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    Dossier: Maroc

    Le savant intinérant et la transhumance du savoir

    Mourad Khireddine

    JOHANN WOLFGANG GOETHE
    UNIVERSITÄT FRANKFURT AN MAIN

    Centre Interdisciplinaire de Recherche sur l’Afrique
    –CIRA–

    Colloque :
    LE SAVOIR ET LES SCIENCES EN AFRIQUE
    Du 24 au 27 juillet 2006

     

    I. Préambule.


    Il serait difficile, pour ne pas dire impossible, d’affirmer aujourd’hui qu’une culture se construit d’elle-même, par elle-même, et pour elle-même, et qu’elle reste enclose dans le lieu où elle s’illusionne d’être née. Il y a à l’origine un va-et-vient de la culture dans ses différentes figures, allant des sciences aux connaissances en passant par les savoir-faire.

    Certes, dans ce mouvement de transhumance, la culture d’une aire géographique donnée se met à s’individualiser lentement, un peu comme les membres d’un foetus, et il arrive, souvent hélas, qu’elle en vienne à oublier ses origines multiples, à se croire absolument exempte de toute marque du dehors et à se définir non par rapport aux autres cultures desquelles elle a reçu autant qu’elle leur a donné, mais contre elles, et à parler dès lors de “choc des civilisations”1 –pour reprendre un titre sonnant–quand elle rencontre celles-là précisément d’où elle a reçu bien des bienfaits. Les aires culturelles qui font ainsi la mutilation d’une étymologie multiple débouchent inévitablement sur le culte aveugle de l’ethnique et de l’authentique fondé d’abord sur la négation de l’autre. Les dérives de cette amnésie ne sont pas d’aujourd’hui2, mais plus que par le passé, grâce aux moyens d’information, elles font le bonheur de l’actualité médiatique, et cultivent amalgames, malentendus, quand ce n’est pas la haine et le meurtre.

    Aux temps lointains de la Préhistoire, la culture passe de l’Afrique vers le Nord par le Détroit de Gibraltar; dans l’Antiquité, de l’Orient (Mésopotamie, Asie Mineure, Égypte) vers la Grèce3, puis de là, vers l’Europe; au Moyen-Âge et à la Renaissance, de nouveau de l’Orient vers l’Afrique du Nord, puis vers l’Espagne et de là vers l’Europe. En temps de guerre comme en temps de paix, un échange ininterrompu s’est installé tant par les routes terrestres que par les voies maritimes.4

    La transhumance humaine et la transhumance des cultures apparaissent ainsi indissociables et s’accomplissent avec l’assentiment des hommes ou contre leur volonté. Qu’on songe un instant à l’aventure commencée en 1492. Elle montre, quant à elle, que l’impact des cultures castillanes et lusitaniennes dans ce continent qu’on appelait alors “Les Indes” ne s’est pas fait sans y introduire la culture arabo-musulmane qui était inscrite dans la mentalité des découvreurs espagnols et portugais en dépit de l’Institution Inquisitoriale qui les caractérisait, ni en se préservant des cultures indigènes dont on avait entrepris pourtant la destruction. Pour compléter ce tableau, nous pouvons ajouter l’impact tragique du commerce de l’ébène qui va ajouter à ce mélange déjà complexe la culture de l’Afrique Noire, au Mexique d’abord, au Brésil ensuite, puis peu à peu dans toute l’Amérique, de son sud à son nord.

    L’aventure de la pensée peu s’en faut, n’a pas connu –et ne connaît pas– une sédentarité, ni à travers le temps, ni à travers l’espace. Elle est fille de la route et fait son chemin d’un temps à un autre et d’une civilisation à une autre. Autrement dit, elle n’est pas fondée sur l’immobile.

    II. Le Maroc : un survol historique

     
    Horizontalement, le Maroc s’inscrit dans l’aire arabo-musulmane d’avec laquelle il partage un vaste corpus religieux, culturel, spirituel, scientifique et linguistique. Verticalement, ses racines s’étendent par-delà le désert du sud, en Afrique profonde, et par-delà la Méditerranée, en Europe.Cette position fait de lui un creuset fécond. D’autant plus fécond que son histoire atteste tout à la fois de ses conquêtes en Afrique jusqu’au fleuve Sénégal et en Europe –l’Espagne, le sud de la France-,que des conquérants qui ont occupé tantôt seulement ses ports ou quelques oppidums comme les phéniciens et les romains ; une partie de ses territoires ou tout le pays comme les Espagnols et les Français. Aussi, l’identité du Maroc est-elle à chercher dans sa pluralité et dans sa diversité qui s’affirment et s’expriment dans le mode comportemental, social, culturel.

    Cependant, quand on revient quelques siècles en arrière, on constate que c’est incontestablement l’Islam qui a provoqué en Afrique du Nord l’élan civilisationnel5. Les civilisations précédentes issues de l’Antiquité n’avaient pas apporté avec elles cet idéal créatif. Quant aux cultes païen, judaïque et chrétien bien qu’ils eussent une part relativement active dans la vie, ils ne répondaient guère aux aspirations que les Autochtones portaient en eux.

    La communauté juive, par exemple, dont la présence en Afrique du Nord remonte fort loin dans le temps6, est restée fermée sur elle-même, « se consacrant à l’agriculture, à l’élevage et au négoce ».7Quant à l’Église chrétienne, en prenant « à bien des égards le relais de la romanité »8, elle avait bien du mal à répandre au Maroc9 un culte déchiré par les controverses doctrinales orientales et occidentales qui conduisirent les évêques orientaux et occidentaux, lors du concile tenu à Sardique en 347, à s’excommunier réciproquement10. Plus encore, lorsque le Christianisme toucha les Berbères, il accentua plutôt leur « tendance nettement anti-impériale » et leur « farouche volonté d’autonomie »11.Les Vandales [430-534] et les Byzantins [534-647] furent, quant à eux, présents surtout dans la partie orientale du Maghreb, et uniquement sur la frange Nord du Maroc, et leur règne se déroula sous le signe de guerres et de révoltes continuelles jusqu'à l’arrivée des Arabes.

    Conquis après une résistance qui dura une cinquantaine d’années, le Maroc prend son indépendance par rapport au Califat de Bagdad. Très vite, il devient un empire, se saisit de son propre destin politique et entre dans une rivalité culturelle et artistique avec les grandes métropoles orientales et occidentales. Fès devient Capitale des Idrissides, et l’on y voit affluer savants, architectes, ingénieurs, maîtres-artisans, médecins, philosophes… Marrakech, à son tour, à peine sa fondation achevée, s’impose sous les Almoravides, puis les Almohades, comme Capitale d’un empire comprenant l’Andalousie et l’Afrique du Nord, et une culture mauresque originale se développe sur les deux rives de la Méditerranée. Après une période particulièrement trouble articulée autour des invasions portugaises et espagnoles d’une part, et Ottomanes, de l’autre, auxquelles doivent faire face les Mérinides puis les Wattassides {du XIIIe au XVIe siècle}, les Sa’adiens {1523-1603} fonderont, de nouveau, un empire qui s’étendra jusqu’en Afrique Noire. Cette même dynamique avec ses avancées et ses replis, ses plages de paix et de crises, accentuée par la phase de protectorat {1912-1955}, marquera la période alaouite {du XVIIe à nos jours}

    Ce survol historique n’a pour raison que de montrer que, de siècle en siècle, le Maroc, dans ses liens de rencontre et de rupture, d’alliance et de mésalliance avec ces voisins de l’Est, du Nord et du Sud subsaharien, construira sa science, son champ de connaissance. Rien donc d’immobile dans sa culture, contrairement aux stéréotypes qui la rattachent à la tradition. C’est que, là encore, le terme de tradition n’est pas clair et on l’utilise aussi bien dans les cercles savants que dans la rue sans se soucier de son véritable sens, ni son véritable rôle. Prise dans son sens premier “tradition” ne signifie rien moins que “transmettre”. « Ainsi, la tradition rivalise inlassablement avec l’effacement et l’oubli, mène contre eux une lutte sans laquelle, le “même” eût pu naître et renaître indéfiniment à chaque instant dans une absolue et fatale virginité, sans que les hommes en eussent eu conscience ni souvenance. Et qu'eût été l'existence sans la tradition, à supposer que la vie continuât? Enclavé dans le retour du même sans cesse oublié, l'Homme aurait répété invariablement les premiers gestes sans en faire l'économie, sans même se rendre compte qu'il les répète, persuadé qu'il les invente pour la circonstance, et oubliant l'instant d'après qu'il en a été l'auteur pour s'acharner de nouveau à les inventer. Aussi la tradition ne se réduit-elle pas à une pure transmission d'un savoir-faire, mais devient une “re-création” d'un déjà-là en même temps qu'une assimilation de ce qui, dans le présent, mérite d'être retenu, puis transmis. Autrement dit, la tradition ne survit que par l'invention et la découverte de la chose matérielle ou spirituelle à léguer12.»

    C'est pourquoi elle n'est pas enclose dans le répétitif, mais solidaire de l'invention, de la création, de la découverte…, qui la soutiennent et qu'elle soutient, bien qu'en apparence elles semblent se rejeter mutuellement. Quant à l'invention, la création et la découverte, appropriées par la modernité qui leur associe valorisation de la rationalité, science, technologie, elles paraissent subir la tyrannie de la tradition et, plus encore, son intolérance face à l'aventure innovatrice. En réalité, il n'en est rien. Qu'aurait eu à propager une tradition si elle n'avait été précédée par la création? et qu’aurait apporté une invention oubliée l’instant d’après? »13

    III. Les savants itinérants ou « la vie comme moyen de connaissance ».14


    Une mobilité active et intense des savants, toutes disciplines confondues –sciences du langage, logique, philosophie, théologie, jurisprudence, géodésie, physique, mathématique, optique, musique, botanique, minéralogie, zoologie, médecine…, se fera du Mashrek au Maghreb et inversement dans un premier temps. La conquête de l’Espagne viendra peu après compléter la figure triangulaire du parcours pour de nombreux siècles.

    À côté de la culture savante qui n’est pas moins religieuse, une littérature hagiographique nous laissera les itinéraires suivis par les “’Awliyas” d’une part et des initiés en quête d’un traditionaliste, d’un Sheikh, de science, ou pour collecter des manuscrits, d’une ville à une autre ; d’un pays à un autre; d’un continent à un autre. Les hommes de sciences, toutes disciplines confondues, n’étaient donc pas des « savant de cabinets »15, ni encore moins, des savants assis.

    L’exemple d’al-Idrissi montre assez ce nomadisme des savants itinérants : Né à Ceuta, au Maroc, il recevra son enseignement à Cordoue, puis s’établira en Sicile à la Cour arabisée du roi Roger II pour lequel il rédigera le fameux “Livre de Roger

    Ibn‘Arabi {560-638/1165-1240}, dans un autre domaine, est aussi représentatif de cette pérégrination des hommes de l’Islam : il parcourra plusieurs fois l’Andalousie et le Maghreb, puis prenant le chemin de l’Est, ira jusqu’aux confins du Mashrek, pour être enterré finalement à Damas où l’on peut visiter sa tombe. Lui-même conscient du voyage comme destinée ontologique de l’être, écrit : « L’existence a pour origine le mouvement. Il ne peut donc y avoir d’immobilité en elle, car si elle restait immobile, elle reviendrait à son origine qui est le néant ». Ou encore : « En réalité nous ne cessons jamais d’être en voyage depuis l’instant de notre constitution originelle et celui de la constitution de nos principes physiques, jusqu’à l’infini. Quand t’apparaît une demeure, tu te dis : voici le terme; mais à partir d’elle s’ouvre une autre voie dont tu tires un viatique pour un nouveau départ. Dès que tu aperçois une demeure, tu te dis : voici mon terme. Mais à peine arrivé, tu ne tardes pas à sortir pour reprendre la route.»16

    Ibn Ruschd [Averroès] {520-595/1126-1198}, Le Commentateur d’Aristote, né à Cordoue, est introduit à la Cour Almohade par un autre philosophe tout aussi itinérant, Ibn Tofaïl. Ibn Ruschd exerce le métier de Cadi à Séville, fait deux aller-retour de Séville à Marrakech où il s’éteindra. Peu après, sa dépouille reprendra le chemin de l’Andalousie pour être inhumée à Cordoue. Ibn Baytar {m.646/1248}, savant botaniste, né à Malaga, fera lui aussi de nombreux voyages qui leconduiront d’abord en Égypte puis à Damas où il mourra.

    Le Cas d’Ibn Khaldoun {733-808/1332-1406} est tout aussi caractéristique de cette figure mouvante du savant itinérant; né à Tunis, il occupera un poste politique sous les Mérinides au Maroc, sera emprisonné, puis libéré. Il part pour l’Andalousie, où il est bien accueilli à la cour de Grenade, mais très vite, des intrigues de palais le forcent à s’enfuir et à s’installer à Bougie avant de repartir pour Fès et enfin pour Tunis. Il y demeure quelque temps puis prend le chemin de La Mecque, mais en cours de route, il entre au service du sultan d’Égypte et exerce la fonction de Grand Cadi qui lui attire des ennemis doctrinaux. Il voyage à Damas pour accomplir une mission et se trouve en présence du conquérant Tamerlan. Il fuira la ville assiégée et retournera en Égypte où il finira ses jours.17Mais l’exemple incontournable reste le grand voyageur, Ibn Batouta,18 qu’André MIQUEL présente ainsi : « Né à Tanger, Ibn Battuta est voué à un exil continu (120 000 kilomètres parcourus et vingt-huit ans d’absence) où certaines haltes, plus prolongées que d’autres, permettent de découper, un peu artificiellement, une série de voyages. Le premier, comme pour nombre de musulmans, a pour but La Mecque par l’Afrique du Nord, l’Égypte, le Haut-Nil et la Syrie; Ibn Battuta y arrive en 1326. Deux mois après, quittant l’Arabie, Ibn Battuta se rend en Irak, puis dans l’Iran méridional, central et septentrional, revient en Irak, à Bagdad, court à Mossoul, repasse par Bagdad et se retrouve en Arabie, où il mettra à profit un séjour de trois ans (1327-1330) pour accomplir, chacune de ces trois années, le pèlerinage à La Mecque. Il part ensuite pour la mer Rouge, le Yémen, la côte africaine, Mogadiscio et les comptoirs d’Afrique orientale, revient par le ‘Uman et le golfe Persique et accomplit un nouveau pèlerinage à La Mecque en 1332. Quatrième voyage : cette fois, ce sont l’Égypte, la Syrie, l’Asie Mineure, les territoires mongols de la Horde d’or en Russie du Sud, la visite de Constantinople, le retour à la Horde d’or, la Transoxiane et l’Afghanistan, d’où Ibn Battuta gagne la vallée de l’Indus en 1333 et séjourne à Delhi jusqu’en 1342.

    De là, Ibn Battuta gagne les îles Maldives, où il demeure un an et demi : ce sera son cinquième voyage. Un saut jusqu’à Ceylan, le retour aux Maldives, puis le Bengale, l’Assam, Sumatra, la Chine : Zhuanshufu. Septième voyage : retour, par  Sumatra et Malabar (1347), jusqu’au golfe Persique, puis Bagdad, la Syrie, l’Égypte et nouveau pèlerinage en Arabie. De retour en Égypte, à Alexandrie, Ibn Battuta s’embarque pour Tunis (1349), d’où il gagne la Sardaigne sur un bateau catalan ; il rentre par l’Algérie, Fès, le royaume de Grenade et, de nouveau, le Maroc, le pays natal. Un neuvième et dernier voyage : en 1352, le Sahara, les pays du Niger. Cette fois, c’est bien la fin. Installé au Maroc, Ibn Battuta dicte à un lettré, Ibn Djuzayy, sur l’ordre du souverain mérinide, Abu ‘Inan, sa Rihla : ce sera chose faite en 1356, sous le titre de « Cadeau précieux pour ceux qui considèrent les choses étranges des grandes villes et les merveilles des voyages » (Tuhfat al-nuzzar fi ghara’ib al amsar wa–‘adja’ib al-asfar). Après quoi, le souvenir d’Ibn Battuta se perd; on ne sait ce qu’il a fait jusqu’à sa mort, en 1368 ou même, car la date est peu sûre, en 1377. Dans le voyage, Ibn Battuta a coulé sa vie professionnelle et familiale, se mariant ici, exerçant ailleurs les fonctions de juge très écouté.»19

    Sa Rihla se caractérise par une sorte de rituel de voyage particulièrement relevé d’une révérence aux êtres et aux lieux. Dès qu’il entre dans une cité de quelque importance qu’elle soit, il commence par visiter les lieux saints, tombeaux, zaouïas, mausolées, mosquées…, puis, il s’enquiert des “‘Awlias”, des savants, des théologiens, des cadis…, nous laissent, quand il le peut, leurs noms, et leur nombre ; quand il le peut encore, il nous parle de leur charisme, de leurs ouvrages, de la clairvoyance de leur esprit et de leur jugement ; et quand il le peut enfin, il nous décrit quelques faits par lesquels ils se sont distingués.

    Une analyse soutenue de son récit permettra, à n’en pas douter, de dénombrer les espaces où s’activent les différentes disciplines non seulement dans les villes du Maghreb, mais bien dans toute l’étendue du monde musulman qu’il a sillonné. Par ailleurs, les lieux du savoir dont il nous donne des descriptions détaillées, resteront dans certains pays du monde arabo-musulman tels quels jusqu’à la veille de la colonisation puis disparaîtront. Dans d’autres pays, en revanche, malgré la mise en place du système d’enseignement colonial, ils survivront non sans difficulté et, après l’indépendance, demeureront plus ou moins actifs bien que marginalisés par l’enseignement moderne. Quand ces savants ou ces hommes de sainteté ne voyagent pas, ils accueillent des disciples venus de partout pour recevoir leur enseignement et partir ensuite fonder des écoles ou des zaouïas ailleurs que là où ils sont nés.

    La liste des savants et des disciples itinérants est d’autant plus difficile à donner qu’elle compte presque un millénaire et demi d’histoire et qu’elle recouvre une superficie qui s’étend de l’Atlantique à la Chine en passant pas l’Europe et les terres froides de la Russie. Mais ce qu’il faut avoir à l’esprit c’est précisément cette image de l’homme de science en marche.

    IV. Les espaces du savoir : Mosquée, Msid, Médersa, Jami’a, Zaouïa

    Si la notion d’espace renvoie immanquablement à l’idée de fixité, elle ne doit pas cependant nous faire oublier la mobilité des hommes. Le lieu, tout lieu, est à prendre comme une étape, une halte, une escale plutôt que comme le point d’arrivée final. Cette pensée difficile à envisager existentiellement par un sédentaire est pourtant constitutive non seulement du savant marocain, mais de tout savant appartenant au monde arabo-musulman, plus encore, de tout musulman conscient d’une part que « nulle âme ne connaît ce qu’elle acquiert pour demain, nulle âme ne connaît sur quelle terre ellemourra »20, et d’autre part, que toute demeure est éphémère et que « seule perdure la Face de ton Seigneur, pleine de majesté et de vénération »21. La dimension de l’errance est au centre de l’être arabo-musulman, qu’il appartienne à la vie nomade ou à la cité –je ne dis pas à la vie sédentaire. L’alliance de la mobilité de l’être et de l’immobilité du lieu est déterminante dans la perspective d’approche des espaces du savoir. Le lieu donc, pour fixe et immobile qu’il soit, recevra de l’homme ce qui le rendra éphémère, transitoire et donc tout aussi mobile que les êtres. D’autant qu’il est dit dans le Coran : « À voire les montagnes tu les croirais inertes, alors qu’elles vont de l’allure des nuages22

    a. La Mosquée

    Le premier lieu du savoir est par excellence La Mosquée, « La Mosquée et l’enseignement constituent dans l’Islam un couple d’éléments inséparables depuis l’apparition de celui-ci; en effet, à peine le Prophète eût-il fixé sa demeure en terre d’Islam qu’il construisit une Mosquée. C’est dans la Mosquée qu’il disait la prière et s’asseyait pour enseigner…»23 C’est là donc, au Maroc comme ailleurs, que l’enseignement religieux est dispensé mais, peu à peu, d’autres espaces vont prendre le relais pendant que de nouvelles matières variées sont introduites. Nous aurons alors, à côté de la Mosquée, les écoles coraniques –Msid– ; les Médersa(s) comme la Médersa Ben Youssef à Marrakechmet la Jami’a al Qarawiyyne de Fès. Ces espaces, vont se multiplier dans tout le territoire et accueillir des élèves itinérants.

    b. Msid, Hdar


    Le Msid [qui est une contraction en arabe de Masjid = Mosquée] ou L’Hdar [qui signifie citadiniser] est un espace ouvert à toute personne désireuse d’apprendre le Coran. On peut y entrer à tout âge, mais l’âge minimal est de cinq ans. D’une manière générale, les enfants y font acte de présence tous les jours et ce, jusqu’à la fin de leur “cursus” –si je puis dire. Les personnes âgées qui désirent apprendre ou réapprendre davantage Le Coran et parfaire leur connaissance du Livre Sacré et des Hadith–s– [les Dires du Prophète] se joignent tout simplement aux autres élèves. Quant à celles qui ont un métier, elles passent au Msid pour recevoir la leçon du jour et rejoignent leur travail. C’est là, dans leur échoppe, dans leur atelier, ou ailleurs que, profitant de moments de répit, elles s’activeront à apprendre leurs versets du Coran ou leur texte de grammaire ou de poésie. Le Fqih supervise tous les niveaux, dicte, contrôle et corrige tout à la fois faute, ponctuation et vocalise, quant il n’écrit pas lui-même la partie à apprendre aux élèves débutants. Cependant, à mesure que l’élève
    progresse, il devient, disons, tuteur d’un élève débutant.

    Le Fqih est rémunéré par les parents des élèves, le mercredi et le dimanche, mais c’est chaque élève qui lui apporte la somme d’argent qui est laissée à la discrétion de chaque famille en fonction de ses moyens. De temps à autre, un parent d’élève aisé offre un grand repas qu’il fera envoyer au Msid ou en recevant chez lui élèves et Fquih.

    Nous retrouvons la même structure de formation à la campagne où le Fquih en plus de l’enseignement qu’il donne aux élèves, dirige la prière. Il est payé par la Jma’a en argent et en nature [laine et blé]; on lui attribue, également, un lopin de terre, que le village se charge de faire fructifier pour lui. L’enseignement est dispensé soit dans une pièce mitoyenne à la Mosquée soit dans une Zaouïa.

    Si l’élève désire aller plus loin dans son initiation, il devient alors ce que l’on appelle un élève itinérant. Où que soit le Msid où il s’arrêtera, il recevra le gîte et le couvert : une famille du village se chargera de lui donner ses repas du jour. Ces “écoles” où l’enseignement est très poussé existent encore aujourd’hui dans les grandes villes et dans différentes régions reculées du Maroc. Il n’y a pas longtemps, dans un village montagneux à moins d’une heure de Marrakech, Amizmiz, j’ai croisé un élève d’une école coranique qui passait en tenant son plateau de nourriture. On m’a expliqué, que les élèves du Hdar venus pour la plupart des régions les plus éloignées du pays,recevaient leurs repas des familles du village selon un calendrier établi à l’avance par la Jma’a [Assemblée du Village].

    On peut ajouter comme espace d’apprentissage lié aux aléas de l’Histoire : les maisons. On sait par exemple que pendant ce que l’on appelle le Grand siècle d’Or de l’Espagne qui coïncide paradoxalement avec la puissance inquisitoriale, la communauté des Morisques et des Musulmans qui vivaient encore dans les villes et les localités andalouses n’avaient plus le droit de créer des “écolescoraniques”, de pratiquer leur religion et de célébrer leurs fêtes religieuses, sous peine de finir sur le bûcher. Mais la menace de l’Inquisition n’empêcha pas l’enseignement du Coran de continuer dans le secret dans les maisons sous la direction non pas de Fquih, mais de Faquihates, c’est-à-dire de femmes enseignantes. Il subsiste encore des procès de l’Inquisition concernant des femmes arrêtées et
    condamnées pour avoir enseigné dans leur maison le Coran aux enfants.

    c. Jami’a, Médersa


    Quand l’élève a assimilé le Coran, ainsi que les matières qui l’accompagnent, il se dirige alors vers ce que l’on appelle tantôt La Médersa, tantôt la Jami’a autrement dit l’université. Avant que celle-ci ne connaisse une réorganisation vers les années 1936, le Taleb qui arrivait du Msid allait de cercle en cercle d’enseignement jusqu’à ce qu’il trouve les matières de son choix. Il se joignait alors aux Talaba–s– qui formaient un cercle autour du professeur, et suivait assidûment ses cours sanctionnés par une Ijaza. L’élève recevait autant d’Ijaza–s– qu’il avait suivi d’enseignements. Chacune des Ijaza–s– lui étant délivrée par le professeur de la matière dans laquelle il avait excellé. Muni de ces “diplômes”, il pouvait à son tour prétendre enseigner, à l’université même, s’il est appuyé par les professeurs qui lui ont donné, chacun, une Ijaza, ou dans un Msid à la ville ou à la campagne.Après l’organisation de 1936, l’élève qui entrait à la Médersa ne choisissait plus ses cercles d’enseignement, mais était soumis à un examen oral d’évaluation par un jury qui l’orientait ensuite vers l’un des trois niveaux de l’enseignement correspondant à sa connaissance du Coran, et de certains textes versifiés relatifs à la grammaire et aux rituels religieux. Comme je le disais, le Taleb est orienté vers le primaire qui dure trois ans, ou le secondaire qui dure, lui six ans, ou directement vers le
    supérieur sanctionné au bout de trois ans.

    d. Zaouïa

    Espace d’enseignement à l’exemple du Msid et de la Médersa, la Zaouïa est de plus un espace d’éducation au sens où l’on y apprend, entre autres, l’éthique envers Dieu et ses créatures. Que cette éthique se dégage des enseignements donnés dans les autres espaces, cela ne fait aucun doute, mais dans la Zaouïa, elle est davantage approfondie par une pratique quotidienne.

    La Zaouïa est en fait un lieu fondé par un Wali24 qui s’est distingué par un charisme très élevé qu’il a mis au service des nécessiteux, des malades, des êtres égarés. Dès lors, ses actes, comme ses paroles, en conformité totale avec l’esprit et la lettre du Coran et de la Sunna, apportent un éclairage sur le Livre Saint et les Hadith-s. Dans la Zaouïa, on apprend à ceux qui le désirent, enfants ou adultes, le Coran, et les Hadith-s–, comme au Msid, mais aussi des matières complémentaires comme on en trouve dans les Médersa-s– ou les Jami’ates. De plus, bon nombre de Zaouïas–s– comme la Zaouïa Ash-Sheikh Youssef at-Tadili, près de Chefchaouen, par exemple, avaient deux ailes, l’une pour les hommes et l’autre pour les femmes, et elles dispensaient aux femmes le même enseignement qu’aux hommes25 ; de même, apprend-on dans un ouvrage intitulé Fath at-Ta’yyd de Hassan ben Mohammed ben Rissoune [mort en 1055] que «la Dame Zohra, fille de Abdallah al-Kaouach, avait une Zaouïa à Marrakech d’une grande renommée dans le domaine du at-Tassawwouf. Sidi Mohammed Ibn ‘Ali Ben Rissoune […] lui a rendu visite et elle lui a servi à manger dans sa Zaouïa près du Souk al-Hjar non loin de la grande Mosquée construite par Youssef Ibn Tachfine.»26

    À côté de l’apprentissage exotérique, la Zaouïa dispense un enseignement ésotérique qui introduit le disciple dans la recherche de la proximité avec Dieu. Cet enseignement soutenu par une pédagogie particulière –qu’il serait très long de développer ici– travaille à l’éveil et au développement des autres possibilités de connaissance en plus des facultés sensorielles et rationnelles; aiguise la vigilance et permet de réorienter vers le divin l’existence avec tout ce qu’elle charrie comme sciences, connaissances, faiblesses, joies, misères, émerveillement, perplexité, stupeur. Dans les Médersa-s– et les Jami’ates il y a effectivement une matière intitulée At-Tassawwouf –que l’on traduit improprement par le Soufisme ou encore “mystique de l’Islam”– qui est enseignée, mais l’approche méthodologique d’enseignement n’est pas accompagnée de la pédagogie du Sheikh. At-Tassawwouf y est enseigné comme une matière plutôt que comme un cheminement vers le divin.

    Si le rôle, déterminant, des Mutassawifa-s– [soufis] dans le développement et l’expansion d’une part, des sciences, comme les mathématiques, la médecine, l’alchimie, l’optique, l’astronomie, etc.27,et, d’autre part, de la connaissance ésotérique accompagnée d’une maîtrise des états et des étapes de la psyché humaine28 est réel, en revanche, c’est à peine si l’on commence à entrevoir sa véritable ampleur qui est encore mal connue, voire inconnue, même dans les milieux spécialisés. Cependant pour ce qui nous préoccupe aujourd’hui, il faut dire que ces hommes de sciences et de connaissance, qu’ils fussent du Maghreq ou du Maghreb ont été pour la plupart de grands itinérants. Ni les distances, ni les déserts ni les mers, ni les accidents géographiques, ni les guerres, ni l’insécurité n’ont fait fléchir leur marche. Et ceux qui se sont arrêtés quelque part, ils ont fondé des Turuq–s– plur. de Tariqa qui ne signifie rien moins que “voie”, “chemin”, “route à suivre”, mais aussi “démarche”, “méthode”. Elle implique donc l’idée de mouvement, de déplacement, d’étape, de halte, de départ, mais également de discipline.

    e. Jama’ Lafna


    À côté de ces espaces, les uns “officiels”, les autres clandestins, il y a un autre espace non moins important où circule la culture dans toutes ses figures : il s’agit des places publiques dont le prototype n’est rien moins que la Place Jama’ Lafna. Là, la culture nommée hâtivement “populaire” charrie en réalité bien des sciences, autrefois majeures, aujourd’hui “folkloriques ”, dirions-nous. Sur la Place, se côtoient dentistes, pharmaciens traditionnels, herboristes, rebouteux, chez qui se présentent aujourd’hui encore des patients pour arracher une dent, soigner une douleur, replacer un membre déplacé… Cette médecine traditionnelle est, en réalité, celle-là précisément qui va enfanter la médecine moderne et dont les origines remontent à Ibn Razi –Razès–, Ibn Sina –Avicenne-, Ibn Roschd –Averroès-, pour ne citer que les plus connus et dont les écrits furent enseignés à la Faculté de Médecine de Montpellier, par exemple, jusqu’au XVIIIe siècle! Cette science aujourd’hui tolérée par les autorités pour diverses raisons29 est encore transmise selon des canaux qui relèvent soit de l’héritage de père en fils, soit d’une formation reçue par le disciple auprès d’un maître, soit enfin d’undon qui s’est révélé, parfois tardivement, au pradipraticien30.

    L’espace d’apprentissage du tradipraticien est encore mal connu. On connaît celui du rebouteux et de l’herboriste qui subsistent encore de nos jours, mais d’autres tradipraticiens particulièrement ceux qui voyagent de village en village, de souk en souk –marché hebdomadaire–, certains à pied ou à dos de mulet pour atteindre les zones d’accès difficiles, pour offrir aux malades des régions reculées des traitements à base d’onguents, de compositions tirées de la pharmacopée traditionnelle, voire parfois des pilules! Cet aspect mériterait à lui seul, une recherche approfondie.31

    Revenons à la Place Jama’ Lafna. À côté donc de ces tradipraticiens, il y a les conteurs qui véhiculent une culture populaire issue d’une littérature souvent savante. Les contes, les récits des Mille et une nuits, les exploits de héros mythiques ou historiques enrichis de l’imaginaire du conteur participent dans une large mesure à l’acquisition d’une culture, certes, populaire, mais qui rend accessible à un large public venu de différentes régions, l’arrière-fond religieux, philosophique,spirituel, politique, érotique, etc.

    La Place Jama’ Lafna est donc un espace où se superposent et s’expriment, grâce à une tradition orale maîtrisée, plusieurs couches de cultures qui répondent à une foule attentive, une foule en mouvement, à une foule toujours identique à elle-même, constituée d’hommes, de femmes et d’enfants de tous âges, qui viennent recevoir ou chercher des réponses à des questions de divers ordres. Le mouvement de la foule n’est pas à prendre dans son expression massive, mais plutôt dans la riche composition de ses individus, venus d’horizons différents, parlant des dialectes ou des langues différents, vêtus d’habits différents qui renvoient à leur lieu d’origine. Plusieurs aspects sont réunis dans cette Place qui charrie autant de cultures qu’il y a de personnes. Dans une proportion moins spectaculaire et dirais-je, moins mythique, on retrouve cette figure de Place dans toutes les villes du Maroc ainsi que dans les souks hebdomadaires. –Pour l’anecdote, quand j’étais enfant, chaque fois que je le pouvais, je courais avec ou sans une pièce de monnaie écouter un conteur, parfois le même,souvent différent, qui racontait une histoire sur une large esplanade derrière notre maison dans un quartier très populaire de Casablanca. Cette image m’est restée de même que me sont restées dans l’esprit la figure mince et la voix cassée du conteur.

    Un fait paradoxal mais non moins prometteur à relever est que s’il est vrai, selon les résultats statistiques qu’il y a un taux d’analphabétisme très élevé au Maroc, en revanche, le niveau culturel de la population est bien au-dessus de ce qu’infèrent les normes et les critères des études d’organisations internationales. La relation au monde, la relation à la nature et la relation aux êtres dans leur figure minérale, végétale, animale et humaine, toute cette dimension est portée par la culture dite populaire et s’affirme comme une réponse particulièrement édifiante tant sur le plan existentiel que sur le plan ontologique.

    Que cette culture soit en train de changer, c’est là, un fait qu’il serait difficile de nier, cependant le changement n’est pas nécessairement une perversion du traditionnel par une pénétration et une influence de la modernité. Le traditionnel filtre et assainit le nouveau non pour le rendre pareil à l’ancien comme on a tendance à le croire ou à le supposer, mais pour en transmettre ce qui apportera un mieux-être à la communauté. Cette démarche subtile et nuancée n’est pas souvent perçue ainsi. Et pour cause! la modernité –dont personne ne peut nous donner le sens ni le contenu–, la modernité donc au sens large et confus du terme, tente d’imposer ses apports positifs et, plus encore, ses multiples dérives dont les retombées sont inconnues, mais l’homme marocain, –et je crois que l’on peut étendre cela à l’homme arabo-musulman–, n’a pas encore perdu son âme ou ce que Heidegger appelle « la capacité de l'homme à bâtir et à habiter dans le domaine de l'essentiel.»32

    La Place donc est un poumon de la cité. Par elle, respirent les différentes facettes de la société. Elle est donc un espace de culture, d’apprentissage, d’expérience, de spectacle, mais aussi, d’une certaine manière, un lieu qui exerce une thérapie collective. Là viennent respirer et expirer les rêves, les frustrations, les sourdes colères, les angoisses, les souffrances et les peines d’une foule, toujours la même, toujours renouvelée avide d’un traitement qui libère ses pulsions, expurge ses sanies, purifie son esprit et lui permet de replacer les choses dans l’ordre qui convient, du moins pour un temps. On peut dire que Jama’ Lafna ce lieu, ce carrefour de cultures multiples, ce lieu de la foule mouvante, par une curieuse alchimie de la Terre, du Temps et de l’Homme a fini par habiter un espace non moins immense : l’imaginaire des hommes.

    f. Les espaces modernes

     
    On peut dire qu’aujourd’hui, au Maroc, mais aussi, d’une manière étendue, dans le monde arabomusulman, des espaces culturels d’âges différents coexistent dans un même village, dans une même ville, voire dans un même quartier. En effet, à côté des Msid, Hdar, Médersa, Jami’a, Zaouïa, nous avons ce que l’on appelle les espaces modernes d’enseignement, c’est-à-dire l’école primaire, le collège et le lycée, et les universités constituées de leurs Facultés et de leurs Instituts, ainsi que des Écoles d’ingénieurs, d’architecture ou de Marketing et de Management. Ces nouveaux espaces se préoccupent de donner une instruction et une formation plutôt que de développer une culture, si ce n’est celle qu’on appelle : culture de l’entreprise.

    Leur enseignement, à quelques différences près, s’aligne sur celui des universités européennes. Et les étudiants marocains qui veulent poursuivre leurs études spécialisées en Europe ne trouvent pas de difficultés majeures si ce n’est dans la langue, du moins pour certains, dans les premiers temps. Quant à ceux qui terminent leur spécialité au Maroc même et qui veulent s’expatrier en Europe ou en Amérique, ils ne rencontrent pas, sur le plan strictement professionnel, de problèmes d’adaptation. Si les matières et les langues enseignées ainsi que les diplômes délivrés font des espaces modernes les plus aptes à répondre aux urgences de l’heure, si, par ailleurs, on les considère aujourd’hui comme des espaces ouverts sur le monde, ils n’ont pas, cependant, réussi à être porteurs de l’ensemble des phénomènes culturels du pays.

    V. L’état des Lieux


    Dans le cadre modeste de cette recherche, j’ai essayé de montrer que le Maroc s’enrichit par la mobilité des cultures, des savoirs et des connaissances et que cette mobilité fait éclater le schéma d’une culture fondée sur l’immobile. On a pu observer quelques espaces de transhumance des cultures, espaces qui ne sont pas marqués du sceau de la sédentarité et de l’immobilisme. Ce sont des espaces de culture où la culture est sans cesse dynamique et vivante; des espaces du savoir où le savoir est en perpétuel devenir; des espaces de la connaissance où la connaissance ne se fige pas, et cela en dépit d’une image stéréotypée, voire négative que l’on peut avoir, que l’on a des sociétés, qui comme la société marocaine, sont dites traditionnelles, ou encore archaïques ou enfin en voie de développement.
    Les instruments de la circulation du savoir, des connaissances, en un mot de la culture dans toutes ses manifestations, ont certes évolué depuis les premières écritures cunéiformes, jusqu'à l’Internet, en passant par les hiéroglyphes, le papyrus, les parchemins, le papier et de la tradition orale… De même, les espaces d’enseignement ont changé –je ne dis pas “ont évolué”. Aujourd’hui, d'un bout à l'autre de la chaîne, des sociétés tirent inégalement profit les unes des autres : parfois, le bénéfice est le résultat d'un échange concerté -on dira poliment partenariat ; d'autres fois, il n'advient que par voie de conséquence.

    Si l'on s'arrête un instant à cet échange, il prend deux figures selon qu'on l'envisage sur le temps  long ou sur le temps court. Sous l'angle de l'immense durée, on peut affirmer que les sédiments de cultures qui se sont déposées pendant des millénaires tout en forgeant la personnalité marocaine l'ont tantôt enrichie, tantôt risqué de l'appauvrir, mais dans tous les cas, elles l'ont engagé dans un défi de tous les instants. Vue sur le temps court, non seulement chaque culture se revendique comme authentique, homogène, fondée sur une langue, mais vit aussi en compétition avec des cultures voisines ou lointaines. L’exemple de la course engagée entre francophonie et anglophonie dans l’espace international montre largement l'enjeu mercantile qui se cache derrière leurs programmes culturels, qui se font au détriment des cultures endogènes, lesquelles tentent de résister, sinon de survivre, quand elles ne sont pas “zoolisées”. Dans cette foulée conjoncturelle, les identités sont frustrées et exacerbées, les repères nébuleux, et l'enfantement de nouvelles normes douloureux.

    VI. Le savant itinérant et la transhumance du savoir


    Qu'en est-il cette fois-ci du savoir ? Également pris dans cette foulée, il a transhumé selon les vicissitudes de l'histoire par le jeu tragique des guerres, des immigrations forcées et autres tribulations de l'histoire. Et, bien qu'aujourd'hui il ait changé de forme, de contenu et d'espace, il n'est pas moins livré à une grande dérive dont seul l'avenir nous dira sa dimension tragique ou sa richesse pour l'humanité. Les multiples moyens de communication, ces mass-media si puissamment efficaces, apportant information, instantanéité, et immédiateté, tant pour les grands jeux financiers, que pour la circulation compétitive des cultures venues d'ailleurs au détriment des cultures du terroir, nous laissent sans doute désarmés par leur efficacité et leur ampleur, mais ils peuvent aussi, s'ils sont maîtrisés, ici et là, permettre non seulement le contrôle de l'inondation anarchique du savoir, et du harcèlement désordonné des cultures étrangères, mais également favoriser un développement structuré des connaissances sur la base d'échanges rationnellement organisés.


    Pour ma part, je reste “tragiquement optimiste”. Ce paradoxe n'est pas l'expression d'une parole verbeuse, mais le résultat d'une constance anthropologique : quand bien même on voudrait réserver pour soi le savoir, celui-ci ne manque pas de se divulguer et d’aller fleurir ailleurs; de même, quand on veut rejeter ou résister à une culture, on ne sait pas jusqu’à quel point on en a été pénétré même si on s’est persuadé qu’on s’en est hermétiquement protégé; autrement dit, il est des versants de l'homme qui peuvent être soumis au contrôle, des frontières fermées, des idées condamnées, des ouvrages censurés, le savoir ne fermente pas moins dans l'esprit des hommes, voyage d'une terre à une autre, s'infiltre et finit par donner le fruit. Cela ressemble en quelque sorte à la métaphore végétale du pollen, frappé à la fois d'errance et d'enracinement et qui peut sommeiller, des siècles parfois, pour s'éveiller un jour, ici plutôt que là, et donner la plante et le fruit. Ou encore comme la transplantation des eucalyptus qui d'une terre à une autre donne une essence différente. Le savant itinérant et la transhumance du savoir connaissent aussi cette incroyable figure où errance et enracinement sont aussi solidaires que les deux pages d'une même feuille.33

    Notes

    1 Samuel P. Huntington, Le choc des civilisations, éd. Odile Jacob, 1997, On peut opposer à la thématique dominante de cet ouvrage, ces deux strophes du poème d’Ibn‘Arabi {560-638/1165-1240}, l’Interprète des Désirs, éd. Albin Michel,
    1996, p.117. Trad. Maurice Goton :


    Mon coeur est devenu capable
    D’accueillir toute forme.
    Il est pâturage pour gazelles
    Et abbaye pour moines !


    Il est un temple pour idoles
    Et la Ka‘ba pour qui en fait le tour,
    Il est les Tables et la Thora
    Et aussi les feuillets du Coran !


    Il y a encore ces vers de Goethe :

    L’Orient a somptueusement
    Traversé la Méditerranée.
    Seul qui connaît et aime Hafiz
    Sait ce que Calderon a chanté

    Ou encore

    Qui se connaît soi-même

    Saura également reconnaître ceci :
    L’Orient et l’Occident
    Sont indissociablement liés.
    Divan Ouest-Oriental.


    Il y a aussi ce passage insolite de Nietzsche dans le § 60 de l’Antéchrist, J.J. Pauvert éditeur Libertés 57. : « Le Christianisme nous a frustrés des fruits de la civilisation antique, plus tard il nous a encore frustrés des trésors de culture de l’Islam. La merveilleuse civilisation maure de l’Espagne, au fond, apparentée de plus près à la nôtre, plus proche de notre esprit et de nos goûts que Rome et la Grèce, on l’a écrasée (je ne dirai pas quels pieds la piétinèrent), et pourquoi? parce qu’elle devait l’existence à des instincts aristocratiques, des instincts virils, parce qu’elle disait oui à la vie, le disait même encore avec les exquis et précieux raffinements de la vie mauresque!…» p.186. ou encore «“Guerre à mort avec Rome! Paix et amitié avec l’Islam” : c’est ce que fit, car tel était son sentiment, ce grand esprit libre, ce génie des empereurs allemands, Frédéric II.» Sur un autre registre mais qui corrobore notre point de vue, Joseph NEEDHAM, écrit dans La Science chinoise et l’Occident, éd. Seuil, coll. Points, 1973, p. 5 : « Avant cette époque [la Renaissance], cependant, l’Occident avait été profondément marqué, non seulement dans ses développements techniques mais aussi dans ses structures et ses transformations sociales, par les découvertes et les inventions qui provenaient de la Chine et de l’Asie Orientale.»

    2 « Les Espagnols se hâtent de faire sombrer les valeurs natives des Incas, des Aztèques, des Mayas dans leur fureur de détruire, ici une civilisation déjà avancée, là une civilisation de second ordre, mais qui leur paraissaient, par cela même, dangereuses pour la propagation du christianisme, peu favorables pour l’exploitation économique du pays. Les Puritains anglais se hâtent d’en faire autant vis-à-vis des tribus plus primitives du Nord, en voulant se conserver purs de tout contact avec des peuples qui leur répugnaient, par leur couleur, et leurs coutumes, et qui évoquaient, à leur conscience de blanc et de chrétiens, l’épouvantail de la miscégénation [union d'individus de races ou d'origines différentes] et du paganisme dissolu.» Giberto FREYRE, maîtres et esclaves, la formation de la société brésilienne, éd. Tel/Gallimard, 1974, p.94. « L’Occident est la seule parmi les civilisations à avoir eu un impact important et parfois dévastateur sur toutes les autres. […] Le problème central dans les relations entre l’Occident et le reste du monde est par conséquent la discordance entre les efforts de l’Occident –en particulier l’Amérique– pour promouvoir une culture occidentale universelle et son aptitude déclinante à le faire.» Samuel P. Huntington, Le choc des civilisations, éd. Odile Jacob, 1997, p.199

    3- Emmanuel BERL écrit à ce propos : « Aussi bien l’Europe n’est pas une donnée géographique, mais un produit de l’histoire. […] Des îles, des chapelets, la prolongent vers l’Afrique, vers les Amériques. La nature ne fournit pas son dessin.» Et plus loin : « En effet, la Grèce antique n’était pas l’Europe. Elle se sentait plus liée à l’Asie Mineure et à l’Afrique du Nord qu’aux Balkans. C’est la littérature, sans doute, qui a fait des guerres médiques un conflit entre l’Europe et l’Asie. […] L’Empire romain, lui non plus, n’engage pas l’histoire avec l’Europe. Ses provinces africaines et asiatiques lui importent autant et davantage que ses provinces occidentales. Il dut vaincre Annibal avant d’affronter Vercingétorix. Lucullus lui assujettit l’Asie Mineure avant que César ne lui assujettisse les Gaules. Ce ne fut point Rome, mais son effondrement, qui donna naissance à l’Europe.» Et il ajoute au sujet de Rome : « Livie eut beau filer la laine, Mécène commander à Virgile les Géorgiques, Rome n’en fut pas moins envahie par le luxe asiatique, la philosophie égéenne et les divinités syriaques. Les
    jeunes dames romaines se moquèrent de Livie et adorèrent Astarté.» Europe et Asie, éd. nrf Gallimard, 1946, p. 20-26. 4- Khireddine MOURAD, La Transhumance des cultures, Actes du Colloque Euro-Arabe sur le Thème : Université, Société et Développement, 15-17 avril 1996 à Rabat, organisé par la Fondation Konrad Adenauer. p.143-146.

    5 Sigrid HUNK écrit à juste titre pour expliquer l’esprit de son ouvrage : « Le présent ouvrage parlera de l “Arabe” et de la civilisation “arabe”, en dépit de ce que les créateurs de cette dernière n’aient pas tous été citoyens de cette nation qu’Hérodote désignait déjà sous le nom d“Arabioi”, mais également Perses, Indiens, Syriens, Égyptiens, Berbères et Wisigoths. Car tous les peuples auxquels les Arabes avaient imposé leur domination étaient unis par une langue et une religion communes, la langue et la religion arabes, que par la même profonde empreinte dont le vigoureux génie arabe les avait marqués, d’où leur unité culturelle d’une splendide harmonie.» Le Soleil d’Allah brille sur l’Occident, éd. Albin Michel,1997, p.11

    6 - Sur l’établissement de colonies proprement juives sur les côtes africaines, à l’époque de Tyr et de Sidon, nous n’avons pas de documents épigraphiques, et guère d’autres témoignages. Ce monde appartient au domaine de la légende, et les récits concernant cette période n’ont été recueillis qu’à une époque récente. En divers lieux du Maghreb, dans l’île de Djerba (Tunisie), à Tanger, à Fès dans la vallée du Dra, aux confins sahariens du Maroc, ces récits apparaissent, parlent de pierresfrontières posées par Joab ben Seruya, chef des armées du roi David, venu jusque-là à la poursuite des Philistins qui, pour certaines populations juives des montagnes, ne sont autres que les Berbères […]»Haïm ZAFRANI, Mille ans de vie juive au Maroc, histoire et culture, religion et magie, éd. Maisonneuve et Larose, 1983, p.11. Maurice ARAMA et Albert SASSON notent pour leur part : « L’existence fort ancienne d’une communauté juive en terre africaine est évoquée dans les chroniques légendaires datant de l’époque des navigateurs phéniciens, du roi Salomon et des comptoirs africains de Sidon et de Tyr, ou encore l’expansion de Carthage lors des guerres puniques. » “Judaïsme et communauté juive” de l’Empire Romain…, op. cit.,p. 43.

    7- Maurice ARAMA et Albert SASSON, id. p. 43.

    8- Abdallah lAROUI, L’Histoire du Maroc, essai de synthèse, éd. Maspero, 1975, p. 33. « Le bilan de la domination romaine en Berbérie, écrivent R. et M. Cornevin, est bien différent [qu’en Égypte]. Il ne subsiste au Maghreb et en Tripolitaine que les ruines impressionnantes des villes mortes. Tout le reste a disparu et s’est effacé de la mémoire des hommes. Même le christianisme si brillant des IIIe et IVe siècles n’a pas résisté à l’invasion musulmane…» Histoire de l’Afrique des origines à la Seconde Guerre mondiale, 4e édition, éd. Payot, 1964, p. 82.

    9- «Nous ne savons pas à quelle date le christianisme pénétra au Maroc. C’est à Tanger qu’ont été trouvée les plus anciens témoignages de la vie chrétienne au Maroc.» Henri TERRASSE, Histoire du Maroc des origines à l’établissement duProtectorat français, éd. Atlantide, 1949, ,p. 65.

    10- Joseph LORTZ, Histoire de l’Église, éd. Payot, 1955, p.65-73.

    11- R et M. CORNEVIN, op. cit. p.89.

    12 « L'invention et la découverte […] ne se rapportent pas nécessairement à un équipement matériel ni a des réalités visibles.La découverte de la valeur morale et spirituelle de la liberté, par exemple, a exercé sur nos cultures une influence aussi profonde que l'invention du feu sur les premières communautés humaines.» Encyclopædia Universalis.

    13- Khireddine MOURAD, Arts et traditions du Maroc, éd. ACR, 1998, p.26.

    14- Nietzsche, Le Gai Savoir, §324, éd. 10/18, 1957. p.308.

    15 Vincent MONTEIL, l’Islam noir, une religion à la conquête de l’Afrique, éd. Seuil, 1980, p.31.

    16- Ibn ‘Arabi, Kitabou al Isfar, extrait de les Épîtres d’Ibn ‘Arabi,

    17- IBN KHALDOUN, Rihlat Ibn Khaldoun, Dar al-Kutub al-‘Ilmya, Beytouth

    18- IBN BATTOUTA, Rihlat Ibn Battouta, éd. Al-Maktab al ‘Açrya, Sayda-Beyrouth
     Encyclopédie Universalis cf. article Ibn Battouta.

    20- Le Coran, Sourate XXXI, Verset 34. Trad. Jacques BERQUE, éd. Albin Michel.

    21- Id., Sourate LV., Verset 27.

    22- Id., Sourate XXVII, Verset 88.

    23Anouar Abdel-Malek , Anthologie de la littérature arabe contemporaine, éd. Seuil, 1965, p.87

    24-La traduction courante en langue française, et sans doute aussi en d’autres langues européennes, est « Saint », mais le cheminement de la wilaya n’a rien à voir avec la canonisation d’un saint. Le Walî n’est pas un homme qui est canonisé par un autre homme. Lire à ce propos, Michel CHODKIEWICZ, Le Sceau des Saints, Prophétie et sainteté dans la doctrine d’Ibn Arabi, éd. Gallimard qui écrit, entre autres, : « Nous traduisons par “saint”, conformément à l’usage et faute de mieux, le mot walî , au pluriel awliyâ, de la racine WLY. Il faut tout de suite signaler, sans anticiper sur les analogies ou les différences qui apparaîtront ultérieurement entre la nature du walî et sa fonction dans l’économie de la spiritualité islamique et celles du saint dans d’autres formes religieuses, que, d’un point de vue strictement étymologique, les véritables équivalents des termes français “saint” ou “sainteté” devraient être formés sur la racine QDS, qui exprime l’idée de pureté, d’inviolabilité et fournit donc les correspondances souhaitées avec le grec hagios et le latin sanctus (hébreu qâdôsh) ; ou encore sur la racine HRM,qui exprime une notion certes distincte en principe (celle de “sacralisation” que traduisent le hieros grec et le sacer latin) mais qui, dans la pratique, n’est pas toujours discernable de celle de sainteté : en anglais, the Holy est “le sacré” mais the holy man signifie usuellement “le saint homme”…» p.33-34. et quelques lignes plus loin :« le sens premier de WLY est celui de proximité, de contiguïté ; en dérivent deux familles de signification :“être ami”, d’une part, “gouverner, diriger, prendre en charge”, d’autre part. le walî c’est donc proprement l’“ami”, celui qui est proche mais aussi, comme le souligne par exemple Ibn Manzûr, dans le Lisân al-arab, le nâsir, “celui qui assiste”, le mudabbir, celui qui régit.» p. 34.

    25- Abdelkader AL’AFIYA, al-Hayat as-Siyassiya wa al-Ijtima’ya wa al-Fikriya bi Chefchaouen wa Ahwazouha, éd. du Ministère des Habous et des Affaires Islamiques, Rabat, 1402/1982, p.231.

     26 - op.cit. p. 234. trad. du passage de Khireddine MOURAD. Abdelkader AL’AFIYA conclut en disant : « Ainsi trouve-t-on que la femme a participé, dans cette région (le Nord du Maroc) ou dans les régions des autres provinces marocaines, dans la vie soufie et qu’elle s’est nourrie de l’esprit du at-Tassawwouf et de ses pensées.» p.235

    27-Voir à ce propos l’ouvrage édifiant de Seyyed Hossein NASR, Sciences et savoir en Islam, éd. Sindbad, 1979

    28- Cf. Eva de VITRAY-MEYEROVITCH, Anthologie du Soufisme, éd. Albin Michel, 1995. Voir aussi : Djamchid MORTAZAVI, Soufisme et psychologie, éd. Du Rocher,1989 ; Omar ALI-CHAH, Soufisme et thérapie, éd. Guy Tredaniel, 2003.

    29- Abdeljalil MOULAY et Khireddine MOURAD, “Les rebouteux : place de ces tradipraticiens dans la prise en charge desmtraumatismes de l’appareil locomoteur”, COLLOQUE INTERNATIONAL, Pratiques soignantes, éthiques et sociétés : impasses, alternatives et aspects nterculturels, Lyon, 7, 8, 9 et 11 avril 2005.

    30- BELLAKHDAR Jamal, La pharmacopée marocaine traditionnelle, Ibis Press, 1997 ; BEN BOUJEMA Lahcen, Médecine traditionnelle en traumatologie orthopédie dans la région d’Errachidia, thèse nº 147, soutenue en 1995, Université Mohammed V Faculté de Médecine, Rabat ; BEN SEDDIK Mohammed, Le traitement traditionnel des traumatismes des membres à Tanger, thèse nº184, soutenue en 1999, Université Mohammed V Faculté de Médecine, Rabat ; EL MAJIDI
    Ahmed, Médecine traditionnelle en traumatologie orthopédie dans la région de Marrakech, thèse nº38 soutenue en 1990, Université Mohammed V Faculté de Médecine, Rabat ; LYAGOUBI Abderrazzak, Les rebouteux dans la Province d’Oujda,thèse nº150, soutenue en 1991, Université Mohammed V Faculté de Médecine, Rabat ; WAKASS Hicham, Traitement traditionnel en matière de traumatologie orthopédie dans la ville d’Agadir et sa région, thèse nº259, soutenue en 1995,Université Mohammed V Faculté de Médecine, Rabat.

    31Jamal BELLAKHDAR, La pharmacopée marocaine traditionnelle, éd. Ibis Press, 1997.

    32- Martin HEIDEGGER, le principe de raison, éd. Gallimard, 1957, p.96

    33- Le contenu des deux derniers points, V- L’état des lieux, et VI- le savant itinérant et la transhumance des cultures, je l’ai repris avec une légère modification de MOURAD (Khireddine), « La Transhumance des cultures », Actes du Colloque Euro-Arabe sur le Thème : Université, Société et Développement, 15-17 avril 1996 à Rabat, organisé par la Fondation Konrad Adenauer.

     

    VII. BIBLIOGRAPHIE SUCCINTE

     

    Ouvrages en arabe

     

    1-Sur At-Tassawwouf

    AL’AFIYA (Abdelkader), al-Hayat as-Siyassiya wa al-Ijtima’ya wa al-Fikriya bi Chefchaouen wa Ahwazouha, éd. du Ministère des Habous et des Affaires Islamiques, Rabat, 1402/1982.
    AL-GHAZALI, Al-Munqid Min Adalal –Erreur et délivrance -, trad. de Farid JABRE, Commission Libanaise pour la
    Traduction des Chefs-d’oeuvre, Beyrouth, 1969
    AL-GHAZALI, Ayyuhâ ’L-Walad– Lettre au disciple–, trad. de Toufic SABBAGH, Commission Libanaise pour la
    Traduction des Chefs-d’oeuvre, Beyrouth, 1969.
    BEN ‘AJIBA (Sidi Ahmed), Kitab Charh Salat al-Qutb Ben Mchich, Silsilat Nurania Faridah, Dar ar-Rachad al-Haditha,
    Casablanca, 1999.
    IBN‘ARABI, Kitabou al Isfar, extrait de les Épîtres d’Ibn ‘Arabi,

    2- Récits de voyage

    IBN BATTOUTA, Rihlat Ibn Battouta, éd. Al-Maktab al ‘Açrya, Sayda-Beyrouth
    IBN JUBAYR Ahmad, Rihlat Ibn Jubayr, éd. DAR SADER, Beyrouth,
    IBN KHALDOUN, Rihlat Ibn Khaldoun, Dar al-Kutub al-‘Ilmya, Beytouth

     

    Sur At-Tassawwouf

    ALI-CHAH (Omar), Soufisme et thérapie, éd. Guy Tredaniel, 2003.
    CHODKIEWICZ (Michel), Le Sceau des Saints, Prophétie et sainteté dans la doctrine d’Ibn Arabi, éd. Gallimard
    IBN‘ARABI, l’Interprète des Désirs, éd. Albin Michel, 1996, Trad. Maurice Goton
    MORTAZAVI (Djamchid), Soufisme et psychologie, éd. Du Rocher, 1989.
    VITRAY-MEYEROVITCH (Eva de), Anthologie du Soufisme, éd. Albin Michel, 1995.

    Sur l’Islam

    GARDET (Louis), Les Hommes de l’Islam, approche des mentalités, éd. Complexe,1984.
    HUNK (Sigrid)Le Soleil d’Allah brille sur l’Occident, éd. Albin Michel, 1997.
    LE CORAN, Trad. (BERQUE ) Jacques, éd. Albin Michel.
    MIQUEL (André), La Géographie humaine du monde musulman jusqu’au milieu du 11e siècle, éd. Mouton, Paris–La Haye,
    1973.
    MONTEIL (Vincent), l’Islam noir, une religion à la conquête de l’Afrique, éd. Seuil, 1980.
    NASR (Seyyed Hossein), Sciences et savoir en Islam, éd. Sindbad, 1979.

    Sur l’Histoire du Maroc

    BENCHEKROUN (Mohamed), La vie intellectuelle marocaine sous les Mérinides et les Wattassides, Imprimerie
    Mohammed V, Rabat, 1974.
    HAJJI (Mohammed), L’Activité Intellectuelle au Maroc à l’époque Sa’dide, t. I & II, éd. DAR EL MAGHREB, Rabat, 1976-
    1977.
    LAROUI (Abdallah), L’Histoire du Maroc, essai de synthèse, éd. Maspero, 1975,
    MOURAD (Khireddine), Arts et traditions du Maroc, éd. ACR, 1998.
    MOURAD (Khireddine), Marrakech et la Mamounia, éd. ACR, 1987.
    R. et M. CORNEVIN, Histoire de l’Afrique des origines à la Seconde Guerre mondiale, 4e édition, éd. Payot, 1964.
    TERRASSE (Henri), Histoire du Maroc des origines à l’établissement du Protectorat français, éd. Atlantide, 1949.
    ZAFRANI (Haïm), Mille ans de vie juive au Maroc, histoire et culture, religion et magie, éd. Maisonneuve et Larose, 1983.
    Ouvrages philosophiques
    HEIDEGGER (Martin), le principe de raison, éd. Gallimard, 1957.
    NIETZSCHE, l’Antéchrist, J.J. Pauvert éditeur Libertés 57.
    NIETZSCHE, Le Gai Savoir, éd. 10/18, 1957.

    Sur la médecine traditionnelle

    BELLAKHDAR (Jamal), La pharmacopée marocaine traditionnelle, Ibis Press, 1997.
    BEN BOUJEMA (Lahcen), Médecine traditionnelle en traumatologie orthopédie dans la région d’Errachidia, thèse nº 147,
    soutenue en 1995, Université Mohammed V Faculté de Médecine, Rabat.
    BEN SEDDIK (Mohammed), Le traitement traditionnel des traumatismes des membres à Tanger, thèse nº184, soutenue en
    1999, Université Mohammed V Faculté de Médecine, Rabat .
    EL MAJIDI (Ahmed), Médecine traditionnelle en traumatologie orthopédie dans la région de Marrakech, thèse nº38
    soutenue en 1990, Université Mohammed V Faculté de Médecine, Rabat.
    LYAGOUBI (Abderrazzak), Les rebouteux dans la Province d’Oujda, thèse nº150, soutenue en 1991, Université Mohammed
    V Faculté de Médecine, Rabat .
    MOULAY (Abdeljalil) et MOURAD (Khireddine), “Les rebouteux : place de ces tradipraticiens dans la prise en charge des
    traumatismes de l’appareil locomoteur
    ”, COLLOQUE INTERNATIONAL, Pratiques soignantes, éthiques et sociétés :
    impasses, alternatives et aspects interculturels, Lyon, 7, 8, 9 et 11 avril 2005.
    WAKASS (Hicham), Traitement traditionnel en matière de traumatologie orthopédie dans la ville d’Agadir et sa région,
    thèse nº259, soutenue en 1995, Université Mohammed V Faculté de Médecine, Rabat.

    Ouvrages généraux

    ABDEL-MALEK (Anouar), Anthologie de la littérature arabe contemporaine, éd. Seuil, 1965.
    BERL (Emmanuel), Europe et Asie, éd. nrf Gallimard, 1946.
    Encyclopædia Universalis.
    FREYRE (Gilberto), maîtres et esclaves, la formation de la société brésilienne, éd. Tel/Gallimard, 1974.
    GOETHE, Divan Ouest-Oriental, éd. Poésie/Gallimard.
    HUNTINGTON (Samuel P.), Le choc des civilisations, éd. Odile Jacob, 1997.
    LORTZ (Joseph), Histoire de l’Église, éd. Payot, 1955.
    MOURAD (Khireddine), « La Transhumance des cultures », Actes du Colloque Euro-Arabe sur le Thème : Université,
    Société et Développement, 15-17 avril 1996 à Rabat, organisé par la Fondation Konrad Adenauer.
    NEEDHAM (Joseph), La Science chinoise et l’Occident, éd. Seuil, coll. Points, 1973.

    Khireddine MOURAD
    Marrakech, Juillet 2006

     

     

    SOMMAIRE

    I. Préambule.                                                                                                                      2

    II. Le Maroc : un survol historique                                                                                   4
    III. Les savants itinérants ou «la vie comme moyen de connaissance.»               5
    IV. Les espaces du savoir : Mosquée, Msid, Médersa, Jami’a, Zaouïa                   7
    a. La Mosquée                                                                                                                     8
    b. Msid, Hdar                                                                                                                        8
    c. Jami’a, Médersa                                                                                                              9
    d. Zaouïa                                                                                                                                9
    e. Jama’ Lafna                                                                                                                    10
    f. Les espaces modernes                                                                                                 12
    V. L’état des Lieux                                                                                                               12
    VI. Le savant itinérant et la transhumance du savoir                                                    13
    VII. BIBLIOGRAPHIE SUCCINTE                                                                                      14

    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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