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    Dossier: Biotechnologie

    Les savants et le grand public

    Rolf Zinkernagel
    En Suisse, en juin 1998, la question de l'interdiction des manipulations génétiques (animaux et plantes transgéniques) a été soulevée à l'occasion d'un référendum. Les citoyens suisses (plus de 40% à Zurich et à Berne) favorables à l'interdiction ont été qualifiés de scientophobes, par une imposante coalition de 150 savants du monde entier, dont plusieurs prix Nobel. Au même moment, le journal Le Monde faisait état de l'opinion des directeurs de la revue franco-québécoise Médecine/Sciences, MM. Michel Bergeron et Marc Peschanski.
    Vers la même époque la Revue Québec Science publiaient des interviews de plusieurs chercheurs québécois, dont Michel Lambert et Paul Jolicoeur
    Brève déclaration du Prof. Rolf Zinkernagel
    prix Nobel de médecine 1996
    N.B. En Suisse, les référendums exigés par les citoyens sont appelés initiatives.

    Conférence de presse «Les lauréats du prix Nobel contre l'initiative pour la protection génétique», Berne, 16 avril 1998

    Le génie génétique est une discipline qui offre d'immenses possibilités, tout particulièrement en médecine. Comme l'avaient fait l'anatomie au XVIe siècle et la chimie au XIXe, la biologie moléculaire et le génie génétique vont bouleverser la médecine de demain.
    Le génie génétique a permis, en laboratoire, de réparer les atteintes à l'environnement. En médecine, il fait aujourd'hui partie du quotidien. Trois exemples:
    En 1997, 27 médicaments et 4 vaccins obtenus par génie génétique étaient disponibles en Suisse. Parmi les plus connus figurent l'insuline humaine destinée aux diabétiques et l'érythropoïétine.
    Les tests génétiques pour détecter les maladies infectieuses comme le SIDA et la tuberculose sont employés quotidiennement. Ils empêchent les infections par les produits sanguins. Eux seuls sont capables de déceler les modifications génétiques des germes, ce qui permet d'entreprendre très rapidement une thérapie.
    Les causes de la maladie de la vache folle ou certaines formes de démence sénile sont encore largement inconnues. Grâce aux souris transgéniques élevées dans des laboratoires zurichois, les découvertes réalisées ces cinq dernières années ont fait avancer la recherche sur ces maladies.
    Malgré ces succès et des perspectives prometteuses, le génie génétique ne fait pas de miracle, même en médecine. De nombreuses questions sont toujours sans réponse. Le cancer n'est pas vaincu, la maladie d'Alzheimer, la sclérose en plaques et la mucoviscidose restent encore pour nous des énigmes.
    Et pourtant, devons-nous renoncer à de nouvelles méthodes si pleines de promesse et suspendre nos blouses blanches au vestiaire? Nos jeunes et talentueux chercheurs doivent-ils se recycler ou s'expatrier parce que nous n'avons pas encore réussi à guérir ces maladies?
    Pour moi, la réponse est claire: Non! Pour nous qui sommes en bonne santé, du moins pour le moment, il nous est facile de prôner des interdictions. Mais pour les malades, leurs parents et leurs proches, la souffrance est là. Nous n'avons pas le droit d'abandonner, ne serait-ce que par devoir envers nos patients. Au contraire ! Nous devons exploiter au maximum les progrès et les possibilités du génie génétique et redoubler d'effort!
    Certes, le génie génétique n'est pas une panacée, susceptible de résoudre tous les problèmes du monde. Mais pour de nombreux patients, le génie génétique est une lueur d'espoir - et l'on ne peut ni ne doit tuer l'espoir, et certainement pas l'interdire. C'est le génie génétique qui, ces dernières années, nous a permis de mieux comprendre l'origine, l'apparition et l'évolution de certaines maladies graves. Ces connaissances fondamentales servent de base au développement de thérapies nouvelles et efficaces.
    Dans la lutte contre ces maladies, les animaux transgéniques jouent un rôle important. Même si on les utilise depuis dix ans seulement, la recherche fondamentale en médecine a fait un véritable bond en avant grâce à eux.
    Voici quelques exemples des résultats obtenus grâce aux animaux transgéniques:
    Dans la recherche sur le cancer, on a observé sur des souris transgéniques comment certains défauts dans le patrimoine génétique font apparaître des cellules cancéreuses malignes.
    Dans la recherche sur la maladie d'Alzheimer, on a compris comment fonctionne cette maladie sournoise et pu envisager de nouvelles thérapies grâce aux souris transgéniques.
    En immunologie, simuler l'interaction complexe de différents organes lors d'une infection virale ne peut se faire sans les souris transgéniques comme modèles de maladie. On a pu démontrer ainsi certains mécanismes.
    Dans la recherche sur les maladies du système nerveux ou les affections dues aux prions, Creuzfeld-Jakob par exemple, les animaux transgéniques sont devenus indispensables pour développer les connaissances, en Suisse comme à l'étranger.
    Les adversaires des expériences animales transgéniques - souris de laboratoire surtout - se rangent en deux groupes: ceux qui sont fondamentalement hostiles aux expériences animales et ceux qui s'opposent résolument à toute modification génétique chez les êtres vivants. Ils préféreraient remplacer les animaux par des cultures de cellules et des simulations sur ordinateur. Ils oublient que les cultures de cellules et les ordinateurs n'ont pas de maux de tête, d'hypertension, de diabète, de sclérose en plaques, de maladie de la vache folle ou de rhumatismes. Si les cultures de cellules et les ordinateurs sont des outils importants, ils ne remplaceront jamais les animaux transgéniques.
    On a souvent dit, à tort, que les résultats des expériences faites sur des animaux ne sont applicables ni aux hommes ni aux maladies humaines. En immunologie, plus de 95% des connaissances ont été acquises sur des souris avant d'être confirmées sur l'homme; car nous avons pu ainsi comprendre ce que nous devions chercher.
    Interdire les animaux transgéniques serait une catastrophe pour de nombreux chercheurs suisses. C'est ce qu'a montré une enquête du Fonds national suisse de la recherche scientifique et de l'Union suisse des sociétés de biologie expérimentale (USSBE). Dans les seules hautes écoles du pays, 500 projets de recherche occupant environ 2000 personnes sont directement concernés par cette interdiction. Et plus de la moitié de ces projets se rapporte à la médecine humaine.
    Dans notre Institut de recherche en immunologie expérimentale, 70 % des travaux seraient touchés. Près d'un tiers de nos scientifiques devraient interrompre leurs recherches actuelles.
    L'acceptation de cette initiative fondamentaliste aurait de graves conséquences sur la recherche fondamentale biomédicale et sur le monde scientifique suisses.
    Et il est faux d'affirmer, comme le font les auteurs de l'initiative, que les interdictions de l'initiative ne concernent pas la recherche. Cette initiative est bien trop extrémiste; elle menace l'avenir, le progrès, la recherche et, en dernière analyse, les patients.
    Si l'initiative était acceptée, les médicaments obtenus par génie génétique déjà disponibles continueraient à l'être. Mais imaginons qu'elle l'ait été vingt ans plus tôt: ces médicaments n'auraient certainement jamais vu le jour.
    Logiquement, l'initiative devrait également interdire en Suisse tous les médicaments développés à l'étranger. Or, il n'en est rien. Voulons-nous dès lors pétrifier nos connaissances, revenir au Moyen Âge? Devrions-nous nous laisser gouverner par nos seuls sentiments ou leur préférer l'intelligence, la compréhension et la raison?
    Pour moi, une chose est sûre: si l'initiative était acceptée, la recherche et l'enseignement devraient renoncer à une technologie clé, alors qu'à l'étranger, universités et hautes écoles continueraient à l'utiliser.
    À long terme, la Suisse serait à peine capable de conserver, et, a fortiori, de conforter la place aujourd'hui prépondérante qu'elle occupe dans la recherche médicale et biologique. La réputation de la recherche suisse dans le monde est largement reconnue. Aujourd'hui pourtant, de nombreuses chaires de biologie et de médecine restent en partie inoccupées, car les professeurs pressentis attendent les résultats de la votation du 7 juin.
    Il n'est impossible de transférer la recherche et la science. C'est pourquoi je dis que je suis pour une utilisation contrôlée du génie génétique en Suisse. Nous possédons d'ailleurs pour cela toutes les base légales nécessaires, que ce soit l'article constitutionnel en vigueur, le programme législatif IDAGEN ou Gen-Lex.
    Si je rejette l'initiative pour la protection génétique avec tant de vigueur, c'est parce que je ne veux pas que notre pays se transforme en îlot moyenâgeux en Europe et dans le monde au lieu de se vouer à la recherche.
    C'est pourquoi j'appelle les citoyennes et les citoyens de ce pays à refuser, le 7 juin prochain, l'initiative pour la protection génétique. L'initiative est hostile aux malades et à la recherche. Elle ne confère aucune protection, ne contient que des interdits et n'apporte finalement aucune solution.
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    Opinion du Professeur Bernard Rossier

    S'agissant de la question de la responsabilité éthique des scientifiques, faut-il fixer des limites et à qui appartient-il d'en décider?

    - Nous vivons aujourd'hui une véritable révolution génétique: d'ici 2005, nous connaîtrons sans doute la séquence des gènes qui permettra de cerner toutes les combinaisons génétiques. Et cette maîtrise aura des répercussions dans tous les domaines de l'existence. Mais qui dit maîtrise dit risque d'abus. La seule solution pour éviter ce piège se trouve dans le débat éthique. Ce débat doit rester très ouvert, puisqu'il concerne tout le monde, et permettre le passage de l'information. Mais si tous doivent susciter et participer à la discussion, je pense que c'est en revanche aux gens compétents d'avoir le dernier mot.
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    Opinions de Michel Bergeron et Marc Peschanski

    Dans un mensuel franco-québécois, deux scientifiques jugent dangereuse pour la recherche la votation prévue en juin dans la Confédération helvétique, qui vise à interdire les expérimentations génétiques.
    Ce sont des voeux éminemment politiques que signent, dans leur éditorial de janvier, les professeurs Michel Bergeron et Marc Peschanski, rédacteurs en chef du mensuel franco-québécois Médecine/Sciences. Ces deux chercheurs expliquent vouloir alerter la communauté scientifique et, au-delà, l'ensemble des personnes attachées à la notion de progrès, devant la considérable menace que ferait peser sur la recherche biologique et médicale internationale le référendum d'initiative populaire prévu en Suisse, le 6 juin. Objet depuis plusieurs mois déjà de toutes les angoisses dans les laboratoires suisses, l'affaire est d'importance.
    Ce référendum - ou votation - vise à interdire dans ce pays la création d'organismes génétiquement modifiés, qu'il s'agisse de souris, de mouches, de vers ou de plantes, autant d'outils essentiels à l'essor de la génétique moléculaire et, plus généralement, de la biologie moderne. «Ce danger nous a paru suffisamment grand pour que notre revue s'engage résolument aux côtés des scientifiques suisses dans leur combat contre ces mesures d'interdiction que nous ne pouvons considérer que comme scientophobes», écrivent les professeurs Bergeron et Peschanski.
    La Suisse, actuellement l'un des plus grands pays pour la recherche bio-médicale aussi bien que pour l'industrie pharmaceutique, est ainsi menacée d'un recul scientifique et technique dont on ne peut sans doute évaluer les retombées qu'en regardant celles - encore sensibles 50 ans plus tard - du lyssenkisme en Ex-Union Soviétique. Pour ces deux chercheurs-rédacteurs en chef, il s'agit ici d'un combat vital pour l'ensemble du monde scientifique.
    Le Monde, 17.01.98
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    Opinion de Raymond Lambert

    Chercheur au Centre de recherche en biologie de la reproduction et professeur d'obstétrique à l'Université Laval
    La fabrication d'animaux transgéniques est acceptable. Mais je suis plutôt sympathique à l'idée de limiter leur utilisation. Pour rehausser notre respect envers eux, mais surtout parce que cela implique un plus grand respect de l'humain. En effet, avant d'interdire l'expérimentation sur les animaux, il faudra s'assurer que tous les humains sont égaux. On oublie que, dans notre société, beaucoup de gens n'ont même pas la protection que certains voudraient accorder aux animaux.
    « Cela demande un formidable changement de mentalité, mais c'est possible. L'être humain a connu une évolution positive et libératrice depuis les débuts de l'humanité : il n'y a plus d'esclaves, les femmes ont acquis des droits, les parents n'ont plus droit de vie ou de mort sur leurs enfants comme dans la Grèce antique.
    « Par ailleurs, je crois qu'il faudrait davantage s'inquiéter des plantes transgéniques que des animaux. En effet, il est beaucoup plus facile d'en perdre le contrôle - la plante transgénique contamine les autres aussitôt que son pollen les fertilise. Imaginez le risque qu'on court si une plante transgénique transmet son bagage génétique à toutes les autres. »
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    Opinion de Paul Jolicoeur, de l'Institut de recherche clinique de Montréal

    Il n'y a pas une grosse différence entre la transgénèse et les croisements que l'homme fait depuis très longtemps. Je pense donc que c'est acceptable de modifier la vie, du moins dans notre culture de tradition judéo-chrétienne. La place que l'homme occupe par rapport à l'animal dans la nature lui donne ce droit.
    Comme pour bien d'autres choses - l'utilisation d'un couteau, par exemple -, il faut déterminer les limites à ne pas franchir. Les couteaux ne sont pas interdits parce qu'ils sont bien pratiques pour couper la viande. Mais, socialement, on se donne une limite, celle de ne pas égorger son voisin. C'est la même chose en génétique: les techniques mises au point actuellement nous donnent la possibilité de pouvoir un jour guérir des maladies, mais il faut établir certaines limites.
    La limite à ne pas franchir, selon moi, c'est la modification du génome humain. C'est maintenant à la portée de la main: on pourrait guérir à la source une mutation génétique héréditaire en modifiant les cellules germinales et soigner ainsi une famille entière. Mais cette intervention vient toucher au génome humain, ce qui est beaucoup plus délicat que bien des interventions pourtant très puissantes qui sont déjà pratiquées sur l'humain, comme les opérations, les transplantations, etc.

    Source

    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01

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