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    Dossier: Égalité

    Démo(n)cratiquement vôtre

    Clive Staples Lewis
    Le grand écrivain C.S. Lewis utilise à nouveau la "ventriloquie diabolique" (technique qui a fait le succès de son livre Tactique du diable, qui consiste à se mettre dans la peau du diable pour le faire parler) pour nous prévenir que la cause de l'enfer est fort bien servie par une certaine conception de la démocratie, très prisée actuellement...
    « La scène se déroule en enfer, à l’occasion du banquet annuel du Collège de Formation pour jeunes tentateurs. Le directeur du Collège, le docteur Slubgob, vient de porter un toast à la santé de ses invités. Screwtape, son invité d’honneur, se lève pour lui répondre :

    Monsieur le Directeur, votre Imminence, vos Disgrâces, mes Echardes, Mesdiables et Mesdémons,
    Il est d’usage en pareille circonstance que l’orateur s’adresse particulièrement à ceux d’entre vous qui viennent de terminer leurs examens et s’apprêtent à occuper un poste officiel de tentateur sur terre. C’est une coutume à laquelle je me conforme volontiers. Je me souviens très bien de mon angoisse à l’époque où j’attendais ma première nomination. J’ose croire que chacun de vous éprouve ce soir la même sensation pénible. Vous entrez dans la carrière. L’enfer attend et exige de vous qu’elle soit – comme le fut la mienne – une réussite sur toute la ligne. Sinon, vous savez ce qui vous attend. […]
    Votre tâche consistera à tenter des particuliers. […]
    Démocratie est le mot dont vous devrez vous servir pour les mener par le bout du nez. Le bon travail de nos experts en philologie dans le domaine de la corruption du langage humain me dispense de l’obligation de vous avertir qu’il ne faut jamais leur permettre de donner à ce mot un sens clair et précis. Il n'y a pas de risque de ce côté-là. Il ne leur viendrait jamais à l'esprit que le mot démocratie désigne en fait une doctrine politique, voire un système électoral, et que cela n'a qu'un rapport fort lointain et ténu avec ce que vous voulez leur vendre. Bien sûr, il ne faut pas non plus les laisser poser la question d'Aristote, si «l'attitude démocratique» est l'attitude souhaitée par les démocraties ou l'attitude qui contribue à la sauvegarde de la démocratie. Sinon, il leur échapperait difficilement que ces deux choses ne sont pas nécessairement pareilles.
    Vous devriez utiliser ce mot uniquement comme formule incantatoire; ou, si vous préférez, seulement pour son pouvoir magique. C'est un nom qu'ils vénèrent. Et bien sûr, il est étroitement lié à l'idéal politique selon lequel tous les hommes devraient être traités de manière égale. À vous de vous arranger pour que, dans leur esprit, ils passent imperceptiblement de cet idéal politique à la conviction que tous les hommes sont égaux. Et en particulier l'homme que vous travaillez. Vous pourrez alors utiliser le mot démocratie pour qu'il sanctionne dans son for intérieur le sentiment humain le plus dégradant (et aussi le moins agréable) qui soit. Vous pourrez lui faire adopter, sans qu'il en éprouve la moindre honte et en affichant même une certaine autosatisfaction, une conduite qui, si elle n'était couverte par ce mot magique, attirerait sur elle le mépris de tous.
    Le sentiment en question est, bien sûr, celui qui pousse l'homme à dire : Je vaux tout autant que toi.
    Le premier et le plus remarquable avantage de cette démarche est que vous incitez ainsi cet homme à fonder sa vie sur un bon et retentissant mensonge. Je ne veux pas seulement dire par là que ce qu'il affirme est faux - que sa bonté, son honnêteté et son bon sens n'égalent pas plus ceux d'autrui que sa taille et son tour de taille. Je veux également dire qu'il ne le croit pas lui-même. Aucun homme qui déclare : Je vaux tout autant que toi ne le croit vraiment. Sinon, il ne le dirait pas. Jamais un saint-bernard ne dit pareille chose à un bichon, ni un savant à un sot, ni un salarié à un clochard, ni une jolie femme à un laideron. Les seuls êtres qui revendiquent l'égalité, ailleurs que dans l'arène politique, sont ceux qui ont à certains égards l'impression d'être inférieurs aux autres. Ce genre de prétention témoigne du sentiment aigu, douloureux, crispant d'une infériorité que votre protégé refuse d'admettre.
    Et il en est tout irrité. Et de ce fait, il s'irrite de toute forme de supériorité qu'il rencontre chez les autres; il la dénigre et en souhaite l'anéantissement. Cela va si loin qu'il prend la moindre dissemblance pour une affirmation de supériorité. Personne ne doit se distinguer de lui par la voix, le vêtement, le comportement, les passe-temps ou le choix de la nourriture. «Voilà quelqu'un qui s'exprime d'une façon plus correcte et plus élégante que moi - c'est sans doute sa façon répugnante, guindée, théâtrale de se donner du genre. Voilà un individu qui affirme ne pas aimer les hot-dogs - il se prend pour quelqu'un, j'en suis sûr. Voilà un type qui n'a pas touché le juke-box - je parie que c'est un de ces intellectuels qui veut se faire remarquer. Si c'étaient des gens corrects, ils seraient comme moi. Ils n'ont aucune raison d'être différents. C'est antidémocratique. »
    Il est vrai que ce phénomène qui nous est si utile n'est pas du tout nouveau. Sous le nom d'envie, il est connu des humains depuis des milliers d'années. Mais jusqu'à présent, ils l'ont toujours considéré comme le vice à la fois le plus odieux et le plus cocasse. Ceux qui éprouvaient ce sentiment en avaient honte; ceux qui ne le ressentaient pas le condamnaient impitoyablement chez les autres. La fascinante nouveauté de notre époque est que vous pouvez innocenter ce vice - lui donner une certaine respectabilité ou même l'élever au rang des vertus - en utilisant le mot démocratique comme formule incantatoire.
    Sous son influence, ceux qui, pour une raison ou une autre, se croient dans un état d'infériorité peuvent travailler avec plus d'ardeur et de succès que jamais à abaisser tout le monde à leur niveau. Mais ce n'est pas tout. Sous la même influence, ceux qui tendent vers la plénitude de l'être (ou en seraient capables) vont jusqu'à faire marche arrière, de peur d'être antidémocratiques. Je tiens de source sûre que de jeunes humains en arrivent parfois à étouffer dans l’œuf tout goût pour la musique classique ou la bonne littérature, parce que cela pourrait les empêcher d'être comme tout le monde; que des gens qui aimeraient en fait être honnêtes, chastes ou sobres - et à qui la grâce est même offerte de le devenir - le refusent. Car l'accepter risquerait de les rendre différents des autres, de contrevenir au mode de vie de la société, de les exclure de la communauté, de compromettre leur intégration au milieu. Ils pourraient (quelle horreur!) devenir des individus.
    Tout cela peut se résumer dans la prière qu'une jeune femelle du genre humain aurait faite tout récemment: «Oh, Seigneur, fais de moi une vraie fille du vingtième siècle!» Et grâce à nos efforts, cela reviendra tôt ou tard à dire: «Fais de moi une polissonne, une idiote, un parasite.»
    En même temps, comme merveilleux sous-produit, on a ceux (de jour en jour moins nombreux) qui refusent d'être «normaux», «réglo», «comme tout le monde», «intégrés». Ils ont toujours davantage tendance à devenir les poseurs et maniaques pour lesquels on les prend au sein du peuple. Car le soupçon provoque souvent ce qu'il soupçonne. («Quoi que je fasse, mes voisins me prendront pour une sorcière ou un agent communiste; alors, autant être pendu pour un mouton que pour un agneau - et le devenir effectivement.») Nous avons là une intelligentsia certes peu nombreuse, mais qui sert à souhait la cause de l'enfer.
    Mais, comme dit, ce n'est qu'un sous-produit. Ce sur quoi j'aimerais attirer votre attention, c'est la tendance générale à discréditer et en fin de compte à éliminer toute supériorité chez les humains, qu'elle soit d'ordre moral, culturel, social ou intellectuel. Et n'est-il pas plaisant de constater que la démocratie (au sens incantatoire du terme) est en train de faire pour nous le même travail, en utilisant les mêmes méthodes, que les grandes dictatures de l'antiquité? Vous vous souvenez sans doute de ce dictateur grec (on les appelait «tyrans» à l'époque) qui dépêcha un envoyé auprès d'un autre dictateur pour lui demander conseil au sujet des méthodes de gouvernement. Ce dernier emmena l'envoyé dans un champ de blé et là, avec sa canne, se mit à décapiter tous les épis qui dépassaient les autres d'un ou deux centimètres. La leçon sautait aux yeux : ne tolère aucune prééminence parmi tes sujets. Ne laisse en vie aucun homme qui soit plus sage, plus droit, plus célèbre ou même plus beau que le commun des mortels. Abaisse-les tous au même niveau. Tous des esclaves, des numéros, des nullités. Tous égaux. C'est ainsi que les tyrans ont pu exercer une certaine forme de «démocratie». Mais actuellement la «démocratie» peut avoir le même effet sans autre tyrannie que la sienne propre. Aujourd'hui, plus n'est besoin d'aller dans les champs avec une canne. Les petits épis rongent les extrémités des grands. Et les grands eux-mêmes se mettent à se ronger pour être comme les autres. »
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01

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