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    Dossier: Diplôme

    Le délire du diplôme

    Remy de Gourmont
    L'aventure de ce sénateur qui voulut se faire sacrer bachelier en droit et n'y réussit pas est assez curieuse par l'état d'esprit dont elle est le signe. Ce sénateur est un ancien professeur, agrégé des lettres et peut-être docteur. Ces titres universitaires, et tous les titres moindres qu'ils supposent, sont pour cet esprit à compartiments les signes de sa science et plus encore, les preuves. Pour ces sortes d'hommes, on n'a de savoir qu'autant qu'un diplôme en certifie. Il pouvait étudier le droit, et c'était son devoir, étant législateur. Cela ne pouvait lui suffire. Eût-il acquis la science juridique d'un Cujas ou d'un Demolombe, qu'il n'en eût fait aucun cas, si un diplôme ne l'eût point avérée. La science, pour ce personnage qui nous étonne, ne va pas sans le certificat. Lui eût-on contesté la valeur d'une opinion, il sortait son diplôme. Ainsi voit-on des gens suspects montrer, si on semble douter de leur désintéressement, d'honorables certificats. Et ils en ajoutent un nouveau volontiers à leur collection. Ce sénateur, déjà trop diplômé, voulait sur le tard acquérir un dernier parchemin. Ridicule de l'avoir raté, il l'eût été peut-être davantage de l'avoir conquis. Car s'il est sage de briguer un diplôme dont on fera, en somme, un instrument préparatoire et indispensable de travail, il est absurde de courir après un parchemin vain. Aurais-je plus d'autorité, vraiment, pour juger d'un livre, si j'étais docteur es lettres ? Ce sénateur le croit peut-être ; pas moi. Nous connaissons les critiques doués de tous les titres universitaires et de quelques autres encore dont la parole, quoique pesante, est sans poids. S'il les énumérait, cependant, ces titres, dessous sa signature, qui sait si près des sots son crédit n'augmenterait pas ?

    C'est peut-être là-dessus que comptait le sénateur. Un homme qui veut arriver ne doit jamais négliger les deux puissances, la bêtise et l'ignorance. Ce sont deux solides points d'appui, et sur lesquels on peut insister sans crainte.

    A un autre point de vue, le diplôme a cette utilité d'être une enseigne et même qui offre de relatives garanties préliminaires. Un médecin n'est pas nécessairement un bon médecin, mais on peut tout de même le tenir pour capable d'un certain jugement particulier. L'écriteau qui la marque nous permet, en somme, de ne pas nous égarer et de frapper à la porte qu'il faut, quittes, entrés dans la maison, à y recevoir des soins médiocres. Le diplôme évite donc à la plupart des hommes des pertes de temps, et c'est un point à considérer dans une civilisation aussi agitée que la nôtre. Il est le signe abréviatif d'une fonction réelle ou possible ; mais il n'est que cela.

    Le diplôme, apparence utile, ne couvre souvent, qu'une réalité fictive. Il ne permet pas de préjuger de l'intelligence, et sans l'intelligence, pourtant, la science garantie par le diplôme reste inerte, comme de la pâte sans ferment. Il n'affirme pas davantage le talent, qui est l'art d'utiliser les notions acquises en même temps que les dons naturels. Il indique l'existence de ces notions, et rien de plus. C'est beaucoup. On pourra trouver aussi que c'est trop, car de l'existence du diplôme le public est trop souvent amené à croire à l'existence de l'intelligence et du talent; et il y a méprise.

    La vie, d'ailleurs, est faite de méprises ; elle est peut-être basée sur la méprise. Nous passons nos instants à nous tromper sur la valeur des choses et des hommes, et souvent cela nous est agréable et même utile. S'il régnait un accord parfait entre nos jugements et la réalité, l'exercice même de la vie nous paraîtrait bientôt fastidieux. On est mécontent d'avoir été trompé, mais comme on est content de l'être, souvent, au moment même où on l'est ! L'homme le plus heureux est celui qui est capable de subir le plus naïvement les mensonges nécessaires de la vie. Il y a même une certaine naïveté acquise — parfois chèrement — qui mettra volontiers sur le même plan le mensonge et la sincérité. Sont-ils si rares, les hommes désabusés qui savent, par exemple, se contenter de l'apparence de l'amour ? Ils n'ignorent pas que la sincérité n'ajouterait rien à l'excellence de la mimique dont ils sont les dupes contentes : et ce bonheur factice ne l'est pas tant qu'on pourrait le croire. Qui pourrait d'ailleurs oser, dans la catégorie sentiment, être juge de la sincérité d'autrui, alors qu'on a tant de peine à s'assurer de sa sincérité propre ? Deux mensonges peuvent fort bien donner d'excellentes illusions réciproques ; il y faut seulement une certaine habileté et une bonne volonté décidée.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01

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