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Dossier: Beethoven Ludwig van

Les derniers moments de Beethoven

Anselm Hüttenbrenner
Lorsque j'entrai, dans la chambre à coucher de Beethoven, le 26 mars 1827, vers trois heures de l'après-midi, j'y trouvai le conseiller de cour Breuning avec son fils, Mme van Beethoven, femme de Jean V. Beethoven, propriétaire et apothicaire à Linz, puis mon ami Joseph Teltscher, un peintre. Je crois que le professeur Schindler était également présent. Après quelque temps, tous ces messieurs quittèrent la chambre du mourant, en emportant presque la certitude de ne plus le retrouver en vie à leur retour.

Il n'y avait donc auprès du grand homme que Mme V. Beethoven et moi au moment où il rendit le dernier soupir.

L'agonie dura de trois heures à cinq heures, où un coup de tonnerre formidable retentit, accompagné d'un éclair, qui illumina toute la chambre pendant quelques secondes. Aussitôt après ce phénomène, qui me frappa profondément (devant la maison qu'habitait Beethoven il y avait alors un pied de neige), Beethoven ouvrit les yeux, et regardant fixement devant lui, éleva le bras en montrant le poing, et le tint en l'air pendant plusieurs secondes. L'expression de son visage était sombre et menaçante, comme s'il voulait dire:

« Je vous défie, puissances ennemies ! Éloignez-vous ! Dieu est avec moi! » Il avait aussi la physionomie du général intrépide, qui dirait à ses troupes déroutées : « Courage, amis ! En avant ! Ayez confiance en moi ! La victoire est certaine ! »

Lorsqu'il laissa retomber son bras sur le lit, ses yeux se fermèrent à demi.

Ma main droite reposait sur sa tête, ma main gauche était sur sa poitrine. Plus de respiration ! plus de battement de cœur ! Il avait cessé de vivre! Le génie du grand compositeur avait quitté cette terre de mensonges pour le royaume de la vérité !

Je lui fermai les yeux, et lui baisai ensuite le front, la bouche et les mains. A ma prière, Mme V. Beethoven lui coupa une boucle de ses cheveux, et me la donna comme un souvenir sacré de le dernière heure de Beethoven.

Il est faux que j'aie exhorté Beethoven à se laisser administrer les derniers sacrements; [à] l'instigation de Mme Hasslinger, Mme V. Beethoven l'engagea, de la façon la plus délicate, à prendre la communion, ce qu'il fit dans la matinée du 24 mars. A cette occasion on prétend qu'il m'adressa les paroles suivantes: «Plaudite amici ! comaedia finita est !»

C'est une pure invention, attendu que je n'étais pas présent à la cérémonie; du reste, je suis fermement convaincu qu'il ne tint à qui que ce soit un tel propos, si absolument contraire à son caractère franc et loyal. Bien plus, Mme V. Beethoven me raconta plus tard que le jour de sa mort, après avoir reçu les derniers sacrements, il dit au prêtre : « Saint homme, je vous remercie, vous m'avez donné une grande consolation! »

Anselm Hüttenbrenner
Date de création:2012-04-01 | Date de modification:2012-04-01
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L'auteur

Anselm Hüttenbrenner
Extrait
Document d'époque. Voici le texte de la présentation de La France musicale du 17 janvier 1869: Le numéro 244 du Tagespost, de Graetz, reproduit une lettre qui fut adressée au consul américain, A. Thaver, à Vienne, par Anselm Hüttenbrenner, et donnant des détails intéressante sur les derniers moments de Beethoven. Un voici les passages principaux :
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