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    Dossier: Hongrie

    La musique hongroise

    Léo-Pol Morin
    LA MUSIQUE HONGROISE

    Pour nous qui ne la connaissons pas, la musique hongroise est représentée avant tout par les tziganes.
    Ces tziganes, d'ailleurs, la représentent fort bien.
    Ce sont eux qui, au cours du siècle dernier, ont redonné une vie à cet art d'improvisation particulier aux peuples de l'Europe centrale.
    Ces artistes au métier impeccable et d'une troublante fantaisie ont inventé bien avant les faux nègres d'Amérique une sorte de « hot jazz » dont la rutilance, la verve, la couleur, la chaleur et l'élan sont proprement irrésistibles. Ils sont les inventeurs de rhapsodies improvisées que Liszt, par la suite, a si somptueusement traitées.
    M. Émile Haraszti nous dit que « la musique hongroise a le même âge que le peuple hongrois, mais qu'il n'y a que quatre siècles que nous lui connaissons une vie indépendante».
    C'est que la Hongrie, au cours des siècles, dit-il encore, a dû « mener une lutte désespérée pour défendre la civilisation occidentale contre l'Islam et défendre en même temps son indépendance nationale contre l'Autriche ».
    Rien n'a été conservé des époques primitives, et ce n'est guère qu'au XVIe, sous la domination des Turcs, qu'on vit poindre une musique personnelle sur le sol hongrois.
    Cette musique, d'ailleurs, doit beaucoup à l'apport des tziganes turcs. Ils lui redonnèrent son caractère primitif oriental qu'elle avait perdu au cours de luttes incessantes.
    L'histoire superficielle a toujours confondu la musique des Hongrois avec elle des Autrichiens, des Tchèques, des Roumains et tout ensemble des Allemands.
    Au cours du siècle dernier, pourtant, la Hongrie peut revendiquer avec honneur de grands musiciens comme Liszt, Erkel et même Mosonyi.
    Il se trouve que François Erkel a contribué à opérer en Hongrie une renaissance musicale analogue à celle de Glinka en Russie et de Pedrell en Espagne. Avec Liszt, il mit en friche un folklore d'une richesse et d'une abondance inouïes, qui devait servir de tremplin à la génération suivante. Ainsi, le conseil de Liszt a été admirablement suivi, lui qui écrivait: « Si l'on veut conserver la musique dite hongroise dans toute son intégrité, il faut lui laisser son atmosphère, son « morceau de toile bleue » , il ne faut la dépouiller d'aucun de ses trois éléments principaux: ses intervalles et leurs incohérences, ses rythmes et leurs vacillations, sa fioriture et son surplein. »

    *
    * *

    C'est ce qu'un musicien comme Béla Bartok a admirablement compris.
    Mais au moment où il entreprend son oeuvre, son pays est encore sous la domination des Allemands, musicalement. Les frontières sont solidement fermées à toute influence autre que l'allemande, et ce n'est qu'avec le plus grand mal qu'il fait enfin pénétrer les généreuses esthétiques de Pelléas et du Sacre.
    Parti de Wagner, de Brahms et de Liszt, ce héros de la musique hongroise a posé et résolu un problème ardu, celui de redonner à la musique de son pays un sens hongrois. Il a retrouvé dans le sol même de son pays un accent particulier et un rythme qui sont une des plus puissantes originalités de son style.
    Sa mélodie n'est pas une mélodie pleine de fioritures à la manière des tziganes. C'est une mélodie toute proche de l'orient, plus nue, plus campagnarde et plus rude. Mais cette mélodie primitive et populaire, il la traite et la stylise ainsi que le font Strawinsky et Falla, respectivement, sans pour cela lui faire perdre son accent de terroir.
    Sa musique est un flot tumultueux, rythmique, puissant et nerveux. C'est le besoin de vivre, de crier, de remuer. Mais non pas sans contrôle. Une maîtrise souveraine sait diriger cette force vive de la nature qui s'exprime, à l'occasion, en des pages tendres qui contrastent, par exemple, avec la rudesse de L'Allegro Barbaro, tout en angles droits. Telles pages des Chansons paysannes hongroises, de la « Suite » Op. 14, des Improvisations, des Études et des Sonates, montrent une poésie et une nostalgie intense, aussi un héroïsme et une joie qu'on ne rencontre pas fréquemment dans la musique d'aujourd'hui.
    Une oeuvre comme Falun (Au Village), en son âpreté et sa mâle rudesse, révèle une humanité profonde.
    Son orchestre est sans chatoiements et ne redoute rien tant que les coloris doucereux et charmants. Il est net de couleur, direct, souvent explosif, mais admirablement dosé.
    Bartok n'a jamais été profondément sollicité par l'influence de Schoenberg. La complexité cérébrale de l'auteur des Cinq Pièces pour orchestre ne saurait s'accorder avec l'art réel, vivant, physique et musclé, du Hongrois Bartok, qui est de l'époque du ciment armé, nu et sans décorations artificielles. Schoenberg est un cérébro-romantique et Bartok est anti-romantique par nature. Celui-ci domine toujours sa sensibilité, tandis que l'autre l'étouffe sous de savantes complexités contrapuntiques.
    Romantique, ou plutôt lyrique, Zoltan Kodaly l'est certainement par opposition à Bartok. Mais comme son lyrisme est froid! Sa mélancolie sentimentale est sans chaleur.
    Cependant son Psaume Hongrois a une force dramatique, une puissance tragique qui en fait une des œuvres les plus importantes et les plus significatives de la musique hongroise d'aujourd'hui. Il y a là, certainement, des accents poignants où se retrouve l’âme populaire, ardente et héroïque de la Hongrie. C'est la seule oeuvre de Kodaly, jusqu'ici, qui puisse prétendre briser les frontières strictement nationales et chercher au dehors des admirateurs.
    Le grand pianiste Dohnanyi, compositeur de renom également, est une sorte de Rachmaninoff hongrois. Néo-romantique comme le grand pianiste russe, il cherche pourtant à s'évader du romantisme allemand (Wagner) qui inspirait ses premières oeuvres.
    Dans Ruralia Hungarica, il s'approche du sentiment hongrois en ce que le caractère dominant rappelle les traits du beau-père, Liszt, plutôt que ceux du gendre, Wagner.
    Poldini, compositeur aimable dont maintes petites pièces ont parcouru le monde, est l'auteur d'un opéra d'une exquise poésie: Noces de Carnaval.
    Georges Kosa est un musicien personnel, mais à qui il manque la maîtrise nécessaire pour résoudre les divers problèmes de tonalités et de forme qu'il aborde avec impétuosité.
    Alexandre Jemnitz, polyphoniste-né, se complait dans l'abstraction schoenbergienne, cependant que Lajtha et Eugène Adam sont très attachés à la chanson paysanne.
    Il y a encore Théodore Szanto, pianiste remarquable, et le délicat et pittoresque Tibor Harsanyi, dont l’œuvre est très appréciée du public parisien.
    Des musiciens comme Lavotta et Siklos n'ont guère été joués en dehors de la Hongrie, tandis que Léon Weiner a franchi les frontières avec ses « Concertos » pour piano et même l'Atlantique avec un quatuor à cordes honoré d'un prix Coolidge.
    *
    * *

    De toutes les musiques dites nationales c'est, avec la russe et l'espagnole, la plus caractérisée. Le folklore hongrois, qui est d'une richesse inouïe, n'a d'égal que le russe et l'espagnol, qui lui sont peut-être supérieurs par la variété de rythme et de couleur.
    Cette musique, cependant, n'a guère jusqu'ici forcé les frontières étrangères. Ni Kodaly, malgré son Psaume Hongrois, ni Dohnanyi, ni Jemnitz n'ont obtenu ce qu'on appelle l'audience internationale. Et à ce point de vue, Kosa et Harsanyi ne sont encore que des espoirs.
    Bartok, seul, tout en étant purement hongrois, possède ce langage international, viril, personnel et original qui lui a déjà conquis l'attention de l'Europe musicale.
    L'Amérique persiste à l'ignorer. Mais nous savons que ce pays n'a guère le goût des découvertes musicales et que l’œuvre de Strawinsky n'y est pas encore entièrement connue du grand public. Non plus, d'ailleurs, celle de Falla.
    Bartok est pourtant l'un des plus grands musiciens d'aujourd'hui. Si on résiste à son art, c'est sans doute à cause de son manque de lyrisme et de charme, qualités essentielles avec quoi on gagne facilement les cœurs. Mais ses autres qualités, qui sont très grandes, finiront bien par vaincre les plus tenaces résistances.
    (Mont-Pélerin, Suisse.)
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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