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    Dossier: Beauté

    Beauté et post-beauté

    Yan Barcelo

    Philosophe et journaliste, Yan Barcelo possède aussi une formation musicale complète qui l’a mené à composer plusieurs œuvres musicales.
    Vivement intéressés par ces oeuvres, nous lui avons demander de donner à ses lecteurs l'occasion de les entendre.

    Au cours de la dernière année, il a écrit une Suite Renaissance pour orchestre symphonique. La plus récente – intitulée « Humanistes » – achève la Suite. On peut entendre sur You Tube cette dernière œuvre et plusieurs autres composées au fil des ans simplement en tapant dans le champ de recherche de You Tube le nom : Yan Barcelo.

         Au début du millénaire, je participais à un atelier de travail sur les orientations de l’Orchestre symphonique de Laval. À un moment, j’ai proposé que l’OSL renoue avec la mission traditionnelle de l’art : affirmer la beauté, mettre en valeur l’œuvre de beauté. À mon grand désarroi, le chef d’orchestre et le directeur de l’orchestre ont tous deux ricané en persiflant : « Ouah, la beauttté! ».

    Pensée dévitalisée

    Plusieurs artistes et penseurs contemporains sont victimes d’un syndrome intellectuel omniprésent aujourd’hui. Leur notion de la beauté n’est que cérébrale. Et frelatée. Ils ne pensent pas avec tout leur être, à partir de leurs « instincts spirituels ». Chez eux, l’être vital et l’être discursif sont déconnectés, ce qui les amene à entretenir des notions esthétiques contrefaites et contre nature.

     Nous en sommes, en ce début de millénaire, dans un « no man’s land » esthétique où faire appel à la notion de « beauté » suscite le ricanement, mais sans qu’on puisse vraiment dire pourquoi. Nous sommes héritiers d’un immense travail d’érosion intellectuelle qui s’est opéré en trois temps.

    1- La beauté rendue suspecte. – On a d’abord remis en question les anciens canons de la beauté, un certain nombre de « révolutionnaires » arguant au tournant du XXe siècle qu’il fallait explorer les territoires inédits de l’atonalité en musique, de l’abstraction en peinture, du non-sens en littérature.
     

    2- La beauté est une illusion. – Au lendemain des deux grandes guerres et de leur exaltation de l’absurde, les factions gauchistes de l’intelligentsia artistique, dont Théodor Adorno était un penseur de premier plan, ont affirmé que les anciens schèmes artistiques étaient réactionnaires, bourgeois, contre-révolutionnaires. Les masses qui adhéraient aux anciens canons de la beauté et de ses leurres étaient asservies aux impératifs de la commercialisation.

    3- La laideur est la beauté. – Les artistes, de plus en plus enfermés dans l’incompréhensibilité d’une subjectivité radicale, crachaient sur les langages communs dans tous les arts et en arrivaient à un renversement orwellien des valeurs : la laideur est la beauté, la première valeur de l’œuvre artistique est de choquer.
    .

    Évidemment, à l’arrière-plan de cette érosion était à l’œuvre le renversement fondamental de la pensée au XXe siècle : l’anéantissement de toute métaphysique et de ses grands transcendantaux – le vrai, le bien, le beau –, travail de sape initié par Nietzsche et poursuivi par Heidegger jusqu’aux « déconstructeurs » tel Derrida.

     Insaisissable beauté

    Tout a commencé par l’impossibilité de définir la beauté, le plus accessible des transcendantaux parce qu’il est le plus proche de la sensibilité. Platon le premier, dans son dialogue L’Hippias Majeur, qui interroge autant la valeur du beau que celle du bien, débouchait sur cette impossibilité. Du « to kalon », on ne peut tirer aucune définition, aucun système. Le beau échappe à toute tentative de le « saisir », de l’immobiliser dans un filet intellectuel. Comme une Eurydice, la beauté s’évanouit sitôt qu’on croit l’étreindre. Quoiqu’on dise d’elle – harmonie, équilibre, force, intensité – elle ne se laisse réduire à aucune catégorie ni à aucun ensemble de catégories.

    Est-ce à dire que la beauté n’existe pas? Platon s’en défend bien. Aucun penseur n’a affirmé autant que lui la réalité irréductible et absolue de la beauté, notion dont il fait l’objet d’une ascèse mystique dans le plus célèbre de ses dialogues, Le Banquet. À la suite de Platon, la tradition occidentale, tant chez ses grands penseurs que chez ses grands artistes, a continué d’affirmer le beau, valeur transcendante sous la gouverne duquel tout l’art se déploie.

    Le XXe siècle a accompli un pas décisif. Constatant, comme Platon, l’impossibilité de cerner le beau, il a choisi tout simplement de le nier, de le déclarer illusoire. Geste d’orgueil intellectuel et spirituel sans pareil. Plus encore, cet acte de négation a vite mené à l’affirmation, pour ne pas dire,  dans certains cas, à l’exaltation de la laideur. Dans un territoire intellectuel où on a nié la légitimité de toute métaphysique et de toute transcendance, l’instauration d’un relativisme radical devait inévitablement mener à une telle affirmation.

    Musée de l’horreur

         J’ai connu un moment de révélation du laid artistique lors d’une exposition au très officiel Royal Museum of Art de Toronto. On a mis en scène les sculptures d’un « artiste » dont je me suis empressé d’oublier le nom, toutes plus répugnantes les unes que les autres. Par exemple, le spectateur qui ouvrait la porte d’un congélateur se retrouvait face au visage terrifié d’un personnage pétrifié dans la glace, les mains immobilisées, ongles arrachés et sanguinolents montrant qu’il avait lutté avec l’énergie du désespoir pour sortir de sa prison. Une autre « œuvre » nous présentait un personnage sculpté en train d’en assassiner un autre en lui renversant la tête dans un aquarium où les poissons flottaient sereinement. Pour ajouter au réalisme de la scène, des bulles s’échappaient de la bouche grimaçante de la victime. Ai-je dit « laideur »? Tout cet étalage mettait plutôt en scène « l’horreur », d’un niveau aussi bas que le plus répugnant film d’horreur dont le cinéma américain est si friand. Des manifestations d’anti-art sont devenues légion.

          Comment ne pas donner raison sur ce point au grand historien de l’art français Jean Clair, qui a précisé ainsi sa position sur l’art contemporain : «L'art est mort depuis longtemps, comme en témoigne la disparition du terme beaux-arts, remplacé par celui d'esthétique, qui est la science des intensités. Avec l'art du dégoût, substitué à la science du goût, la matière fécale est exposée, appréciée et vendue. Mais cet art scatologique a déjà cédé la place à l'art "marketing". Damien Hirst, auteur du veau coupé en deux dans un bac de formol, fait reproduire des milliers de toiles couvertes de centaines de milliers de points de couleurs, qui sont vendues entre 300 000 et 400 000 euros chacune dans neuf galeries à travers le monde appartenant au même marchand.» ( Le Point )

     Le dictionnaire Oxford a récemment décrété 2016 l’année de la « post-vérité ». Initiative heureuse, mais un brin tardive. Voici quelques décennies que nous vivons dans l’ère autant de la post-vérité que de la post-beauté. La diffusion de vagues de « fausses nouvelles » au cours de la dernière élection présidentielle américaine n’est qu’une autre manifestation d’une époque dont les liens au vrai, au bien et au beau sont de plus en plus ténus, résultat du soupçon délétère que les élites intellectuelles entretiennent depuis des décennies à l’endroit de ces notions fondamentales. Elles en ricanent.

     Inspirer

    Mon propos dans cet article n’est pas seulement de dénoncer la perversion du beau. Je veux faire une contribution… positive. Si nous ne pouvons emprisonner la notion de beauté dans les filets d’une définition, une approche plus féconde pourrait être celle de se tourner vers la perception de la beauté. Dans cette perspective, le propre de la beauté se révèle comme ceci : elle est ce qui inspire. Elle souffle en nous une parcelle d’esprit, un appel au plus-être. Nous sommes toujours ici dans le domaine de l’insaisissable, mais avec une différence : nous avons une perception de l’insaisissable.

     Devant la beauté, nous demeurons interloqués. La beauté suspend le jugement, arrête le parcours discursif, exige un acte de perception pure, elle impose un moment de contemplation. La philosophie médiévale jugeait que la plus haute activité de l’homme n’était pas l’action, mais la contemplation. Notion radicale pour notre XXIe siècle hyperactif. Or, le propre de l’objet de beauté est d’appeler à la contemplation.

     Bien sûr, il y a différents degrés de beauté, depuis la beauté foudroyante et sacrée jusqu’à la beauté familière et chaleureuse. On peut parler de beauté majestueuse ou de beauté familière, de beauté foudroyante ou de beauté nostalgique, dans chaque cas le substrat demeure le même : l’expérience de la beauté.

    Ce n’est pas pour rien que les plus grandes œuvres artistiques sont d’inspiration religieuse : la beauté dévoilée par un Requiem de Mozart ou par la cathédrale de Chartres nous révèle un peu l’origine divine et sacrée de la beauté. Ces œuvres opèrent dans une grande mesure par une surcharge émotive et sensorielle qui nous happe vers le sublime. Mais la beauté d’une étude de Chopin, d’un tableau de Corot, ou d’un coin de jardin, ne nous parle pas moins de beauté. Il s’agit d’une beauté moins enlevante peut-être, mais non moins réelle, par le fait même qu’elle aussi… inspire.

      Attention : si la belle œuvre d’art inspire, l’œuvre laide fait de même. Toutefois, la qualité d’inspiration de chacune est très différente. La première élève et attire; la deuxième écrase et répugne. (Je ne fais pas allusion ici au travail artistique édifiant d’un Breughel, par exemple, où le recours à l’imagerie d’horreur cherche à susciter le dédain du laid et du mal). Dans tous les cas, l’œuvre d’art vise à inspirer, mais dans un cas elle cherche à inspirer la grâce, dans l’autre, le désespoir. Le comble, c’est la prétention orgueilleuse d’intervertir le beau et le laid, de mettre sur un piédestal l’objet laid au même titre que l’objet beau. C’est une perversion. Un travail de post-beauté.

     

    Date de création : 2017-02-15 | Date de modification : 2017-02-16

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