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    Des voeux aux projets

    Jacques Dufresne

    Si éloignés soient-ils du sacré, les vœux nous rappellent que nous ne sommes pas seuls dans l’univers et nous prédisposent à cet abandon qui est au cœur des plus grandes joies. Et on peut présumer que s’ils sont bien sentis, ils sont aussi efficaces, leur efficacité consistant à renforcer cet aimant mystérieux au centre de notre être qui contribue à unifier dans la bonne direction les forces agissant sur nous à notre insu.


    En lisant cet article, on sera tenté de croire que je tombe dans le piège du passéisme en faisant preuve de nostalgie pour une ascèse d’un autre temps. Cette ascèse, je l’ai refusée pour moi-même dans ma jeunesse alors qu’on me la proposait avec insistance et je ne le regrette pas. J’ai traversé l’ère du soupçon, j’y ai même participé, mais je pose cette question : le soupçon a-t-il purifié la vertu, comme le souhaitait Nietzsche ou l’a-t-il dévoyée? Pour comprendre cette question et y répondre, il faut pouvoir se représenter l’ascèse dans sa période de floraison.
    .
    « …Tout étant sous le hasard…
    L’homme, ignorant auguste,
    Doit vivre de façon qu’à son rêve plus tard
    La vérité s’ajuste. » Hugo

    Le vœu est un sujet d’étude aujourd’hui négligé compte tenu de son importance majeure dans l’histoire, de l’Occident en particulier. Littré rappelle son origine religieuse dès le début de sa définition : « Promesse faite au ciel par laquelle on s’engage à quelque œuvre non obligée. Il se dit dans toutes les religions. » Point de vœux : d’obéissance, de chasteté, de pauvreté, point de monastères. Point de monastères, point d’Occident. Les vœux sont l’analogue spirituel des colonnes des cloîtres et des cathédrales qui soutiennent la montée des arcs. Pour ce qui est du Québec, qui fut résolument et intensément catholique jusqu’à 1960, ils furent l’ossature de la société. Sans eux, point de services de santé, point d’éducation et une vie artistique anémique.

    Outre les trois vœux, qui seront le point de départ de notre réflexion, les promesses faites au ciel pouvaient prendre les formes les plus diverses. On pouvait, et on peut toujours, s’engager à faire un pèlerinage dans un lieu saint pour obtenir la faveur de sa propre guérison ou celle d’un être aimé. Aujourd’hui, le mot vœu évoque d’abord les souhaits offerts à l’occasion des fêtes de Noël et du Nouvel An.
    Les vers de Hugo cités en exergue disent l’essentiel des grands vœux : limiter les effets du hasard sur la vie en jetant une ancre dans l’avenir. Les jeunes ont des idéaux, souvent nobles et généreux, que la vie d’adulte les amènera, sauf exception, à renier. Le vœu consiste à saisir ces idéaux au vol et à les projeter dans l’avenir comme un fil tendu vers l’autre rive et sur lequel on s’appuiera pour traverser le fleuve de la vie. Les obligations qu’on s’imposait ainsi librement s’ajoutaient à celles des lois civiles et aux commandements de Dieu et de l’Église.

    Pour ce qui est des trois vœux exigés par les ordres religieux et scellés par Rome, ils formaient un ensemble cohérent et mettaient le moi à rude épreuve pour permettre à l’âme de s’élever vers Dieu. On en souligne aujourd’hui surtout les méfaits, dans le cas du vœu de chasteté notamment, considéré comme la cause de cette pédophilie si âprement reprochée aux religieux. La réflexion s’arrête trop souvent à cette critique sans en avoir saisi le sens.

    «Nous nous flattons de la créance que nous quittons nos vices alors que ce sont nos vices qui nous quittent»( La Rochefoucauld). L'ère du soupçon inaugurée par les moralistes français du grand siècle, pour être achevée par Nietzsche et Freud, a beaucoup contribué à discréditer les vœux. Mais, et dans le cas de Nietzsche la chose est très claire, la nouvelle lucidité n'avait pas pour but de célébrer un hédonisme facile, confinant au narcissisme, mais d'enseigner une vertu d'un ordre supérieur. D'où, dans le Zarathoustra, un chapitre sur la vertu qui donne. La vertu qui donne c'est la vertu régénérée, faisant sa juste place au corps, ne trichant pas avec lui. La vertu qui donne est celle qu, au lieu de se limiter à donner des choses après avoir dit «tout à moi!», incite ceux qui y aspirent à devenir eux-mêmes «des dons et des offrandes.[...]après avoir amassé toutes les richesses dans leurs âmes.». La vertu qui donne c'est la vertu qui a été purifiée par le soupçon, plutôt que dévoyée par lui. Ce qu'on a dit de Jean d'Ormesson à l'occasion de sa mort récente fait de lui un bon exemple de la vertu qui donne. N'est-ce pas la jeune, aimante intelligente et généreuse Etty Hillesum qui, au vingtième siècle, a le mieux incarné cette vertu?

    Les projets

    Les faits liés au soupçon sont bien inscrits dans l’histoire. Nous ne voulons pas ici réécrire cette histoire, mais grâce à elle mieux comprendre le présent, ce présent où les projets ont remplacé les vœux. Une question radicale se pose : le besoin d’absolu dont témoignaient les vœux, parmi d’autres mobiles plus terre à terre, a-t-il disparu ? N’est-il pas devenu une force qui entraîne le moi dans une expansion illimitée ?

    Le projet est au cœur de la philosophie existentialiste de Jean-Paul Sartre. « L’homme, dit-il, est un perpétuel projet» »car constamment en apprentissage, en formation, en changement. De ce fait, il peut rompre avec ce qu'il a été à tout moment. » Le vœu est une limite que la liberté s’impose à elle-même, c’est l’homme animal errant qui devient plante pour mieux accueillir les dons de la terre et ceux du ciel. Le projet est l’exaltation de cette même liberté, le rêve d’une vie qui ressemble davantage à celle des conquistadors qu’à celle des moines. Le vœu est du côté de l’idéal, le projet du côté du progrès. « Le progrès, but sans cesse déplacé, étape toujours renouvelée, a des changements d’horizon. L’idéal, point. » (Hugo)

    L’homme du projet tente d’ajuster la vérité à son être par des tentatives toujours renouvelées, ce qui a donné lieu à une multitude de réussites techniques, depuis les trains jusqu’à ce réseau numérique, qui met à la disposition de chacun dans sa chaumière tous ces livres que les moines peinaient à copier et à enluminer. Ces moines marchaient éternellement et d’un même pas dans le même cloître, ce qui donné les chefs d’œuvre de l’art roman et de l’art gothique.

    Le projet, en favorisant l’expansion du moi, a si bien renforcé l’individu que la très grande majorité de nos contemporains désirent progresser dans cette direction, sans avoir la prudence de s’arrêter pour réfléchir sur le sens de cette avancée à laquelle personne ne songe à imposer une limite. D’où une démesure dont on aperçoit les effets dans les domaines les plus divers. En économie : la prolifération de fortunes personnelles colossales et des inégalités croissantes. En écologie : les caprices des consommateurs qui transforment les océans en dépotoirs pour le plastique. Dans les arts : le rejet de l’idéal de beauté, au profit de projets de plus en plus narcissistes. Dans les sports : une maltraitance du corps aussi malsaine que dans certaines formes extrêmes d’ascétisme. Dans les rapports humains : des changements de sexe sans justification biologique, des rapports amoureux avec des robots, des querelles entre hommes et femmes atteignant des proportions telles qu’elles suscitent la nostalgie des vœux de chasteté.

    Puisque la seule limite à un projet, c’est un nouveau projet, on n’en est qu’au début de ce glissement vers les ruptures en cascades. Cette orgie de libertés pour aboutir à la négation de la liberté. L’idée par exemple que l’amour n’est rien de plus qu’un phénomène hormonal, que la connaissance du cerveau fait apparaître l’âme comme une hypothèse inutile et que le corps souverain n’est lui-même qu’une machine, a gagné les médias grand public. Les grands vœux apparaissent dans ce contexte par contraste comme des hymnes à la liberté, puisqu’ils consistent à détourner les hormones et les neurones de leurs fins premières pour que, dans son idéal de sainteté, l’homo sapiens crée des œuvres d’art offertes à jamais à la contemplation de tous.

    A défaut d’une aussi exigeante liberté, l’humanité ne pourra jamais redresser les torts qu’elle a faits aux autres espèces animales, et encore moins les torts qu’elle s’est faits ainsi à elle-même.

    D’où l’intérêt de redonner du sens aux vœux, tels qu’ils subsistent sur la place publique. Ils ressemblent encore aux grands vœux en ce sens qu’ils demeurent un appel, sinon à Dieu, du moins aux forces obscures du destin que, dans les vers cités en exergue, Victor Hugo appelle «le hasard». Offrir ses vœux de Noël ou du Nouvel an à un être cher n’équivaut pas à lui dire fais ce que tu veux, mais à formuler cette prière à son intention : puissent les influences de ton milieu intérieur comme de ton milieu extérieur s’orchestrer de telle sorte qu’elles feront ton bonheur et peut-être même ta joie. Si éloignés soient-ils du sacré, les vœux nous rappellent que nous ne sommes pas seuls dans l’univers et nous prédisposent à cet abandon qui est au cœur des plus grandes joies. Et on peut présumer que s’ils sont bien sentis, ils sont aussi efficaces, leur efficacité consistant à renforcer cet aimant mystérieux au centre de notre être qui contribue à unifier dans la bonne direction les forces agissant sur nous à notre insu.

    Date de création : 2017-12-18 | Date de modification : 2017-12-20

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