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    Dossier: Imprimerie

    Article «Imprimerie» de la Grande Encyclopédie

    C. Couderc, ,
    Les nombreux travaux dont l'histoire de l'imprimerie a été l'objet n'ont encore fait pleinement la lumière ni sur les circonstances dans lesquelles s'est produite cette découverte féconde, ni sur l'heureux inventeur auquel il faut en rapporter la gloire. Gutenberg est, il est vrai, celui qui a réuni le plus de suffrages, mais on verra que ses droits ne sont pas incontestables. Les études souvent passionnées qui ont été publiées sur cette question d'origine, par les chercheurs de tous les pays, ont eu pour effet de jeter le doute sur des résultats qu'on croyait acquis et que la tradition avait depuis longtemps consacrés. Un savant archiviste de Mayence, Bodmann, se voyant accusé de négligence pour n'avoir trouvé aucun document nouveau sur Gutenberg, est même allé jusqu'à en fabriquer plusieurs qui ont naturellement trompé quelques érudits. On s'explique après cela qu'il soit difficile d'arriver à la vérité et qu'à la faveur de cette incertitude une quinzaine de villes aient pu revendiquer l'honneur d'avoir été le berceau de cette découverte.

    Disons d'abord que nous prenons ici le mot imprimerie dans son sens le plus restreint, c.-à-d. comme désignant l'art de reproduire un texte quelconque, à un nombre plus ou moins grand d'exemplaires, à l'aide de caractères mobiles, de la presse et d'une encre spéciale. Ce sont là, en effet, les trois choses dont la découverte a constitué l'imprimerie.

    L'inventeur de l'imprimerie est donc celui qui, le premier, s'est servi de caractères mobiles et a imaginé d'opérer le tirage du texte ainsi composé, au moyen d'une presse. La découverte d'une encre spéciale a dû précéder l'emploi de la presse, mais on conçoit que cette découverte ait été relativement facile. La recherche de cet inventeur a été poursuivie par une double voie. D'un côté, on a réuni les témoignages laissés par les contemporains ou par des personnages d'une autorité plus ou moins grande; de l'autre, on a étudié les premières productions de l'art nouveau pour en fixer la date et en déterminer l'auteur. Cette dernière voie ne pouvait conduire à des résultats rapides et nets. Les premiers imprimeurs ont, en effet, travaillé dans le plus grand mystère; et comme ils avaient, en outre, la préoccupation de donner à leurs volumes les apparences des manuscrits, ils n'y ont inséré aucun renseignement sur leur personne ou sur le lieu et la date de leur travail. Aussi peut-on dire que la découverte de l'imprimerie a été dominée, dans une certaine mesure, par une idée déshonnête. Le temps a fait justice de la plupart des prétentions auxquelles nous avons fait allusion plus haut. La discussion est aujourd'hui restreinte entre Mayence et Haarlem, c’est-à-dire entre Jean Gutenberg et Laurent Coster. Nous avons donc à passer en revue les témoignages divers qui ont été rapportés sur chacun d'eux; mais il convient d'abord, pour plus de clarté, de rappeler les principaux faits de leur biographie.

    Jean ou Hans (Henn, Henchin, Hengin) Gensfleisch, dit Gutenberg, naquit à Mayence, à une date qu'on ne connaît pas, mais qui doit être très voisine de 1400. Il était le fils de Friele Gensfleisch et de Else (diminutif d'Elise) de Gutenberg. On ne sait pas pourquoi le nom de Gutenberg lui a été donné de préférence à celui de Gensfleisch. Ce serait, d'après A. Bernard, à cause d'une maison sise à Mayence et ainsi appelée que sa mère avait reçue en dot. On n'a aucun renseignement ni sur ses premières années, ni sur son éducation. En 1420, il se vit forcé d'émigrer, à la suite de troubles dont le parti populaire sortit vainqueur. Gutenberg appartenait, en effet, à une famille patricienne. On suppose qu'il se retira à Strasbourg, mais on n'en a pas la preuve. Il ne parait pas avoir profité de l'amnistie que l'électeur Conrad III lui accorda, le 28 mars 1434, ainsi qu'à quelques-uns de ses compatriotes qui avaient suivi son exemple. Sa présence à Strasbourg n'est sûrement constatée qu'en 1434. II y fait arrêter, en effet, le greffier communal (Stadschreiber) de Mayence, parce que les magistrats municipaux de cette ville refusaient de lui payer certaines rentes ou ne répondaient pas à ses demandes.

    En 1439, Gutenberg eut à soutenir un procès qui présente le plus grand intérêt, parce que c'est à son occasion que furent donnés sur ses recherches et ses travaux les premiers renseignements que nous possédions. Les pièces de ce procès sont en patois alsacien. Leur authenticité a été contestée, à tort, semble-t-il. Elles ont été découvertes par Schœpflin qui les a publiées dans ses Vindiciae typographicae (Strasbourg, 1760, in-4). On les a depuis réimprimées et traduites plusieurs fois. Nous signalerons, en particulier, l'édition, avec traduction en regard, qui en a été donnée par M. Léon de Laborde, dans son étude sur les Débuts de l'imprimerie à Strasbourg (Paris, 1840, in-8). On y apprend que Gutenberg conclut un jour, avec Hans Rifle, maire d'une petite ville voisine de Strasbourg, un traité pour l'exploitation de procédés secrets. Il se réservait les deux tiers des profits et laissait l'autre tiers à son bailleur de fonds. Un peu plus tard, André Dritzehen et André Heilmann demandèrent à entrer dans la société. Gutenberg y consentit et signa, au commencement de 1438, un nouveau contrat d'après lequel les profits devaient être partagés en quatre parts. Il se réservait deux parts pour son compte, en accordait une à Riffe et partageait la dernière entre les deux nouveaux associés. Ces derniers s'engageaient à faire un premier versement de 80 florins qu'ils devaient renouveler peu de temps après. Cette association ne fut pas de longue durée. Deux circonstances en amenèrent la dissolution. D'abord ils l'avaient formée, en vue de l'exploitation de leur secret, à l'occasion de la foire d'Aix-la-Chapelle, qui devait avoir lieu en 1439; et ils avaient à peine commencé leur travail qu'ils apprenaient la remise de cette foire à l'année suivante. En second lieu, André Dritzehen et André Heilmann étant venus à Saint-Arbogaste, où travaillait Gutenberg, virent que celui-ci « leur avait caché plusieurs secrets, ce qui ne leur plut pas ». Ils rompirent alors leur société et en formèrent une nouvelle, après avoir exigé de Gutenberg qu'il ne leur «cachât aucun des secrets qu'il connaissait » (déposition de Stocker). Ils fixèrent, en outre, la quotité des versements que chacun d'eux devait opérer. André Dritzehen parait être celui des trois associés qui prêta à Gutenberg le concours le plus utile. Il ne put résister au surmenage qu'il s'imposa et mourut à la peine. Ses frères et héritiers demandèrent à lui succéder dans la société, mais Gutenberg refusa. Ils lui intentèrent alors un procès pour obtenir la restitution des sommes qu'André Dritzehen avait versées comme associé. Le tribunal se prononça contre eux, après avoir entendu plusieurs témoins aux dépositions desquels sont empruntés les renseignements qui précèdent. Malgré ce succès, la société ne parait pas avoir continué ses travaux. Il ne lui était déjà plus possible de profiter de la foire d'Aix-la-Chapelle. Gutenberg séjourna néanmoins à Strasbourg, pendant plusieurs années, mais on ne sait pas ce qu'il y fit.

    Quelle conclusion faut-il maintenant tirer des témoignages produits au cours de ce procès? Quel était donc le secret que Gutenberg cachait avec tant de soin? Quels étaient les procédés nouveaux dont la foire d'Aix-la-Chapelle pouvait rendre l'exploitation utile? Est-ce bien d'imprimerie qu'il s'occupait et non pas d'une invention industrielle quelconque? Tous ceux qui ont étudié sans passion les pièces de ce procès se sont arrêtés à une conclusion affirmative. Elle est à peu près unanimement adoptée aujourd'hui. Il suffit pour se convaincre de rapprocher les déclarations faites par certains témoins. L'un d'eux (Laurent Beldeck), en effet, raconte qu'il fut envoyé par Gutenberg à Claus Dritzehen, l'un des deux frères d'André Dritzehen, pour lui recommander de « ne montrer à personne la presse (die Presse) qu'il avait sous sa garde », depuis la mort de ce dernier, et pour le prier, en outre, « d'aller à la presse et de l'ouvrir au moyen des deux vis, qu'alors les pièces se détacheraient les unes des autres », et qu'après cela « personne n'y pourrait rien voir ni comprendre ». Un autre (Antoine Heilmann) dit que Gutenberg fit un jour prendre par son valet, chez André Dritzehen « les formes (formen), afin qu'il put s'assurer qu'elles avaient été séparées ». L'orfèvre Flans Dünne déclare qu'il a gagné avec Gutenberg « près de 100 florins, seulement pour les choses qui appartiennent à l'impression (das zu dem trucken gehœret) ». Il est enfin parlé, dans la sentence, de l'achat fait par Dritzehen de « plomb et autres choses nécessaires au métier ». Bien qu'on ne puisse appliquer rigoureusement la terminologie typographique à l'interprétation de ces témoignages, ils nous paraissent prouver que, dès 1436, Gutenberg se servit ou chercha tout au moins à se servir de la presse pour l'impression.

    Il n'est pas certain que cette tentative ait abouti. Schœpflin a bien cru découvrir plusieurs productions de ce premier atelier, mais il s'est trompé. On a reconnu depuis que les ouvrages cités par lui étaient dus à d'autres imprimeurs. On ne sait donc pas sur quel texte Gutenberg a fait ses essais. Les renseignements donnés par l'un des témoins permettent toutefois d'émettre une conjecture. D'après lui, le secret qu'il s'agissait d'exploiter était relatif à la fabrication des miroirs (Spiegeln) qu'on devait vendre à la foire d'Aix-la-Chapelle. M. Paul Lacroix a émis l'opinion ingénieuse que Spiegeln devait être pris dans un sens métaphorique et que cette expression désignait l'un des ouvrages si connus alors, sous le titre latin de Speculum humanœ salvationis. Cette hypothèse ne manque pas de vraisemblance, bien que l'attribution à Gutenberg de l'édition in-fol. de 269 feuillets du Speculum... latino-germanicum, proposée par M. Lacroix, ne puisse être admise. Les partisans de Coster rejettent naturellement cette explication et prétendent que le principal but de l'association était de fabriquer des miroirs. A. Bernard attribuerait volontiers à cette période de la vie de Gutenberg un Donat, en caractères mobiles, qui est aujourd'hui conservé à la Bibliothèque nationale, mais cette attribution est toute de sentiment et ne repose sur aucun indice positif. A. Firmin-Didot, de son côté, jugeant que l'exécution de quelques Donats, de la Bible des pauvres ou du Speculum humanœ salvationis n'avait pu être l'unique but d'une association qui avait duré trois ans; en arrive à conclure que « l'impression de la Bible, livre cher, d'un débit considérable, dont la transcription occupait alors des milliers d'écrivains » avait seule pu exciter les espérances manifestées par les associés. D'autres hypothèses ont encore été faites, mais il est sans intérêt de s'y arrêter. On est, en fin de compte, obligé de reconnaître que Schaab a bien résumé les prétentions de Strasbourg et celles de Mayence, lorsqu'il a dit, à l'Institut, en réponse à Kœnig : Oui, je vois le berceau de l'enfant à Strasbourg, mais je ne vois d'enfant qu'à Mayence.

    Quelques années, en effet, après les tentatives de Strasbourg, on trouve Gutenberg à Mayence. Le premier acte qui constate positivement sa présence dans cette ville est du 16 oct. 1448. C'est un contrat par lequel un de ses parents se porte garant pour lui d'un prêt de 150 florins. On peut croire que cette somme fut empruntée par Gutenberg pour couvrir ses frais de recherches ou préparer la continuation de ses travaux. Mais ces maigres ressources furent vite épuisées. En 1450, il recourut à un bailleur de fonds, un banquier appelé Jean Fust, qui ne paraît avoir eu d'autre mérite que de comprendre ses projets et d'en pressentir les avantages financiers. Un traité fut conclu sur les bases suivantes : 1° l'association devait durer cinq ans; 2° Fust avançait, moyennant un intérêt de 6 %, une somme de 800 florins pour permettre l'établissement de l'imprimerie; 3° ce prêt était gagé, jusqu'à son remboursement intégral, sur les instruments employés; 4° après l'installation, Fust devait, en outre, payer annuellement à Gutenberg 300 florins pour les frais de main-d'œuvre, les gages des domestiques, le loyer, le chauffage, le parchemin, le papier, l'encre, etc., à la condition qu'une part lui serait faite dans les bénéfices. Gutenberg s'était logé dans une maison de son oncle qui, après avoir été connue sous le nom de Zum Jungen, fut appelée plus tard maison de l'Imprimerie. Les frais d'installation dépassèrent ses prévisions et il dut conclure, en 1452, un nouvel arrangement avec son banquier. Fust consentit à ne pas réclamer les intérêts stipulés par le premier contrat, mais il se libéra, par un versement unique de 800 florins, des sommes qu'il aurait dût payer pendant les trois années que devait encore durer l'association. Cette libération anticipée lui assurait donc un bénéfice de 100 florins. Au bout des cinq ans, c.-à-d. en 1455, Gutenberg ne se trouva pas, malgré ses efforts, en mesure de faire face à ses engagements. Fust lui intenta alors un procès, qu'il eut d'autant moins de peine à gagner que Gutenberg avait laissé mettre dans le contrat des termes plus explicites. Un jugement du 6 nov. 1455 le condamna à rembourser le capital et les intérêts de l'argent prêté ou à abandonner tout son matériel. C'est à ce dernier parti, quelque pénible qu'il fut, que Gutenberg dut se résoudre. Il ne tarda pas, en outre, à quitter la maison Zum Jungen pour s'installer dans la maison de sa mère, dite de Gutenberg (Bonimontis).

    On a toutefois la preuve qu'il ne renonça pas à l'imprimerie. D'après un passage célèbre de la Chronique anonyme des souverains pontifes, imprimée à Rome, en 1474, par Ph. de Lignamine, Gutenberg aurait, en effet, tiré, en 1459, 300 feuilles par jour. Il fut aidé, pense-t-on, par l'un de ses parents, Bechtermuntze. Il dut même s'associer un peu plus tard avec le docteur Conrad Homery, car après sa mort celui-ci fut mis en possession des formes, caractères, outils et autres instruments relatifs à l'imprimerie qui lui avaient appartenu. Gutenberg avait cessé, en 1457, de payer au chapitre de Saint-Thomas de Strasbourg une rente de 4 livres qu'il lui devait. Il fut vainement assigné à deux reprises, en 1461 et 1467, ainsi que sa caution Martin Brechter, devant la chambre impériale de Rottweil, en Souabe. Le chapitre finit par renoncer à sa créance. Malgré cette triste situation, Gutenberg n'en continua pas moins à jouir de la considération publique. On ne s'expliquerait pas autrement, en effet, qu'Adolphe de Nassau lui eut accordé, par un diplôme de 1465, le titre de gentilhomme de sa cour avec diverses rémunérations. Gutenberg mourut à Mayence, au commencement de 1468, probablement en février, et fut enterré au couvent des franciscains. Un de ses parents, Adam Gelthus, lui fit ériger un monument que Wimpheling dit avoir encore vu, au commencement du XVIe siècle, et sur lequel était gravée l'épitaphe suivante : D. 0. M. S. Joanni Genszfleisch, amis impressorie reperlori, de omni natione et lingua optime merito, in nominis sui memoriam immortalem Adam Gelthus posuit. Ives Vittich fit placer, quelques années après, une seconde inscription sur la maison même qu'avait habitée Gutenberg, après le procès de 1455, et dans laquelle il avait du mourir : Jo. Gulenburgensi Montino, qui primus omnium literas a are imprimendas invenit, hac acte de orbe loto bene merenti Ivo Witigisis hoc saxum pro monimento posuit MDVIII. Aucune de ces inscriptions n'a été conservée. La première a été rapportée par Wimpheling et la seconde par Serrarius.

    Nous aurions maintenant à passer en revue les impressions qui peuvent être attribuées à Gutenberg, car par une fatalité singulière, son nom ne se trouve sur aucun volume, et les pièces de ses deux procès ne fournissent, à ce sujet, ni un titre ni une indication précise, mais ces détails seront mieux à leur place à la suite de ceux que nous avons à donner sur Laurent Coster et ses travaux.

    Les renseignements réunis sur Gutenberg ne sont pas aussi nombreux et aussi explicites qu'on le souhaiterait; ils sont tout au moins tirés de documents dont l'authenticité est incontestable. Ceux qu'on a sur Coster sont puisés à une source unique et de second ordre, qu'on ne peut contrôler et dont on ne saurait accepter, par suite, le témoignage sans de sérieuses réserves. Tout ce qu'on sait, en effet, de celui que beaucoup de savants n'ont pas craint d'appeler l'inventeur de l'imprimerie, est tiré d'un ouvrage d'Adrien de Jonghe (Junius), intitulé Batavia et publié à Leyde, en 1588, in-4. Cet ouvrage a été composé, de 1565 à 1569, sur la demande des États de Hollande, mais il n'a été imprimé qu'après la mort de son auteur, survenue le 10 juin 1575. Le passage relatif à Coster est dans le chapitre XVII. Il est trop long pour que nous puissions le reproduire ici dans son entier: il nous suffira d'en donner les parties essentielles, d'après la traduction qui en a été faite par A. Bernard : « Il y a cent vingt-huit ans demeurait à Haarlem un nommé Laurent, [fils de] Jean, surnommé sacristain on marguillier [koster], de la charge lucrative et honorable que sa famille, très connue sous ce nom, possédait alors par droit d'héritage; c'est celui-là même qui, ayant mérité une gloire supérieure à celle de tous les conquérants, peut revendiquer à juste titre l'honneur de l'invention de l'art typographique, honneur usurpé aujourd'hui par d'autres. Se promenant un jour dans le bois voisin de la ville, Laurent se prit à façonner des écorces de hêtre en forme de lettres, desquelles, en les renversant et imprimant successivement une à une sur une feuille de papier, il obtint, en s'amusant, des versets [ou petites sentences] destinés à servir d'exemple à ses petits-fils. Cela ayant heureusement réussi, il se mit, en homme ingénieux et habile qu'il était, à méditer dans son esprit quelque chose de plus sérieux. Et d'abord, aidé de son gendre Thomas, [fils de] Pierre, il imagina une sorte d'encre plus visqueuse et plus tenace que l'encre ordinaire, parce qu'il avait éprouvé que celle-ci s'étendait trop, et c'est par son moyen qu'il reproduisit des planches gravées avec figures, auxquelles il ajouta des caractères. J'ai vu en ce genre un livret, premier et grossier essai de ses travaux, imprimé par lui d'un côté seulement et non sur le verso; c'était un livre composé dans la langue du pays par un auteur anonyme et ayant pour titre: Miroir de notre salut. On remarquait, dans ce premier produit d'un art encore au berceau, que les pages opposées étaient réunies dos à dos avec de la colle, pour que les côtés vides n'apparussent pas comme une difformité. Plus tard, il employa pour ses caractères du plomb au lieu de hêtre; puis il les fit en étain pour que la matière fût moins flexible, plus solide et plus durable. Le goût du public étant naturellement favorable à l'invention, l'amour de Laurent pour son art s'en accrût, et aussi le besoin d'étendre ses travaux. Il joignit, à cet effet, aux membres de sa famille des ouvriers étrangers, ce qui fut l'origine du mal. Parmi ces aides se trouvait un nommé Jean, soit qu'il fût, comme je le soupçonne [Jean] Faust, au surnom de mauvais augure, infidèle et funeste à son maître, soit que ce fût un autre du même nom. Dès que ce Jean, initié sous la foi du serment aux travaux typographiques, se vit assez habile dans l'assemblage des lettres, dans les procédés de la fonte des caractères et dans les autres parties de l'art [il résolut d'en tirer parti pour lui-même]. Saisissant l'occasion on ne peut plus propice de la nuit de Noël, il s'introduit dans le magasin des types, qu'il fouille tout entier, fait un paquet de ce qu'il y a de plus précieux parmi les instruments inventés avec tant d'art par son maître et, chargé de son larcin, il s'enfuit de la maison. Il gagna d'abord Amsterdam, ensuite Cologne, et de là se rendit à Mayence. Ce qu'il y a de certain, c'est que ce fut un an environ après le vol, vers l'année 1442, que parurent, avec les types mêmes qu'avait employés Laurent de Haarlem, le Doctrinale d'Alexandre Gallus et les traités de Pierre d'Espagne. »

    La question des origines de l'imprimerie serait résolue si l'on pouvait accepter les principaux détails de ce témoignage. Il n'en est malheureusement pas ainsi. On a fait au récit de Junius de sérieuses objections. D'abord on s'est étonné, et à juste titre, d'une réclamation si tardive. On s'est moins préoccupé, il est vrai, au XVIe siècle qu'on ne le fait depuis, de savoir à qui revenait la gloire d'une si belle découverte, mais il n'en est pas moins très surprenant de voir prononcer, pour la première fois, le nom de cet heureux inventeur cent vingt-huit ans après sa mort. Les recherches auxquelles on s'est livré dans les archives de Haarlem n'ont pas donné de résultat. On a relevé dans des comptes des mentions relatives à des personnages du nom de Laurent Janssoon ou fils de Jean, mais aucune des identifications qu'on a proposées ne paraît acceptable. Tout ce qu'on peut affirmer, c'est qu'il a réellement existé, dans cette ville, une ou plusieurs familles du nom de Coster. On a dit, de plus, qu'il était difficile d'admettre que Jean, le voleur, ait pu, pendant une messe de Noël, désorganiser complètement une imprimerie, mais peut-être ne faut-il entendre par les mots instrumentorum suppellectilem, employés par Junius, qu'un choix d'outils portatifs. Il est ensuite peu croyable qu'un pareil vol n'ait donné lieu ni à une plainte, ni à des poursuites, alors qu'on savait où s'était réfugié le voleur. Or, à partir de 1439, la Hollande a joui d'une grande tranquillité et on aurait conservé des traces d'un pareil procès, s'il avait jamais été fait. Certains bibliographes ont, en outre, rejeté toute la partie de la déclaration de Junius relative à l'impression à Mayence, en 1442, avec les types volés à Coster, d'un Doctrinale d'Alexandre de Villedieu, mais A. Bernard a fait remarquer qu'on avait trouvé de nombreux fragments d'une édition de ce Doctrinale, dont les caractères présentaient une ressemblance frappante avec ceux du Speculum. Enfin, ce que rapporte Jacques Wimpfeling, dans son Catalogus episcoporum Argentinensium, des recherches faites à Mayence par plusieurs personnes, au moment de l'arrivée de Gutenberg, vers 1445, peut bien s'appliquer à cet ouvrier infidèle: Cum is Moguntiam descenderet, ad alios quos dam in hac arte similiter laborantes... ea ars completa et consumala fuit.

    Les découvertes de Cosser se placent entre 1426 et 1440. Son heureuse promenade ne peut être, en effet, postérieure à 1426, parce que le bois dans lequel le hasard l'a si bien servi fut détruit à cette date, et on sait que l'année 1440 est donnée par conjecture, d'après le récit de Junius, comme celle de sa mort. Ces conclusions sont indirectement appuyées par les témoignages en faveur de la Hollande dont nous parlerons plus loin. Toutefois, rien de ce qu'on a pu dire en leur faveur n'est de nature à produire une conviction scientifique.

    Jusqu'à ces dernières années, l'étude des origines de l'imprimerie pouvait se limiter à l'examen des prétentions respectives de Coster et de Gutenberg, ou des villes de Haarlem, de Strasbourg et de Mayence. Les contrats découverts à Avignon, en 1890, par M. l'abbé Requin, dans des minutes de notaires, apportent de nouveaux éléments au problème, sans en donner d'ailleurs la solution. Ces contrats nous apprennent qu'un orfèvre de Prague, Procope Waldfoghel, établi à Avignon, dès le début de l'année 1444, enseigna à un juif de la ville, Davin de Caderousse, l'art d'écrire artificiellement. Ce juif se proposait, semble t-il, de faire servir cet art nouveau à la vulgarisation des livres hébraïques. En effet, deux ans après, le 10 mars 1446, Waldfoghel s'engage à lui fournir un outillage complet : Promisit et convenit eidem judeo ipsi facere, et factas reddere, et restituere viginti septem litteras ebraycas, formatas, scisas in ferro... ana cum ingeniis de fuste, de stagno et de ferro. Le 26 du même mois, il lui remet tout ce qui était nécessaire pour la reproduction de textes latins: Omnia artifïcia, ingenia et instrumenta ad scribendum artificialiter in litera latina. Dans un acte passé avec un autre associé, le 4 juil. 1444, Procope donne des renseignements encore plus précis; il reconnaît avoir chez lui 2 alphabets en acier, 2 formes en fer, 1 vis en acier, 48 formes en étain et diverses autres formes propres à l'art d'écrire artificiellement : duo abecedaria calibis et duas formas ferreas, unum instrumentum calibis, vocatum vitis, quadraginta octo formas stangni, necnon diversas alias formas ad artem scribendi pertinentes. Procope n'ayant pas, en effet, des ressources suffisantes pour exploiter seul l'industrie de l'écriture artificielle, avait dû chercher des bailleurs de fonds. Il en avait trouvé plusieurs, mais, soit défaut d'entente, soit manque d'argent, les sociétés qu'il avait formées ne semblent pas avoir prospéré. M. l'abbé Requin n'a pas rencontré sur lui de pièce postérieure à celle de 1446. On n'a, en outre, signalé aucun spécimen de ses productions, à supposer toutefois qu'il soit arrivé à des résultats.

    Les expressions employées dans ces contrats sont trop explicites et trop claires pour qu'on puisse avoir des doutes sur leur signification. L'art d'écrire artificiellement, dont il est parlé, est bien certainement l'art de l'imprimerie. On doit même reconnaître que l'outillage employé par Waldfoghel, en 1444, est de beaucoup plus perfectionné que celui dont les termes du procès de 1439 permettent d'affirmer l'existence chez Gutenberg. Il ne faudrait pas en conclure pour cela que cet orfèvre de Prague ait passé par Strasbourg, en venant à Avignon, et y ait surpris le secret de l'art qu'il devait ensuite chercher à exploiter. Rien n'autorise une pareille supposition: Il ne nous semble pas, d'un autre côté, qu'on puisse le proclamer l'inventeur de l'imprimerie. Avant d'en arriver aux conclusions qui nous paraissent se dégager des faits que nous venons d'exposer, il convient d'interroger la tradition et de savoir quel est celui de ces inventeurs que désignent les meilleurs témoignages.

    On ne cite qu'un seul témoignage en faveur de Coster, celui de Junius, mais on en possède plusieurs en faveur de la Hollande. Ce sont ces témoignages généraux qui nous paraissent corroborer le récit de Junius. Ils permettent, tout au moins, de conclure que si l'histoire de Coster n'est pas vraie dans tous ses détails, elle contient pourtant une part de vérité. Si elle est le résultat d'une légende, comme on l'a souvent dit, cette légende a eu, comme point de départ, un fait historique.

    Le premier et peut-être le plus important de ces témoignages est celui de la Chronique de Cologne, imprimée en 1499. L'auteur anonyme de cette chronique dit expressément, en se réclamant de l'autorité d'Ulric Zell, que les premiers essais d'imprimerie furent tentés en Hollande :

    « Quoique l'art, tel qu'on le pratique actuellement, ait été trouvé à Mayence, cependant la première idée vient de la Hollande et des Donats qu'on imprimait dans ce pays auparavant. De ces Donats date donc le commencement de cet art. » Mariangelo Accurse reconnaît aussi à la hollande le rôle d'initiatrice. Il avait écrit, en effet, sur un exemplaire d'un Donat, qui tomba ensuite entre les mains d'Alde le Jeune, la note suivante : Impressus autem est hic Donatus... anno 1450. Admonitus certe fuit ex Donato Hollandiae, prius impresso in tabula incisa. Jean van Zuyren, bourgmestre de Haarlem, revendique naturellement pour son pays, dans un Dialogus de prima atlis typographicae inventione, écrit au plus tard en 1561, l'honneur d'avoir posé les premiers fondements de l'édifice nouveau, « fondements grossiers sans doute, mais cependant les premiers... rudia fortasse sed tamen prima ». Il ne manque pas, néanmoins, d'ajouter que la gloire d'avoir perfectionné et vulgarisé cet art revient à Mayence : Nihil tamen Moguntiensi quicquam reipublicae unquam detractum volo. Coornhert déclare, dans la dédicace de sa traduction hollandaise des Offices de Cicéron, imprimée à Haarlem en 1563, «qu'il a entendu dire que l'art de la typographie avait été d'abord découvert dans la ville de Haarlem, bien que d'une façon tout à fait grossière, mais que cet art, ayant été transporté à Mayence par un valet infidèle, y fut rapidement amélioré ». Louis Guicciardini se fait l'écho de cette tradition dans sa Descrizione di tutti i Paesi Bassi, publiée à Anvers en 1567, mais il ajoute qu'il ne veut pas se constituer juge de ce qu'il y a de vrai. Des passages plus ou moins affirmatifs qu'il est inutile de rapporter ont encore été signalés dans les ouvrages de Georges Bruyn (Braunius), Civitates orbis terrarum (Cologne, 1570-88, in-fol.); d'Abraham Ortelius, Thea trum orbis terrarum (Anvers, 1570, in-fol.); de Michel von Eytzing ou Eytzinger, Leo Belgicus (Cologne, 1583, in-fol.); de Mathias Quad (Quadus), etc., etc. A ces témoignages, il faut en joindre un dernier dont l'autorité nous parait très grande. Il se trouve dans les Mémoriaux de Jean Le Robert, abbé de Saint-Aubert de Cambrai, qui sont aujourd'hui conservés aux archives du dép. du Nord, à Lille. On y lit, en effet, les deux passages suivants :« Item, pour 1 Doctrinal getté en molle (c.-à-d. imprimé) anvoiet querre à Bruge par Marquet, 1 escripvain de Vallenciennes, ou mois de jenvier XLV (1446, n. s.) pour Jaquet, XX s. t. S'en heult Sandrins 1 pareil que l'église paiia... Item, envoiet Arras 1 Doctrinal pour apprendre ledit d. Girard, qui fu accatez a Vallenciennes, et estoit jettez en molle, et cousta XXVIII gr. Se me renvoia led. Doctrinal, le jour de Toussaint l'an LI, disans qu'il ne falloit rien et estoit tout faulx. S'en avoit accaté 1, XX pattars, en papier. » Or, comme l'expression « getté en molle » est constamment employée dans les documents du XVe siècle pour désigner un ouvrage imprimé avec des caractères mobiles, on doit conclure de ces deux passages que des livres imprimés sur vélin et sur papier étaient vendus dans les Flandres en 1445-46, c.-à-d. à une date où les ateliers de Mayence n'avaient encore rien produit. Et, à qui attribuer ces œuvres, sinon à des Hollandais ? Nous verrons plus loin dans quelle mesure l'examen des premières productions typographiques de la Hollande confirme cette conclusion. Passons, en attendant, aux témoignages en faveur de Gutenberg.

    Le premier de ces témoignages remonte à 1468. Il émane de Pierre Schoiffer, le gendre de Fust et le continuateur de ses travaux. Dans une pièce de vers, placée par lui à la fin de son édition des Institutes de Justinien, Gutenberg (car il semble bien être l'un des deux Jean dont il est parlé) et Jean Fust sont proclamés les premiers typographes du monde. On voit que Schoiffer, mû par une reconnaissance excessive ou par un sentiment de vanité bien compréhensible, veut faire partager à son beau-père la gloire de l'invention de l'imprimerie. Quatre ans après, en 1472, on rencontre un témoignage dont le sens n'est plus douteux et dont l'autorité n'est pas moins considérable. C'est celui des premiers imprimeurs de Paris : Ulric Gering, Michel Friburger et Martin Krantz. Il est indirectement rapporté par Guillaume Fichet, dans une lettre écrite par lui le 1er janv. 1472, à Robert Gaguin. Une reproduction héliographique de cette lettre a été publiée, en 1889, par M. L. Delisle, d'après l'exemplaire unique conservé à la bibliothèque de l'université de Bâle. L'illustre Savoisien déclare avoir entendu dire (et de qui l'aurait-il entendu, sinon de la bouche de ceux qu'il avait appelés) que l'inventeur de l'imprimerie était un certain Jean surnommé Gutenberg : Ferunt enim, illic, haud procul a civitate Maguncia, Joannem quemdam fuisse, cui cognomen Bonemontano, qui primus olim impressoriam artem excogitaverit. Or, Martin Krantz passe pour être un parent de Pierre Krantz qui figure comme témoin dans le procès de 1455. Et on sait, d’un autre côté, que Michel Friburger et Ulric Gering étudiaient à Bâle, en 1461, à la veille du siège de Mayence. Ils devaient être, par suite, bien renseignés.

    Le passage de la Chronique des souverains pontifes de Ph. de Lignamine, imprimée en 1473, dont il a été question plus haut, ne saurait être invoqué, quoi qu'on en ait dit, pour la question d'origine. Il faut descendre jusqu'en 1483, pour trouver un autre témoignage explicite en faveur de Gutenberg. Mathias Palmerais déclare dans sa continuation de la Chronique d'Eusèbe, publiée cette année-là à Venise, que l'art d'imprimer des livres fut inventé par Jean Gutenberg à Mayence, en 1440. Nous avons déjà rapporté, à propos de Coster, le témoignage d'Ulric Zell inséré dans la Chronique de Cologne. Ajoutons seulement que ce témoignage est un des plus sérieux qu’on puisse faire valoir, parce que Ulric Zell, introducteur de l'imprimerie à Cologne en 1462, avait appris son art à Mayence et s'était, par suite, trouvé bien placé pour connaître la vérité.

    À ces témoignages, on pourrait joindre celui de Jean Schoiffer, fils et successeur de Pierre Schoiffer, s'il n'avait pris soin lui-même, pour des motifs sans doute très semblables à ceux qui avaient poussé son père, d'en diminuer l'autorité. Après s'être donné, en 1503, dans son édition du Mercurius Trismegistus, comme le représentant d'une famille dont un des membres avait eu l'honneur de découvrir l'art de la typographie, il fait, deux ans plus tard, en 1505, dans sa dédicace à l'empereur Maximilien, d'une traduction allemande de Tite Live, éditée par lui, la déclaration suivante : « C'est à Mayence que, primitivement, l'art admirable de l'imprimerie a été inventé surtout par l'ingénieux Jean Gutenberg, l'an 1450; il fut postérieurement amélioré et propagé pour la postérité par les capitaux et les travaux de Jean Fust et de Pierre Schoiffer. » Ces termes sont formels. En 1509, néanmoins, il change d'avis. Dans son Breviarium Moguntinum, imprimé à cette date, il n'attribue plus qu'à son aïeul Jean Fust la découverte « de cet art mémorable, et il renouvelle cette affirmation dans le célèbre colophon du Compendium sive breviarium... de origine regum et gentis Francorum de Trithême, publié en 1515. Il fit même si bien qu'il put obtenir, en 1518, de l'empereur Maximilien, un privilège dans lequel il est rendu hommage à « l'ingénieuse invention de la chalcographie » par son aïeul. On a cherché à expliquer ces contradictions et on a fait remarquer que la préface dans laquelle Schoiffer reconnaissait les droits de Gutenberg, était « écrite en allemand, langue du peuple et des ouvriers qui, sachant mieux que tous autres ce que Gutenberg avait fait, ne pouvaient être trompés », tandis que les souscriptions de 1509 et 1515 étaient en latin, « langue incomprise du peuple et des ouvriers ». Sans rejeter absolument cette explication, il semble plus raisonnable de croire que, dès le commencement du XVIe siècle et peut être dès la fin du XVe, des traditions vagues ou des légendes s'étaient établies, à la faveur des incertitudes dont l'origine de l'imprimerie était déjà entourée, et que peu de personnes étaient à même de les discuter avec compétence.

    Cette revue des témoignages peut être arrêtée ici, parce que ceux qu'on rencontre dans le cours du XVIe siècle en faveur de Gutenberg, pour nombreux qu'ils soient, n'aug mentent pas d'une manière sensible l'autorité de la tradition.

    Il nous reste, maintenant, à dire ce que l'examen des premières productions de l'imprimerie apporte pour la solution du problème. Il s'agit de savoir, en d'autres termes, si on peut faire une réponse précise aux deux questions suivantes. Quel est le premier ouvrage imprimé en caractères mobiles et par qui a-t-il été imprimé? Ce serait arriver, par une autre voie, à la conclusion désirée. Malheureusement, cette voie est moins bonne que la première et donne des résultats plus contestables. La part de l'hypothèse y est encore plus grande.

    L'ouvrage, imprimé en caractères mobiles, qui, de l'avis des meilleurs bibliographes, présente les caractères les plus marqués d'ancienneté, est le Speculum humanae salvationis. On en connaît quatre éditions qui paraissent sorties du même atelier. Deux sont en latin et deux en hollandais. Elles sont ornées de gravures sur bois. Personne ne conteste plus aujourd'hui que le texte n'en ait été imprimé avec des caractères mobiles. Il faut toutefois faire une exception pour l'une d'elles, dont vingt pages ont été tirées avec des planches de bois. Tous les feuillets sont d'ailleurs anopistographes, c.-à-d. qu'ils ne sont imprimés que d'un seul côté. Ces éditions marquent vraiment la transition de la xylographie à l'imprimerie, telle que nous l'entendons. On a cru pendant longtemps que les caractères employés pour ces impressions étaient en bois, mais A. Bernard a démontré qu'il ne pouvait en être ainsi. Il n'eut pas été possible d'en faire le tirage. Les imperfections qu'ils présentent ont amené à penser qu'ils n'avaient pas été fondus avec les procédés de Gutenberg et de ses collaborateurs. « Cette fonte primitive, dit A. Bernard, a dû être faite dans du sable, à l'aide de modèles gravés sur bois. » On se trouve donc, très probablement, avec ces Speculum, en présence des premiers essais d'imprimerie. Et comme deux des éditions qui en ont été données sont en hollandais, c'est en Hollande qu'il faut en placer l'origine. C'est, en effet, à Coster que beaucoup de critiques en font honneur, acceptant sur ce point le fameux témoignage de Junius. En tout cas, on s'accorde à reconnaître que l'impression de cet ouvrage, qu'elle soit de Coster ou d'un autre, qu'elle ait été faite à Haarlem ou à dans une autre ville des Pays-Bas, est antérieure à toutes les productions des ateliers de Mayence.

    Quelles conclusions faut-il enfin tirer de ces hypothèses et de ces témoignages contradictoires? Celle qui nous parait d'abord s'imposer avec la dernière évidence, c'est qu'il n'est pas possible, dans l'état actuel de la question, de désigner l'inventeur de l'imprimerie. Il semble même qu'il faille désespérer de le trouver jamais. Cette découverte, en effet, n'appartient, en réalité, comme on l'a très bien dit, « ni à une année, ni à un peuple ». Elle était devenue une véritable nécessité par suite des progrès de la civilisation. C'est pour cela qu'elle fut, dans le second quart du XVe siècle, l'objet de tant de recherches. Aussi n'y a-t-il pas lieu de s'étonner qu'il en soit question, à des dates très voisines, en Hollande, sur les bords du Rhin et à Avignon. II ne sera probablement jamais possible de dire avec précision quelle est la part de découverte qui revient à chacun de ces pays. Voici toutefois ce qui, pour l'instant, paraît le plus vraisemblable. C'est bien certainement dans les Pays-Bas qu'ont dû être fait les premiers essais; mais, soit que l'outillage fût incomplet, soit que les procédés employés pour la gravure ou la fonte des caractères fussent imparfaits, ce qu'on est convenu d'appeler l'école de Haarlem n'a laissé que des œuvres d’un art rudimentaire. Tout en reconnaissant à la Hollande l'honneur d'avoir vu naître l'inventeur des caractères mobiles, il convient donc de revendiquer pour Gutenberg celui d'avoir découvert la presse et perfectionné, pour tout le reste, les procédés antérieurs. C'est lui,en effet; qui a dû trouver « le véritable secret pratique si longtemps cherché ». On ne s'expliquerait pas les témoignages si nombreux et si sérieux qui parlent en sa faveur, si la typographie ne lui devait beaucoup. Il faut, par conséquent, lui conserver la gloire d'être, sinon le premier, du moins le véritable inventeur de l'imprimerie.
    Nous avons dit que les plus anciennes impressions ne portaient aucune mention de date, de lieu d'impression ou de nom d'imprimeur. On n'en a pas moins dressé une liste des ouvrages qu'on pouvait attribuer d'un côté à Coster ou à un atelier des Pays-Bas, et de l'autre à Gutenberg et aux ateliers de Mayence. Sans discuter ces attributions, nous devons toutefois signaler les ouvrages qui en sont l'objet.

    On reconnaît une origine hollandaise non seulement aux quatre éditions du Speculum humanœ salvationis dont nous avons parlé, mais encore aux ouvrages suivants 1° Donat, De Octo Partibus orationis, éditions qui portent les nº 7, 8, 9, 10 et 12, dans le Catalogue des vélins de la Bibliothèque du roi de Van Praet, t. IV (1822), p. 6-9; 2° Cato, Disticha de moribus; 3° Alexander Gallus, Doctrinale puerorum; 4 ° L.Valla, Facecie morales; 5° F.Petrarcha, De Casibus virorum illustrium ac faceciis tractatus, Horarium ou Abecedarium, découvert, en 1751, par Enschedé.

    On n'a pas encore fixé d'une manière définitive la liste des impressions qu'on doit attribuer à Gutenberg. Voici les résultats qui paraissent certains. Le grand ouvrage qu'il imprima après s'être associé avec Fust et qui l'entraîna à des dépenses considérables ne peut être que la Bible ; et de toutes les Bibles anonymes qu'on possède, celle qui répond le mieux aux conditions voulues est la Bible de 42 lignes, dite Bible Mazarine. On l'appelle ainsi parce que c'est l'exemplaire du cardinal Mazarin, conservé aujourd'hui à la bibliothèque Mazarine qui a le
    premier attiré l'attention des bibliographes. Elle était certainement imprimée au commencement de 1456, car les deux volumes de l'exemplaire sur papier qu'en possède la Bibliothèque nationale de Paris sont terminés chacun par une souscription latine dans laquelle il est dit qu'ils furent enluminés et reliés par un certain Henri Cremer, le premier, le 24 août, et le second, le 15 août de cette même année. Aucun autre atelier n'aurait pu produire, à cette date, une oeuvre de cette importance. Il est à remarquer, en effet, que, en 1454, Mayence possédait déjà une seconde imprimerie. C'est la conclusion qu'amène à tirer l'examen des différentes éditions données en 1454 et 1455 des Lettres d'indulgences.

    Cette première attribution une fois établie, on a recherché les impressions faites avec les caractères de cette Bible, et on est ainsi arrivé à reconnaître que Gutenberg avait publié plusieurs Donats et deux éditions des Lettres d'indulgences.Ces Lettres sont les premiers textes imprimés avec date. A. Bernard attribue encore à Gutenberg, et avec assez de raison, les caractères du Psautier de 1457, d'abord parce qu'ils présentent de la ressemblance avec ceux de la Bible et ensuite parce que Schoiffer, à qui on en fait honneur, n'aurait pas eu le temps, pendant les dix-huit mois qui s'écoulèrent entre le jugement du 6 nov.1455 et la date d'impression de l'ouvrage (15 août 1457), de les faire graver et fondre, puis de les employer enfin à la composition et au tirage de son livre.

    D'autres impressions ont encore été revendiquées pour Gutenberg, mais avec moins de probabilité. Elles appartiendraient à la dernière période de sa vie. On sait, en effet, que la malheureuse issue du procès de 1455 ne mit pas un terme à son activité et qu'il continua à imprimer.

    Certains bibliographes croient donc pouvoir augmenter la liste de ses productions d'un Tractatus de celebratione missarum, du Calendrier de 1460, du Speculum sacerdotum d'Hermann de Saldis et d'un Traité des conciles, en allemand.

    Le Catholicon de Jean de Gènes, publié à Mayence, en 1460, est souvent attribué à Gutenberg, mais A. Bernard y voit plutôt, et pour des raisons très plausibles, la première œuvre de Henri Bechtermuntze qui devait s'installer à Eltvil, quelques années après. C'est la façon la plus acceptable d'expliquer pourquoi on retrouve dans le Vocabularium ex quo, imprimé par ce dernier, son frère Nicolas et leur associé Wiegand Spyess, à Eltvil, en 1467, les caractères du Catholicon. On doit, en conséquence, ajouter à la liste des impressions de Bechtermuntze la Summa de articulis fidei de S. Thomas et le Tractatus rationis et conscientiae de Mathieu de Cracovie qui ont été aussi imprimés avec les caractères du Catholicon et qu'on avait de même attribué à Gutenberg.

    Un raisonnement du même genre a encore amené A. Bernard à retirer de la liste des livres ordinairement reconnus à Gutenberg la Bible de 36 lignes, appelée quelquefois Bible de Schelhorn, du nom du savant qui le premier l'a décrite. Les caractères avec lesquels elle a été imprimée sont, en effet, semblables à ceux qu'on trouve dans un recueil de fables en allemand, appelé Joyau de Boner ou Liber similitudinis, et dans le Livre des quatre histoires (Joseph, Daniel, Esther et Judith) également en allemand, qui ont été publiés par A. Pfister, à Bamberg, le premier en 1461, et le second en 1462. Cette attribution est corroborée par ce fait que « la plupart des exemplaires de cette Bible se sont conservés en Bavière et qu'un grand nombre de fragments, qui supposent une surabondance d'exemplaires, se sont retrouvés dans les couvents de ce pays ». Elle serait même confirmée, d'après quelques-uns, par un passage de l'Encyclopédie des sciences et des arts de Paul de Prague, mais les termes de ce texte sont peu clairs et contiennent une erreur manifeste qui en diminue l'autorité. On a deux raisons de croire que cette Bible a été imprimée vers 1460; la première c'est que l'un des exemplaires possédés par la Bibliothèque nationale de Paris se termine par une souscription manuscrite qui porte la date de 1461; la seconde, c'est qu'un feuillet en a été trouvé dans la couverture d'un registre de dépenses de l'abbaye de Saint-Michel de Bamberg, commencé le 21 mars 1460. II ne semble pas, malgré des analogies réelles, qu'on doive attribuer à Pfister le Donat, dit de 1451, les Lettres d'indulgences de 1454-55, dans lesquelles on voit deux ligues de grosse gothique semblable à celle du Donat, l'Almanach de 1455 ou Appel contre les Turcs et le Calendrier de 1457. Ces ouvrages sont sortis d'un atelier de Mayence, sur lequel on n'a aucun renseignement.

    DIFFUSION DE L’IMPRIMERIE EN EUROPE Nous ne pouvons songer à donner d'aussi longs détails sur la diffusion de l'imprimerie que sur ses origines et ses premiers développements. Une biographie des imprimeurs les plus célèbres trouve d'ailleurs sa place dans la présente publication, au nom de chacun d'eux. Il nous suffira donc, à très peu d'exceptions près, de signaler rapidement et en suivant, autant que possible, l'ordre chronologique, les villes d'Europe dans lesquelles l'imprimerie s'est introduite, avant la fin du xve siècle. Nous nous contenterons, pour les périodes postérieures de renvoyer au Dictionnaire de géographie ancienne et moderne de P. Deschamps (Paris, 1870, in-8) qui, d'après son titre même, contient « les recherches les plus étendues et les plus consciencieuses sur les origines de la typographie dans toutes les villes, bourgs et abbayes d'Europe, jusqu'au XIXe siècle exclusivement ». Disons, enfin, qu'on trouvera dans les Annales typographici..... -1536, de Panzer (Nuremberg, 1793, 11 vol. in-4), l'indication des ouvrages qui furent imprimés dans chacune de ces villes, pendant le XVe siècle et les premières années du XVIe. II est à peine besoin d'ajouter que nous avons dû sortir de ces limites pour les pays situés hors de l'Europe.

    ALLEMAGNE. - Mayence. On a vu que Fust, devenu (625) possesseur du matériel de Gutenberg, l'avait fait porter dans sa maison dé la rué des Cordonniers, appelée Zum Humbreicht. Il s'adjoignit bientôt Pierre Schoiffer pour diriger les travaux. Fust ne semblé avoir fait faire personnellement aucun progrès à l’imprimerie, malgré lés témoignages d'une reconnaissance intéressée qui lui sont donnés dans diverses souscriptions. II paraît s'être berné au rôle de banquier et de directeur de l'affaire, comme on dirait aujourd'hui. Schoiffer, au contraire, se préoccupa constamment dé perfectionner le nouvel art. Si on ne lui doit pas de grande découverte, il faut toutefois lui reconnaître le mérite d'avoir imaginé l'interligne, d'avoir le premier imprimé en couleur les rubriques et les capitales et d'avoir fait emploi des notes marginales. La liste des éditions qu'il publia d'abord avec Jean Fust et ensuite avec Conrad Fust, dit Hanequis, est trop longue pour que nous puissions l'insérer ici dans son entier. Mais il n'est pas sans intérêt de donner les titres des ouvrages qu'il a fait paraître jusqu'en 1470 : 1° 1457. Psautier en latin. C'est le premier livre imprimé avec date. Les grandes initiales ont été tirées en couleur, avec des bois. Elles sont tantôt en rouge avec des ornements bleus, tantôt en bleu avec des ornements rouges. - 2° 1459. Psautier en latin, seconde édition. - 3° 1459. G. Durand, Rationale divinorum officiorum - 4° 1460. Clément V, Constitutiones. Le texte est encadré par le commentaire de Jean André. C'est le premier exemple de cette disposition qui devait, dans la suite, obtenir tant de succès. Schoiffer a plusieurs fois réimprimé ce texte. - 5° 1462. Bible en latin. C'est la première édition datée de cet ouvrage. - 6° 1462. Cinq pièces (lettre de l'empereur Frédéric III, brefs et bulles du pape Pie II) contre Diether de Isemburg archevêque de Mayence, en faveur d'Adolphe de Nassau, et manifeste, en allemand, de l'archevèque contre son compétiteur. Les troubles auxquels donna lieu cette lutte condamnèrent l'atelier de Schoiffer à un chômage qui fut l'occasion d'un véritable exode d'imprimeurs. Beaucoup de ses ouvriers, en effet, jugèrent alors qu'il était plus avantageux de quitter le pays et d’aller, dans les différentes villes de l’Europe, travailler pour leur compte. - 7° 1464 ou 1465. Bulle de Pie II contre les Turcs, datée de 1463 - 8° 1465. Cicéron, De Officiis. Seconde édition en 1466. Premier classique latin imprimé. C'est aussi le premier livre régulièrement interligné et peut-être encore le premier livré dans lequel on ait imprimé du grec. Nous disons peut-être, parce que les imprimeurs établis à Subiaco publièrent cette même année un Lactance dans lequel se trouvent plusieurs passages en grec, imprimés avec des caractères mobiles. - 9° 1465. Boniface VII , Liber sextus Decretalium - 10° 1466. Grammatica rithmica. Seconde édition en 1468. - 11° Vers 1466. Saint Augustin, Liber de arte predicandi. - 12° 1467. Saint Thomas, Secunda secundae. C'est la première édition datée de cet ouvrage. - 13° 1468. Justinien, Institutiones. - 14° 1469. Saint Thomas, Expositio libri quanti Sententiarum. Des exemplaires de presque tous ces ouvrages sont exposés à la Bibliothèque nationale de Paris, dans la galerie Mazarine, vitrine XXIX, souss le n°s 53-69. Henri Keffer, Jean Numeister, Jean et Jacques de Meydenbach, Jean de Petersheim sont encore cités parmi les imprimeurs qui travaillèrent à Mayence ou dans les environs, mais nous ne pouvons nous arrêter ici à leurs publications.

    Eltvil, Bamberg et Marienthal. Il nous suffira pour Eltvil et Bamberg de renvoyer à ce que nous avons dit plus haut du Catholicon dé 1460 et de la Bible de 36 lignes. Les frères de la Vie commune établirent un atelier typographique, vers 1468, dans leur maison de Marienthal ou du Val-Sainte-Marie. Le premier ouvrage qui paraisse en être sorti est le suivant: Copia indulgentiarum de institutione festi Presentationis beatae Mariae per dominum Adolphum archiepiscopum Moguntinum, concessarum. II est sans nom d’imprimeur, sans date et sans nom de lieu.

    Strasbourg. Il n'y a aucun cas à faire du témoignage certainement erroné de la Chronique allemande attribuée à Specklin, d'après laquelle Jean Mentelin, le premier imprimeur de Strasbourg, aurait découvert l’imprimerie dans cette ville, en 1440, mais ne jouirait pas de cet honneur, parce qu'il aurait été volé par un de ses domestiques qui ne serait autre que Gensfleisch, c.-à-d. Gutenberg lui-même. On n'est pas renseigné sur les débuts de Mentelin. Ce qui paraît le plus probable, c'est qu'il apprit l'art nouveau à Mayence et vint de très bonne heure s'installer à Strasbourg. II aurait, dès 1458, s'il fallait en croire la Chronique de Philippe de Lignamine, imprimé 300 feuilles par jour: « Johannes quoque Mentelinus nuncupatus, apud Argentinam totidem cartas (c.-à-d. 300 comme Gutenberg à Mayence) Per diem imprimere agnoscitur. » Il est certain toutefois que son atelier était, en 1466, en pleine
    Actvité. Plusieurs exemplaires de sa Bible en allemand, qui forme un gros vol. in-fol. de 812 pages à 2 col., portent des souscriptions manuscrites datées de cette année. C'est vers le même temps, sans doute, que Mentelin publia sa Bible latine. Il fit ensuite paraître une Somme de saint Thomas, Secunda secundae (avant 1467) ; le De Casibus conscientiae du franciscain Astesan (avant 1470) ; une Concordance de la Bible, les Épîtres de saint Jérôme (avant 1469) la Cité de Dieu de saint Augustin (avant 1469) et surtout sa collection des Specula de Vincent de Beauvais (avant 1473), etc. La liste de ses publications donnée par Panzer, dans ses Annales typographici (t. I [1793], pp. 67-76), est incomplète quoique très longue. Henri Eggestein, Eckstein ou Ecsgestein s'établit, semble-t-il, à Strasbourg, en même temps que Mentelin. On se demande même si, au début, ils ne furent pas associés. Sa Bible de 45 lignes est antérieure à 1468. C'est à lui qu'est dû le premier livré imprimé à Strasbourg avec date, un Decretum Gratiani, en deux volumes in-fol., paru en 1471. Son atelier ne prospéra pas comme celui de Mentelin.
    Cologne. L'imprimerie fut introduite dans cette ville par Ulric Zell qui avait appris son art à Mayence. Il imita les caractères et suivit les usages typographiques de Schoiffer. C'est ce qui fait supposer qu'il avait travaillé dans l'atelier de ce dernier, plutôt que dans celui de Gutenberg. Ses plus anciennes impressions ne sont pas datées. Elles paraissent remonter à 1463 eu 1464. Son premier livre daté parut en 1466, sous le titre suivant : Joannis Chrisostomi super psalmo quinquagesimo liber primus. Il eut l'avantage de travailler pour le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, qui le chargea d'imprimer le Recueil des histoires de Troye composé par son chapelain Raoul Lefebvre. Ce recueil parut en 1466 ou au commencement de 1467. C'est le premier livre imprimé en français. II fut immédiatement traduit en anglais par William Caxton et imprimé, vers 1474, avec les caractères mêmes qui avaient été spécialement fondus par Ulric Zell, pour son édition. L'ouvrage qui avait donné lieu à la première impression française fut ainsi l'objet du premier livre imprimé en anglais. Ulric Zell eut bientôt des concurrents. Le plus célèbre d'entre eux, Arnold Ther Hœrnen, imprimait déjà en 1470. Il publia, cette année, deux éditions du Sermo ad populum predicabilis in festo Presentationis beatissime Marie, qui est le premier livre daté qu'on connaisse de lui. Il convient encore de citer Jean Kœlhoff de Lubeck, qui imprima, en 1472, le Preceptorium divinae legis de Jean Nyder ou Nider. Ce livre est le plus ancien, avec date certaine, dans lequel on trouve des signatures. Kœlhoff est aussi l'imprimeur de la Chronique de Cologne de 1499, dont nous avons déjà eu occasion de parler. Petrus de Olpe et Jean Veldener imprimèrent également, en 1470, mais le succès de leurs ateliers fut moindre.

    Nuremberg. Henri Keffer (Kefer ou Keppfer), qui figure comme témoin dans le procès dé 4455 ; paraît avoir été lé premier impriment dé cette ville. Il dut y venir vers 1469, après la mort dé Gutenberg. Ou n'a pu découvrir, malgré de consciencieuses recherches, aucun document sur ses premiers travaux. Il s'associa avec Jean Sensenschmidt (ou le Taillandier) et publia avec lui, en 1470, le Comestorium vitiorum de François de Retz qui est le premier livre imprimé avec date à Nuremberg. Le nom de Keffer paraît, pour la première fois, en 1473, dans la Pantheologia de Regnier de Pise. Antoine Koburger ou Koberger, qui s'installa à Nuremberg peu de temps après Keffer, est le plus célèbre des imprimeurs de cette ville, au XVe siècle. Josse Bade l'appelle le prince des libraires, dans une épître qu'il lui adressa en 1499. Frédéric Creusner ou Kreussner commença à travailler à la même époque. Avec lui on peut encore citer Conrad Zeninger, Johannes Regiomontanus, appelé aussi Johan Müller de Monteregio (Koenigsberg), Pierre Wagner, George Stuchs de Sultzbach, Gaspar Hochfeder et enfin le grand Albert Dürer.

    Augsbourg. L’imprimerie y fut introduite par Gunther , Zainer ou Zeyner de Reutlingen qui avait vraisemblablement travaillé à Mayence, dans l'atelier de Fust et Schoiffer. Son premier livre est daté de 1468, C'est un petit volume in-fol .;qui contient les Meditationes vitae Christi de S. Bonaventure. Certains bibliographes ont cru que Jean Bamler était le premier imprimeur d'Augsbourg et qu'il fallait lui attribuer une Bible latine de 1466, à la fin de laquelle se trouvait son nom et cette date, dans un exemplaire conservé à Wolfenbüttel, mais c'est là une erreur. Cette Bible a été imprimée par Eggestein à Strasbourg et Bamler n'a mis son nom sur cet exemplaire que parce qu’il l'a enluminé. On doit à Zainer l'introduction et l’emploi en Allemagne des caractères ronds, dits romains. Il s'en servit pour la première fois, en 1472, dans son édition des Etymologiae d'Isidore de Séville. L'imprimerie prospéra très vite à Augsbourg. On n'y a pas compté moins de vingt-trois ateliers jusqu'en 1500. C'est la ville qui a produit, au XVe siècle, le plus de livres illustrés avec figures sur bois et le plus d'ouvrages en allemand. C'est aussi dans cette ville qu'a paru, en 1507, chez Ehrard Oglin, l'ouvrage intitulé: Melopoiae seu Harmoniae genera per Petrum Trinitonium, dans lequel on trouve les plus anciens essais d'imprimerie musicale, en caractères mobiles, qui aient été faits en Allemagne.

    Spire. Le premier livre imprime, avec date, dans cette ville, est un commentaire sur l'Apocalypse: Postilla schoastica super Apocalypsin, 1471. Il ne porte pas de nom d'imprimeur, mais on l'attribue, avec beaucoup de vraisemblance, à Pierre Drach. A. Bernard croit que Spire fut une des villes dans lesquelles s'installèrent les premiers typographes. « Si l’on ne peut, dit-il, faire remonter l'importation de l'imprimerie dans cette ville avant 1471, c'est que les monuments sont perdus.»

    Autres villes. 1° Burgdorf (Hanovre). Premiers livres : A. Tractatus de apparitionibus animarum de Jacques de Cluse (1475); B. Legenda S. Wolfgangi, episcopi Ratisponensis (1475). Gaullieur prétend que le lieu d'impression mentionné dans la souscription de ces deux volumes est Burgdorf, en Suisse. - 2° Erfurt. Premier livre: Lectionarium de tempore (1479). Premier imprimeur connu: Paul Wider de Hornbach. - 3° Essling. L'imprimerie doit y remonter à une date très reculée. Le premier imprimeur qui s'y soit établi est Conrad Fyner de Gerhuszen ou Goarshausen. Son premier livre daté est de 1472 - S. Thomas, Summae theologicae secondae partis pars seconda, et le premier livre sur lequel il ait mis son nom de 1474: S. Thomas, Postilla in Job. - 4° Eichstaedt (Bavière). L'imprimerie y est certainement antérieure à 1475. Le premier livre imprimé par son premier imprimeur, Michel Reyser, parait être le Defensorium Mariae genetris castissimae --5° Freyberg. Conrad Kachelosen, chassé de Leipzig par la peste, vint y imprimer, en 1495, un Missale Misniense, mais son établissement n'y fut que temporaire. - 6° Freysingen. Jean Sensenschmidt paraît y avoir imprimé, en 1487, son Missale Frisingense. Le premier livre sur lequel on trouve le nom de la ville est dû à Jean Schaeffler, Compendiosa materia pro juvenum informatione (1495). - 7° Frisbourg-en-Brisgau. Premier livre: Perlustratio S. Bonaventure in primum librum sententiarum, impr. par Kilianus Pescator, en 1493. - 8° Haguenau (Alsace). Premier livre: Johannes de Garlandia, Cornutus, impr. par Henry Gran, en 1488. - 9° Hambourg: Premiers livres: A. Laudes beate Marie virginis, impr. par Jean et Thomas Borchard (1491); B. Sermones de laudibus Sanctorum Roberti Caraccioli de Licio (1491). - 10° Heidelberg. Premier livre avec date, mais sans nom d'imprimeur : Hugo de Prado Florido, Sermones de sanctis (févr. 1486, n. s.). On l'a attribué à Henry Knoblochzer et à Friedrich Misch, mais il est plutôt de ce dernier, dont le nom paraît, pour la première fois, sur un livre de 1488. En 1485, Knoblochzer était encore à Strasbourg. – 11° Ingolstadt. Premier livre avec date, mais sans nom d'imprimeur: Paulus Lescherius, Rhetorica (1487). II est attribué à Jean Kacheloffen, dont le nom cependant ne parait sur une impression qu'en 1499. – 12° Leipzig. Premier livre avec date, mais sans nom d’imprimeur : Johannes de Nannis, Glosa super Apocalipsim (1481). Il est attribué à Marc Brandt on Brandis. 13° Lubeck. Premier livre avec date - Rudimentum noviciorum (1475); impr. par Lucas Brandis de Schass. - 14° Lunebourg. Premier livre avec date: Thomas a Kempis, De imitatione Christi (1493), impr. par Jean Luce. 15° Magdebourg. Premier livre avec date : Psalterium latinum (1481), impr. par Barthélemy Ghotan. 16° Memmingen. Premiers livres avec date: A. Fasciculus temporum de Werner Rolewincki {1482); B. Ars memorativa (1482). Ils sont dus tous les deux à Albrecht Kühn ou Kunne qui s'était d'abord établi à Trente. 17° Mersebourg. Premier livre avec date: Liber de quœstionibus Orosii (1473), impr. par Lucas Brandis, qui s'installa ensuite à Lubeck. - 18° Metz.. Premier livre avec date: Ammoniciones ad spiritualem vitam utiles (1482). C'est le premier livre de l'Imitation de J.-C. II a été imprimé par Jean Colini et Gérard de Villeneuve. 19° Munich. Jean Schopsser en est le premier imprimeur, mais ses premières oeuvres ne portent pas de date. Celle qui paraît la plus ancienne est la suivante: Quadragesimale divi concionatoris, Pauli Wann. On la croit de 1498. - 20° Münster (Westphalie). Premier livre avec date: Rudolphus Langius (de Langhen), Carmina et alia opera (1486), impr. par Jean de Limburg. 21° Offenbourg (duché de Bade). Premier livre avec date, mais sans nom d'imprimeur: Quadragesimale Roberti [Carracioli] de Licio (1496). – 22° Oppenheim (Hesse-Darmstadt). Premier livre avec date, mais sans nom d'imprimeur: Wigandus Wirt, Dialogus apologeticus adversus Trithemium de conceptione Virginis Mariae (1494). - 23° Passau. Premier livre avec date, mais sans nom d'imprimeur: Missale Pataviense (1481). L'année suivante paraissent les imprimeurs Conrad Stahel et Benoit Mayr. - 24° Pforzheim. Premier livre avec date : Johannes Altenstaig, Vocabularius (1500), impr. par Thomas Anselme de Bade. - 25° Ratisbonne. Premier livre avec date: Liber missalis secundum breviarium chori ecclesiae Ratisponensis (1485), impr. par Jean Sensenschmidt et Jean Beckenbaud, de Mayence. - 26° Reutlingen. Premiers livres avec date: A. Nicolaus de Ausmo, Summa Pisani (1482); B. Breviarium Constantiense (1482); C. Caroli Viruli Epistolae (1482). Ils ont été tous imprimés par Jean Otmar. -27° Rostock.. Les frères de la Vie commune y établirent une imprimerie à la fin de 1475. Leur premier volume fut un Lactance: De Divinis Institutionibus. - 28° Slesvig. Étienne Arndes y publie, en 1486, un Missale Sleswicense. - -29° Trèves. Premier livre avec date, mais sans nom d'imprimeur: Speculum sacerdotum (1481). - 30° Tubingue. L'imprimerie y fut installée, en 1498, par Jean Otmar, qui s'était d'abord établi à Reutlingen - 31° Ulm. La date de l’introduction de l'imprimerie dans cette ville n'a pas été fixée.

    627 Son premier imprimeur paraît avoir été Ludwig Hohenwang, d'Elchingen, à qui on attribue plusieurs éditions allemandes de l'Ars moriendi. Le premier livre qui porte son nom est de 1477 : Summa Hostiensis dicta. Johaun Zayner s'y installa peu de temps après lui. lls auraient, d'après A. Bernard, étudié leur art à Strasbourg. - 32° Wurzbourg. Premier livre avec date : Breviarium diocesis Herbipolensis (1479). Le premier imprimeur de cette ville, Georg Reyser, parait s'y être installé en 1475. On cite comme sa première œuvre un Psalterium Davidis, sans date et sans nom d'imprimeur. - 33° Zinna (abbaye de). On y imprima, en 1492, le livre suivant : H. Nitzschewitz, Novum beatœ Mariae psalterium.

    SUISSE. - Bâle. Le premier imprimeur de cette ville, Berthold Rot de Hanau ou simplement Berthold de Hanau, avait été un des témoins de Gutenberg dans le procès de 1455. On ne sait pas à quelle date il s'installa. On suppose, toutefois, qu'il quitta Mayence en 1462, comme plusieurs de ses confrères, au moment de la guerre civile. Son nom ne figure que sur un ouvrage, le Repertorium vocabulorum exquisitoruum de Conrad de Mure. II s'associa, semble-t-il, avec Bernard Richel, bourgeois de Bâle, qui continua ses travaux. En même temps ou à peu près s'établirent Michel Wensler et Jean de Amerbach. Ce dernier devait obtenir en typographie de véritables succès. Ses trois fils lui succédèrent et surent conserver le bon renom de la maison paternelle. C'est chez Amerbach que Jean Froben, le protecteur et l’ami d`Erasme, d'Œcolampade et de Holbein, qui devait mériter d'être qualifié de « princeps typographiae Basiliensis », apprit les éléments de son art.

    Münster en Argovie. Cette petite localité, qui doit son origine à l'abbaye de Bérone ou Beromunster, a joué dans les annales de la typographie un rôle peu en rapport avec son importance. Un chanoine, qui signe Helyas Helie ou Helyas de Louffen ( Elie de Lauffen) y publia, en 1470, une édition du fameux Mamotrectus de Jean Marchesini. Son nom parait seul dans la souscription. Il ne semble pas toutefois qu’on doive le considérer comme l'imprimeur de l'ouvrage. II fut simplement sans doute le directeur de l'atelier établi dans son monastère. On cite, parmi les ouvriers qu'il employa, Pierre Krantz, qui figure comme témoin dans le procès de 1455. De plus, on a de sérieuses raisons de croire que les premiers typographes de Paris sont venus de cet atelier.

    Autres villes. Genève. Adam Steinschaber, originaire de Schweinfurth, est le premier imprimeur de cette ville. Les quatre premiers volumes qui sortirent de ses presses portent la date de 1478, et, détail intéressant à noter, ils sont tous en français : 1° le Livre des saints anges; 2° le Romant de Mélusine; 3° le Livre de Sapience; 4° le Roman de Fierabras. - Lausanne. Le premier livre imprimé dans cette ville est un Missel à l'usage du diocèse. Il porte la date de 1498 et est dit à Jean Belot de Rouen, qui avait déjà travaillé à Genève, vers 1497. - Promenthoux (cant. de Vaux). Un imprimeur de Genève, Louis Cruse, surnommé Guerbin ou Garbin, transporta momentanément une partie de son matériel dans ce village et y imprima plusieurs éditions du Doctrinal de Sapience de Guy de Roye. La plus ancienne est du mois d'août 1482.

    ITALIE. - Subiaco et Rome. C'est aux bénédictins de l'abbaye de Subiaco que revient l'honneur d'avoir installé le premier atelier typographique qui ait fonctionné en Italie. Deux ouvriers de Mayence, Conrad Sweynheym et Arnold Pannartz, qui avaient quitté cette ville après le sac de 1462, répondirent a leur appel et passèrent les monts dans le courant de l'année 1464. Ils imprimèrent d'abord un Donat dont il ne s'est, parait-il, conservé aucun exemplaire, bien qu'ils en eussent fait un tirage assez élevé (300 exempl.}. Ils publièrent ensuite le De Divinis Institutionibus de Lactance (29 oct. 1465), le De Oratore de Cicéron et la Cité de Dieu de saint Augustin. lls quittèrent précipitamment l'abbaye vers la fin de 1466 et allèrent s'installer à Rome, in domo Peut de Maximo. L'évêque d'Aleria, Giovanni Andrea, s'intéressa à eux et ne dédaigna pas de leur servir de prote et de correcteur. Aussi purent-ils faire paraître, à la date du 12 juin 1467, les Lettres de Cicéron. C'est le premier livre sur lequel ils aient mis leurs noms. Leur succès ne fut pas de longue durée. La concurrence les ruina. En 1472, ils n'en avaient pas moins imprimé et tiré, d'après le catalogue de leur librairie qu'ils ont eux mêmes publié, avec les chiffres du tirage, la masse énorme de 12,475 volumes de format in-fol. ou in-4. Les papes Paul II et Sixte IV ne firent rien pour eux.. L'année même de leur arrivée à Rome, un autre typographe étranger, Ulric Hahn, (UdalrichusGallus, en français Ulrich Le Coq), était venu s'y installer. Il fut accueilli et patronné par le célèbre cardinal Jean de Torquemada (Johannes de Turrecremata); aussi fit-il des Méditations de son protecteur l'objet de sa première publication. Elles parurent le 31 déc.. 1467. G.-A. Campano, évêque de Teramo, fut son correcteur. D'autres imprimeries ne tardèrent pas à s'ajouter à ces deux premières. Il nous suffira d'en signaler quelques unes, sans entrer dans le détail de leurs produits. Ce furent, en 1470; George Laver, protégé par le cardinal Caraffa, et G.-Ph. de Lignamine, l'éditeur de la fameuse Chronique pontificale, dont nous avons plusieurs fois parlé. Vinrent ensuite Adam Rot, clerc du diocèse de Metz, Léo nard Pflug, de la Saxe (1472); George Saschel de Reichenhal (1474), E. Planck de Passau, Martin d'Amsterdam, Hugo de Gengenbach et enfin Eucharius Franck ou Silber de Wurzbourg à qui on doit le premier livre imprimé en caractères éthiopiens (1513).

    Venise. Jean de Spire s'établit à Venise au commencement de 1469. On voit; en effet, qu'il avait déjà imprimé deux ouvrages, les Lettres de Cicéron et l'Histoire naturelle de Pline, lorsque 1e Sénat lui accorda; sur sa demande, à la date du 18 sept. de cette année, un privilège de cinq ans. C'est le plus ancien document de ce genre qu'on puisse citer. La mort l'empêcha malheureusement de jouir des avantages qui lui étaient ainsi accordés. I1 commença une édition de la Cité de Dieu de saint Augustin, mais ne put la finir. Elle parut néanmoins, en 1470, par les soins de son frère Vindelin, qui fut le digne héritier de son nom et l’habile continuateur de ses travaux. On mit alors, en marge du registre du Sénat, sur lequel se trouvait transcrit le privilège de Jean, la note suivante: « Nullius est vigoris quia obiit magister et auctor. » Cette circonstance permit à des concurrents de s'établir. L'année même de la mort de Jean de Spire arrivèrent à Venise deux imprimeurs qui devaient y acquérir une juste célébrité: le Champenois Nicolas Jenson et Christophe Valdarfer de Ratisbonne. L'imprimerie prit un tel développement dans cette ville que, pendant les trente dernières années du xve siècle, on y vit fonctionner, si on tient compte des imprimeries claustrales, plus de deux cents ateliers. En 1500, il y en avait encore près de cinquante en exercice. Aussi de nombreux perfectionnements y furent-ils apportés à l'art nouveau. Jean de Cologne fit, pour la première fois, usage des signatures, en 1474, dans son Commentaire sur le Code de Baldo degli Ubaldi et dans son Commentaire sur Martial de Calderini. Andrea Torregiano d'Asula, le beau-père d'Alde l'Ancien, imprima, en 1488, des Lettres de saint Jérôme dans lesquelles est constaté, pour la première fois, l'emploi simultané des chiffres, des réclames et des signatures. Ottaviano Petrucci obtint du Sénat, le 25 mai 1498, un privilège pour ses impressions musicales en caractères mobiles et fondus. II convient encore de citer, parmi les imprimeurs qui exercèrent à Venise, à la fin du XVe siècle, Clément de Padoue, le premier Italien, dit-on, qui ait appris la typographie; Léonard Achates, qui s'installa ensuite à Vicence; Franck Remer de Hailbrunn, Gabriel Petri de Trévise, le Français Jacques Le Rouge (Jacobus Rubeus ou Giacomo de Rossi), Ehrardt Ratdolt d'Augsbourg, Gérard de Flandres, Regnault de Nimègue, Henri de Haarlem, Jean Hérbord de Seligenstadt, Luc-Antonio Giunta, qu'on retrouvera à
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    Milan; Jean-Baptiste de Sessa, originaire de Milan; Aldus Pins Romanus, le Crétois Zacharias Caliergi, etc., etc.

    Lucques. Des offres furent faites, en 1470 et 1472, par les consuls de la ville, à Clément de Padoue, pour qu'il quittât Venise et vint s'installer chez eux, mais on ne sait pas si elles furent acceptées. Le premier livre imprimé
    à Lucques paraît être le Pétrarque de Barthélemy de Civitale (1477). Henri de Cologne et Henri do Haarlem s'y établirent en 1490.

    Foligno. L'imprimerie y fut introduite, vers la fin de 1469, par Jean Numeister, l'un des ouvriers de Gutenberg, qui paraît être resté à Mayence jusqu'à la mort de son maître. Son premier livre porte la date de 1470: Léonard Arétin, De bello Italico adversus Gothos. Il imprima, deux ans après, en 1472, la Divine Comédie de Dante. C'est la première édition qui en ait été donnée.

    Milan.. Les origines de l'imprimerie dans cette ville sont assez obscures. Ce qui paraît le plus probable, c'est que l'art nouveau y fut introduit grâce à Filippo de Lavagna qui, après avoir fait venir de Parme l'imprimeur Antonio Zarotto (de Zarotis) supporta les frais de premier établissement de son atelier. Le plus ancien livre sorti de ses presses ne porte pas son nom, mais l'attribution n'en est pas douteuse. C'est le Liber de verborum significatione de Pompeius Festus, daté du 3 août 1471. Lavagna attira, un peu plus tard, dans sa ville natale, un second imprimeur, Christophe Valdarfer, qui avait déjà fait ses preuves à Venise. Le premier volume qu'il publia à Milan, en 1474, est un traité de saint Ambroise, Liber de officiis. Parmi les imprimeurs qui s'installèrent ensuite dans cette ville, on cite Jean Wurster de Campidonia, Léonard Pachel d'Ingolstadt, Ulric Scinzenzeler, Bonino et Antonio de Honate, Domenico de Vespolate, Jac. de Marliano, etc. C'est par l'un d'eux, Denis de Paravesino, précédemment imprimeur à Côme, que fut éditée, en 1476, la Grammaire grecque de Lascaris, que l'on regarde comme le premier livre imprimé en grec.

    Bologne. C'est un Bolonais d'origine, Balthazar Azzoguidi, qui introduisit l'imprimerie dans cette ville. Son premier volume contient les Œuvres complètes d'Ovide. Il est daté de 1471.

    Florence. Le prototypographe de cette ville est un orfèvre appelé Bernardo Cennini. Il travaillait aux portes du Baptistère avec Lorenzo Ghiberti, lorsque l'imprimerie se répandit en Italie. Les résultats de l'art nouveau l'enthousiasmèrent et il résolut de faire jouir sa patrie d'une si belle découverte. « Seul, dit P. Deschamps, sans notions typographiques, sans guide, sans autre aide que celle de ses deux fils, il découvrit les procédés jusqu'alors employés, et par une sorte de divination prodigieuse, mais qui était bien le fait des artistes florentins de cette époque, il sut se les approprier et parvint à mettre au jour, de 1471 à 1472, un Commentaire de Servius sur Virgile, en 1 vol. in-fol. » On ne connaît pas d'autre ouvrage de lui. Le second imprimeur de Florence fut un certain « Johannes Petri de Mogontia », c.-à-d. Jean, fils de Pierre ou Jean de Mayence. On lui doit la première édition du Philocolo de Boccace (12 nov. 1472). Parmi les imprimeurs qui s'installèrent ensuite dans cette ville, il convient de citer Nicolas, fils de Laurent de Breslau, qui publia le Monte santo di Dio d'Antonio da Siena (1477), le premier ouvrage dans lequel se trouvent des planches gravées en tailledouce; les frères Nerli qui imprimèrent, pour la première fois, les œuvres d'Homère, et enfin Philippo et Luc-Antonio Giunta, les chefs de l'illustre famille de typographes qui porte ce nom.

    Naples. L'imprimerie y fut portée par un prêtre de Strasbourg, appelé Sixtus Riessinger. Son premier livre parut en 1471: Bartolus de Saxoferrato, Lectura super Codice. Il eut comme concurrents Arnaud de Bruxelles, à partir de 1472, Berthold Rying de Strasbourg, et le célèbre Mathias d'Olmutz (Mathias Moravus), à partir de 1475.

    Autres villes. Le nombre des villes d'Italie dans lesquelles s'établirent, avant la fin , XVe siècle,
    des ateliers typographiques, est trop grand pour que nous puissions faire connaître ici les premiers produits de chacun d'eux. Nous nous contenterons d’énumérer ces villes, d'après l'ordre alphabétique, et de donner, avec la date d'introduction de l'imprimerie, le nom du ou des premiers imprimeurs. L'imprimerie fut introduite, à Aquila, en 1482, par Adam de Rotwill qui venait de Venise; à Ascoli, en 1477, par « Golielmo de Linis, de Alamania »; à Barco, en 1497, par R. Gerson, fils du juif Moïse de Soncino, le premier imprimeur hébreu de l'Italie; àBrescia, en 1472, par un imprimeur inconnu et plus ancien que Thomas Ferrando, dont on trouve ensuite le nom; à Cagli, en 1475, par Robertus de Fano et Bernardinus de Bergamo; à Carmagnola, en 1497, par un typographe ambulant dont le nom n'est pas connu; à Casal, en 1481, par « Gulielmus de Canepa Nova »; à Casal Maggiore, en 1485, par les juifs Josué et Moïse de Soncino; à Cividale del Friuli,en 1480, par Gérard le Flament, appelé aussi Gerardus de Lysa ou Lysae; à Colle (Toscane), en 1478, par « Johannes Allemanus de Medemblick »; à Côme, en 1474, par Ambroise « de Orcho » et Denis de Paravesino; à Cosenza (Calabre), en 1478, par Octavianus Salomonius de Manfridonia; à Crémone, en 1472, par Denis de Paravesmo et Etienne « de Merlinis de Leucho »; à Ferrare, en 1471 par le Français André Beaufort, qui signe Andreas Gallicus, Andreas Belforti ou Andreas de Francia; à Fivizano, en 1472, par un ouvrier de Venise, dont le nom n'est pas connu, qui avait dû travailler soit avec les frères de Spire, soit avec Jenson ou Valdarfer: à Forli, en 1495, d'un côté par Paul « Guarinus de Garinis » et Jean-Jacques « de Benedictis », et de l'autre par
    « Hieronymus Medesanus Parmensis»; à Gaëte, en 1487, par André Fritag, qui s'établit ensuite à Rome vers 1491; à Gênes, en 1474, par Mathias d'Olmütz, qui alla ensuite à Naples, mais à une date plus ancienne par un imprimeur inconnu; à Iesi (marche d'Ancône), en 1472, par Frédéric de Vérone on Fredericus de Comitibus: à Mantoue, en 1472 et peut-être en 1470, grâce à l'intervention du patricien Pietro Adamo de Michaelis, par deux ouvriers allemands, appelés Georges et Paul, et natifs de Putzbach; à Messine, en 1473, par Heinrich Alding, appelé par les Italiens maestro Rigo, qui avait vainement tenté de s'installer à Catane; à Modène, en 1475, par l'Allemand Jean Wurster, de Kempten; à Mondovi, en 1472, par Antonins Mathias, d'Anvers; à Nonantola (duché de Modène), en 1480, par les frères Georges et Antoine « de Mischmis »; à Novi, en 1483, par Nicolao Ghirardengo; à Mozzano, près de Lucques, en 1486, mais d'une façon temporaire, par deux imprimeurs de Lucques, Henri de Cologne et Henri de Haarlem; à Padoue, en 1472, par Bartolommeo de Valdezochio et son associé « Martinus de Septem Arboribus »; à Palerme, en 1477, par André de Worms; à Parme, en 1472, par Andrea Portilia; à Pavie, en 1471, par un imprimeur inconnu; à Pérouse , vers 1475 , par un 629 imprimeur inconnu ; à Pescia, en 1485,par Francesco Cenni; à Pignerol, en 1479, par le Français Jacques Le Rouge (Giacomo de Rossi, Jacobus Rubeus) qui s'était d'abord installé à Venise; à Pise, en 1482, grâce à l'intervention d'un Pisan appelé Bartolomeo de Sancto Concordio , par Ser Lorenzo et Ser Agnolo ; à Piova di Sacca, en 1475, par un imprimeur juif dont le nom n'est pas connu ; à Plaisance, en 1470, par Johannes Petrus de Ferratis; à Polliano (près de Vérone), en 1476, par trois imprimeurs dont on ne connait qu'un volume contenant divers traités de Pétrarque ; à Portesio (province de Brescia), en 1489, par Bartolomeo de Zanis de Giovanni, qui n'y imprima qu'un volume et s'installa ensuite à Venise ; à Reggio, en 1480, par les frères Bottoni ou de Bruschis ; à Saluces, en 1479, par Jean Lefèvre de Langres, que le marquis Louis II de Saluces avait décidé à quitter Turin pour quelques mois et à venir fonder un atelier typographique dans la capitale de son marquisat ; à Savigliano (Piémont), vers 1470, par un Allemand appelé Hans Glim ou Glein et un bourgeois du pays appelé Beggiano ; à Savone, en 1474, par le religieux Augustin Bono Giovanne, qui travailla naturellement dans le couvent de l'ordre; à Scandiano (près de Modène), en 1495, grâce à l'intervention du comte Ma thias Maria Bojardo, par Peregrino Pasquali; à Sienne, en 1484, par Henri de Cologne; à Trévi (près de Pérouse), en 1470, par l'Allemand Johann Reynard ; à Trévise, en 1471, Gérard de Flandre ou de Lisa, qui avait d'abord travaillé à Venise probablement dans l'atelier de Jenson; à Toscolano, en 1479, par « Gabriel Petri Trivixiani »; à Turin, en 1474, par Hans Glim, dont il a été déjà question pour Savigliano ; à Urbino, en 1484, par un imprimeur inconnu; à Verceil, en 1485, par Giacomo ou Giacomino Suigo da S. Germano ; à Vérone, en 1472, par un bourgeois de la ville appelé Jean ; dans le bourg de Sant' Orso, aux portes de Vicence, en 1472, et, dans la ville même, en 1474, par Léonard Achates de Bâle et Jean du Rhin, et, enfin,à Viterbe, en 1488, par un imprimeur inconnu qui ne semble y avoir imprimé qu'un volume.

    FRANCE. - Paris. On ne s'explique guère que Paris, qui était, au XVe siècle, le centre intellectuelle plus important de l'Europe, n'ait pas été choisi, pendant les premières années qui suivirent la découverte de l'imprimerie, comme lieu d'installation d'un ou plusieurs ateliers typographiques. Aucun des ouvriers qui quittèrent Mayence, au moment des fameux troubles de 1462, ne se dirigea vers cette ville. Ils furent sans doute arrêtés, quoi qu'on en ait dit, par la crainte de ne pouvoir faire aux nombreux copistes et libraires qui s'y trouvaient une concurrence assez avantageuse. Les continuateurs de Gutenberg se préoccupèrent cependant, de très bonne heure, d'y placer leurs produits. Fust y apporta lui-même, en 1463, l'édition de la Bible qu'il avait publiée l'année precedente. II en plaça un certain nombre d'exemplaires, mais le mouvement d'opinion qui se produisit contre lui fut tel qu'il dut quitter précipitamment la ville. On a même prétendu qu'un procès lui avait été intenté, mais on n'en a pas donné la preuve. Il revint à Paris en 1466, pour vendre son édition du De Officiis de Cicéron, et on a des raisons de croire qu'il y mourut. Schoiffer suivit son exemple et fit un voyage à Paris, en 1468, pour y placer sa Somme de saint Thomas. Personne n'eut l'idée, malgré cela, de tenter l'exploitation de l'art nouveau. C'est à deux professeurs de la Sorbonne, Jean Heynlin et Guillaume Fichet, que Paris dut l'établissement de son premier atelier typographique. Ces professeurs étaient tous les deux étrangers. Jean Heynlin était né à Stein, près de Constance (c'est le nom de Stein qui est devenu en latin Lapideus et en français La Pierre), et Guillaume Fichet au Petit-Bornand, en Savoie. C'est Jean Heynlin qui parait avoir eu le premier l'idée d'introduire l'imprimerie à Paris. Ils firent donc venir, de Münster, en Suisse, pense-t-on, trois ouvriers allemands: Ulric Gering (Guerinch ou Guernich), Michel Friburger et Martin Crantz ou Krantz, et les installèrent, dans les bâtiments de la Sorbonne, à la fin de 1469 ou au commencement de 1470. Ulric Gering était originaire de Münster, dont il vient d'être question, et Michel Friburger de Colmar. Quant à Martin Crantz, on le suppose aussi de Münster, mais sans en avoir la preuve. Le premier livre qu'ils imprimèrent est un recueil de lettres de Gasparin de Pergame : Gasparini [Barzizii] Pergamensis epistolae (1470), le second un Salluste (1470-71), le troisième les Orationes de Bessarion (1471) et le quatrième la Rhétorique, de G.Fichet (1471). Le nombre des ouvrages qu'ils éditèrent ainsi, de 1470 à 1472, s'élève à 30, d'après le tableau dressé par M. J.-M. Philippe. À la fin de 1472 ou au commencement de 1473, ils quittèrent la Sorbonne pour s'installer dans la rue Saint-Jacques. Deux de leurs apprentis, Pierre de Kaysere (Petrus Caesaris) et Jean Stoll, établirent, cette année même et dans cette même rue Saint-Jacques, à l'enseigne du Soufflet-Vert (in intersignio follis viridis), une imprimerie qui leur fit une concurrence acharnée. Schoiffer, de son côté, n'en continuait pas moins à expédier le produit de ses presses; et non seulement il vendait ses propres publications, mais il se faisait encore l'intermédiaire de plusieurs imprimeurs d'Allemagne. Il avait, de plus, établi à Paris un commissionnaire appelé Hermann de Stattboen ou de Stattern. Malheureusement, ce commissionnaire mourut, en 1474, et tous ses biens furent confisqués, en vertu du droit d'aubaine. Schoiffer protesta et on fit droit à ses réclamations. Il obtint, à la date du 21 avr. 1475, des lettres de rémission qui lui accordaient, avec divers avantages, une somme de 2,425 écus, pour le dédommager des pertes qu'il avait subies. Ulric Gering et ses associés, éclairés sur leurs intérêts par la mésaventure d'Hermann de Stattbœn, avaient sollicité et reçu, deux mois auparavant, en févr. 1475 (n. s.), des lettres de naturalité. Leur association ne dura pas longtemps. Michel Friburger et Martin Crantz se retirèrent, vers 1478, et retournèrent probablement en Allemagne. Ulric Gering resta donc seul. En 1479, il s'associa avec un libraire parisien, Guillaume Maynyal. En 1483, il s'installa, dans la rue de la Sorbonne, à l'enseigne du Buis (ad Buxum) et prit un nouvel associé, Berthold Rembolt de Strasbourg.
    L'imprimerie se développa très vite à Paris. Aussi ne pouvons-nous songer à donner ici la liste des imprimeries qui s'y établirent, pendant les vingt-cinq dernières années du XVe siècle. Il nous suffira de citer parmi eux Pasquier Bonhomme qui publia, en 1477 (n. s.), les Grandes Chro-630 niques de France, le premier livre français imprimé à Paris, avec date ; Antoine Vérard, « l'imprimeur français par excellence, l'éditeur des poètes et des romans de chevalerie »; Geoffroi de Marnef, Guy Marchand, François
    Regnault et enfin Philippe Pigouchet qui a imprimé pour Simon Vostre des livres d'heures d'un art si remarquable.

    Lyon. L'établissement de l'imprimerie dans cette ville est dû à un certain Barthélemy Buyer, d'une vieille famille bourgeoise. Il attira l'imprimeur Guillaume Leroy, originaire de Liège, l'installa dans sa maison et fit les frais de ses premiers travaux. Le premier volume, qui soit sorti de l'atelier, porte la date du 7 sept. 1473 et contient plusieurs traités d'Innocent lll réunis sous le titre suivant: Compendium breve quinque continens libros. Guillaume Leroy eut bientôt de nombreux concurrents. Plus de cinquante imprimeurs s'installèrent, en effet, à Lyon, dans le dernier quart du XVe siècle. Ils vinrent presque tous de l'étranger et en particulier de l'Allemagne et de Venise. Les plus connus d'entre eux sont Martin Husz, l'imprimeur du Miroir de la rédemption humaine (1478), première édition de la rédaction française du Speculum humanoe salvationis et probablement aussi le premier livre orné de figures sur bois qui ait été imprimé en France, Mathis ou Mathias Husz, frère ou proche parent du précédent, Jean Du Pré, Jean Trechsel et ses fils Melchior et Gaspard, Jean Fabri, Jean de Vingle, Guillaume Balsarin, Jean Numeister, Jacques Maillet et enfin Michelet Topie de Pymont auquel on doit le Voyage de Breydenbach de 1488, où l'on voit pour la première fois, en France, la gravure en taille-douce concourir à la décoration d'un livre.
    Toulouse. Le premier livre imprimé avec date à Toulouse ne porte pas de nom d'imprimeur : Andreas Barbatia, Repetitio solemnis rubrice de fide instrumentorum. Desbarreaux-Bernard cite quatre autres incunables, sans date, qui ont été imprimés avec les mêmes caractères que le précédent et sont vraisemblablement sortis des mêmes presses. Il faut y joindre une édition de la Pragmatique Sanction, aujourd'hui conservée à la Bibliothèque nationale. Le premier imprimeur dont on trouve le nom sur des impressions toulousaines est Jean Parix qui publia, en 1479, le traité De Clericis concubinariis de Jean-Alphonse de Bénévent. Il s'associa un peu plus tard avec Estevan Clébat et publia avec lui plusieurs livres en espagnol. Vinrent ensuite l'Allemand Henri Mayer qui imprima, en 1488, la première traduction française de l'Imitation; Jean de Guerlins ou de Gherlinc, Jean Grandjean, Guilhem du Boys, J. Damoysel, Nic. Vieillard, Ant. André, divers membres de la famille des Colomiez, etc.

    Autres villes. M. 0. Thierry-Poux a dressé, en tête de sa belle publication sur les premiers monuments de l'imprimerie en France (Paris, 1890, in-fol.), une liste des villes dans lesquelles des imprimeries ont été installées pendant le XVe siècle. Nous ne pouvons mieux faire que de la reproduire ici, en la faisant suivre des titres des premiers ouvrages imprimés et des noms des premiers imprimeurs. 1° Angers, 5 févr. 1477 (n. s.) . Cicero, Rethorica nova (in-4), impr. par Jean de La Tour et Morelli.- 20 Chablis, 1 er avr. 1478 : Jacques Le Grant, le Livre des bonnes mœurs (in-fol.), impr. par Pierre Le Rouge. Cet imprimeur s'établit ensuite à Paris où il publia, en 1488, la Mer des histoires, un des chefs-d'œuvre de la typographie du XVe siècle. - 3°Vienne, 1478 : Superbissimi Sathanae litigationis contra genus humanum liber (in-4), impr. par Jean Solidi. - 4° Poitiers, 14 août 1479: Breviarium historiale (in-4), impr. par un imprimeur inconnu dans la maison d'un chanoine de Saint-Hilaire. Les premiers imprimeurs de cette ville, dont les noms soient donnés, sont Jean Bouyer et Pierre Bellescullée. - 50 Caen, 6 juin 1480 : Horatius, Epistolae (in-4), impr. par Jacques Durandas et Gilles Quijoue. C'est le premier ouvrage d'Horace publié en France. – 6 °Albi, 17 nov. 1481 : Johannes de Turrecremata, Meditationes (in-4), impr. par Jean Numeister, l'un des ouvriers de Gutenberg, qui vint dans cette ville après avoir introduit la typographie à Foligno vers la fin de 1469, et alla ensuite se fixer à Lyon où il finit sa carrière. - 70 Chartres, 31 juil. 1482 Missale secundum usum Carnotensem (in-fol.), impr. par Jean Du Pré, dans la maison canoniale et aux frais du chanoine Pierre Plume. - 8° Troyes, 25 sept. 1483 : Breviarium secundum muni ecelesiae Trecensis (in-4), impr. par Jean Le Rouge. -9° Chambéry, 6 juil.1484 : Maurice de Sully, Exposition des évangiles, en roman (in-fol.), impr. par Antoine Neyret. - 10° Bréhant-Loudéac, déc. 1484 : le Trépassement de Notre-Dame (in-4), impr. par Robin Foucquet et Jean Crès. - 110 Rennes, 26 mars 1485 (n. s.) : Coutumes de Bretagne (in-8), impr. par Pierre Bellescullée et Josses.- 120 Tréguier, 4 juin 1485 : Coutumes de Bretagne (in-8), impr. par un imprimeur inconnu. - 13° Salins, 1485 : Missale secundum usum ecclesiae Bisuntinae (in-fol.), impr. par Jean Des Prés, Benoit Bigot et Claude Bodram. – 14 Abbeville, 1486 : Jean Boutillier, la Somme rurale (in-fol.), impr. par Pierre Gerard et Jean Du Pré. - 15° Rouen, mai 1487 : les Chroniques de Normandie (in-fol.), impr. par Guillaume Le Talleur. Une autre édition de ces Chroniques fut donnée à cette même date (14 mai 1487) par Noël de Harsy. - 16° Besançon, 1487 : Arnaldus de Villanova, Regimen sanitatis (in-4), impr. par Pierre Metlinger (?). - 170 Lantenac, 26 mars 1488 (n. s.) - Jean de Mandeville, Voyage en Terre sainte (in-4), impr. par Jean Crès. - 18° Embrun, 10 mars 1490 (n. s.) : Breviarium ad usum ecclesiae Ebredunensis (in-8), impr. par Jacotin Le Rouge. - 19° Grenoble, 29 avr. 1490 : Guido Papa, Decisiones parlamenti Delphinalis (in-fol.), impr. par Etienne Foreti. - 20° Dole, 31 mai 1490 : Coutumes du comté et du duché de Bourgogne (in-fol.), impr. par Pierre Metlinger. - 210 Orléans, 31 mars 1491 (n. s.) : Gui de Montrocher, le Manipulus curatorum, en français impr. par Mathieu Vivian. - 22° Goupillières (Eure), 8 mai 1491 : Heures à l'usage du diocèse d'Evreux (in-8), impr. par Michel Andrieu. On ne connait que 36 feuillets du seul exemplaire connu de ce livre d'heures découvert par M. Léopold Delisle. - 23° Angoulême, 17 mai 1491 : Auctores octo (in-8), impr. par Pierre Alain et André Cauvin. - 24° Dijon, 4 juil. 1491 : Collectio privilegiorum ordinis Cisterciensis (in-4), impr. par Pierre Metlinger. Les caractères dont il s'est servi lui avaient été fournis par Amerbach. - 25° Narbonne, 31 oct. 1491 : Breviarium ad usum ecclesiae Narbonensis (in-8), impr. par un imprimeur inconnu. - 260 Cluny, 1492 : Breviarium Cluniacense (in-8), impr., pense-t-on, par Michel Wensler, de Bâle. C'est probablement à ce bréviaire et à un missel imprimé en 1493 que se rapporte une ordonnance célèbre du chapitre général de Cluny, du 5 mai 1493, qui fixe le nombre des exemplaires de deux livres récemment publiés, que les maisons de l'ordre devaient acquérir à un prix déterminé. - 27° Nantes, 15 avr.1493 : Jean Meschinot, les Lunettes des princes (in-4), impr. par Etienne Larcher. - 280 Chalons-sur-Marne, 24 juil. 1493 : Diurnale ad usum ecclesiae Cathalaunensis (in-8), impr. par Arnoul Bocquillon. - 29° Tours, 10 févr. 1494 (n. s.) : Breviarium ad usum ecclesiae Turonensis (in-8), impr. par Simon Pourcelet. Il existe un Missale Turonense, imprimé en 1485, mais on n'a pas la preuve qu'il soit sorti de presses installées à Tours. - 300 Mâcon,63110 mars 1494 (n. s.) : Diurnale Matisconense (in-8), impr. par Michel Wensler de Bâle. - 31° Limoges, 21 janv. 1495 : Breviarium ad usum ecclesiae Lemovicensis (in-8), impr. par Jean Berton
    - 32° Provins, 1er oct. 1496 : la Règle des marchands, nouvellement translatée de latin en français (in-4), impr. par Guillaume Tavernier. Jean Trumeau parait avoir été le premier imprimeur de cette ville, mais les livrets qu'il a publiés ne sont pas datés. - 33° Valence, 1496 : Guido Papa, Commentaria super statuto Dalphinali (in-4), impr. pour Hélie Olivelli, probablement par Jean Belon. - 34° Avignon, 15 oct. 1497 : Lucianus, Palinurus, Scipio romanus, etc. (in-4), impr. pour Nicolas Tepe, par Jean Du Pré, de Lyon. - 35° Périgueux, 1498 : Johannes de Lapide, Resolutorium dubiorum circa celebrationem missarum (in-4), impr. par Jean Carant. - 36° Perpignan, 1500 :
    Breviarium secundum consuetudinem Elnensis ecclesiae (in-8), impr. par Jean Rosembach de Heidelberg. - 37° Valenciennes, 1500 : Jean Molinet, la Très désirée et proutifitable Naissance de très illustre enfant Charles d'Austrice (in-4), impr. par Jean de Liège.

    GRANDE-BRETAGNE. -Londres. L'imprimerie fut introduite en Angleterre par William Caxton (V. ce nom). On a vu qu'il était l'auteur d'une traduction du Recueil des histoires de Troye de Raoul Lefebvre, imprimé à Cologne, vers 1474, et que cette traduction avait formé le premier livre imprimé en anglais. Il dut quitter le continent à la fin de 1474. Il s'installa d'abord dans les dépendances de l'abbaye de Westminster et non pas à Londres même. Le premier livre qu'il y imprima parait être le suivant, bien qu'il ne porte pas de date : Propositio clarissimi oratoris magistri Johannis Russell (in-4). Le premier livre qui ait été publié à Londres même est dû à un certain John Letton.. Ce sont les Questiones super XII libros metaphysicae d'Antoine André. On n'a aucun renseignement positif sur l'origine de cet imprimeur. C'était probablement un de ces ouvriers allemands que Caxton avait amenés. Les frais d'impression de ce premier volume furent supportés par un certain Wilhelm de Malines ou Macklyn. Wynken ou Wynandus de Worde hérita du matériel et même de l'officine de Caxton dans laquelle il travailla jusqu'en 1501 ou 1502. A cette date il quitta Westminster et vint s'installer à Londres. Le nombre des ouvrages qu'il édita dépasse le chiffre de 400. Il mérite d'être compté parmi les plus grands imprimeurs de l'Angleterre. Après lui vinrent Richard Pinon ou Pynson, Julian Notary, William Faques, Henry Pepwell, etc. Richard Pinon était de Rouen. C'est à lui qu'est dû l'introduction du caractère romain en Angleterre.

    Autres villes. L'imprimerie ne se répandit pas dans la Grande-Bretagne avec la même rapidité que dans les pays de l'Europe centrale. En dehors de Londres, deux villes seulement, Oxford et Saint-Albans, la reçurent, avant la fin du XVe siècle. Elle fut portée à Oxford en 1479, par un Allemand de Cologne, appelé Thierry (Teudoricus ou Teodericus) Rood, qui s'associa avec un habitant de la ville, appelé Thomas Hunt. Les premiers volumes qui sortirent de leurs presses furent l'Éthique d’ Aristote et le traité De Peccato originali de Gilles de Rome. Des moines de Citeaux l'installèrent à Saint-Albans l'année suivante. Deux des ouvrages qu'ils y publièrent portent, en effet, la date de 1480. Ce sont la Rethorica nova de Laurentius Guillelmus de Saona et le Liber modorum significandi de Sigandus Albertus. Les autres centres intellectuels eurent encore moins de hâte de jouir de la découverte nouvelle. L'imprimerie ne fut installée, dans plusieurs d'entre eux, qu'à des dates assez avancées du XVIe siècle. En voici, d'ailleurs, quelques exemples. Elle fut introduite à Cambridge, en 1521, par Jean Siberch ; à Canterbury, vers 1540, par John Mitchell ; à Dublin, en Irlande, en 1551, par Humphrey Powell ; à Edimbourg, en Écosse, en 1507, par Walter Chepmann et Andrew Myllar, et à York, en 1509, par Hughes Gœs ou Van der Gœs, qui était, pense-t-on, d'origine belge.

    ESPAGNE ET PORTUGAL. - Valence. C'est la première ville de la péninsule dans laquelle ait été installé un atelier typographique. Les premiers ouvrages qui en sortirent ne portent pas de nom d'imprimeur. Ce sont d'abord un Certamen pœtich en l'ohor de la concecio de la Vierge qui dut paraître en 1474, et, ensuite, un Comprehensorium de Juan et un Salluste, datés tous les deux de 1475. Il semble toutefois qu'on doive les attribuer à Lambert Palmart ou Palomar, d'origine allemande, à Philippe Vizlant d'Isny en Wurttemberg, et à Alfonso Fernandez de Cordone, qui publièrent, en 1478, une Bible en dialecte limousin. Les autres imprimeurs de cette ville furent, au XVIe siècle, Lope de Rocca, Jaime de Vila, Pedro Hagembach et Leonardo Hutum, Nicolas Spindeler, etc.

    Barcelone. L'imprimerie ne paraît pas, quoi qu'on ait dit, remonter dans cette ville au delà de 1478. Ses deux premiers imprimeurs connus sont Nicolas Spindeler, d'origine allemande, et le Savoyard Pierre Bru ou Bruno. Ils publièrent, cette année, les deux traités de saint Thomas sur l'Éthique et la Politique d'Aristote. Ils se séparèrent peu de temps après. Bru s'associa, en 1481, à un Espagnol appelé Pedro Posa, qui paraît, de son côté, avoir travaillé seul à partir de 1482. Après eux vinrent Pedro Miguel ou Pere Miguel Condam, Juan de Rosembach et Diego de Gumiel. Ces deux derniers quittèrent ensuite Barcelone, pour aller travailler, le premier à Tarragone, en 1499, et à Perpignan, en 1500 ; le second à Valladolid, en 1502, et à Valence, en 1513 et 1515.

    Saragosse. Une édition du Manipulus curatorum de Guy de Montrocher, publiée avec la date de 1475, par un imprimeur flamand, appelé Mathieu, passe pour être le premier livre imprimé dans cette ville. On ne connait pas d'autre volume de cet imprimeur. Paul Hurus, de Constance, vint ensuite et publia, en 1485, un recueil des Épîtres et Évangiles, en portugais. Trois ouvriers allemands, George Coci, Leonardo Butz et Lupo Appentegger, s'y établirent en 1500.
    Séville. Les premiers imprimeurs de cette ville furent les Espagnols Antonio Martinez, Bartholome Segura et Alphonso del Puerto. On leur attribue, bien que leurs noms n'y figurent pas, une édition, sans date, du Sacramentale de Clemente Sanchez de Vercial, qu'on croit de 1475. Ils réimprimèrent cet ouvrage, en 1477, et y mirent cette fois leurs noms. Ils publièrent, la même année, le Manuale d'Alphonso Dias de Montalvo. Ils rompirent leur association, peu de temps après, et travaillèrent séparément. Leurs concurrents furent Paulus de Colonia, Joh. Pegniezer de Nuremberg, Thomas Glockner, Magnus de Herbst, Meynard Ungut et Stanislas Polono, Pedro Brun et Juan Gentil, Jacobo de Villagusa, etc.
    Autres villes. L'imprimerie fut introduite, au XVe siècle à Braga, en 1494, par Jean Gherling, d'origine allemande à Burgos, en 1485, par Frédéric de Bâle, appelé Fadrique Aleman par les Espagnols ; à Grenade, en 1490-1491, avant la conquête, par un typographe inconnu, et, en 1496, après la conquête de la ville, par les Allemands Meynard Ungut et Jean de Nuremberg ; à Leiria (Estramadure), en 1492, par un imprimeur juif inconnu ; à Lérida, en 1479, par Antonio Palares ; a Lisbonne, en 1485, par un imprimeur juif inconnu auquel est encore dû un volume daté de 1489 et imprimé : « in œdibus Rabbi Zorba et Raban Eliezer » ; à l'abbaye bénédictine de Montserrat, en 1499, par l'Allemand Johann Lushner, établi d'abord à Barcelone ; à Monte Rey, en Galice, par « Gundisalvus Rodericus de La Passera et Johannes de Porres » ; à Murcie, en 1487, par Lope de La Roca, qui venait de Valence ; à Pampelune, en 1495, par Arnaud Guilhen Brocar (la date de 1489 donnée par certains bibliographes n'est pas sûre) ; à Salamanque, en 1480, par Arnaud Guilhen Brocar et son fils, dont il vient d'être parlé ; à Soria (Vieille-Castille), en 1489, par Barthélemy de Lille ; à Soura (Estramadure), en 1490, par un imprimeur hébreu inconnu ; à Tarragone, en 1498, par Jean de Rosembach ; à Tolède, en 1486, grâce au cardinal Ximenez, par Juan Vasquez (Vasquii) et à Valladolid, en632
    1492, par Juan de Froncourt, que les uns disent Allemand et les autres Français; ces derniers veulent, par suite, l'appeler Francœur; et à Zamora, en 1482, par Antonio de Centenara. La ville de Madrid fut moins favorisée que celles dont nous venons de citer les noms. L'imprimerie ne paraît y remonter qu'à l'année 1560. Les dates antérieures données par divers bibliographes ne semblent pas admissibles.
    PAYS-BAS. - Alost. C'est dans cette ville qu'a été établi le premier atelier typographique néerlandais. Le premier livre qui en soit sorti est Intitulé Speculum conversionis peccatorum et porte la date de 1473. Il n'a pas de nom d'imprimeur. Il en est de même du Libeilus de duobus amantibus d'Eneas Silvius Piccolomini imprimé la même année. A. Bernard a cru pouvoir les attribuer à Jean de Westphalie. Il semble, au contraire, qu'il faille en faire honneur à Thierry Martens qui quitta cette ville,vers 1476, pour s'installer successivement à Anvers et à Louvain.

    Utrecht. Les prototypographes de cette ville sont Nicolas Ketelaer et Gerard de Leempt. La plupart des ouvrages qui leur sont attribués ne portent pas leurs noms. Beaucoup même ne contiennent aucune indication de lieu ou de date. La première date qu'on y trouve est celle de 1473. L'association formée par ces deux typographes ne fut pas de longue durée; elle paraît avoir été rompue en 1474. Leur matériel fut acquis par Guillaume Hees. Le premier volume qu'y imprima Jean Veldener, après son départ de Louvain, porte la date de 1478.

    Louvain. Jean de Westphalie ou Jean de Paderborn fut appelé par l'université de cette ville pour y établir une imprimerie. Il s'installa d'abord dans les bâtiments de l'université et y publia, en 1474, son premier livre Petrus de Crescentiis, Liber moralium commodorum. Il transporta ensuite son établissement en ville et prit sinon des associés du moins des apprentis. Jean Veldener vint lui faire concurrence à la fin de 1476, mais ne la continua pas longtemps; il quitta cette ville vers 1477, pour s'installer à Utrecht. Les autres imprimeurs de Louvain, au XVe siècle, furent Gilles Van der Heerstraten, Louis de Ravescot et Conrad de Paderborn.

    Bruges. Le premier et le seul imprimeur qui paraisse s'être installé dans cette ville au XVe siècle, est le célèbre Colard Mansion. Il a publié son premier livre, le Jardin de dévotion, vers 1475. Il a eu soin de dire que c'était sa première œuvre, mais il n'en a pas donné la date. Son premier livre avec date est un Boccace, Du dechiet des nobles hommes et cleres femmes, qui parut en 1476. Mansion fut protégé par Louis de Bruges, l'un des plus grands bibliophiles du XVe siècle. Caxton fit un assez long séjour à Bruges. C'est même dans cette ville qu'il commença sa traduction des Histoires de Troye de Raoul Lefebvre.

    Anvers. Cette ville dispute à Alost et à Louvain l'honneur d'être la première de Belgique dans laquelle ait été installée une imprimerie. Mais les raisons données en sa faveur ne sont pas concluantes. Son premier imprimeur paraît bien être,Thierry Martens, qui y publia, en 1476, les deux volumes suivants: 1° Summa experimentorum sive thesaurus pauperum magistri Petri Hispani; 2° Rodulphi Agricole opuscula. Mathiis Van der Gœs ne débuta que vers 1480.

    Autres villes. L'imprimerie fut introduite à Audenarde, en 1480, par Arnoldus Cœsaris, dont on a fait Arend ou Arnold de Keysere ou Keiser et Arnaud l'Empereur; à Bois-le-Duc, en 1484, par Gérard de Leempt; à Bruxelles, vers 1472, par les frères de la Vie commune (leur premier livre parait être le Gnotosolitos sive speculum conscientiae d'Arnold Geilhoven, imprimé en 1476); à Culembourg, en 1483, par Jean Veldener, le célèbre imprimeur de Louvain et d'Utrecht; à Delft, en 1477, par Jacob Jacobszœn Van der Meer et Mauricius Yemantszœ; à Deventer, en 1476, par Richard Paffroet, qui avait été appelé, croit on, par les bénédictins de la ville; à Gand, en 1480, par Arnoldus Cœsaris, dont il a été déjà question à propos d'Audenarde; à Gouda, en 1477, par Gheraert de Leeuw; à Haarlem en 1483, probablement par Jacob Bellaert; à Hasselt, en 1480, par Peter Van Os de Breda; à Leyde, en 1483, par Heynricus Heynrici; à Nimègue,en 1479, par un imprimeur inconnu; à Schiedam, en 1498, par un imprimeur inconnu installé dans le couvent des frères mineurs; à Schoonhoven, en 1495, par les chanoines réguliers de Saint-Augustin; et, enfin, à Zwolle, en 1479, au plus tard, par J. de Vollenhœ Peter Van Os et un imprimeur inconnu qui travaillèrent dans des ateliers différents.

    HONGRIE, BOHÊME ET AUTRICHE. - La Hongrie semble avoir reçu l'imprimerie avant la Bohême, et cela grâce à son grand roi Mathias Corvin qui fit introduire l'art typo graphique à Bude, en 1473, par l'imprimeur Andrea Hess, venu, à ce qu'il semble, de Parme. La Bohême, toutefois, fait valoir des titres, assez indécis, il est vrai, à la priorité. Sa capitale, Prague, célèbre alors par sa vieille université, n'a reçu authentiquement l'imprimerie qu'en 1478, mais elle fait remonter ses prétentions à la prototypographie tchèque jusqu'à l'année 1468. C'est à cette même date que sa rivale, la ville de Pilsen, rattache les siennes, bien que des écrivains nationaux très sérieux considèrent cette date comme celle de la composition du volume et non celle de son impression qu'ils reportent à l'année 1475. Les autres villes de ce pays ayant reçu l'imprimerie avant la fin du XVe siècle sont: Brunn, en 1486; Kuttenberg en 1489 (Martin de Tissnowa); Olmütz, en 1500 (Conrad Baumgarten). - La typographie fut introduite dans la ville impériale de Trente dès 1475, par Albrecht Duderstat von Eiksvelt, et seulement en 1482 à Vienne par un imprimeur anonyme.

    POLOGNE. - Cracovie, alors capitale de royaume et illustre par son université, introduisit chez elle l'imprimerie vers 1474, par les soins, à ce qu'on croit, du célèbre typographe d'Augsbourg, Günter Zainer. - Vilna, capitale du grand-duché de Lithuanie, ne l'eut qu'en 1517, et Varsovie seulement en 1578. La petite ville de Pinczow (dans le palatinat de Cracovie), à laquelle une école très florissante et une académie valurent le surnom d'Athènes de la Sarmatie, eut un établissement typographique dès 1559, organisé par les Frères Bohêmes dissidents. Le prince Nicolas Radziwill, richissime palatin de Vilna et protecteur zélé des dissidents, fit installer à ses frais, à la même date, dans sa ville de Brzesc (Lithuanie), une imprimerie où fut exécutée ensuite, en 1563, la célèbre Bible polonaise, dont la traduction avait été faite, sous les yeux du prince, à Pinczow, par un comité de savants protestants. La ville de Nieswiez (dans l'ancien palatinat de Novogrod), appartenant au même prince, eut en même temps une typographie, d'où sortit, en 1562, un cathéchisme socinien en langue ruthène.

    DANEMARK, SUÈDE ET NORVÈGE. - L'imprimerie pénétra dans ce pays à des dates plus anciennes qu'on ne serait tenté de le supposer. Ainsi, elle fut introduite à Odensee (Fionie), en 1482, par Jean Snell; à Copenhague, vers 1490, par Gottfried de Ghemen; à Stockholm, en 1483, par J. Snell qui s'était d'abord installé à Odensee; à l'abbaye de Wadsten, en 1495, par des ouvriers venus probablement de Lubeck, et, enfin, à Upsal, en 1510, par Paul ou Pawel Grijs, grâce aux efforts de l'archevêque Jacques Œrnefot (Ulphonis). La Norvège fut moins favorisée. L'imprimerie ne s'installa à Christiania qu'au XVIIe siècle. Son premier633
    imprimeur fut Tyge Nielsson qui publia son premier livre en 1644. On a dit que l'imprimerie avait été introduite à Trondhjem, en 1530, mais cette assertion paraît reposer sur une erreur. Le Breviarium Nidarosiense qui y aurait été imprimé, d'après Cotton, doit être celui qui sortit, à cette date, des presses établies par l'imprimeur suédois J. Mathiasson, à Holum, sur la côte d'Islande.

    RUSSIE. - Le tsar Ivan IV Vassiliévitch, dit le Terrible, ordonna, dès 1553, la création à Moscou, sa capitale, d'un établissement typographique, sous la direction du diacre Ivan Fédorov (V. ce nom) et de Pierre Mstislavzov. Il ne commença à fonctionner que le 19 avr. 1563, et le premier livre qui soit sorti de ses presses fut achevé le 1er mars 1564. Intitulé Apostol, il contient les Actes des Apôtres, les épîtres de saint Paul, etc., en russe, et il n'en existe qu'un seul exemplaire conservé à la bibliothèque de Saint-Pétersbourg.

    GRÈCE ET TURQUIE. - D'après Toderini, le premier livre imprimé à Constantinople serait un Lexique hébraïque, mais on n'en a encore signalé aucun exemplaire. Il aurait été publié, en 1488. Deux ans après, en 1490, parut une Histoire du peuple de Dieu du R. Joseph ben Gorion. Une seconde imprimerie hébraïque fut établie, vers 1597, au petit village de Koregism qui n'est plus aujourd'hui qu'un faubourg de Constantinople.

    En raison de la conquête turque, ce n'est qu'au commencement de ce siècle que l'imprimerie a été introduite en Grèce. Les livres de liturgie, de science et de littérature dont elle avait eu besoin jusque-là s'étaient imprimés à Venise, chez Nicolas Glyky, à Vienne ou même â Paris. Le premier atelier qui y ait fonctionné est celui qui fut installé àChios, avec le matériel envoyé de Paris par M. Ambroise-Firmin Didot. C'est de cet atelier que sortit, en 1821, la Grammaire grecque, en langue vulgaire, du professeur Bambas. Il fut malheureusement détruit par les Turcs, en 1822. L'imprimerie que Constantin Dombras avait établie, vers la même époque, à Cydonie, après un séjour de deux ans à Paris, dans la maison Didot, avait subi le même sort, le 15 juin de l'année précédente. En 1823, Ambroise -Firmin Didot fit don à la Grèce d'un nouveau matériel. Il aurait voulu le faire installer à Athènes, mais ne put y réussir. On le conduisit à Hydra, où on imprima, en 1824, le journal l'Ami de la Loi, ô GREC GREC GREC. Cette imprimerie fut ensuite transportée à Nauplie. Pendant cette même année 1824, le Comité philhellénique de Londres envoya des imprimeries à Missolonghi et à Athènes. Cette dernière fut détruite par les Turcs, le 24 mai 1827, lorsqu'ils reprirent la ville. Elle ne fut réinstallée qu'en 1834 par André Koromélas, qui était venu s'instruire, chez Didot, des procédés de la typographie.

    Diffusion de l'imprimerie hors d'Europe. –
    MEXIQUE ET AMÉRIQUE DU SUD. - On attribue généralement au vice-roi du Mexique Antonio de Mendoza l'établissement de l'imprimerie à Mexico; mais, tandis que les uns placent cet événement vers 1537, les autres le font remonter à 1532 et donnent comme imprimé à cette date par un certain Juan Pablos l'Echelle céleste de saint Jean Climaque, traduite du latin en espagnol par Jean de Malema. On ne connaît, malheureusement aucun exemplaire de cet ouvrage. Jusqu'à plus ample informé, le plus ancien livre, avec date certaine, qui soit sorti des presses de Mexico est un Manual de adultos, dont on ne possède que les quatre derniers feuillets. Il porte, dans la souscription, la date de 1540. En 1541 parut une Relacion del espantable terremoto... de Guatimala, et, en 1544, la Doctrina christiana de Pedro de Cordova. Tous ces ouvrages sont dits imprimés par ordre de don Juan Cumarraga, évêque de Mexico, dans la maison de Juan Cromberger. Mexico est la première ville d'Amérique dans laquelle la typographie ait été installée. Lima paraît être la seconde. L'imprimerie y fut introduite par Antonio Ricardo, qui y publia, en 1585, un Catecismo y exposicion de la doctrina cristiana. On la voit ensuite se répandre, mais très lentement, dans les autres colonies espagnoles, portugaises ou françaises de cette partie de l'Amérique. Elle fut portée à Rio de Janeiro, vers 1747, par l'imprimeur Antonio Isidoro da Fonseca, qui avait déjà une maison à Lisbonne; à Cordova de Tucuman, vers 1766; à Buenos Aires, en 1781; à Montevideo, en l807, par un Américain appelé William Scolloy, d'après Ternaux-Compans, mais plus probalement par des ouvriers venus de Buenos Aires; à Santiago de Chili, vers 1813, grâce aux efforts de Carrera qui fit venir des Etats-Unis des ouvriers typographes et un matériel, et, enfin, à San Luiz de Maranhâo, en 1821.

    AMÉRIQUE DU NORD. ETATS-UNIS. - C'est au pasteur Joseph Glover que revient l'honneur d'avoir introduit l'imprimerie dans ce pays. Pour réaliser son projet, il se rendit en Angleterre et en Hollande, y acheta le matériel nécessaire et se fit suivre par un ouvrier typographe appelé Stephan Daye. Les circonstances ne lui permirent malheureusement pas d'accomplir la dernière partie de sa tâche. II mourut pendant la traversée. Sa veuve s'intéressa au projet et réussit à fonder une imprimerie à Cambridge, dans le Massachusetts. Les premiers ouvrages qui en sortirent furent The Freemans Oath (1639), un Almanach et un livre de Psaumes. Un peu plus tard, l'atelier fut porté à Boston et la direction en fut confiée à Samuel Green..
    C'est un frère de ce dernier, Barthélemy Green, qui fonda, en 1704, le premier journal américain, The Boston News Letter. D'autres imprimeries ne tardèrent pas à s'établir dans la ville. C'est dans celle qu'y avait installée, en 1717, son frère aîné James, que Benjamin Franklin (V. ce nom, t. XVIII, p. 64) apprit les éléments de son art. On sait qu'il en fonda une lui-même â Philadelphie, en 1728, avec laquelle il publia son fameux Richard Saunders. L'imprimerie fut introduite à Baltimore par Nikolaus Hasselbauhg, né à Philadelphie de parents allemands, et à New York, en 1693, par William Bradford. Une seconde imprimerie fut fondée dans cette dernière ville, en 1726, par Joh. Peter qui commença à faire paraître, en 1733, The New York weekly Journal.

    ASIE. INDE. - Des jésuites portugais établirent des imprimeries à Goa, en 1563, et à Tranquebar, en 1569. Ce n'est qu'au XVIIIe siècle (1737), qu'on en installa une à Colombo, dans l'île de Ceylan.

    SYRIE. PERSE. - Des imprimeries fonctionnèrent à Damas en 1605, à Tiflis, en 1701, à Alep, en 1706, et à Beyrouth en 1751. Un Anglais nommé Burgess en établit une à Téhéran, en 1851, et y publia un journal.

    CHINE. JAPON. - Les premiers missionnaires qui s'y occupèrent d'impression se servirent de la méthode xylographique. Ils cherchèrent néanmoins d'assez bonne heure à y acclimater les procédés européens. Ils publièrent à Pékin, dès 1603, avec des caractères mobiles, un ouvrage intitulé Cœlestis doctrinae vera ratio. Les premiers essais durent être faits à Macao. On cite, en effet, comme ayant été imprimé dans cette ville en 1590, le récit en latin d'une ambassade du Japon à Rome. En 1620, le jésuite Nicolas Trigault imprime à Nanking un Dictionnaire chinois, en 3 vol., et en 1661, paraît dans l'ile de Formose une traduction malaise des évangiles de saint Jean et de saint Matthieu. A partir de 1662, les caractères634mobiles furent employés sur une plus grande échelle, parce que l'empereur Kang-hi en fit graver sur cuivre 250 000. Ces caractères ne servirent malheureusement pas long temps. Ils furent convertis en monnaie de billon. Depuis cette époque, néanmoins, l'impression avec caractères mobiles a été employée concurremment avec l'impression tabellaire. L'imprimerie fut installée au Japon à la même époque qu'en Chine. Des presses fonctionnèrent à Amakusa et à Nangasaki dès la fin du XVIe siècle.

    OCÉANIE - Des missionnaires anglais installèrent l'imprimerie à Taïti, en 1818, sous les auspices du roi Pomaré. Elle ne fut portée dans l'ile Hawaï qu'en 1822.

    AFRIQUE. EGYPTE. - L'imprimerie fut introduite dans ce pays par Bonaparte, pendant l'expédition de 1798-99. Il établit d'abord un atelier au Caire, auquel il fit imprimer des proclamations en arabe et en français. Il en installa ensuite deux autres à Alexandrie et à Gizeh.

    Il serait sans intérêt de pousser plus loin l'histoire de la diffusion de l'imprimerie. Son établissement a suivi partout la conquête, aussi bien en Afrique qu'en Amérique et dans les îles de l'Océanie. Sa marche a marqué, dans le monde contemporain comme dans celui du XVe et du XVIe siècle, les progrès de la civilisation. C. COUDERC.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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