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Pierre-Jean Dessertine
Éditions ALÉAS
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John Locke

La communauté se réduit-elle à l'artifice politique?

Jean-Fabien Spitz
Il semble que cette idée selon laquelle la communauté ne se réduit pas à la dimension de la coercition soit très ancienne, et qu'elle ait des origines scolastiques. Elle apparaît en particulier dans le cadre d'une polémique sur la question de savoir si l'autorité politique peut exister dans l'état de pure nature ou dans l'état d'innocence prélapsaire, polémique dont le point de départ se trouverait chez saint Augustin. C'est par la critique progressive de la thèse augustinienne, qui réduit la politique à la coercition, et qui en fait un simple instrument de maîtrise de la malice issue du péché, que saint Thomas en viendra à reformuler la thèse aristotélicienne selon laquelle, dans la définition du politique, la coercition est au service d'une vis indicativa qui définit - avant même l'institution de la puissance matérielle et indépendamment d'elle - une norme commune d'existence.

source: Jean-Fabien Spitz, John Locke et les fondements de la liberté moderne, Paris, PUF, collection «Fondements de la politique», 2001, p. 34.
La communauté se réduit-elle à l'artifice politique? Dans son livre récent sur Locke, Jean-Fabien Spitz pose la question au nom de Locke et y répond par la négative. La communitas ne se réduit pas à la politique, il s'agit plutôt d'un pouvoir non politique de constituer du politique. Locke tente de faire exister, au sein du Second Traité du gouvernement, le concept d'une société «anarchique» prépolitique, dépourvue de pouvoir et constituant une communauté morale dont les membres sont «unis» par des liens qui ne sont pas ceux de l'assujettissement à un souverain, mais ceux de la communauté de représentation quant à ce qui est bon ou mauvais.
Date de création:2002-01-06 | Date de modification:2006-11-07