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    Dossier: Preminger Otto

    Le Cinéma d’Otto Preminger ou l’autopsie d’une tragédie universelle en trois actes

    Jean-Philippe Costes

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     
    Otto Preminger (cliquez ici pour accéder à son dossier biographique)

     

                Si la grandeur d’un auteur est fonction de son aptitude à émouvoir, Otto Preminger est à n’en pas douter l’un des géants du Septième Art. L’œuvre du cinéaste Américain[1], à la fois très diverse et profondément homogène, ne laisse en effet qu’une place infime à l’indifférence. Elle stupéfie et stimule la Raison, elle pétrifie et suscite la fascination, elle horrifie et arrache des larmes de compassion, pour entraîner le Spectateur dans un tourbillon extatique de sentiments contradictoires. Quelle est donc l’origine de ce vortex prodigieux, qui ravage les cœurs en balayant les esprits d’un souffle épique? Maintes hypothèses peuvent être avancées. Otto Preminger est d’abord l’homme des sujets de grande envergure. Il s’intéresse à la Guerre (Première victoire (In Harm’s Way)), à la Politique (Tempête à Washington (Advise and Consent)) et, s’inspirant du glorieux exemple de David Wark Griffith, n’hésite pas à filmer la naissance d’une Nation[2] (Exodus). Le metteur en scène arpente parallèlement des domaines qui ne cessent de passionner le Public, comme l’Institution judiciaire (Condamné au silence (The Court Martial of Billy Mitchell)) ou la Police (Mark Dixon, détective (Where the Sidewalk Ends)). Il est capable, par ailleurs, d’explorer les arcanes du crime (Autopsie d’un meurtre (Anatomy of a Murder)) et d’observer, au plus près, la noirceur vertigineuse des bas-fonds (L’homme au bras d’or (The Man with the Golden Arm)). A la lumière d’un talent pictural qui l’a élevé au rang de maître de la nuance et de la clairvoyance, il a enfin fait profession de peindre des portraits de femmes sensibles, fragiles, énigmatiques et par là même, inoubliables. De ces tableaux tout en finesse qui s’aventurent, ça et là, sur les rives de la masculinité, il a su faire des fresques grandioses qui, en révélant au monde sa propension romanesque à lier le destin de l’Individu à celui de la Collectivité, ont légitimement contribué à son prestige[3].

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Laura

     

                Néanmoins, ce génie de l’image est bouleversant entre tous ses pairs pour une raison qui se situe moins à la surface de ses qualités techniques que dans la profondeur d’un personnage universel, auquel il porte un intérêt particulier : l’Enfant. Bien qu’il soit permanent, ce sujet de préoccupation est difficile à déceler au premier regard. A l’exception de Rivière sans retour (River of No Return) dont le héros, Mark Calder (Tommy Rettig), est un préadolescent, il se manifeste de façon indirecte à travers des êtres qui, invariablement, possèdent l’une des caractéristiques suivantes : ils sont à la lisière de l’âge adulte, ils débutent dans la Vie ou, malgré leur maturité physique, ils ont conservé le psychisme des plus jeunes de leurs contemporains. Ce contournement narratif n’est en aucun cas fortuit. Il était indispensable au succès d’un projet dont la réalisation, affranchie de toute précaution formelle, aurait heurté les totems du Cinéma commercial et les tabous d’une Société restée rétive à la parole de Freud : montrer l’Enfance nue[4]. Que signifie cette phrase, qui semble se défier de toute pudeur pour dévoiler une réalité si cruelle qu’elle ne peut être sereinement assumée par la Communauté ? L’Enfant, répond Otto Preminger avec une audace que seul dépasse le très corrosif Alexander Mackendrick[5], est un fils de William Shakespeare. Loin des images de comédie qui l’associent tendancieusement à la félicité infinie, il est l’acteur impuissant d’une véritable tragédie.

     

     

    Acte I

    La beauté de l’Ange

     

     

                Le premier acte de ce drame commun à l’ensemble du genre humain est fondé sur une considération qui, de prime abord, donne raison aux défenseurs de la pensée dominante : l’Enfant a la beauté immaculée d’un petit Ange céleste. Bien qu’il n’adhère aucunement à cette thèse, Otto Preminger ne s’épargne aucun effort pour la soutenir. Le grand amateur de Théâtre qu’il n’a cessé d’être[6], en dépit de sa longue immersion dans le Septième Art, entend préparer sans le dire l’inflexion finale de l’histoire poignante qu’il a fait vœu de raconter. En attendant ce sublime retournement, le subtil metteur en scène nous incite à penser que l’Enfance est une condition fondamentalement paradisiaque. Nos cadets, suggère-t-il ainsi de film en film, ont ceci d’enviable qu’il sont dans l’âge de la splendeur physique. Gene Tierney dans Laura et Le Mystérieux Docteur Korvo (Whirlpool), Madeleine Carroll et Jeanne Crain dans L’éventail de Lady Windermere (The Fan), Jean Simmons dans Un si doux visage (Angel Face) ou Lee Remick, dans Autopsie d’un meurtre, n’ont rien qui soit de nature à contredire cette assertion. Linda Darnell dans Ambre (Forever Amber) et Jean Seberg dans Bonjour tristesse ne l’infirment pas davantage. Elles accomplissent même le miracle de changer un truisme en un motif d’éternel étonnement, pour les témoins privilégiés de leur magnificence. Leurs traits de chérubin, habilement soulignés par le Technicolor, semblent en effet surgir d’un pinceau du divin Michel-Ange.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Ambre (Forever Amber)

     

               Si l’Enfant est à ce point exaltant, poursuit Otto Preminger, c’est aussi pour une raison que la Passion n’ignore pas. Pour user d’une terminologie à mi-chemin de la Psychanalyse et du Platonisme, le petit être suscite la nostalgie envieuse de ses aînés parce qu’il évolue dans un univers idéalisé. Stephen Fermoyle (Tom Tryon), le héros du Cardinal, s’inscrit pleinement dans cette vision onirique de l’existence. Au sortir du Séminaire, ce fils d’immigrés Irlandais établis à Boston ne perçoit pas le monde tel qu’il est mais plus sûrement, tel qu’il le rêve. Aucun doute ne saurait contrarier sa vocation pastorale. Rien ne l’effraie, pas même les fleuves de sang qui submergent les tranchées de la première guerre mondiale. En brillant élève des grands maîtres du Vatican, il imagine avec un optimisme Voltairien qu’il officiera dans le meilleur des mondes possibles et qu’à travers lui, modeste curé appelé à devenir Prince de l’Eglise, le message du Christ continuera de résonner dans le cœur des hommes. Mark Calder, le plus jeune des protagonistes de Rivière sans retour, connaît également l’euphorie de l’âge tendre. Le fait d’être orphelin de mère, associé au sinistre présage d’adopter l’humble condition de paysan, devrait logiquement le préoccuper. Cependant, il n’en est rien. Le petit Américain se réjouit à la pensée d’être spectateur de la mythique Ruée vers l’or. Il est ravi que sa maison se dresse dans les grands espaces du Far West, à la Frontière légendaire d’une Société en pleine expansion. Dans ses yeux émerveillés, son père, le taciturne Matt (Robert Mitchum), est bien plus qu’un individu ordinaire. C’est un parangon de vertu, c’est un surhomme capable de travailler la terre seul, face à des hordes d’Indiens hostiles, c’est un demi-dieu doué du pouvoir de descendre, sain et sauf, un cours d’eau réputé mortel.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Le mystérieux Docteur Korvo (Whirlpool)

     

                Cette admiration qui confine à l’idolâtrie est un terrain fertile, qui permet à Otto Preminger de mûrir sa pensée. L’Enfance, dit le cinéaste en observateur avisé, fait chavirer notre raison parce qu’elle est le temps des passions romantiques. Elle s’apparente à un ciel sans nuages, dans lequel le soleil des grands sentiments brille au mépris des contingences de la Vie. Elle est une époque bénie, où le dévouement à l’être cher prévaut sur l’instinct de conservation. Cet altruisme incandescent se manifeste prioritairement dans le cadre familial. Steven (Keir Dullea), l’impétueux journaliste de Bunny Lake a disparu (Bunny Lake Is Missing), déploie ainsi des trésors d’affection pour contenter sa sœur Ann (Carol Lynley). Il vit sous son toit, organise son foyer, assume l’ensemble de ses charges matérielles et se jure, avec la candeur émouvante d’un garçon chevaleresque, de la protéger de tous les périls du monde extérieur. Diane Tremayne (Jean Simmons), l’héroïne d’Un si doux visage, a pour son père un attachement similaire. Plus qu’une fille, elle est un réconfort, une confidente, un soutien de tous les instants. En cela, elle apparaît comme une sœur siamoise de Cécile (Jean Seberg), la lycéenne dilettante de Bonjour tristesse : elle ne fait qu’un avec son géniteur ; rien ne saurait la séparer de lui. Naturellement, ce lien fusionnel dépasse le domaine de la filiation et se prolonge dans les premiers élans conjugaux. Les enfants, nous rappelle opportunément Preminger, sont en effet capables d’aimer aussi fougueusement que les adultes. Ils ont même sur leurs aînés un précieux avantage : leur Amour étant généralement platonique, il est détaché de tout déterminisme physique et s’avère, de ce fait, plus puissant qu’aucun autre. Waldo Lydecker (Clifton Webb), l’amant transi de la resplendissante Laura (Gene Tierney), en témoigne avec force. Certes, ce jouvenceau grimé en quinquagénaire n’est pas en mesure de susciter l’attirance charnelle de sa jeune dulcinée aux formes de Vénus Romaine; cependant, il a pour elle des attentions d’une ineffable pureté qui le poussent à se changer en Cerbère, prêt à tout pour protéger sa maîtresse. Ses sentiments, néanmoins, paraissent dérisoires en comparaison de ceux qu’Ambre (Linda Darnell) éprouve pour l’aventureux Bruce Carlton (Cornel Wilde). Faisant fi des conventions et des risques de contamination, la sensuelle paysanne devenue aristocrate rejoint ainsi son doux Lord, dans la ville de Londres accablée par le choléra. Elle reste à son chevet jour et nuit. Elle le soigne dans une atmosphère d’Apocalypse où les voleurs, charognards avides de chair fraîche, voisinent avec les cadavres de pestiférés. Dans une ultime tentative de guérison, la bonne fée perce le bubon de son prince charmant à l’agonie. Par ce geste qui menace directement son existence, elle accède à une dignité qui transcende sa condition infantile : elle devient un ange gardien, résolu à extirper son bien-aimé des griffes de l’adversité.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Un si doux visage (Angel Face)

     

                Toute la magie de l’Enfant, nous dit Otto Preminger, réside précisément dans cette fabuleuse combativité. Garçon ou fille, il nous ébahit par sa propension sidérante à ne jamais s’avouer vaincu. Il ne se soumet pas aux contraintes de la Société, il les méprise du haut de son piédestal, taillé dans le marbre de son envie insatiable. Il est « le Seigneur du Château », selon la judicieuse expression de Régis Wargnier. Rien ne saurait faire obstacle à sa marche triomphante, car il entend plier le monde à ses quatre volontés. Cette audace peinte aux couleurs vives de la confiance en soi est au centre d’Exodus, fresque homérique sur l’enfance tumultueuse d’Israël. C’est en son sein qu’Ari Ben Canaan (Paul Newman) et ses frères Juifs puisent le courage d’embarquer sur un navire de fortune, avec femmes et enfants, pour forcer le blocus que le colonisateur Britannique impose à la Palestine. C’est encore en elle qu’ils tirent l’abnégation nécessaire à l’organisation d’un peuple d’apatrides, martyrs de l’Holocauste dont le destin dépend intégralement d’un vote des Nations Unies. C’est toujours en elle qu’ils trouvent le formidable courage que requiert la construction d’un Etat, dont le seul  patrimoine est une maigre étendue de terres infertiles. Peu importe à ces petits soldats de l’impossible que l’adversaire soit trop grand pour eux. Leur foi leur impose de lutter sans relâche pour la réalisation de leur idéal, par-delà les menaces que les privations, la Politique, la Diplomatie et la Guerre font planer sur leur vie.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Rivière sans retour (River of no return)

     

                Cette vision héroïque semble relever de l’exception et pourtant, elle révèle une règle fondamentale : l’Enfant n’a cure de son propre avenir et ne songe qu’au présent. Cécile, dans Bonjour tristesse, porte haut l’étendard de ce parti pris existentiel. Résolue à donner tout son sens au Carpe diem du poète Latin Horace, elle tourne ostensiblement le dos au lourd passé conjugal de son père et se moque éperdument de ses études comme de sa future profession. Aux tourments que véhiculent « hier » et « demain », elle oppose la gaîté désarmante de ce mot inaccessible au commun des adultes qu’est « aujourd’hui ».

     

     

                Cette splendide insouciance, nous susurre Preminger, explique pourquoi l’Enfant possède un charme irrésistible : il n’obéit qu’au principe de plaisir. A l’aune de cette réalité fondatrice que la Psychanalyse a longuement commentée, nul ne s’étonnera que le petit Ange refuse de grandir et s’efforce de faire durer l’âge d’or dans lequel il vit. L’emblématique Cécile fait la confession de cette volonté secrète, à l’occasion de l’une des soirées dansantes qu’elle affectionne : « Je voudrais que ça ne finisse pas ». Le credo ne saurait être énoncé plus clairement. Ce que ses défenseurs ignorent, hélas, c’est qu’il les fait insidieusement passer du Paradis à l’Enfer.

     

     

    Acte II

    La laideur du Démon

     

     

                Otto Preminger analyse admirablement les causes et les conséquences de ce funeste glissement. En se promettant de rester ce qu’il est et de garder ce qu’il a, enseigne le cinéaste avec une remarquable acuité intellectuelle, l’Enfant se condamne à devenir un être vil et cruel qu’aucune ignominie ne saurait faire reculer. Il s’agit là d’un aspect essentiel de sa tragédie : plus il s’efforce de gagner la bataille de la conservation, plus il se perd dans les gouffres de l’autodestruction. Dans cette optique, la kleptomanie dont souffre Ann Sutton (Gene Tierney), l’héroïne du Mystérieux Docteur Korvo, excède largement le domaine de l’anecdote. Elle devient l’allégorie d’une condition viciée, qui a pour seules lois la volonté jalouse de posséder et le refus catégorique de partager.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     L'homme au bras d'or (The Man With a Golden Arm)

     

                Sous ses dehors séduisants, l’Enfant renferme ainsi un Démon hideux. Cette dualité est souvent soulignée par le noir et blanc, savante manipulation de la lumière grâce à laquelle Preminger fait ressortir les zones d’ombre de ses personnages. Elle se traduit également par l’usage d’une arme dont l’apparence inoffensive ne doit pas dissimuler le caractère intrinsèquement diabolique : le ludisme[7]. Les anges en voie de déchéance que l’auteur de Carmen Jones met en scène appartiennent presque tous, âge mental oblige, à la confrérie satanique des joueurs impénitents. A chaque fois qu’ils avancent leurs pions sur le grand échiquier de leur incurable petitesse, ils dévoilent un pan obscur de leur nature disgraciée. La première de ces tares que la conscience collective refoule méthodiquement est l’égoïsme : l’Enfant joue pour gagner, au mépris absolu des conséquences dévastatrices que peuvent engendrer ses manigances. Ambre est le symbole de cette coupable légèreté. Pour gravir les échelons de la Société Anglaise et s’offrir le luxe de conquérir l’inaccessible Lord Carlton, elle n’hésite pas à multiplier les idylles avec les puissants de son époque[8]. Elle brise les cœurs comme un marmot capricieux casse ses jouets et parfois même, pousse ses soupirants désespérés à s’affronter dans des duels à mort. Sa stupéfiante inconséquence n’est pas sans rappeler celle de Madame Erlynn (Madeleine Carroll), l’héroïne de L’éventail de Lady Windermere. Désireuse de retrouver l’aisance financière qu’elle a perdue au gré d’une mésalliance, l’éternelle fillette persuade ainsi le riche Arthur (Richard Greene), son futur gendre, de lui donner discrètement une forte somme d’argent. Par ce geste inconsidéré, elle fait plus qu’alimenter la rumeur selon laquelle le jeune aristocrate entretiendrait une maîtresse; elle obère gravement l’avenir de sa fille Margaret (Jeanne Crain). La sombre perspective devrait réfréner ses ardeurs mais il n’en est rien. Elle veut, coûte que coûte, prendre sa revanche sur les misères de la Vie. 

     

     

                Cette détermination qui, à certains égards, confine à la démence, est l’antichambre d’un vice que le vertueux Preminger ne pouvait manquer de relever : dans sa quête éperdue de victoire, l’Enfant se laisse fatalement gagner par la mégalomanie. A l’image de Frederick Manion (Ben Gazzara), l’accusé du procès d’Autopsie d’un meurtre, il est hâbleur et se montre sûr de sa force[9]. A l’instar de Waldo Lydecker, l’intouchable éditorialiste de Laura, il est hautain, arrogant et n’apprécie rien tant que de faire étalage de ses talents oratoires en humiliant les modestes créatures qui ont le malheur de l’approcher.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     Bonjour tristesse

     

                Compte tenu de ce complexe de supériorité, il est logique et même inévitable, selon Otto Preminger, que l’Enfant en vienne à mettre au point des intrigues entièrement régies par la morale antihumaniste de Machiavel : la fin justifie les moyens. Le diablotin se doit en effet de ne rien négliger pour rester lui-même, dans le confort inégalable de son âge d’or. S’il veut garder auprès de lui l’être cher à son cœur, il lui faut être en mesure de payer le prix exorbitant qu’impose la constitution d’un monopole des sentiments. Cette faim carnassière d’exclusivité se manifeste en premier lieu sur ce véritable terrain de chasse que peut devenir l’Amour filial. Cécile fait ainsi de Bonjour tristesse le théâtre d’une horrible conspiration qui vise à empêcher Raymond (David Niven), son père bien-aimé, d’épouser la malheureuse Anne (Deborah Kerr). Plus haut sur l’échelle de l’abomination, Steven Lake organise l’enlèvement de sa nièce Bunny (Suxy Appleby), afin que celle-ci n’altère en rien les relations privilégiées qu’il a nouées avec sa sœur. Le paroxysme de l’infamie est toutefois atteint dans Un si doux visage quand Diane Tremayne, ivre de jalousie, assassine sa belle-mère pour rester seule avec son père adoré[10].

     

     

                Au-delà des cas particuliers, professe Otto Preminger avec sa lucidité coutumière, l’Enfant, esclave de ses automatismes primaires, cherche invariablement à évincer ceux qu’il considère comme ses concurrents. Telle est la raison pour laquelle il trouve, dans l’Amour conjugal, un domaine de prédilection : sur ce champ de bataille où s’entrechoquent les passions les plus exacerbées, il peut librement assouvir sa soif d’accaparement et son sordide appétit de cruauté. Zosh (Eleanor Parker), l’épouse capricieuse de L’homme au bras d’or, est la preuve vivante de ce théorème sentimental. Résolue à retenir Frankie (Frank Sinatra), son mari secrètement épris de la douce Molly (Kim Novak), elle a ainsi l’effroyable idée de lui faire croire qu’elle est devenue paraplégique à la suite d’un accident de voiture qu’il avait provoqué, un soir où il avait succombé au charme vénéneux de la cocaïne. Frederick Manion n’est pas avare de bassesses, lui non plus. Pour supprimer un rival amoureux, le petit Lieutenant d’Autopsie d’un meurtre jure, sur l’honneur dont il est dépourvu, que sa femme a été victime d’un viol et qu’il a tué son agresseur dans le cadre de la légitime défense[11]. Waldo Lydecker, cependant, apparaît comme le maître incontesté de ces apprentis criminels. Ce cousin de Pinocchio et de Peter Pan, incapable de grandir en dépit de son âge avancé, représente en effet la quintessence de la possessivité, de la sournoiserie et de la brutalité latentes de l’Enfance. Malheur à celui qui s’approchera de Laura ! semble-t-il ruminer entre deux manœuvres destinées à décourager les courtisans de sa princesse. Qui ne le comprend le paiera de sa vie ! La belle m’appartient corps et âme ! Son destin est tout écrit : si elle ne veut être à moi, je la tuerai pour que jamais elle ne soit vôtre !

     

     

                Par ces mots écrits en lettres de sang s’achève la métamorphose de l’Ange en Démon. Le divin Enfant a cessé d’être, dans l’imagerie consensuelle de l’opinion commune. Lucifer l’a remplacé, dans le royaume implacable de la Vérité. L’issue est tragique. Elle l’est d’autant plus, murmure Preminger entre compassion et consternation, qu’elle porte le sceau accablant de la vanité.

     

     

    Acte III

    Le chagrin et la pitié, ou l’inexorable défaite

     

     

                Pour nous le signifier, le réalisateur pose trois questions auxquelles le dénouement de ses films apporte des réponses dénuées d’équivoques. Quel gain l’Enfant escompte-t-il en s’adonnant à des jeux diaboliques? Il espère conserver les avantages inhérents à son statut. Son combat est-il victorieux? Il ne saurait l’être, dans la mesure où il se heurte à un ennemi invincible : le principe de réalité. Est-ce à dire que les merveilles de la condition infantile ne sont finalement que des illusions? Elles sont à ce point chimériques qu’elles ne justifient en aucune façon que quiconque leur sacrifie son intégrité morale.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Autopsie d'un meurtre (Anatomy of a Murder)

     

                Ainsi, nous dit Preminger avec la perspicacité qui le caractérise, l’Enfant est le plus tragique de tous les personnages en ceci qu’il s’acharne à ne pas changer, alors même qu’il est voué par la Nature à être plus proche de l’Enfer que du Paradis. Cette précarité fondamentale se manifeste d’abord à travers un fait incontestable : le monde est particulièrement hostile aux plus jeunes. Mark Calder ne tarde pas à le découvrir. Ballotté sur la bien nommée Rivière sans retour, il doit en effet affronter la peur, la faim mais aussi, les mille et un dangers que font planer sur sa tête angélique les bêtes sauvages, les chercheurs d’or sans scrupules et les Indiens égarés sur les sentiers de la Guerre. Stephen Fermoyle voit également sa fragilité se briser sur les récifs impitoyables de l’existence. Après avoir connu le doute, la tentation et la dureté de la vie pastorale, le futur Cardinal est ainsi le témoin affligé des querelles de Pouvoir qui minent le Vatican et d’un racisme qui, en se répandant sur l’ensemble de la planète, noie ses idéaux dans un océan d’amertume[12]. La préoccupante étrangeté des protagonistes de Bunny Lake a disparu, film dont les gros plans, les prises de vue obliques et l’atmosphère oppressante ne sont pas sans rappeler les microcosmes infernaux d’Elia Kazan, est un brillant condensé de ces mésaventures. Elle laisse entendre, à juste titre, que l’Enfant n’est qu’un petit Poucet constamment menacé par des ogres[13].

     

     

                Pour son plus grand malheur, ajoute Otto Preminger, la proie en perpétuel sursis subit parallèlement les affres de la dépendance. Elle doit cette avanie supplémentaire à l’absence d’autonomie que lui confère son essence. En l’espèce, le cas de Diane Tremayne est édifiant : si l’héroïne d’Un si doux visage connaît une détresse infinie, c’est avant tout parce qu’elle se sent contrainte de vivre sous la houlette d’un homme, qu’il s’agisse de son père ou de son amant Frank Jessup (Robert Mitchum). Frankie Machine, « l’homme au bras d’or », offre toutefois le meilleur exemple de cette funeste inféodation. Tel un bambin tributaire d’une mère tyrannique, ce symbole en clair-obscur de la condition enfantine est en effet l’esclave de la drogue. Ses indicibles souffrances devraient le conduire à s’émanciper sans délai. Cependant, il n’en fait rien. La soumission est gravée dans le marbre de son âme et lui interdit formellement de se rebeller. 

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Exodus

     

                Cette navrante incapacité ruine la prétention onirique de l’Enfant à régner sur un monde dont il serait le monarque absolu. Non content d’être nu, renchérit Preminger entre dépit et sympathie, le Roi de pacotille n’est que le jouet pathétique du Destin. Bien qu’elle n’en soit pas consciente, Ambre est la première victime de cette cruelle réalité de la Vie. Elle est convaincue d’œuvrer et de manœuvrer à sa guise, mais de sa rencontre fortuite avec Bruce Carlton à son entrée miraculeuse à la Cour de Charles II en passant par l’incendie providentiel qui la débarrasse de Lord Radcliff, son époux autoritaire, il apparaît que les grandes étapes de son itinéraire au pays des puissants sont moins le fait de son libre arbitre que de la dictature, discrète et néanmoins implacable, d’une Raison transcendante.

     

     

                Alliée aux précédentes, cette désillusion aboutit à un constat cinglant : l’Age d’or est un mythe que les grands entretiennent au mépris de la vérité tragique des petits. Selon Preminger, cette parenthèse prétendument enchantée est d’autant plus fantasmagorique que l’Amour exclusif, cheval de bataille de l’Enfant, est lui aussi un mirage. Waldo Lydecker a une fois de plus valeur d’exemple, en ce domaine crucial. Parce qu’il est asexué, comme tous ses semblables, le vieil homme attardé dans le marécage de l’Enfance est ainsi condamné à regarder les adultes s’aimer. Il n’a d’autre choix que d’être l’éternel spectateur des romances de Laura, sa dulcinée. Dans ce contexte, ses machinations contre ses rivaux ne sont pas tant des gages de force que des aveux de faiblesse. Elles ne font que traduire, en langage dramatique, son impuissance fondamentale.

     

     

                L’Amour, ajoute Preminger au grand dam de ses héros, est de toute façon incompatible avec l’idée même de monopole. Il engendre en effet des convoitises dont la multiplicité appelle fatalement le conflit. Les intrigues de Waldo Lydecker et de ses jumeaux cinématographiques le suggèrent. Les guerres qui émaillent Exodus le confirment sans détour : la Palestine, allégorie universelle de la femme désirée, est constamment l’objet des assauts antagoniques des Arabes, des Britanniques et de ces frères ennemis de la cause Sioniste que sont les membres de l’Irgoun et de la Haganah.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Le Cardinal (The Cardinal)

     

                L’Enfant pourra toujours tenter sa chance dans ce jeu de massacre incessant, prévient Preminger avec la sagesse d’un prophète, il connaîtra immanquablement le désarroi de la défaite. Cette chronique d’un échec annoncé a des causes que le réalisateur de Porgy and Bess met parfaitement en évidence : non seulement l’activité ludique exige un vainqueur et un vaincu mais de surcroît, elle suscite une multitude de vocations qui rend illusoire la prétention d’un individu à triompher de tous ses adversaires. En d’autres termes, puisés à la source intarissable du bon sens populaire, « il y a toujours plus fort que soit ». Steven, le kidnappeur de Bunny Lake a disparu, l’apprend à ses dépens. Malgré la sophistication de ses stratagèmes, il est percé à jour par le rusé Inspecteur Newhouse. Ann Sutton dans Le mystérieux Docteur Korvo et Laura Manion, dans Autopsie d’un meurtre, subissent un sort analogue. Même Waldo Lydecker, assassin distingué de femmes insoumises, finit par mordre la poussière. L’agent McPherson, serviteur de la droite Raison[14], parvient ainsi à briser ses rêves dérisoires d’impunité.

     

               Suprême affliction pour tous ces combattants de l’inutile, les êtres qu’ils convoitent ne sont pas des objets mais des individus sensibles. La conséquence de cette vérité première, dont l’Enfant est par définition le dernier à prendre conscience, est d’une violence dévastatrice pour le cœur comme pour l’âme : le conquérant peut fort bien être repoussé par la personne qu’il espérait conquérir. Diane Tremayne subit de plein fouet le choc de cette déception. Dans sa grande candeur, elle s’imagine que Frank Jessup demeurera auprès d’elle, en dépit du parricide dont elle s’est rendue coupable. Sa solitude finale, hélas, lui apporte un virulent démenti. Ambre connaît une destinée similaire. Ecoeuré par son arrivisme et son immoralité, Bruce, l’homme de ses rêves, décide en effet de la fuir et d’épouser une autre femme.

     

     

                L’ombre de la Tragédie avance. Aucun rayon de soleil ne semble en mesure de la contraindre à reculer. D’aucuns objecteront cependant que l’Enfant a, du fond de ses ténèbres, la chance d’apercevoir une lumière consolatrice : il bénéficie le plus souvent d’une indulgence étrangère aux adultes. Otto Preminger n’élude pas cette dimension positive. Il en fait même un thème récurrent de son œuvre. Ainsi, Diane Tremayne et Frederick Manion sont jugés pénalement irresponsables des crimes qu’ils ont commis, à l’issue des procès retentissants qui se déroulent dans Un si doux visage et Autopsie d’un meurtre[15]. De façon analogue, Cécile dans Bonjour tristesse, Ann dans Le mystérieux Docteur Korvo et Madame Erlynn dans L’éventail de Lady Windermere, obtiennent un pardon inconditionnel pour tous leurs méfaits. Mais si ces personnages sont disculpés par la Société, précise Preminger avec une remarquable lucidité, leur nature les condamne à subir le plus terrible des châtiments : assister, impuissants, à la fin inexorable de leur monde. Cette sentence a des implications aussi diverses que destructrices. Elle porte notamment dans ses flancs putrides la pestilence de la désolation. Mark Calder, Ambre et Cécile ont l’infortune de humer ces fragrances nauséabondes, qui semblent émaner des entrailles de l’Enfer. Le premier tombe dans les abysses du désenchantement le jour où il apprend que Matt, son père vénéré, n’est pas un dieu mais un simple mortel qui, dans sa jeunesse, a tué un homme en lui tirant une balle dans le dos. La deuxième, laminée par le désappointement, a la douleur insoutenable de voir son fils quitter l’Angleterre avec son père. La troisième, poignante à l’extrême, en est réduite à larmoyer devant un miroir en songeant que chaque jour de sa triste vie, elle se reprochera d’avoir poussé au suicide celle qui devait être sa belle-mère[16].

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Bunny Lake a disparu (Bunny Lake is Missing)

     

                Cette chute inéluctable du « Paradis terrestre » est si pénible qu’elle peut contourner les sentiers de la morosité pour mener tout droit à la folie. Steven, l’oncle de Bunny Lake, suit cette trajectoire en forme de chemin de croix : désespéré par la fuite du Temps et par la disparition annoncée de son mode de vie, il retombe en Enfance et sombre dans l’aliénation mentale[17].

     

     

                Ceux qui évitent ce supplice inhumain ne sont guère plus favorisés par le sort. Ils sont en effet arrachés à la douceur de l’Enfance et précipités sans ménagement dans la brutalité de l’âge adulte. Madame Erlynn vit cette petite mort dans L’éventail de Lady Windermere. Pour sauver le mariage de sa fille, elle doit ainsi sacrifier son égoïsme sur l’autel de l’altérité. En un mot comme en cent, elle est obligée de vieillir et de faire le deuil de sa prime jeunesse. Le sevrage pathétique de Frankie Machine, dans L’homme au bras d’or, obéit à la même logique : l’Enfant est condamné à périr, au terme d’une agonie dont le caractère essentiellement symbolique ne saurait occulter l’indicible violence[18].

     

     

                Les malheureux qui refusent cet augure n’ont d’autre choix que de s’abandonner à la Mort réelle. Waldo Lydecker et Diane Tremayne en sont pleinement conscients. Telle est la raison pour laquelle ils décident d’en finir avec la Vie, en emportant avec eux les êtres que des tourments infinis leur ont interdit d’aimer sereinement[19].

     

     

                Ainsi s’achève la tragédie de l’Enfance. Elle stupéfie et stimule la Raison, elle pétrifie et suscite la fascination, elle horrifie et arrache des larmes de compassion. Ce tourbillon, à la fois contradictoire et sublime, a élevé Otto Preminger au firmament des auteurs les plus émouvants de son époque. Il ne pouvait en être différemment. Avant d’être des spectateurs, nous sommes tous d’anciens enfants.

     



    [1] Précisons qu’à l’instar de Fritz Lang et de Billy Wilder, Otto Preminger naquit en Autriche et quitta son pays avant l’éclatement de la seconde guerre mondiale.

    [2] Il s’agit, en l’occurrence, de la naissance d’Israël.

    [3] Voir notamment Le Cardinal (The Cardinal).

    [4] Pour reprendre une expression chère à Maurice Pialat.

    [5] Malgré sa réputation de paisible ouvrier de l’industrie cinématographique, le cinéaste Britannique fut un authentique pourfendeur de l’Enfance.

    [6] Outre l’adaptation de pièces du répertoire classique, comme L’éventail de Lady Windermere d’Oscar Wilde, cet attachement se traduit notamment par une mise en scène fluide, qui économise les plans et les coupes, se concentre sur des lieux précis et fait la part belle aux « coups de théâtre ».

    [7] Sur ce sujet, on se référera utilement à l’œuvre de Joseph L. Mankiewicz, brillant critique de l’activité ludique.

    [8] Cette ambition frénétique la conduit à devenir la favorite du Roi Charles II (George Sanders).

    [9] En dépit de sa position de faiblesse, Manion encourant, dans le cas d’espèce, la réclusion criminelle à perpétuité.

    [10] Comble de l’atrocité, le complot qu’elle ourdit perfidement aboutit au décès de son père. Poussé par la force irrésistible du Destin, ce dernier décide en effet de monter avec sa femme, dans la voiture que Diane avait préalablement sabotée.

    [11] L’épouse, honteuse d’avoir été infidèle, corrobore cette version mensongère.

    [12] Stephen est fouetté jusqu’au sang par des membres du Ku Klux Klan. De retour en Europe, il assiste, impuissant, à la montée terrifiante du Nazisme.

    [13] Newhouse (Laurence Olivier), l’Inspecteur en charge de l’enquête sur la disparition de Bunny Lake, semble déambuler sur le chemin très étroit qui sépare la Raison de la démence. Ada Ford (Martita Hunt), l’ancienne directrice de l’école maternelle dans laquelle la fillette s’est volatilisée, consacre ses loisirs à l’étude mi-scientifique, mi-ésotérique, des cauchemars infantiles. Quant à Wilson (Noël Coward), le logeur d’Ann Lake, il n’est qu’un satyre à la lucidité plus qu’incertaine. Preminger utilise judicieusement le « Swinging London » des années 1960 et son excentricité proverbiale pour renforcer le sentiment de malaise que procurent ces personnages inquiétants.

    [14] Ce caractère symbolique est formidablement accentué par le jeu tout en sobriété de Dana Andrews.

    [15] Notons que cette clémence dérogatoire au Droit commun est valable pour tous les enfants.

    [16] D’où le titre du film : Bonjour tristesse. A cet égard, on observera que le roman de Françoise Sagan s’adapte idéalement à la thématique principale du Cinéma d’Otto Preminger.

    [17] Cette décadence donne lieu, à la fin du film, à une séquence d’anthologie où l’horreur se mêle subtilement à l’empathie.

    [18] Le sevrage de Frankie se traduit par une séquence dont l’intensité dramatique et l’audace morale n’ont guère d’équivalent, dans le Cinéma Américain des années 1950.

    [19] Waldo Lydecker est abattu par l’Inspecteur McPherson avant d’avoir pu tuer Laura. Diane Tremayne, elle, précipite sa voiture dans un ravin après avoir invité Frank Jessup à prendre place à bord.

    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    L'auteur

    Jean-Philippe Costes

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