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    Dossier: Poésie

    Anthologie-Sciences et techniques

    Quand les nombres et les figures
    Ne seront plus la clef de toute créature,
    Quand, par les chansons et les baisers
    Nous en saurons plus long que les savants,

    Quand le monde enfin libre de vivre
    Reviendra pour libérer le monde

    Quand l'ombre et la lumière
    Se marieront nouveau dans la pure clarté,
    Quand à travers les légendes et les poèmes
    Nous connaîtrons la vraie histoire du monde,
    Alors s'évanouira devant l'unique mot secret
    Ce contresens que nous appelons réalité.

    (Traduction de
    Gustave Thibon)
    P.S. Les deux vers en italique avaient été omis par le traducteur.




    Les nombres et le calcul

    L'un des titres de gloire du philosophe Martin Heidegger est d'avoir dévoilé le vrai au-delà de l'exact.. Avait-il lu ces vers de Hugo? Les mathématiques chez les Grecs et jusqu'à la Renaissance avaient servi, par leur application dans l'art, à réconcilier l'homme avec le monde sensible. Elles étaient centrées sur la géométrie euclidienne et caractérisées par la proportion. Le nombre d'or en était la parfaite illustration. La mathématique dont parle ici Hugo est caractérisée par le chiffre et s'appuie sur l'algèbre. Instrument de domination du monde, «elle prend la dimension de l'énigme en dehors.» Si on ne peut pas comprendre la science actuelle sans connaître le calcul intégral et différentiel, peut-on comprendre le monde et l'humanité qui en est résulté sans avoir médité ces pages de Hugo?

    L'exact pris pour le vrai! la plus grande méprise


    Le calcul, c'est l'abîme.
    ....
    Ah! tu sors de ta sphère,
    Eh bien, tu seras seul. Homme, tâche de faire
    Entrer dans l'infini quelque être que ce soit
    De ceux que ta main touche et que ton regard voit;
    Nul ne le peut. La vie expire en perdant terre.
    Chaque être a son milieu; hors du bois la panthère
    Meurt, et l'on voit tomber, sans essor, sans éclair,
    Hors du feu l'étincelle et l'oiseau hors de l'air;
    Nulle forme ne vit loin du réel traînée;
    La vision terrestre à la terre est bornée;
    Le nuage lui-même, errant, volant, planant,
    Allant d'un continent à l'autre continent,
    S'il voyait l'absolu, serait pris de vertige;
    Sortir de l'horizon n'est permis qu'au prodige;
    L'homme le peut, étant le monstre en qui s'unit
    Le miasme du nadir au rayon du zénith;
    Entre donc dans l'abstrait, dans l'obscur, dans l'énorme,
    Renonce à la couleur et renonce à la forme;
    Soit; mais pour soulever le voile, le linceul,
    La robe de la pâle Isis, te voilà seul.
    Tout est noir. C'est en vain que ta voix crie et nomme.
    La nature, ce chien qui, fidèle, suit l'homme,
    S'est arrêtée au seuil du gouffre avec effroi.
    Regarde. La science exacte est devant toi,
    Nue et blême et terrible, et disant: qu'on remporte
    L'aube et la vie! ayant l'obscurité pour porte,
    [...]
    Point d'aile ici; l'idée avorte ou s'épaissit,
    La poésie y meurt, la lumière y noircit;
    Loin de se dilater, tout esprit se contracte
    Dans les immensités de la science exacte,
    [...]
    La pensée, ici perd, aride et dépouillée,
    Ses splendeurs comme l'arbre en janvier sa feuillée,
    Et c'est ici l'hiver farouche de l'esprit.
    Le monde extérieur se transforme ou périt,
    Tout être n'est qu'un nombre englouti dans la somme;
    Prise avec ses rayons dans les doigts noirs de l'homme,
    Elle-même en son gouffre où le calcul l'éteint,
    La constellation que l'astronome atteint,
    Devient chiffre, et, livide, entre dans sa formule.
    L'amas des sphères d'or en zéros s'accumule.
    Tout se démontre ici. Le chiffre, dur scalpel,
    Comme un ventre effrayant ouvre et fouille le ciel.
    Dans cette atmosphère âpre, impitoyable, épaisse,
    La preuve règne. Calme, elle compte, dépèce,
    Dissèque, étreint, mesure, examine, et ne sait
    Rien hors de la balance et rien hors du creuset;
    [...]
    La loi vient sans l'esprit, le fait surgit sans l'âme;
    Quand l'infini paraît, Dieu s'est évanoui.

    Ô science! absolu qui proscrit l'inouï!
    L'exact pris pour le vrai! la plus grande méprise
    De l'homme, atome en qui l'immensité se brise,
    Et qui croit, dans sa main que le néant conduit,
    Tenir de la clarté quand il tient de la nuit!

    Poème complet


    Techniques de l'alimentation

    Aliments de houille


    Poème toujours actuel, où les manipulations chimiques des aliments préfigurent les manipulations génétiques d'aujourd'hui. (Un chimiste allemand tire de la houille un aliment qui rappelle la viande.)


    Ô Carême! du haut du Ciel
    Ta demeure dernière.
    Brillat-Savarin! toi, Vatel!
    Et vous aussi, mon colonel,
    Grimod de la Reynière;

    Vous tous, fins gourmets, nos aïeux,
    À la gueule friande!
    Que pensez-vous de ce houilleux
    Aliment, tant plus merveilleux
    Qu'il rappelle la viande?

    Et d'aucuns s'en vont proclamant
    Ta faillite, ô Science!
    En leur stupide aveuglement,
    Quand c'est aujourd'hui seulement
    Que ton règne commence!

    Quoi qu'il en soit, si le charbon
    Devient, dans la marmite,
    Un régal infiniment bon,
    Demain, les mines de jambon
    Ne seront plus un mythe...

    Avant tout cet aliment doit
    Être une économie
    Pour les petites gens, sans quoi,
    On se demanderait pourquoi
    Cette absurde chimie?

    Il faut qu'en son humble foyer
    Un pauvre diable puisse
    D'un peu de houille festoyer,
    Sans en avoir guère à payer
    Que le sel et l'épice.

    Mais si cette houille prévaut,
    En tant que comestible,
    Sur les boeufs, les moutons, les veaux,
    Elle atteindra des prix nouveaux
    En tant que combustible?

    Cependant que moutons et boeufs
    Encombreront la Sphère,
    Pulluleront ès prés herbeux,
    Si bien que nos petits-neveux
    Ne sauront plus qu'en faire.

    Dans ce cas-là, qu'adviendra-t-il
    De toutes ces pécores?
    Eh bien, un chimiste subtil
    Viendra de chez nous, du Brésil
    Où de Bochie encore.

    Qui traitera dans son humour,
    Son confrère d'andouille,
    Et qui, par un juste retour,
    De ces boeufs et veaux, à son tour,
    Extraira de la houille!
    Source imprimée
    Critère,
    no 11, décembre 1974. Première source: Raoul Ponchon, La Muse au Cabaret, Bibliothèque Charpentier, 1920


    La Maison du Berger

    Le chemin de fer fut l'une des grandes innovations techniques au
    XIX
    e siècle. Voici les craintes qu'il a inspirées au poète Alfred de Vigny; et voici comment le même poète complète ses considérations sur le progrès par des évocations de la femme et de l'amour: «Aimez ce que jamais on ne verra deux fois...»

    Sur le taureau de fer qui fume, souffle et beugle,
    L'homme a monté trop tôt. Nul ne connaît encor
    Quels orages en lui porte ce rude aveugle,
    Et le gai voyageur lui livre son trésor,
    Son vieux père et ses fils, il les jette en otage
    Dans le ventre brûlant du taureau de Carthage,
    Qui les rejette en cendre aux pieds du Dieu de l'or.

    Mais il faut triompher du temps et de l'espace,
    Arriver ou mourir. Les marchands sont jaloux.
    L'or pleut sous les chardons de la vapeur qui passe,
    Le moment et le but sont l'univers pour nous.
    Tous se sont dit: «Allons !» Mais aucun n'est le maître
    Du dragon mugissant qu'un savant a fait naître;
    Nous nous sommes joués à plus fort que nous tous.

    Eh bien! que tout circule et que les grandes causes
    Sur des ailes de feu lancent les actions,
    Pourvu qu'ouverts toujours aux généreuses choses,
    Les chemins du vendeur servent les passions.
    Béni soit le Commerce au hardi caducée,
    Si l'Amour que tourmente une sombre pensée
    Peut franchir en un jour deux grandes nations.

    Mais, à moins qu'un ami menacé dans sa vie
    Ne jette, en appelant, le cri du désespoir,
    Ou qu'avec son clairon la France nous convie
    Aux fêtes du combat, aux luttes du savoir;
    À moins qu'au lit de mort une mère éplorée
    Ne veuille encor poser sur sa race adorée
    Ces yeux tristes et doux qu'on ne doit plus revoir,

    Évitons ces chemins. -Leur voyage est sans grâces,
    Puisqu'il est aussi prompt, sur ses lignes de fer,
    Que la flèche lancée à travers les espaces
    Qui va de l'arc au but en faisant siffler l'air.
    Ainsi jetée au loin, l'humaine créature
    Ne respire et ne voit, dans toute la nature,
    Qu'un brouillard étouffant que traverse un éclair.

    On n'entendra jamais piaffer sur une route
    Le pied vif du cheval sur les pavés en feu;
    Adieu, voyages lents, bruits lointains qu'on écoute,
    Le rire du passant, les retards de l'essieu,
    Les détours imprévus des pentes variées,
    Un ami rencontré, les heures oubliées
    L'espoir d'arriver tard dans un sauvage lieu.

    La distance et le temps sont vaincus. La science
    Trace autour de la terre un chemin triste et droit.
    Le Monde est rétréci par notre expérience
    Et l'équateur n'est plus qu'un anneau trop étroit.
    Plus de hasard. Chacun glissera sur sa ligne,
    Immobile au seul rang que le départ assigne,
    Plongé dans un calcul silencieux et froid.

    Jamais la Rêverie amoureuse et paisible
    N'y verra sans horreur son pied blanc attaché;
    Car il faut que ses yeux sur chaque objet visible
    Versent un long regard, comme un fleuve épanché;
    Qu'elle interroge tout avec inquiétude,
    Et, des secrets divins se faisant une étude,
    Marche, s'arrête et marche avec le col penché.

    [...]

    Et je dis à mes yeux qui lui trouvaient des charmes :
    - Ailleurs tous vos regards, ailleurs toutes vos larmes,
    Aimez ce que jamais on ne verra deux fois.

    Oh ! qui verra deux fois ta grâce et ta tendresse,
    Ange doux et plaintif qui parle en soupirant ?
    Qui naîtra comme toi portant une caresse
    Dans chaque éclair tombé de ton regard mourant,
    Dans les balancements de ta tête penchée,
    Dans ta taille indolente et mollement couchée,
    Et dans ton pur sourire amoureux, et souffrant ?

    Vivez, froide Nature, et revivez sans cesse
    Sous nos pieds, sur nos fronts, puisque c'est votre loi
    Vivez, et dédaignez, si vous êtes déesse,
    L'homme, humble passager, qui dut vous être un roi
    Plus que tout votre - règne et que ses splendeurs vaines,
    J'aime la majesté des souffrances humaines,
    Vous ne recevrez pas un cri d'amour de moi.

    Poème complet

    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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