• Encyclopédies

      • Encyclopédie de l'Agora

        Notre devise: Vers le réel par le virtuel!


      • Encyclopédie sur la mort

        L’encyclopédie sur la mort veut s'intéresser à ce phénomène sous ses multiples aspects et ses diverses modalités.


      • Encyclopédie Homovivens

        Encyclopédie sur les transformations que l'homme opère en lui-même au fur et à mesure qu'il progresse dans la conviction que toute vie se réduit à la mécanique.


      • Encyclopédie sur l'inaptitude

        Tout le monde en conviendra : c'est au sort qu'elle réserve aux plus vulnérables de ses membres que l'on peut juger de la qualité d'une société. Aussi avons-nous voulu profiter ...


      • Encyclopédie sur la Francophonie

        L'Encyclopédie de la Francophonie est l'une des encyclopédies spécialisées qui se développent parallèlement à l'Encyclopédie de l'Agora.

  • Dictionnaires
  • Débats
      • Le Citoyen Québécois

         Après la Commission Gomery, la Commission Charbonneau! À quelles conditions pourrions-nous en sortir plus honnêtes… et plus prospères

      • L'hypothèse Dieu

         Un nouveau site consacré au dialogue entre croyants et non-croyants a été créé. Son titre « L’hypothèse Dieu » annonce-t-il un vira...

  • Sentiers
      • Les sentiers de l'appartenance

        L'appartenance c'est le lien vivant, la rencontre de deux Vies : la nôtre et celle de telle personne, tel  paysage...Quand la vie se retire, le sentiment d'appropriation se substitue au ...

      • Le sentier des fleurs sauvages

        Nous sommes des botanistes amateurs. Notre but est de partager un plaisir orienté vers une science complète où le regard du poète a sa place à côté de celui du botaniste, du généticien, du gastrono...

      • L’îlot Louis Valcke

        Sur les traces de Louis Valcke (1930-2012), professeur, philosophe, essayiste, cycliste, navigateur et pèlerin. Spécialiste mondial de l’œuvre de Pic de la Mirandole.

  • La lettre
    • Édition


    La lettre de L'Agora
    Abonnez-vous gratuitement au bulletin électronique. de L'Agora.
    Si l’Encyclopédie de l’Agora demeure progressiste, c’est dans un nouveau sens du mot progrès, fondé sur la science réparatrice et sur le principe de précaution.
    Média social:
    Facebook:


    Fluxs RSS:

    Impression du texte

    Dossier: Liberté

    Cet interstice qui rend la vie possible

    Stéphane Stapinsky

    Dans un article récent (“Who wants to live in a frictionless world?”), l’écrivain et éditeur Michael Edwards évoque le monde sans friction, le monde fluide (liquide aurait dit Zygmunt Baumann) qui est devenu le nôtre.

    L’absence de friction, pour lui, vise à “solve social and economic problems in ways that lower transaction costs and increase speed and efficiency, on the assumption that everyone will benefit.” La technologie joue bien sûr ici un rôle prépondérant. Avec un drone, une armée peut régler le sort de terroristes à l’autre bout du monde sans engager la moindre unité au sol. Avec un téléphone et une application appropriée, vous n’avez pas à vous déplacer à la banque et à attendre en ligne qu’un caissière soit disponible pour utiliser l’argent de votre compte.

    On voit tout de suite qu’une des choses qui se perd dans se monde “sans friction”, c’est le contact direct avec d’autres être humains. Le rapport entre les hommes devient essentiellement médiatisé par des solutions technologiques.

    En nous proposant de réfléchir autour du thème du vide, j’ai choisi de réfléchir dans des sentiers voisins de ceux que M. Edwards a empruntés. En abordant le même sujet mais en le traitant à partir d’un angle tout autre, celui du “jeu”. Il ne s’agit pas du jeu au sens ludique, mais bien de l’”aisance dans le fonctionnement d'une chose ou de plusieurs choses entre elles”, de la “facilité de mouvement d'une pièce, d'un organe dans (ou sur) une autre” (CNRTL).

    Par jeu, j’entends donc cet interstice, ce vide entre des éléments, des pièces, qui rend possible un peu de souplesse. Bien sûr, suivant les contextes, le jeu peut être bénéfique ou néfaste. Un jeu trop grand entre deux pièces d’un avion de ligne peut conduire à la catastrophe. Par contre, un peu de jeu entre deux pièces d’un meuble ou dans une articulation peut permettre d’absorber plus aisément un choc.

    L’absence de “jeu” fait en sorte que le mouvement devient unidimensionnel. Il n’y a plus qu’une seule voie, une seule approche possible. Et elle nous est imposée.

    Pour avoir une idée de ce monde implacable, où il n’y a plus de « jeu » dans les relations sociales, pensons à ce qui arrive lorsque des procédures informatisées se généralisent dans un secteur donné. Auparavant, si un problème survenait, on pouvait toujours « s’arranger » avec l’employé à qui l’on parlait. Avec l’informatisation, tout se fait automatiquement. On y gagne en efficacité, mais on y perd en humanité. L’employé en face de nous n’a plus rien à dire, ne peut plus rien pour nous. C’est ainsi que le concret disparaît.

    Imaginons que, dans un proche avenir, les services publics installent, dans chaque voiture, un appareil permettant de transmettre aux autorités tout dépassement de la limite de vitesse prescrite à l’instant même où il se produit. Le nombre d’amendes, n’en doutons pas, augmenterait de manière exponentielle, et les coffres publics se rempliraient sans cesse. Le système, assurément, le plus efficace qui soit. Mais serions-nous pour autant satisfaits d’être surveillés à chaque instant de notre ballade par un Big Brother électronique? Avec raison, nous nous sentirions enchaînés.

    Une utopie? Pourtant, c’est un système du même ordre que certaines entreprises américaines (à l’insistance de compagnie d’assurances) commencent à imposer à leurs employés, en les forçant à porter des senseurs qui détectent certains de leurs paramètres biologiques ou qui vérifient s’ils suivent bien le programme d’exercice qui leur a été prescrit pour régler leur problème d’obésité.

    Bien des gens expriment le souhait que l’administration de la société soit faite d’une manière plus rationnelle. Mais si tout devait tout le temps fonctionner selon les principes rigides d’une raison mécanique, la vie ne nous semblerait-elle pas un fardeau impossible? Si chaque fonctionnaire, chaque employé de banque, de compagnie de transport, chaque policier appliquaient à la lettre, les règlements dont ils sont chargés de l’exécution, quelle morosité ne nous gagnerait-elle pas?

    Le jeu peut être une métaphore nous permettant de comprendre la réalité dans laquelle nous sommes plongés. Le jeu, c’est, face à notre univers de plus en plus rationnel, contrôlé, bureaucratique et technologique, ce petit vide qui rend encore possible une certaine liberté. Ce vide, c'est ce qui échappe à l'emprise de la machine, des senseurs, des capteurs, des caméras, etc. mais aussi des règles juridiques, bureaucratiques, etc. qui s’imposent de plus en plus largement aux sociétés, au sein des États et à l’échelle mondiale. Sans cet interstice de liberté, nous devenons purement et simplement des hommes-machines.

    Ce jeu, heureusement, subsiste toujours dans nos vies. Mais on doit constater que sa part diminue jour après jour. Notre monde, en quête croissante d'efficacité, fait tout afin que s’amoindrisse la part de ce vide bénéfique.

    Lorsque j’étais plus jeune, le facteur qui livrait le courrier au centre de recherche où je travaillais avait l’habitude d’entrer dans l’édifice et de se diriger vers l’arrière, au poste de la secrétaire, afin de lui remettre en main propre les envois du jour. Comme il s’agissait, à chaque fois, du même facteur, il en profitait pour faire un brin de jasette avec elle. Un jour, nous n’avons plus vu le facteur au bureau de la secrétaire. On m’a dit – et j’ai toutes les raisons de croire que cela est vrai – que de nouvelles règles avaient été édictées par Postes Canada et que désormais, le nombre de pas que devait faire un facteur à partir de la rue était compté; le nombre maximum de pas ayant été atteint, celui-ci se devait de déposer les envois à la porte, dans une boîte spéciale qu’il fallut installer. Ce changement, somme toute mineur, préfigurait hélas les changements futurs. L’ère du management pouvait commencer.

    Pour Michael Edwards, un monde “sans friction” ne peut être que néfaste pour notre humanité. Car “unless life is uncomfortable, there’s no room for transformation”.

    Et:

    Struggle is the bedrock of advancement. Our job is to insert ourselves as much and as often as possible into the wheels of technocracy, bureaucracy and business. We should resist anything that evades or removes the human dimension of problems and solutions in politics and economics. And we should celebrate the life-affirming benefits of friction when applied to privilege and power.

    Ce qu’il appelle friction, dans ma perspective, je le vois comme le jeu. Mais nous disons au fond la même chose.

    Date de création : 2017-11-11 | Date de modification : 2017-11-18

    0%
    Dons reçus (2018-2019):0$
    Objectif (2018-2019): 25 000$


    Nous avons reçu près de 11 407$ lors de la campagne 2017-2018. Nous vous remercions de votre générosité. Pour la campagne 2018-2019, notre objectif s'élève à 20 000$.

    Contribuez au rayonnement des oeuvres de l'Agora/Homo vivens en devenant membre ou en faisant un don.