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    • Édition


    Impression du texte

    Nous sommes des êtres ontonomes

    Agustí Nicolau-Coll

    «Nous ne sommes pas dans les mains du destin,
     mais nous n’avons pas non plus le destin dans nos mains.
     Nous sommes plutôt les mains du destin
    ».
     Raimon Panikkar (1918-2011)
     In memoriam

    Tout le projet civilisationnel de la modernité s’est construit dans l’horizon de la recherche de l’autonomie individuelle en tant que contestation et alternative à ce qui était perçu comme de l’hétéronomie, c’est-à-dire, la domination et conditionnement de l’être par une force extérieure à lui-même, que ce soit la nature ou Dieu. Avec les Lumières, par la nouvelle déesse de la Raison rationnelle, on pouvait enfin faire de chaque être humain un être souverain, autonome et auto-construit. L’émancipation de tout conditionnement devenait alors gage d’un futur lumineux et possible. Les millions d’êtres humains morts et sacrifiés de toute sorte de façons depuis, nous obligent à être moins optimistes et à nuancer et questionner le besoin et la portée de cette sacro-sainte autonomie individuelle.

    Questionner la centralité de l’autonomie individuelle au plan existentiel, ne signifie pas pour autant nier l’existence de la personne en tant que telle, mais la concevoir autrement que comme une monade auto-dépendante. La personne est un nœud relationnel qui existe en soi, avec une identité propre, mais seulement parce qu’il est constitué par des fils qui viennent d’ailleurs et le connectent avec le reste de la Réalité. Chaque être humain est l’épiphanie d’un dialogue permanent de différentes voix, sons et mélodies. On ne peut pas séparer l’identité personnelle de ses relations, de la même façon qu’on ne peut pas séparer le nœud des fils qui le conforment. Mais on ne peut pas réduire non plus un à l’autre : ne sont  possibles ni la séparation, ni la confusion, mais une relation non-dualiste.

    Si l’hétéronomie opprime notre être en étouffant son élan vital et si l’autonomie dessèche son âme par un isolement meurtrier, par l’ontonomie, nous reconnaissons un ordre intérieur qui est en lien avec toute la réalité, autant anthropologique, cosmique que divine.

    «J’appelle ontonomie la reconnaissance ou le développement des lois propres de chaque sphère de l’être ou de l’activité humaine, en différenciant les sphères supérieures et inférieures, mais sans séparation ni  interférences injustifiées. L’ontonomie est sensible aux singularités propres à chaque être ou classe d’êtres, sans absolutiser ces singularités comme si les autres êtres n’existaient pas, ni les rendre esclaves d’autres entités plus élevées, comme si l’être inférieur n’avait aussi ses propres lois» (R. Panikkar, Ontonomía de la ciencia. Sobre el sentido de la ciencia y sus relaciones con la filosofía, Madrid 1961).

    Le maintien de l’harmonie de la réalité toute entière ne dépend pas de notre action en tant qu’être autonomes, parce que si nous coupons notre communion avec celle-ci, nous coupons toute possibilité d’harmonie avec elle, la domination seule devenant alors possible.

    «L’ontonomie montre les lois mystérieuses et intrinsèques qui permettent le développement harmonieux d’un être, suivant sa constitution intime et sans violenter les autres êtres. Il y a un ordre ontonomique que nous devons découvrir, parce que lui seul nous montre la véritable structure du monde» (R. Panikkar, Misterio y Revelación. Madrid ( Marova) 1971

    Il est aussi dangereux d’être esclaves d’un Dieu extérieur dans toute son apothéose, que d’absolutiser l’homme en tant que maître de l’univers. L’autonomie nous rend esclaves de notre force vitale qui, faute de trouver le chemin de la communion avec la Réalité toute entière, se tourne vers l’individu lui-même en l’élevant sur un piédestal qui ne cesse de monter et duquel il finit toujours par tomber, ayant perdu tout équilibre par l’effet de son ivresse de lui-même.

    Et cette force vitale, cet élan de vie voué à la recherche de la Gloire en tant que plénitude, devient alors par cette perversion une force meurtrière et destructrice. Rappelons-nous de ce que disait Saint Jerôme : « Corruptio optimi pessima » (La corruption du meilleur devient le pire).

    La beauté du monde est le reflet d’une harmonie intrinsèque à toute la Réalité. Elle n’est pas appropriable ni manipulable par notre autonomie individuelle et elle n’est pas non plus à son service esthétisant. Nous pouvons simplement la reconnaître, la rehausser même, mais seulement si nous sommes d’abord en harmonie avec nous-mêmes, ayant découvert les lois qui nous font et nous lient avec la Réalité.

    Simone Weil nous dit dans La pesanteur et la grâce que « La beauté séduit la chair pour obtenir la permission de passer jusqu’à l’âme. » Soyons prêts donc à découvrir l’âme de toute la Réalité entière, y compris la nôtre.

    Source

    http://blog.congres-beaute.org/nous-sommes-des-etres-ontonomes-par-agusti-nicolau-coll/

    Date de création : 2018-05-10 | Date de modification : 2018-05-12

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