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    L'Encyclopédie sur la mort


    Rhétorique du deuil (Oraison funèbre)

    Jacques Derrida

    Dans leur très riche «Introduction» de Chaque fois unique, la fin du monde, intitulé «Compter avec les morts. Jacques Derrida et la politique du deuil»(Paris, Galilée, 2003), Pascale-Anne Brault et Michael Naas, se rendent compte que «L'oraison funèbre est un genre guetté de tous côtés par la mauvaise foi, l'aveuglement et, bien sûr, la dénégation. Car même lorsque nous parlons aux morts simplement pour leur demander pardon, c'est bien souvent parce que nous ne voulons pas admettre qu'ils ne peuvent plus nous répondre, et, par exemple, nous offrir leur pardon. [...] Calcul politique, revanche personnelle, narcissisme, tentatives pour se donner bonne conscience - tels sont quelques-uns des dangers auxquels ces textes s'exposent. Mais est-il jamais possible d'écrire avec un tact absolu et un goût irréprochable? [...], pour Jacques Derrida, il n'y jamais d'écriture sans responsabilité, sans un autre auquel il se doive de répondre. Dans chacun des textes de deuil, il cherche à éviter le mauvais goût, à ne pas utiliser la mort à son avantage.» Les auteurs, en citant des propos de Derrida, nous transmettent sa conception d'une éthique de la rhétorique du deuil.
    Dans son propos à la mort deRoland Barthes, qui fut d'ailleurs sa première «oraison funèbre», Derrida se demande si la fidélité à l'ami consiste à lire et à agir comme lui, ou à lui offrir, à lui ou à sa mémoire, quelque chose de complètement différent et d'inattendu:

    «Je cherchais comme lui, comme lui, et dans la situation où j'écris depuis sa mort, un certain mimétisme est à la fois le devoir (le prendre en soi, s'identifier à lui pour lui laisser la parole en soi, le rendre présent et le représenter dans la fidélité) et la pire des tentations, la plus indécente, la plus meurtrière, le don et le retrait du don, essayez de choisir. » ( «Les morts de Barthes», op. cit., p. 64)

    Face à la question de la fidélité et de la responsabilité qui peut s'exprimer ainsi : «comment faire son deuil et parler dans le deuil?», nous sommes confrontés au choix impossible entre deux infidélités:

    «L'infidélité la plus meurtrie, voire la plus meurtrière, est-ce celle du deuil possible qui intériorise en nous l'image, l'idole ou l'idéal de l'autre mort et ne vivant qu'en nous? Ou bien celle du deuil impossible qui, laissant à l'autre son altérité, en respecte l'éloignement infini, refuse ou se trouve incapable de le prendre en soi, comme dans la tombe ou le caveau d'un narcissisme?» (Mémoires - Pour Paul de Man, p. 53)

    «Deux infidélités, un choix impossible: d'un côté ne rien dire qui revienne à soi seul, à sa propre voix, se taire ou au moins se faire accompagner ou précéder, en contrepoint, par la voix de l'ami [décédé]. Dès lors par ferveur amicale ou reconnaissante, par approbation aussi, se contenter de citer, d'accompagner ce qui revient à l'autre, plus ou moins directement, lui laisser la parole, s'effacer devant elle, la suivre, et devant lui. Mais ce trop de fidélité finirait par ne rien dire, et ne rien échanger. Il retourne à la mort. Il y renvoie, il renvoie la mort à la mort. À l'opposé, en évitant toute citation, toute identification, tout rapprochement même, afin que ce qui s'adresse à Roland Barthes ou parle de lui vienne vraiment de l'autre, de l'ami vivant, on risque de le faire disparaître encore, comme si on pouvait ajouter de la mort à la mort, et indécemment la pluraliser ainsi. Reste à faire et à ne pas faire les deux à la fois, corriger une infidélité par l'autre. D'une mort l'autre: est-ce là l'inquiétude qui m'a dicté de commencer par un pluriel.» («Les morts de Barthes», op. cit., p. 71-72)

    Derrida fit ce qu'il avait pensé de ne jamais faire, car il s'était plus ou moins juré de ne pas écrire à la mort d'un ami:

    «Mais ce que je croyais impossible, indécent, injustifiable, ce que dès longtemps, plus ou moins secrètement et résolument, je m'étais promis de ne jamais faire [...) c'est d' écrire à la mort, non pas après, longtemps après la mort en revenant, mais à la mort, à l'occasion de la mort, dans les rassemblements de célébration, d'hommage, d'écrits «à la mémoire» de ceux qui de leur vivant auraient été des amis, assez présents à moi pour que quelque «déclaration», voire quelque analyse ou «étude», ne me paraisse en ce moment proprement intolérable. (« Les morts de Barthes», op. cit., 77)

    Mais que veut dire, au juste, «les morts sont en nous»? Garder en vie, et en nous, se demande Derrida, est-ce le meilleur mouvement de la fidélité? Nous sommes dans l'univers de l'imaginaire spatial:

    Quand nous disons «en nous» et quand nous parlons si facilement et si douloureusement de dedans et de dehors, nous nommons l'espace, nous disons une visibilité du corps, une géométrie des regards, une orientation des perspectives. Nous parlons d'images... [L'autre] n'apparaît que, précisément, comme le disparu, celui qui, disparu, ne laisse en nous que des images. («À force de deuil», hommage à Louis Marin, op. cit., p. 198)

    Louis Marin est dehors et il me regarde, lui, lui-même, je suis une image pour lui. En ce moment même. Là même où je peux dire cogito sum, je sais que je suis une image pour l'autre et regardé par l'autre, même et surtout par l'autre mortel [...]. Louis Marin me regarde et c'est pour cela, pour lui, que je suis ici ce soir. Il est ma loi, la loi, et je comparais devant lui, devant sa parole et son regard. («À force de deuil», op. cit., p. 199)





    Date de création:-1-11-30 | Date de modification:-1-11-30

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