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    Dossier: Prométhée

    Prométhée ou la démesure

    Heinz Weinmann
    Prométhée ou la démesure au singulier et au pluriel. On y trouve notamment une critique de Totem et tabou, de Freud.
    À ta naissance Ô immortel, les Dieux t'acclament comme un enfant nouveau-né.
    C'est par ta volonté qu'ils ont atteint l'immortalité,
    quand tu as brillé en sortant de tes parents.
    Hymnes à Agni, Rg Veda 6.7.

    Ce monde-ci, le même pour tous les êtres, aucun des dieux ni des hommes ne l'a créé; mais il a toujours été, et il sera un feu toujours vivant, s'allumant avec mesure et s'éteignant avec mesure.
    Héraclite, Fragment no 30.

    Hier sitz'ich, forme Menschen
    Nach meinem Bilde,
    Ein Geschlecht, das mir gleich sei,
    Zu leiden weinen,
    Geniessen und zu freuen sich,
    Und dein nicht zu achten,
    Wie ich.
    Johann Wolfgang von Goethe, Prometheus.

    Quel autre mythe mieux que celui de Prométhée a cristallisé l'idée d'hybris et de démesure? Son rayonnement dans le temps et dans l'espace témoigne d'une puissance proprement archétypale. De l'époque des Vedas jusqu'au XXe siècle, des Esquimaux de l'Artique aux aborigènes d'Australie, le mythe du voleur de feu n'a pas fini de hanter l'imaginaire de l'homme. Il ne peut pas s'agir ici d'embrasser toutes les manifestations du mythe, mais plutôt d'essayer d'établir une sorte d'"archéologie" de la connaissance du mythe de Prométhée.1
    À cet effet, Freud, dans Totem et tabou, ouvrit une perspective qui devait s'avérer féconde pour l'analyse des mythes: à savoir qu'il existe un rapport d'analogie entre la pensée sauvage et la pensée infantile. De là à considérer le mythe comme l'expression du "psychisme infantile d'un peuple",2 ou comme le "rêve collectif d'un peuple",3 il n'y avait qu'un pas que les disciples, Abraham et Rank, franchirent allègrement. Mais toutes ces études de la psychanalyse sur le mythe n'ont été rendues possibles que grâce aux travaux de la "mythologie comparée" du siècle dernier. Kuhn, son fondateur, se distingue justement avec un ouvrage sur Prométhée.4 D'autres, comme Steinthal, Delbrück, Max Müller suivront ses traces.

    Origine étymologique de Prométhée
    Selon Kuhn, le nom de Prométhée dérive du sanscrit "pramantha", qui veut dire forêt-à-feu, le bâton-moulinet avec lequel on produit le feu par frottement. D'autre part, dans le radical "manth" ou "math", on reconnaît le verbe "manthami" qui signifie justement "tourner, frotter". Mais cette racine a encore un autre sens, apparemment hétérogène au premier, "arracher, voler". On trouve donc réunies dans la source védique du mot "prométhée" les deux explications de la production du feu: l'une réaliste (par frottement), l'autre "mythique" (par le vol).
    On ne s'étonnera guère que la plupart des hellénistes aient rejeté cette source étymologique, sous prétexte qu'elle escamotait totalement le sens grec du mot. "Il n'y a aucune raison d'abandonner pour le nom Prométhée le sens indiqué par les Grecs eux-mêmes, le sens de prévoyant, prudent, par opposition avec le nom de son frère Epiméthée, le maladroit qui ne réfléchit qu'après coup".5 De plus, aucun texte grec6 n'atteste vraiment Prométhée comme l'inventeur de la baguette qui produit le feu.
    Plutôt que de nous perdre dans des suppositions étymologiques hasardeuses, il serait préférable de nous demander comment les primitifs se racontent l'origine du feu. Ce retour à la pensée sauvage s'impose d'autant plus à notre méthode que la représentation de Prométhée dans le mythe grec, ou déjà dans les Védas, fait intervenir la production du feu, élément central du mythe, à un stade très avancé de la civilisation humaine. Or, nous savons que l'acquisition du feu constitue la technique la plus primitive dans l'ordre des inventions de l'homme. Il semble que toutes les tribus, aussi archaïques soient-elles, l'aient connue. Allons donc encore une fois à la source primitive, cette fois, de Prométhée!

    Mythes primitifs sur l'origine du feu
    J.G. Frazer, dans son Rameau d'Or,7 mais surtout dans Mythes sur l'origine du feu8 nous a laissé une documentation ethnographique abondante, tirée des mythes de centaines de tribus éparpillées à travers le globe. À leur lecture, on ne manquera pas d'être frappé par un sentiment de monotonie. Avec des variantes insignifiantes, ces mythes semblent dire et redire la même histoire, donc dériver d'un même modèle, d'un même schéma. Pourtant, l'idée d'un contact, d'une influence mutuelle est à exclure. L'isolement est à exclure. L'isolement et total entre les indigènes d'Afrique et ceux de Malinésie, par exemple. Dégageons donc le patron sous-jacent à tous ces mythes du feu.
    Souvent le feu est volé par un oiseau, roitelet-à-la-queue-rouge,9 cacatoès,10 rouge-gorge,11 parfois, notamment en Amérique du Nord, par la queue d'un coyote12, d'un renard.13 "Chose curieuse, note Frazer naïvement, beaucoup de sauvages semblent croire que le feu appartient aux animaux avant d'être découvert et employé par l'homme.14 Une fois obtenu, le feu est jalousement gardé, caché, celui qui le possède, animal ou homme, veut en faire son "monopole",15 se refuse à livrer son secret à autrui. Souvent le feu est gardé en dépôt chez un vieillard ou chez une vieille femme; c'est alors un jeune qui tente de le lui arracher par la ruse, pour le répandre ensuite généreusement aux autres. Dans beaucoup de cas, le feu ne peut être reproduit mécaniquement qu'après avoir été volé.
    Un grand nombre de ces mythes, très explicitement, rattachent le feu au sexe, masculin ou féminin. Prenons à titre d'exemple ce récit des Arunta d'Australie.
    Ils disent (les Arunta) qu'aux jours anciens auxquels ils donnent le nom d'Alchringa, un homme du totem de l'Arunga et de l'Euro (espèce de kangourou) partit dans l'Est à la poursuite d'un gigantesque Euro qui portait du feu dans son corps. Cet homme avait avec lui deux grands churinga, c'est-à-dire des bâtons ou des pierres sacrés, avec lesquels il essayait de faire du feu mais sans y réussir. Il poursuivit l'Euro à mesure qu'il avançait vers l'Ouest, et il essayait tout le temps de le tuer. L'homme et l'Euro campaient toujours à une courte distance l'un de l'autre. Une nuit l'homme se réveilla et vit un feu qui brûlait près de l'Euro; il y alla aussitôt, en prit et avec fit cuire un peu de chair d'Euro qu'il portait avec lui et dont il se nourrissait. L'Euro s'enfuit en courant vers l'Est en tournant le dos à ses anciennes traces. L'homme essaya encore de faire du feu mais en vain et il poursuivit l'animal jusqu'à ce qu'ils fussent tous deux revenus à l'endroit d'où ils étaient partis. L'homme réussit enfin à tuer l'Euro avec ses churinga. Il examina soigneusement le corps pour voir comment l'animal faisait du feu, d'où il venait; il arracha l'organe génital mâle qui était très long, le fendit en deux et s'aperçut qu'il contenait du feu très rouge, qu'il ôta et dont il se servit pour cuire son Euro. Il vécut pendant longtemps de la chair de ce grand Euro et, quand le feu qu'il avait extrait de son corps s'éteignit, il essaya de nouveau d'en faire et y arriva en chantant toujours le même air...16
    Voilà pour le feu mâle. Quant au feu femelle, il est le mieux illustré par ce conte des Tarumas, qui habitent la partie sud-est de la Guyane anglaise.
    Après le mariage de Duid (les deux frères Duid et Ajijeko, selon les Tarumas, sont les deux premiers hommes sur terre), les deux frères habitèrent des maisons séparées proches l'une de l'autre dans la même clairière. Ils avaient toujours mangé leur nourriture crue, mais ils remarquèrent que la femme ne mangeait rien de cru, sauf les fruits, et ils pensèrent qu'elle devait avoir quelque secret, car elle mangeait toujours seule. Ils essayèrent de la persuader de leur dire d'où venait son feu et comment il était fait, mais elle refusa de satisfaire leur curiosité. Bien des années plus tard, alors qu'elle était vieille et avait beaucoup d'enfants, le frère aîné, Ajijeko, lui rendit visite à elle et à son mari, et, vers le coucher du soleil, leur dit au revoir et s'en retourna chez lui. Ils trouvèrent bizarre qu'il eût oublié son sac à amulettes. À ce moment, il cria à sa belle-soeur de le lui rapporter. Elle le prit et, se tenant à une certaine distance, elle lui dit: "Le voici..." Mais il lui dit: "Non, apporte-le ici, plus près de moi". Elle s'approcha alors, le tenant à bout de bras, mais il dit: "Non, apporte-le plus près encore, tout près de moi". Elle fut effrayée et dit: "Je vais te le jeter". Il dit: "Ne fais pas cela, elles se casseraient. Apporte-le ici même, là où le suis". Elle le fit et, immédiatement, il sauta sur elle et la saisit. Il lui dit qu'il la prendrait si elle ne lui révélait pas le secret du feu. Après plusieurs tentatives pour s'échapper, elle y consentit. Elle s'assit sur le sol, les deux jambes largement écartées. Empoignant la partie supérieure de son ventre, elle lui imprima une bonne secousse et une boule de feu roula sur le sol, hors du conduit génital. Ce n'était pas le feu que nous connaissons aujourd'hui, il ne brûlait pas et ne faisait pas bouillir les choses. Ces propriétés furent perdues quand la femme le donna; Ajijeko dit pourtant qu'il pouvait remédier à cela; il recueillit donc toutes les écorces, tous les fruits et tout le poivre rouge qui brûlent, et, avec cela et le feu de la femme, il fit le feu dont nous nous servons aujourd'hui. Maintenant que les frères avaient du feu, toute la nature en voulait; mais il était donné à Duid, le mari de la femme, de le garder et de le protéger ... 17
    Nous avons cité ces deux récits in extenso puisqu'ils illustrent d'une part les schémas mythiques, les mythèmes, dégagés précédemment, et, d'autre part, parce qu'il nous semble capital que ces mythèmes, contrairement à ce qu'affirme Claude Lévi-Strauss, paraissent dans leur ordre chronologique. L'ordre d'apparition, l'ordre phénoménal, dans le récit mythique, tient lieu de l'ordre logique.
    Dans le premier texte, c'est encore un animal qui est détenteur du feu. L'homme l'acquiert en tuant l'Euro. C'est précisément avec les deux bâtons destinés à faire du feu qu'il tue l'animal. Mais il n'y réussit qu'une fois qu'il a découvert le feu dans le sexe de l'animal.
    Dans le deuxième texte, plus nettement que dans le premier, on voit la présence de deux feux, de qualités toutes différentes. Le feu sexualisé, feu intime, qui ne fait pas "bouillir les choses" et le feu du foyer, feu utilitaire qui agrémente les repas par la cuisson. Le premier feu ne s'invente" pas, il se subit comme une passion, le second se trouve à l'aide d'une technè. Dans l'ordre des choses, le premier apparaît d'abord, c'est celui qui souvent doit être volé; le second n'est trouvé que par reproduction, imitation du mode de production du premier. Dans notre histoire, c'est justement grâce à une combinaison du feu sexuel de la femme et du feu des écorces (que l'on frotte) et du poivre (qui brûle), qu'on obtient le feu "dont nous nous servons aujourd'hui".
    Cet ordre naturel des choses, naturel chez les primitifs, sera occulté, avec la rationalisation croissante de l'homme, par un processus de refoulement et de sublimation. Ainsi, finalement, le lieu d'origine du feu sera projeté dans le ciel, comme c'est le cas dans le mythe de Prométhée.

    Psychanalyse du feu
    Pour trouver la vraie valeur du feu, il faut donc nécessairement passer par une psychanalyse du feu. C'est ce que Bachelard a fait.18 En travaillant sur la propagation thermique des solides, sujet de sa thèse complémentaire, Bachelard fut frappé par deux "obstacles" qui empêchaient une saisie objective du phénomène de la chaleur et du feu: l'obstacle substantialiste et l'obstacle animiste. Selon ces vues, le feu est une substance, une matière, le feu a une vie comme l'être humain: il faut "nourrir, alimenter" le feu, sinon il "meurt".19 Assez paradoxalement, par une de ces ironies de l'histoire des idées, ce sont les scientifiques qui récupèrent le feu, qui semblait s'être sublimé pour toujours dans le ciel, et le ramènent au niveau de l'homme, à son origine sexuelle. Ainsi, certains traités d'électricité des XVIle et XVIIIe siècles sont simplement ce que nous appellerions aujourd'hui des manuels de sexologie. Heureuse époque, où "l'éducation sexuelle" se faisait par le biais des sciences! Pour s'en convaincre, qu'on lise Le spectacle du feu élémentaire ou cours d'électricité expérimentale d'un certain Charles Rabiqueau, "Avocat, Ingénieur privilégié du Roi pour tous ses ouvrages de Physique et de Mécanique"!
    Le frottement doux écarte les parties d'esprit d'air qui s'opposent au passage, à la chute d'une matière spiritueuse, que nous nommons liqueur séminale. Ce frottement électrique fait en nous une sensation, un chatouillement, par la finesse des pointes d'esprit de feu, à mesure que la raréfaction se fait, et que cet esprit de feu s'accumule à l'endroit frotté. Alors la liqueur ne pouvant soutenir la légèreté de l'esprit de feu accumulé en atmosphère quitte sa place et vient tomber dans la matrice, où est aussi l'atmosphère: le vagin n'est que le conduit qui mène au réservoir général qui est cette matrice. Il y a chez le sexe féminin une partie sexifique. Cette partie est à ce sexe ce qua la partie sexifique de l'homme est à l'homme. Cette partie est sujette à pareille raréfaction, chatouillement et sensation. Cette même partie fait encore partie du frottement. Les pointes d'esprit de feu sont même plus sensibles chez le sexe féminin. ( ... ) Le sexe féminin est dépositaire de petites sphères humaines qui sont à l'ovaire. Ces petites sphères sont une matière électrique sans action, sans vie; comme une bougie non allumée, ou un ?uf prêt à recevoir le feu de vie, le pépin ou la graine", ou enfin comme l'amadou ou l'allumette qui attend cet esprit de feu ( ... )20
    Comment, sinon par la psychanalyse, comprendre la nécessité, pour faire du feu, de deux bois d'espèce différente?21 Même Bernardin de Saint-Pierre, dans Paul et Virginie, n'oublie pas de signaler ce détail qui pourrait nous paraître insignifiant aujourd'hui.
    Avec l'angle d'une pierre il (Paul) fit un petit trou sur une branche d'arbre bien sèche qu'il assujettit sous ses pieds; puis avec le tranchant de cette pierre, il fit une pointe à un autre morceau de branche également sèche, mais d'une espèce de bois différent. Il posa ensuite ce morceau de bois pointu dans le petit trou de la branche qui était sous ses pieds, et le faisant rouler rapidement entre ses mains, comme on roule un moulinet dont on veut faire mousser du chocolat, en peu de moments, il fit sortir, du point de contact, de la fumée et des étincelles. Il ramassa les herbes sèches et d'autres branches d'arbres, et mit le feu au pied du palmiste qui, bientôt après, tomba avec un grand fracas. Le feu lui servit encore à dépouiller le chou de l'enveloppe de ses longues feuilles ligneuses et piquantes. Virginie et lui mangèrent une partie de ce chou crue, et l'autre cuite sous la cendre, et ils les trouvèrent également savoureuses...22
    Dans sa Psychanalyse du feu, Bachelard dénonce, dans un grand nombre de domaines, la "rationalisation inconsciente", à l'oeuvre dès qu'il s'agit d'expliquer l'origine ou les qualités du feu. Même Frazer n'échappe pas à ce reproche, d'autant moins que les mythes primitifs qu'il avait sous les yeux n'avaient pas encore subi cette rationalisation. C'est donc le savant qui l'y a projetée. Bachelard, par un de ces renversements épistémologiques complets dont il a le secret, renvoie l'explication réaliste, utilitaire, dans le "mythe" et place l'explication mythique dans la "réalité". Sa thèse tient en une seule phrase: "En vérité, le feu fut surpris en nous avant d'être arraché au ciel".23

    Tabou et monopole de la procréation chez les primitifs
    S'il est évident maintenant que le feu est d'origine sexuelle, comment alors expliquer le rôle décisif que jouent les animaux, surtout les oiseaux, dans la genèse du feu? Avant de pouvoir répondre à cette question, nous devons établir comment le primitif s'imaginait l'acte de reproduction. L'idée de la reproduction sexuelle est tardive. Au début prévalait la "croyance totémique à l'âme",24 qui voulait que l'âme d'un parent mort se transmette par l'animal totémique. Freud, on le sait, a réduit le parent qui pouvait s'incarner dans le totem au seul père. Car, selon lui, le totem signifie, ou mieux, est le père, puisqu'à l'époque zoolâtrique où remonte cette identification, les deux se confondaient totalement. En effet, le récit mythique que nous avons cité en premier, celui des Arunga, accrédite cette hypothèse. Il y fut question d'un "Euro", grand animal, porteur de feu. Cet animal ne serait donc nul autre que le père que le fils doit tuer afin d'obtenir le feu. De plus, le fils dévore cet animal, moyen primitif pour s'incorporer les qualités, avant tout la puissance, du père assassiné. C'est évidemment là le rôle essentiel du "repas totémique".
    Dans la croyance totémique, la place qui revient à la femme est de premier ordre. Visiblement, c'est elle qui porte et fait naître les enfants. L'apport du père est incertain, douteux. Car comment le primitif peut-il établir une relation de cause à effet entre l'acte de la conception et la naissance tous les deux séparés par un laps de temps considérable? Le rôle du père sera seulement valorisé, on pourrait presque dire, surcompensé, avec l'idée de la procréation sexuelle. C'est sur le père que va refluer maintenant le mana de l'animal totémique, puisque les deux se séparent dorénavant. Mais ne devient pas père qui veut! L'acte de procréation reste entouré des tabous du temps de la croyance totémique, La fonction paternelle est une fonction charismatique, sacerdotale. Ce n'est que l'initié, celui qui a été sacré, qui peut légitimement assumer cette fonction. Dieu, le roi, le prêtre sont les pères par excellence. Ce sont eux qui, au départ, détiennent le monopole du pouvoir de procréation. Monopole jalousement gardé par des interdits et des tabous. Tout en s'affaiblissant, cette idée se perpétue jusqu'au Moyen Age: le jus primae noctis du seigneur (droit à la défloration de la vierge) est son dernier avatar.

    Le mythe de Prométhée
    Mieux armés, nous pouvons maintenant aborder le mythe de Prométhée.25 Karl Abraham note très justement que le "mythe de Prométhée est l'apothéose de la puissance procréatrice de l'homme";26 de l'homme en effet, puisqu'elle va jusqu'à menacer celle de Dieu. Au fond, ce qui est en cause, c'est le monopole de la (pro)création détenu par "Zeus le père ".27 À la base du mythe de Prométhée, il y a un complexe d'Oedipe.28 Même Si Prométhée appartient à la même génération que Zeus, celle des Kronides, il agit en fils. Depuis l'apparition du père originel, Ouranos, une guerre sans pitié opposait le père et ses fils. Le père, par tous les moyens, tente de se débarrasser de ses fils, en les dévorant, par exemple. Les fils de leur côté attentent à la puissance du père, en le châtrant dans le cas de Kronos, ou en le détrônant dans celui de Zeus. C'est le tour maintenant de Zeus d'être menacé par Prométhée.
    Cette menace réside essentiellement dans la perte du monopole de la puissance divine, dans sa dissémination, 29 sa démocratisation. Ces deux notions nous semblent être capitales pour une bonne appréciation du mythe de Prométhée. En effet, c'est cette dissémination, cette démocratisation du feu (du Pouvoir générateur) mis à la portée de tout le monde qui constituent la " transgression ",30 par excellence, la mesure de la démesure de Prométhée, parce qu'elles désacralisent le pouvoir paternel, qui ne revêt justement son caractère sacro-saint que grâce à sa concentration, à son monopole.
    Prométhée, comme tout fils qui n'a pas encore accédé au pouvoir (générateur), est démocrate, égalitaire, "aime trop les hommes".31 Cette "pitié",32 cet "amour des hommes"33 est l'expression même de la contestation prométhéenne du pouvoir divin, paternel. Assez significatif à cet égard, le personnage qui ouvre la tragédie d'Eschyle ne s'appelle-t-il pas Pouvoir? "Pareille faute, dit-il, il (Prométhée) doit la payer aux dieux, qu'il apprenne à se résigner à la souveraineté de Zeus et à cesser de marquer de l'intérêt aux hommes".34 Prométhée le savait d'avance, le "prévoyait". "J'ai capté dans la tige d'un férule, après l'avoir volée, la semence du feu qui est pour les hommes la maîtresse de tout art, une ressource sans prix. Voilà le crime dont je paie le châtiment, cloué en ces liens face au ciel".35
    Soulignons, pour donner encore plus d'autorité à la notion de "dissémination" du feu, qu'elle ne se trouve pas seulement chez Eschyle, mais dans un grand nombre de mythes sur l'origine du feu, notamment en Amérique du Nord chez les Indiens. Par exemple, les Indiens Kwakiutl de la Colombie Britannique racontent la diffusion du feu de la manière suivante:
    "Alors que les amis de ce chef dansaient autour du feu, Kani-Ke-Laq (le voleur de feu) leur apparut sous la forme de daim et, avec un fagot de bois résineux entre les andouillers, Il se joignit aux danseurs. À un signal donné par ses amis qui se trouvaient dehors il plongea la tête dans le feu et les bâtons qui s'y trouvaient s'enflammèrent. Il sauta par-dessus le feu et se précipita hors de la maison en disséminant partout le feu volé." 36
    D'autres figurent cette diffusion du feu comme un brasier, un feu de forêt hors de contrôle. "Le feu s'étendit par tout le pays et beaucoup d'animaux furent brûlés.37 Le feu ainsi répandu est destructeur, comporte en lui-même son propre châtiment, en faisant périr ceux qui le manipulaient de manière illégitime. Enfin, un certain nombre de tribus s'imaginent une immense course de relais dans laquelle un animal passe le flambeau à un autre, et où l'on serait tenté de voir l'origine de la course de relais de la flamme olympique. Ici le feu ne détruit pas, puisque relayé aussitôt au suivant. C'est sa grande concentration qui est dangereuse, mortelle pour l'homme.
    Dans ces versions, on assiste à la naissance de la chaîne génésique qui assure la survie de l'humanité. Le feu est transmis de père en fils, d'une génération à l'autre. On peut être surpris de l'absence du conflit père-fils, base du mythe de Prométhée, puisque le passage du feu de père en fils se fait sans encombre. Est-ce à dire que la rivalité entre le père et le fils s'installerait beaucoup plus tardivement que ne le pense Freud dans Totem et tabou? Au début ne serait donc pas la mort du père? Faute de preuves historiques concluantes,38 nous devons laisser cette question ouverte pour le moment.
    Quoi qu'il en soit, cette absence de conflit, de rivalité dans la relation père-fils se retrouve également dans le rapport du Dieu chrétien et de Jésus qui, au lieu de se révolter contre son père, exécute ses ordres. Mais cette discordance en regard de la tradition prométhéenne n'a pas empêché les Pères de l'Église de voir en Prométhée la préfiguration du Christ.39 L'exégèse "typologique" de la Bible a trouvé au contraire en Prométhée un terrain fertile en concordances. Paradoxalement, c'est leur différence, ce que l'un n'est pas par rapport à l'autre, qui fondamentalement rapproche Prométhée et Jésus. Jésus est fils, mais n'agit pas comme tel (ne se révolte pas contre le père); Prométhée n'est pas fils, mais agit en tant que tel, il n'est en quelque sorte qu'une métaphore du fils. Ce sont évidemment les pleins-pouvoirs de Zeus qui lui assignent ce rôle. Pourtant, ce n'est pas dans un but égoïste, nous l'avons déjà suggéré, pour se mettre lui-même sur le trône de Zeus, que Prométhée s'est révolté contre lui, mais pour sauver la race humaine.
    "Il (Zeus) voulait en anéantir la race entière pour en créer une nouvelle. Personne pour s'opposer à de tels desseins, à part moi; car moi seul, j'eus cette audace de libérer les mortels et de les empêcher de descendre, mis en pièces, dans l'Hadès."40
    Au désintéressement de Prométhée correspond le sacrifice gratuit de Jésus, à la transgression de Prométhée, celle du péché originel des hommes. Dans Prométhée enchaîné, la transgression est l'effet d'une cause divine l'intention de détruire les hommes); dans le Christianisme, c'est une cause humaine (péché originel) qui justifie le sacrifice du fils. Mais dans les deux cas, c'est le sacrifice du "fils" qui fait accéder les hommes à des privilèges divins (feu-grâce). L'acquisition (par vol ou par grâce) de privilèges divins se justifie de façon déguisée, détournée, comme un acte altruiste. Ce n'est que l'Altérité qui saurait directement affronter la Divinité, puisqu'elle-même est le "tout autre".41
    De ce fait, dans Promothée enchaîné, la contestation idéologique du pouvoir paternel se fait d'abord à travers le choeur des Océanides, expression de la multitude. Pour que le "fils" entre dans ses droits, pour qu'il rentre dans la légalité, il faut déclarer comme usurpé, arbitraire, illégal le pouvoir du père. Le choeur des Océanides formule tous ces griefs de la façon la plus claire. Preuve encore du concours d'intérêt, de la complicité entre les aspirations du fils et ceux du demos.
    "Ne crains rien, dit le choeur, c'est une troupe amie que ses ailes, luttant de vitesse, ont amenée à ce rocher, après avoir fléchi non sans peine la volonté d'un père ( ... ) C'est que de nouveaux pilotes ont la barre dans l'Olympe et Zeus, suivant des lois nouvelles, règne arbitrairement en brisant aujourd'hui les géants d'hier."42
    En somme, la complicité entre le choeur et Prométhée s'explique par la réciprocité de leurs fonctions. Le demos, la masse, la "troupe", comme diraient les Océanides, servent d'alibi à la transgression prométhéenne, tandis que pour le demos, Prométhée incarne l'espoir de la relève, de la chute de Zeus. En effet, à la fin du Prologue, Prométhée fait mention d'un "secret" dont il serait le dépositaire et qui risquerait de dépouiller Zeus de ses privilèges.
    Ma parole, il (Zeus) peut me torturer dans ces entraves brutales, le maître des Bienheureux aura encore besoin de moi pour être averti d'un plan révolutionnaire qui le dépouillera de son sceptre et de ses privilèges.43
    De même, le troisième épisode, dialogue entre Prométhée et Io, est dominé par ce "secret". Aux questions de Io: "c'est donc possible qu'un jour Zeus soit déchu de sa puissance? Et par qui sera-t-il dépouillé de son sceptre royal? C'est son épouse qui le chassera du trône?", Prométhée répond, "elle lui donnera un fils plus fort que son père".44 Et finalement, dans l'Exode, Prométhée adresse cette menace à Zeus:
    !Aussi, qu'il siège tranquille confiant dans le fracas qu'il provoque du haut des airs, quand il brandit dans ses mains le trait enflammé ! Bien ne l'empêche de tomber ignominieusement d'une chute intolérable, tel étant à cette heure le rival qu'il se prépare à lui-même, prodige invincible qui saura bien trouver un feu plus puissant que la foudre, dont le formidable fracas couvrira celui du tonnerre ( ... ) En venant donner contre ce malheur, Zeus se rendra compte que commander et servir sont choses différentes."45

    Croissance et démesure
    Dans ce qui précède, nous avons vu un lien entre la démesure prométhéenne, démesure au singulier, et la "démocratie", démesure plurielle. L'une est solidaire de l'autre. Prométhée, pour justifier sa transgression, a besoin de la multitude. La multitude, elle, compte sur Prométhée pour bénéficier de l'effet disséminant de sa transgression, pour accéder elle-même au pouvoir.
    Dès lors, on commence également à deviner un lien possible avec la double thématique de ce numéro de Critère: croissance et démesure. Insistons donc sur cet aspect.
    Dans Prométhée enchaîné, une analogie, une homologie entre le pouvoir procréateur et le pouvoir tout court est apparue. Prométhée, en répondant, en disséminant le pouvoir procréateur, privilège divin, parmi tous les hommes, leur confère une parcelle de ce pouvoir divin. Les deux pouvoirs, une fois sortis du monopole divin, par un effet de distension, ont tendance à s'affaiblir, à s'annuler mutuellement. Plus précisément, l'un est inversement proportionnel à l'autre. Plus le pouvoir procréateur se répand, se démocratise, plus la croissance augmente, et plus également le pouvoir réel de chaque individu diminue, puisque divisé, morcelé par un nombre de plus en plus croissant d'hommes. La démocratie, quel châtiment subtil des Dieux! Prométhée, en faisant accéder la multitude au pouvoir procréateur, divise, atomise le pouvoir divin grâce à l'effet de croissance, inhérent au processus procréateur.
    Précisons que cette analogie entre le pouvoir et le pouvoir procréateur caractérise surtout la Grèce antique. C'est elle également qui est le berceau de nos démocraties modernes. On la chercherait en vain cette analogie, dans le christianisme par exemple. En effet, le christianisme, en désexualisant le plus possible l'acte de la genèse, fait apparaître la procréation comme un châtiment divin qui suivait la chute d'Adam et d'Ève. "J'augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras dans la douleur".
    On le sait, la pomme, de même que la grenade et le pavot sont des symboles de la fertilité féminine.47 En somme, dans le christianisme, Ève joue le rôle dévolu dans le mythe grec à Prométhée. Il y a donc dans le christianisme une féminisation évidente de l'acte procréateur initial, démesure originelle, qui fut symbolisé chez les primitifs et chez Eschyle par le vol du feu. Ceci, Nietzsche l'a admirablement senti.48 Cette féminisation de l'acte de transgression aura des conséquences lourdes pour toute l'histoire du christianisme, et que nous ne pouvons qu'esquisser rapidement ici.
    En effet, dans la Genèse, grâce à cette féminisation de l'acte procréateur, le pouvoir divin masculin reste intact. Ce qui explique aussi finalement que dans l'Église chrétienne, contrairement à la Grèce antique, la dissémination du pouvoir procréateur ne va pas de pair avec la démocratisation du pouvoir. De ce fait, la croissance, loin d'être un châtiment, devient un commandement divin "croissez et multipliez-vous ".49 Car Dieu et ses représentants sur terre gardent le monopole du pouvoir, malgré la dissémination. En effet, ce pouvoir, à l'inverse de celui de la démocratie, augmente d'autant plus que le nombre sur lequel il s'étend est grand. Le pouvoir est ici proportionnel à la croissance.
    C'est en fait le christianisme, avec son idée de "translatio imperii", qui doit être tenu responsable de ce large hiatus temporel qui sépare la disparition de la démocratie antique et son émergence aux temps modernes. Et quand, après plus d'un millénaire de désuétude, la démocratie réapparaît en Occident, c'est hors de l'Église, au sein du protestantisme. À cet égard, ce n'est pas un hasard si celui qui jeta les bases idéologiques du mouvement démocratique moderne, Jean-Jacques Rousseau, est né dans un pays calviniste, et non en France. Jean-Jacques est le Prométhée des temps modernes. De nouveau, le fils dénonce l'usurpation du pouvoir paternel (royal), pour justifier la légitimité de la démocratie. La paternité royaliste cède la place à la fraternité démocratique. La Révolution française ainsi ouvre la voie à la "société sans pères".50 Tel l'orphelin, les sociétés modernes se cherchent des pères d'emprunt.

    Notes
    1 Pour les différentes manifestations du mythe de Prométhée dans la littérature européenne, nous renvoyons à l'ouvrage fondamental de Raymond Trousson, Le thème de Prométhée dans la littérature européenne, Droz, 1964. Il ne nous appartient pas ici de nous livrer à une critique de la méthode thématique choisie par Trousson pour l'analyse du mythe. Mais c'est elle, comme nous le verrons plus loin, qui doit être tenue responsable d'un "oubli" impardonnable: Jean-Jacques Rousseau. D'autre part, Trousson ne fait guère évoluer la question de l'origine de Prométhée.
    2 Kari Abraham, "Eine Studie zur Völkerpsychologie", dans Schriften zur Angewandten Seelenkunde, éd. Sigmund Freud, 4. Heft, Leipzig-Wien, 1909, p. 36.
    3 Otto Rank, "Der Mythus von de Geburt des Helden, Versuch einer psychologischen Mythendeutung", dans Schriften zur Angewandten Seelenkunde, 5. Heft, Leipzig-Wien, 1909, p. B.
    4 Über die Herabkunft des Feuers und des Göttertranks, 1859, rééd., Gütersloh, 1886.
    5 Louis Séchan, Le mythe de Prométhée. Presses Universitaires de France, 1951, p, 11
    6 En fait, il y en a juste un, celui de Diodore de Sicile, mais il est écarté comme étant "tardif et peu probant", ibid., p. 11, argument consacré dans les lettres classiques pour se débarrasser à bon compte de passages ou de textes gênants.
    7 J.G. Frazer, The Golden Bough, A Study in Magic and Religion. London, 1922. Nous utilisons l'édition Macmillan, 1967, voir notamment "The interpretation of Fire-Festivals", p. 839-848.
    8 J.G. Frazer, Mythes sur l'origine du feu. "Petite Bibliothèque Payot", no 142.
    9 Ibid., p. 13.
    10 Ibid., p. 19.
    1l Ibid., p. 206.
    12 Ibid., p. 152.
    13 Ibid., p. 154.
    14 Ibid., 223. Nous verrons plus loin le rôle de l'animal dans les mythes du feu.
    15 Ibid., p. 26 "Rien ne pouvait la persuader (la personne possédant le feu) d'en partager les bienfaits avec les autres, et toutes les tentatives faites pour s'emparer, ou par force ou par ruse, de ce trésor furent infructueuses", p. 25-26.
    16 Frazer, op. cit., p. 29.
    17 Ibid., 144-145; c'est nous qui soulignons,
    18 G. Bachelard, La psychanalyse du feu, 1938; NRF, coll. "Idées", 1965; nous citons d'après cette dernière édition.
    19 0n remarque que la plupart des langues indo-européennes ont gardé trace du passé animiste du feu.
    20 Cité dans Bachelard, op. cit., p. 50-51.
    21 Parmi les nombreux exemples que l'on trouve chez Frazer, prenons à tout hasard le suivant, provenant des "Agawaga" de la Nouvelle-Guinée. "Ils firent (les jeunes gens) alors un grand tas de bois et y mirent le feu avec des branches allumées à la queue du serpent, et des habitants de tous les villages vinrent à ce feu pour en rapporter chez eux, et les différentes personnes employaient différentes sortes de bois comme brandons ... ". Frazer, op. cit., p. 53. C'est nous qui soulignons.
    22 Cité dans Bachelard, op. cit., p. 54-55.
    23 G. Bachelard, op. cit., p. 58.
    24 Otto Rank, Don Juan et le double, "Petite Bibliothèque Payot" p. 66. Voir aussi du même auteur, Seelenglaube und Psychologie, Leipzig und, Wien, 1930.
    25 Nous nous limitons dans cet article au seul Prométhée enchaîné d'Eschyle, car, selon Trousson, "tous les Prométhées futurs sont possibles à partir de celui du vieux poète." Op. cit., t. I, p. 40.
    26 Karl Abraham, op. cit. p. 58.
    27 Eschyle, Prométhée enchaîné, Hatier, 1966, p. 53.
    28 Bachelard, op. cit., p. 27. Le feu n'est-il pas la manifestation la plus primitive du complexe d'Oedipe, puisque le feu (l'enfant) dévore aussitôt les deux bâtons (parents) qui l'ont engendré? Voir à cet effet l'hymne védique mis en exergue.
    29 Ce terme connote bien cette dispersion du semen hors d'une source unique à laquelle fait allusion le mythe de Prométhée. Il serait tentant de confronter cette notion de dissémination avec celle de Derrida. Nous réservons cette confrontation à un autre travail.
    30 Prométhée enchaîné, p. 17.
    31 Ibid., p. 21.
    32 Ibid., p. 24.
    33 Ibid., p. 17.
    34 Ibid., p. 16.
    35 Ibid., p. 21; c'est nous qui soulignons.
    36 Frazer, op. cit., p. 180; c'est nous qui soulignons.
    37 Ibid., p. 188.
    38 Il n'en fallait guère plus à Freud pour soutenir l'assassinat du père originel dans Totem et tabou.
    39 Voir Trousson, op. cit., le chap. II "Prometheus Christus", vol. I, p. 59-82.
    40 Prométhée enchaîné, p. 24.
    41 Rudolf Otto, Le Sacré, "Petite Bibliothèque Payot., titre de la partie 4 du chap. V. Voir notamment, p. 45-52.
    42 Prométhée enchaîné, p. 21 et 22; c'est nous qui soulignons.
    43 Prométhée enchaîné, p. 22; c'est nous qui soulignons.
    44 Ibid., p. 44; c'est nous qui soulignons.
    45 Ibid., p. 50-51; c'est nous qui soulignons.
    46 Genèse, III, 6, trad. Louis Segond,
    47 Notons que le pavot est un fruit voué à Venus. Ce sont évidemment les nombreuses graines qui connotent la fertilité.
    48 Nietzsche, Die Geburt de Tragödie, Musarion Verlag, München 1920, t. III, p. 67-70.
    49 Voir là-dessus Denis de Rougemont. Les mythes de l'amour, NRF, "Idées", pp. 307-309.
    50 Alexander Mitscherlich, Vers la société sans pères, NRF, 1969.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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    Informations
    L'auteur

    Heinz Weinmann
    Journaliste au Devoir http://www.vigile.net/auteurs/z/weinmannh.html
    Mots-clés
    Progrès, démagogie, démocratie, mythologie, feu, sexualité, animal, christianisme, démocratie, pouvoir
    Extrait
    Plus le pouvoir procréateur se répand, se démocratise, plus la croissance augmente, et plus également le pouvoir réel de chaque individu diminue, puisque divisé, morcelé par un nombre de plus en plus croissant d'hommes. La démocratie, quel châtiment subtil des Dieux! Prométhée, en faisant accéder la multitude au pouvoir procréateur, divise, atomise le pouvoir divin grâce à l'effet de croissance, inhérent au processus procréateur.

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