• Encyclopédies

      • Encyclopédie de l'Agora

        Notre devise: Vers le réel par le virtuel!


      • Encyclopédie sur la mort

        L’encyclopédie sur la mort veut s'intéresser à ce phénomène sous ses multiples aspects et ses diverses modalités.


      • Encyclopédie Homovivens

        Encyclopédie sur les transformations que l'homme opère en lui-même au fur et à mesure qu'il progresse dans la conviction que toute vie se réduit à la mécanique.


      • Encyclopédie sur l'inaptitude

        Tout le monde en conviendra : c'est au sort qu'elle réserve aux plus vulnérables de ses membres que l'on peut juger de la qualité d'une société. Aussi avons-nous voulu profiter ...


      • Encyclopédie sur la Francophonie

        L'Encyclopédie de la Francophonie est l'une des encyclopédies spécialisées qui se développent parallèlement à l'Encyclopédie de l'Agora.

  • Dictionnaires
  • Débats
      • Le Citoyen Québécois

         Après la Commission Gomery, la Commission Charbonneau! À quelles conditions pourrions-nous en sortir plus honnêtes… et plus prospères

      • L'homme, la nature, la techique

        Réflexions inspirées de Bernard Charbonneau et Jacques Ellul, avec la collaboration de l'Association Aquitaine B.Charbonneau J.Ellul, sous la présidence de Sébastien Mor...

  • Sentiers
      • Les sentiers de l'appartenance

        L'appartenance c'est le lien vivant, la rencontre de deux Vies : la nôtre et celle de telle personne, tel  paysage...Quand la vie se retire, le sentiment d'appropriation se substitue au ...

      • Le sentier des fleurs sauvages

        Nous sommes des botanistes amateurs. Notre but est de partager un plaisir orienté vers une science complète où le regard du poète a sa place à côté de celui du botaniste, du généticien, du gastrono...

  • La lettre
    • Édition


    La lettre de L'Agora
    Abonnez-vous gratuitement au bulletin électronique. de L'Agora.
    Si l’Encyclopédie de l’Agora demeure progressiste, c’est dans un nouveau sens du mot progrès, fondé sur la science réparatrice et sur le principe de précaution.
    Média social:
    Facebook:


    Flux RSS:

    Dossier: Prison

    Le prisonnier

    Dorothée Roy
    Dorothy Roy écrit pour tous les publics et pour la liberté.
    Un homme allait lentement de par les routes, traînant dans ses bras et à ses pieds de lourds boulets de métal. Depuis près de quarante ans, il parcourait des chemins et des sentiers de toutes sortes. Mais maintenant il errait tristement, réclamant la délivrance de la charge qui, de jour en jour, semblait s'alourdir et ralentir sa marche.

    Fatigué de traîner seul ce fardeau, il quêtait auprès des passants l'aide qui parviendrait à le délivrer des liens qui le maintenaient prisonnier.

    «S'il te plait, aide-moi à briser ces chaînes», suppliait-il auprès de chacun.

    Pour répondre à la misérable requête, on tentait d'arracher, de tailler, de couper, d'ouvrir, de briser, de casser... rien ni personne n'y parvenaient. Les attaches résistaient à tous les assauts.

    Alors, l'homme se relevait et continuait d'avancer d'une démarche de plus en plus lente, de plus en plus lourde, jusqu'au jour où il s'arrêta, incapable d'aller plus loin.

    Rompu, découragé, il s'affaissa sur les bords de sa route, prêt à s'abandonner au désespoir qui l'accompagnerait dans l'attente de la mort.

    Un matin, après une nuit peuplée de cauchemars, hanté par la vision de jours de misère et de souffrance, il ouvrit les yeux en s'exclamant:

    «Un autre jour gris qui commence!»

    Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'en tournant la tête, il aperçut un autre homme étendu non loin de lui: un homme simplement vêtu, un sourire bienheureux sur les lèvres et un visage parcheminé des rides de son expérience de vie entre lesquelles dansaient les traits de la sérénité, de la béatitude.

    Inspiré par la bonté qui rayonnait de tout son être, l'homme prisonnier lui adressa sa requête habituelle:

    «S'il te plaît! Délivre-moi de mes chaînes. Je n'en peux plus... »

    «Pourquoi ne te délivres-tu pas toi-même?» lui répondit-il simplement.

    «Te moquerais-tu de moi? Regarde comme je suis affaibli. Bien des gens plus forts que moi, usant des outils les plus puissants et les plus ingénieux, ont tenté de briser ces liens sans aucun résultat, même après de nombreuses tentatives. Et toi tu oses me dire de le faire moi-même! Tu n'as aucune pitié.»

    «Je ne te parle pas de briser ou de casser quoi que ce soit, ajouta-t-il avec compassion. Pourquoi ne pas tout simplement te dégager de ces chaines en utilisant les clés que tu portes à ta ceinture?»

    Les clés!!! Il les avait oubliées. Elles étaient là depuis si longtemps qu'il s'était habitué à leur présence. Alors l'homme les détacha de sa ceinture et entreprit d'ouvrir les verrous. Ainsi, les boulets étaient retirés un à un: celui du travail, celui de l'argent, celui du pouvoir, celui de l'alcool, celui de la gloire, celui des peurs...

    Quand il eut fini, il regarda ses chevilles et ses poignets blessés, atrophiés et fragiles. La révolte l'envahit:

    «Pourquoi la vie m'a-t-elle affublé de tant de misères?

    Pourquoi les gens qui m'entourent n'ont-ils pas su m'aider à me délivrer avant?

    Pourquoi ai-je dû traverser seul toutes ces années de souffrance?»

    Les lamentations se succédaient au même rythme que se déversaient les larmes de rage et pleuvaient les paroles de colère.

    L'étranger lui dit

    «À quoi t'a servi de jeter tes chaines si tu restes là à pleurer sur ton sort? Relève-toi et remets-toi en marche.»

    Puis l'étranger prit son baluchon et partit.

    L'homme se releva et reprit sa route. De ses blessures s'échappait du sang: énergie précieuse qui aurait dû servir à rebâtir ses forces de vie. La marche demeurait pénible et l'homme restait aussi malheureux qu'avant. Il se remit donc à interpeller les gens autour de lui pour solliciter leur aide encore une fois.

    «S'il te plait, peux-tu m'aider à guérir et panser mes plaies? J'ai tellement mal.»

    Pris de pitié, chacun lui offrait des pansements selon sa compétence, tentant d'accomplir pour lui le miracle de la guérison. Plusieurs spécialistes lui offrirent des thérapies de toutes sortes. Sa famille lui donna le pansement de la compréhension et ses amis celui de l'écoute. Des adeptes de différentes religions lui suggérèrent de porter pour lui ses souffrances en les offrant au dieu de leurs croyances. De partout arrivaient des caisses et des caisses d'encouragements.

    Toutes ces attentions le soulagèrent de façon temporaire mais dès qu'il tentait de retirer les pansements appliqués avec générosité, ses plaies se remettaient à saigner et à le faire souffrir. Il s'accrochait de plus en plus fort à ceux qui s'étaient montrés sensibles à ses douleurs. Il consultait plus souvent et demandait des remèdes plus efficaces: encore, encore et encore plus.

    Devant l'inefficacité de leurs interventions, pour ne plus entendre ses complaintes, les gens autour de lui s'éloignèrent lentement.

    Pour le prisonnier, les pansements paraissaient aussi lourds à porter que ses chaînes et ses boulets. Encore une fois, découragé, il s'allongea le long de sa route, convaincu qu'il était incapable de se relever pour poursuivre son chemin.

    «Je n'y arriverai jamais! Plus personne n'y peut rien. Cette fois c'est la fin.»

    Il entendit une voix qui l'interpellait:

    «Pourquoi acceptes-tu ainsi la défaite? Tu as si peu accompli pour te guérir.»

    Il reconnut la voix de l'inconnu vagabond.

    «C'est ce que tu penses!» lui répondit-il avec colère et il se mit à énumérer les actions posées.

    «Ça, c'est ce que les autres ont fait POUR toi. Mais toi, où fut ton action? Mon ami, si tu veux cicatriser tes blessures il te faut y mettre un onguent de ta fabrication: confiance en toi, courage, volonté et action. Après cela, lève-toi et marche. Tu pourras enfin poursuivre ton chemin et même danser ta vie sur des mélodies de paix et d'harmonie.»

    «Dans sa vie intérieure, l'homme prisonnier détient toutes les clés pour se délivrer de ses prisons, mais il l'ignore trop souvent.»
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
    Loading

    Contribuez au rayonnement des oeuvres de l'Agora/Homo vivens en devenant membre ou en faisant un don.