles voies ouvertes à chacun.

    Henri Massis.
    Remarques préliminaires sur l’importance de l’orthodoxie ►




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    Date de création : 2013-11-06 | Date de modification : 2013-11-06

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