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    Dossier: Psychanalyse

    Contre le Prozac et le post-humain: un divan

    Antoine Robitaille
    On trouvera dans cet article un parallèle intéressant entre les rêves prométhéens ressuscités par la biotechnologie et l'éviction de la psychanalyse au profit des médicaments chimiques.
    Contre le Prozac et le post-humain : un divan?

    POURQUOI LA PSYCHANALYSE?
    Elisabeth Roudinesco, Paris, Fayard, 1999, 195 pp.

    On commence à peine, au Québec, à parler des OGM (organismes génétiquement modifiés) qu’il faudrait peut-être d’ores et déjà faire l’effort de penser les HGM, les “humains génétiquement modifiés” ou post-humains; êtres qui sortiront de la cuisse de l’homo sapiens mais en différeront, voire selon certain, les “supplanteront”.

    Exagéré? Certes, l’idée nous donne l’impression de patauger dans un roman de Michel Houellebecq. De même lorsqu’on écoute et lit des auteurs comme Max More, ce “consultant” californien, président auto-proclamé du mouvement “extropien” (il faut voir sa tête : sorte de culturiste aux airs mutants). Récemment, sur son site web (http://www.extropy.org), il publiait la dernière version de sa “Déclaration transhumaniste” dont le préambule contient des phrases glaçantes comme : “Nous considérons l’humanité comme une étape transitoire dans le développement de l’intelligence. Grâce à la science, nous accélérerons notre transition d’une condition humaine à une condition transhumaine ou posthumaine.” “L’humanité est pour nous un point de départ merveilleux, mais ce n’est pas un point d’arrivée”, comme disait le chercheur Freeman Dyson. Dans la mire des extropiens : les limites humaines comme “le vieillissement” et la “mort” qui, selon leurs termes, “ne doivent plus être considérés comme inévitables.” Leurs fixations : les techniques de cryogénie (congélation post-mortem), le génie génétique, les substances pouvant améliorer les performances du cerveau. L’objet de leur haine : les religions, sources de l’idée de “limite”.

    Des originaux, les “extropiens”? Sans doute. Mais ils formulent de façon très peu caricaturale ce que bien des gens espèrent, en leur for intérieur, à la suite des philosophes Bacon et Descartes. Le politologue américain Francis Fukuyama (le même qui avait diagnostiqué, il y a dix ans, la “fin de l’histoire”), écrivait par exemple dans Le Monde, en juin dernier :“Le caractère ouvert des sciences de la nature contemporaine nous permet de supputer que, d'ici les deux prochaines générations, la biotechnologie nous donnera les outils qui nous permettront d'accomplir ce que les spécialistes d'ingénierie sociale n'ont pas réussi à faire. À ce stade, nous en aurons définitivement terminé avec l'histoire humaine parce que nous aurons aboli les êtres humains en tant que tels.”

    Voilà exactement —mais formulé de façon claire et nette — ce que plusieurs ont cru apercevoir dans un texte du philosophe allemand Peter Sloterdijk (voir “Le Monde des débats” d’octobre 1999). Texte ardu qui a pourtant déclenché une polémique fin de siècle en Allemagne, toujours aux prises avec les démons qu’on connaît (Nietzsche, le surhomme, le nazisme, etc.). Réfléchissant à “une réforme des qualités de l'espèce” humaine, Sloterdijk affirmait que l’ère de “l’humanisme était terminée”.

    La psychanalyse
    Nous y revoilà! Je croyais bien sortir enfin du “post” pour une fois dans cette chronique. Après Muray et Tillinac, dont les livres étaient traversés par l’idée de la fin de l’histoire et de la victoire du “dernier homme”, je me disais qu’en me plongeant dans un texte sur la psychanalyse, j’échapperais à ce qui semble être une impression commune à toutes les générations modernes : être à une époque charnière de l’Histoire.

    Mais dans Pourquoi la psychanalyse? Élisabeth Roudinesco prétend que l’éviction graduelle de la doctrine et des pratiques freudiennes révèle justement un passage, un changement de paradigme, qui n’est pas sans lien avec le fantasme — voire l’utopie inversée — du post-humain. Lorsqu’on affronte les maux de l’âme, aujourd’hui, on le fait de plus en plus en se basant sur des conceptions scientistes, biologistes et somme toute technicistes de l’être humain. Prozac et Viagra (l’auteur aurait pu ajouter le Ritalin, cet abject calmant pour enfant) sont des solutions chimiques à des problèmes que l’on pense strictement et exclusivement de même nature : chimique. Roudinesco ne conteste pas “l’utilité de ces substances” et ne voudrait pas négliger le “confort qu’elles apportent”. Nul ne nierait que nous sommes aussi biologique! Mais l’utilisation massive de celles-ci est révélatrice. Et comme toujours, l’usage d’une technique sur un objet a influé sur la conception même qu’on se fait de l’objet. Les médicaments comme les antidépresseurs nous font croire, à terme, qu’il y a une substance pour toute situation douloureuse. (Dans un autre ordre d’idée, on pourrait en dire autant de l’informatique, qui nous donne l’impression que notre cerveau n’est qu’un ordinateur simplement plus puissant. Appelé à être surclassé par la machine. Or, comme le dit Roudinesco, on ne peut réduire notre esprit à “l’intelligence”).

    Sans compter qu’après la phase du tout chimique, on passerait actuellement au tout génique. Des chercheurs, du haut de leurs chaires, affirment déjà que tout est dans les gènes, de l’homosexualité à la violence sociale en passant par l’alcoolisme et la schizophrénie. Roudinesco cite le neurobiologiste britannique Steven Rose qui s’oppose à cette conception des choses. Ce dernier écrivait à la blague dans la revue Naturequ’avec “ce type de recherche, on allait bientôt prétendre que la guerre en Bosnie était la conséquence d’un problème de sérotonine dans le cerveau du docteur Karadzic et qu’elle pourrait être stoppée par une prescription massive de Prozac”.

    Déclin du politique
    Extraordinaire boutade! N’est-il pas clair que logiquement, ces conceptions étriquées de l’être humain conduisent directement à un déclin du politique, au sens large? Collectivement, le potentiel de révolte s’en trouve effrité. D’abord parce que les médicaments “gèlent”. Ensuite parce qu’il est “déresponsabilisant” de penser qu’une substance peut à elle seule régler nos problèmes. Selon Roudinesco, même Henri Laborit, ce grand biologiste inventeur de médicament, a dit : “Sans les psychotropes, il y aurait peut-être eu une révolution dans la conscience humaine disant : Ce n’est plus supportable!”. (Et voilà qu’une des seules revendications cohérentes de ma génération, c’est, précisément, la légalisation du pot. Certes, la prohibition apporte son lot de problèmes aberrants, mais “entre deux joints”, pourrions-nous nous intéresser à autre chose qu’au droit de se geler en toute impunité?)

    L’effacement du “politique” se constate aussi au niveau individuel. L’anthropologie de Freud prenait en compte des tensions internes à tout être humain, tensions dues au “sexe, à la mort et à l’interdit”. L’homme selon Freud est un sujet. Conscient de sa liberté, il sait pourtant qu’il n’est pas totalement le “maître de sa maison”. Il y a l’inconscient. Le “sujet” a été, selon Roudinesco, remplacé par “un individu dépressif fuyant son inconscient et soucieux d’abraser en lui l’essence de tout conflit”. Autrement dit, les conceptions dominantes de l’être humain, actuellement, veulent “en finir avec la condition humaine”. Elles sont donc, objectivement, des alliées de ceux qui plaident pour une “liberté sans contraintes” sans limites. Et à terme, une post-humanité.

    Tout le contraire de la conception freudienne qu’Elisabeth Roudinesco défend, qui est profondément humaniste. Nul “psychothérapisme” bête, ici, qu’on nous sert si souvent, sur ce continent, en guise de théorie psychologique. “S’agissant du psychisme, écrit Roudinesco, les symptômes ne renvoient pas à une seule maladie et celle-ci n’est pas exactement une maladie (au sens somatique), mais un état. Aussi, la guérison n’est-elle rien d’autre qu’une transformation existentielle du sujet”.

    Au terme du livre, on a envie de dire avec l’auteur : vive la psychanalyse! Reste qu’il y avait bien des tentations scientistes chez Freud —il suffit de lire la première page d’Introduction à la psychanalyse pour le constater— qui n’est donc pas sans responsabilité dans certains dérapages psy actuels. Enfin, il n’y a pas que sur un divan que la “transformation existentielle du sujet” peut se produire. Les livres, la culture, les amis, en nous “apprenant à mourir”, ont un effet comparable. En nous permettant de mieux comprendre nos limites et, peut-être, de s’élever grâce à elles. C’est toujours mieux que la fuite dans le paradis sacrificiel de la mutation.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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