• Encyclopédies

      • Encyclopédie de l'Agora

        Notre devise: Vers le réel par le virtuel!


      • Encyclopédie sur la mort

        L’encyclopédie sur la mort veut s'intéresser à ce phénomène sous ses multiples aspects et ses diverses modalités.


      • Encyclopédie Homovivens

        Encyclopédie sur les transformations que l'homme opère en lui-même au fur et à mesure qu'il progresse dans la conviction que toute vie se réduit à la mécanique.


      • Encyclopédie sur l'inaptitude

        Tout le monde en conviendra : c'est au sort qu'elle réserve aux plus vulnérables de ses membres que l'on peut juger de la qualité d'une société. Aussi avons-nous voulu profiter ...


      • Encyclopédie sur la Francophonie

        L'Encyclopédie de la Francophonie est l'une des encyclopédies spécialisées qui se développent parallèlement à l'Encyclopédie de l'Agora.

  • Dictionnaires
  • Débats
      • Le Citoyen Québécois

         Après la Commission Gomery, la Commission Charbonneau! À quelles conditions pourrions-nous en sortir plus honnêtes… et plus prospères

      • L'hypothèse Dieu

         Un nouveau site consacré au dialogue entre croyants et non-croyants a été créé. Son titre « L’hypothèse Dieu » annonce-t-il un vira...

  • Sentiers
      • Les sentiers de l'appartenance

        L'appartenance c'est le lien vivant, la rencontre de deux Vies : la nôtre et celle de telle personne, tel  paysage...Quand la vie se retire, le sentiment d'appropriation se substitue au ...

      • Le sentier des fleurs sauvages

        Nous sommes des botanistes amateurs. Notre but est de partager un plaisir orienté vers une science complète où le regard du poète a sa place à côté de celui du botaniste, du généticien, du gastrono...

      • L’îlot Louis Valcke

        Sur les traces de Louis Valcke (1930-2012), professeur, philosophe, essayiste, cycliste, navigateur et pèlerin. Spécialiste mondial de l’œuvre de Pic de la Mirandole.

  • La lettre
    • Édition


    La lettre de L'Agora
    Abonnez-vous gratuitement au bulletin électronique. de L'Agora.
    Si l’Encyclopédie de l’Agora demeure progressiste, c’est dans un nouveau sens du mot progrès, fondé sur la science réparatrice et sur le principe de précaution.
    Média social:
    Facebook:


    Fluxs RSS:

    Impression du texte

    Dossier: Handicapé

    La puissance de la faiblesse

    Judith Snow
    L'auteure démontre que c'est en passant par soi que l'on va à l'autre. Réciproquement, pas d'identité sans relations interpersonnelles.
    Nous voyons souvent la vie humaine comme ayant son siège dans des corps individuels. Nous nous voyons chacun comme une chose, pouvant à l'occasion établir une relation avec une autre chose, tout en continuant à demeurer des entités séparées. Voilà une bien faible conception de la façon dont nous nous maintenons en vie ou bien dont nous développons nos capacités de contribuer au bien des autres, et à celui de la société en général.

    Je crois qu'il est plus fécond de penser à notre vie humaine comme à un fil flottant entre les corps et les reliant les uns aux autres - conférant à chacun la capacité d'être une personne. Seule, je suis vivante, mais inconnue à moi-même et incomplète. C'est grâce à la relation qui me lie à une autre personne, que je peux réaliser en moi les qualités qui correspondent à cette relation. Dans le rapport que j'entretiens avec ma mère par exemple, je puis me comporter comme une enfant, une étudiante, un être aimé, et à mesure que celle-ci avance en âge, devenir une aide naturelle et bien autre chose encore.

    Si j'entre en relation avec deux personnes, je m'enrichis doublement. Par exemple, le fait que ma mère et l'ami(e) de ma mère me voient de façon différente éveille en moi des possibilités différentes. Et la relation entre ma mère et son amie est elle-même créatrice dans le monde de nouvelles possibilités qui leur sont spécifiques et notre relation à toutes les trois suscite en moi un plus grand nombre de possibilités que si j'étais en relation avec seulement l'une ou l'autre d'entre elles.

    À mesure que les relations d'une personne augmentent en nombre et en diversité, les possibilités de cette personne deviennent telles qu'elle peut tirer des autres un enrichissement plus grand tout en leur permettant de devenir elles-mêmes. En d'autres termes, un ou deux fils n'apportent qu'un faible support, mais la toile tissée, même si ce n'est que de cinq ou six fils, est assez forte pour soutenir une vie riche.

    Parmi les questions reliées au caractère sacré de la vie humaine, on soulève très souvent, au sujet des handicapés, celle de l'euthanasie. Le point central de la discussion, c'est immanquablement les fonctions physiques et cognitives de la personne. Il s'agit d'établir le point limite de détérioration physique et mentale à partir duquel les experts pourraient juger avec certitude qu'il est approprié de mettre fin à une vie trop diminuée. Mais les fonctions physiques et cognitives ne sont, virtuellement, qu'une des conditions nécessaires à la vie humaine. Devant un être né de parents humains - et respirant, même si c'est à l'aide d'un respirateur - je suis en présence d'un être répondant à la première condition essentielle de l'existence humaine. Cette condition première: posséder un corps qui respire n'est que le fondement sur lequel mes autres capacités peuvent s'exercer.

    Quand je suis en relation avec d'autres individus si ceux-ci sont en réseau les uns avec les autres, et surtout si ces gens sont très différents les uns des autres, il y a là pour tous la possibilité d'une vie enrichie car nous sommes alors en mesure de partager nos talents. Les multiples différences qui existent dans les fonctions physiques et cognitives de chacun de nous, nos intérêts, notre histoire et notre expérience, nos possessions et nos ressources ne font que s'ajouter à la somme des possibilités déjà existantes et augmentent la richesse totale de la société.

    Beaucoup de gens, et particulièrement les parents d'un enfant dont le handicap vient d'être diagnostiqué, bâtissent leur relation avec un handicapé, soit à travers un processus thérapeutique en identifiant les besoins auxquels il doit faire face, soit à travers l'expression de la sympathie qu'ils éprouvent pour une situation injuste dont il est victime. Qu'on joue le rôle de thérapeute ou de défenseur des droits des handicapés, les deux rôles sont en interaction.

    Si on regarde le handicapé d'un point de vue thérapeutique, on le voit comme un sujet ayant besoin de traitements. Si on s'en fait le défenseur, on le voit comme une victime d'un destin ou de circonstances inacceptables. Ces deux conceptions ont leur mérite et peuvent conduire au bien du sujet et de la communauté. Mais ni l'une ni l'autre ne font appel à la participation de la personne dans le processus de la relation ou du travail à faire. Alors, si le traitement ou la défense du handicapé ne donnent pas rapidement de bons résultats, la relation établie peut en souffrir. Fait paradoxal, même le succès de la thérapie peut détruire cette relation, car il touche à sa raison d'être même.

    Une relation vivante et durable avec le handicapé exige qu'on voie celui-ci d'une autre façon et qu'on l'écoute autrement. La seule position défendable, c'est avant tout de voir et d'accueillir la personne comme un compagnon de route. Nous faisons tous le même voyage dans la vie, nous devons donc le regarder comme une occasion de transformer la souffrance humaine en créant des relations qui soutiennent cette vie et font qu'on peut célébrer ensemble les joies, les victoires et les surprises que réserve l'expérience humaine.

    Par leur participation à communauté humaine qui est loin d'être parfaite, nombre de handicapés ont des talents de grande valeur à lui apporter. Les uns ont une incroyable aptitude à tirer une grande satisfaction des simples incidents de la vie quotidienne. D'autres dont la conduite sort des normes habituelles peuvent contribuer à détendre ceux qui souffrent du carcan dans lequel les conventions sociales emprisonnent l'expression personnelle. Les silencieux font de parfaits auditeurs! La simple présence parmi nous de plusieurs handicapés est un moyen de lutter contre un certain individualisme niveleur imposé par les normes sociales. Et il y a enfin la variété infinie des talents que chaque personne atteinte d'un handicap peut développer, à l'instar de chaque être humain, et que seuls peuvent découvrir ceux qui sont assez près d'eux pour les observer, les écouter, les soigner et partager leurs expériences.

    Accueillir au sein de la communauté ceux qui en ont été exclus et recréer cette communauté de façon à ce que leurs talents puissent s'exprimer dans la vie de tous les jours - voilà la route royale qui permettra d'établir partout des communautés plus riches par la diversité de leurs membres.

    Source

    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01

    0%
    Dons reçus (2018-2019):0$
    Objectif (2018-2019): 25 000$


    Nous avons reçu près de 11 407$ lors de la campagne 2017-2018. Nous vous remercions de votre générosité. Pour la campagne 2018-2019, notre objectif s'élève à 20 000$.

    Contribuez au rayonnement des oeuvres de l'Agora/Homo vivens en devenant membre ou en faisant un don.