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    Dossier: Gaspésie - Îles-de-la-Madeleine

    Le développement régional

    Médora Barriault
    Réflexions d'une Gaspésienne en exil.

    Pourquoi tant de Gaspésiens doivent-ils s'exiler pour gagner leur vie?

    Je me permets de citer mon propre exemple. J'ai terminé un cours en secrétariat à Bonaventure en juin 1969; après quelques «jobines» ici et là, dont un an de travail à tout faire à l'hôpital de Maria (caissière, cuisinière, secrétaire-substitut, etc.), je me décide à partir. En 1971, j'arrive à Québec. Heureusement que ma soeur y était déjà installée; par des connaissances, elle me trouve un emploi de secrétaire-réceptionniste dans une clinique de podiatrie. Mais fatiguée de la surveillance tatillonne du médecin (français de surcroît) qui regrettait la soumission de son ancienne secrétaire, qui lui avait été fidèle pendant 20 ans, et qui au surplus n'aimait pas mon langage et mon accent, je quitte cet emploi, assez désorganisée faudrait-il dire... Mais, grâce au Centre de main-d'oeuvre, je me trouve un autre emploi, une semaine plus tard, au Conseil régional de développement de Québec, dont le directeur, haïtien cette fois, m'engage; il avait visité la Gaspésie, l'été précédent, et aimé les Gaspésiennes!

    C'est grâce à mon travail au C.R.D.Q. que je me suis mise à m'intéresser aux problèmes de développement de ma région natale. Pas au début, certes, car ce n'est que récemment que le C.R.D.Q. a été sensible aux projets populaires de développement nés en Gaspésie, mais aussi ailleurs au Québec, qui posent dans des termes nouveaux la question du développement régional au Québec.

    Nous pouvons observer que là où les lois ordinaires de fonctionnement capitaliste font défaut dans certaines régions du Québec, des initiatives populaires et coopératives cherchent à prendre la place de façon à donner à la population le contrôle de son développement.

    Opération-Dignité, Tembec, l'usine de sciage de Sacré-C?ur, la cartonnerie de Cabano, les tomates de Manseau, Tricofil de St-Jérôme, etc. sont les points de repère de ces mouvements régionaux qui contestent l'allure du développement économique du Québec. Ces projets sont venus colmater les trous laissés par le départ de certaines entreprises ou les insuffisances des interventions gouvernementales dites de développement. Ils constituent aussi, à des degrés divers, des ouvertures vers un modèle de développement autogestionnaire, à base de participation populaire, en rupture avec les contraintes et les lois de fonctionnement du système capitaliste.1

    Je fais remarquer que je ne suis pas la seule à avoir dû quitter la Gaspésie! Autour de moi, dans ma famille, un de mes frères, qui avait terminé son école normale, est aujourd'hui enseignant à Charlesbourg; un autre, qui a suivi un cours en électricité, gagne sa vie à la Baie James. Une publication du Conseil régional de l'Est du Québec m'apprend que depuis 1961, malgré le B.A.E.Q., «80000 personnes ont conclu que leur région ne correspond pas à leurs besoins et aspirations tant en termes de qualité de vie que de niveau de vie».2


    Et d'autres échos me parviennent:

    - Il semble que la mine de cuivre de Murdochville, qui embauchait des centaines de personnes depuis des années, risque de fermer ses portes définitivement. Or, cette mine est l'unique source de «survie» des résidents de cette ville.

    - De même, à New-Richmond, des arrêts fréquents et souvent prolongés de la manufacture de papier de la Consolidated Bathurst forcent de nombreux travailleurs à s'exiler, bien souvent en dehors du Québec, pour se trouver un autre gagne-pain.

    - Dans les restaurants, de septembre à juin, c'est l'attente, l'intermède, l'espace vide, avant le retour de l'été et de ses touristes. En conséquence, beaucoup de gens, jeunes ou moins jeunes, vont quand même hiverner dans les grands centres, en quête d'un travail afin de survivre jusqu'à la nouvelle saison.

    - Autrefois, la pêche et le bois retenaient les garçons pendant que les filles devenaient automatiquement institutrices, infirmières, et quelquefois secrétaires. Maintenant, l'éducation généralisée devient une vague de fond qui rafle les jeunes pour laisser au village, temporairement ou perpétuellement, une population de très jeunes ou de gens d'âge mûr.


    Et pourtant, il y a eu le B.A.E.Q.!

    Parlons-en du Bureau d'Aménagement de l'Est du Québec. On sait qu'il a été la reprise, par le gouvernement provincial, d'une initiative des notables de la région qui, en 1956, mirent sur pied le Conseil d'Orientation économique du Bas-St-Laurent. Il groupait les villes, les conseils de comté, les Chambres de commerce et les Associations populaires des comtés de Rivière-du-Loup, Témiscouata, Rimouski, Matane et Matapédia. C'est avec la naissance de C.O.E.B. qu'a commencé l'expérience d'aménagement de l'Est du Québec.

    Mis sur pied en 1963, le B.A.E.Q. entreprit une consultation auprès des personnes et des groupes du territoire. Le but était d'identifier les problèmes qui sévissaient dans le milieu et de faire des recommandations afin d'améliorer la situation. En 1966, le B.A.E.Q. présentait le fruit de ses recherches, réalisées au coût de 84 millions.3 Cette étude précisait l'ampleur des disparités régionales: revenu per capita représentant 50 pour cent de celui du Québec, taux de chômage élevé, etc. Une fois les études terminées, un rapport fut remis aux deux gouvernements et une Entente fédérale-provinciale fut signée. Cette Entente amena la création de l'Office de Développement de l'Est du Québec (O.D.E.Q.). Les montants disponibles dans l'Entente signée en mai 1968 étaient de l'ordre de $258,000,000 et son renouvellement en 1971 de $411,000,00.4

    Que faut-il penser du B.A.E.Q.? Dans la conférence qu'il prononçait dans un colloque organisé par le C.R.D.Q., en novembre 1975, Monsieur Arthur Dubé, ex-membre du conseil d'administration du B.A.E.Q., donnait les précisions suivantes:

    Vu de l'extérieur, bien des Québécois étaient sans doute jaloux de nos millions. La réalité est bien différente. Une tranche très importante a servi et sert à payer des salaires, frais de déplacement, etc. Il n'est pas facile à travers les budgets réguliers de décortiquer l'ivraie du bon grain. Les analyses les plus sérieuses nous démontrent qu'au plus $10,000,000. de nouvel argent ont été dépensés ou seront dépensés.

    Le phénomène auquel il nous a été donné d'assister et qui a été maintes fois dénoncé, a été le suivant: les gouvernements et plus particulièrement celui du Québec ont réduit les budgets réguliers pour puiser dans les budgets de l'Entente, on maquillait ainsi les budgets réguliers en budgets spéciaux.

    Bien sûr il y a eu des projets qui ont été réalisés dans le cadre de l'Entente. Personne ne peut le nier.

    Toutefois, il faut avouer que la plupart se seraient réalisés de toute façon, avec Entente ou pas. Cependant, il existait un programme dans l'Entente qui devait mettre le feu au poudre: le programme de relocalisation qui se traduisit dans un premier temps par la fermeture de dix paroisses en milieu rural.5

    Donc, au total, le B.A.E.Q. n'a pas eu un effet de réanimation de la vie économique du territoire; de lus, il a servi en réalité à renforcer le mouvement déjà présent d'exode de ces régions. C'est contre cet aspect de la politique gouvernementale de développement régional (sic) pour la Gaspésie que s'insurgeront surtout les projets populaires de développement.


    Et le super-port à Gros-Cacouna!

    Avec tantôt une aciérie, tantôt des raffineries de pétrole, etc. En somme, un complexe industriel et portuaire qui devait restructurer l'économie de la région. Je vous donne à lire les titres de mon dossier de presse (Le Soleil) sur le sujet, qui pourrait porter le sous-titre suivant: valse-hésitation entre le fédéral et le provincial sur un projet qui tombera, tombera pas à l'eau... «Le Meer aurait exclu le Québec du projet d'aciérie dans l'Est; inquiétudes à Gros-Cacouna» (6-11-74). «En Gaspésie, projet pétrolier de $1 milliard» (19-2-75). «Québec a été tenu à l'écart du rapport Stelco (privilégiant la Nouvelle-Ecosse à la Gaspésie pour l'établissement dans l'Est du Canada d'une industrie sidérurgique destinée à l'exportation)» (20-1-1975). «Gros-Cacouna rejeté comme emplacement du super-port» (6-2-75). «Pour les promoteurs de Gros-Cacouna, l'étude Sintec est une tentative de diversion par des concurrents dépités» (8-2-75). «La Chambre de commerce de Rivière-du-Loup exige que Québec se prononce sans délai pour Gros-Cacouna» (2-4-75). «Québec choisit Gros-Cacouna (pour la construction d'un port en eau profonde)» (9-4-75). «Gros-Cacouna: décision annoncée à temps (sinon c'était le déclenchement d'une vague concertée de manifestations draconiennes de mécontentement)» (11-4-75). «On exigera une réponse nette et précise (du fédéral) concernant Gros-Cacouna». «Il faut mettre de l'ordre dans les installations portuaires» (Marchand) (28-5-75). «Misener Enterprises et sa filiale prêtes à investir $137 millions pour aménager le port de Gros-Cacouna» (30-5-75). «Avant d'aménager le port de Gros-Cacouna, nécessité d'une étude sur l'environnement (Jeanne Sauvé)» (11-6-75). «Une ultime étude des gouvernements sur la rentabilité d'un port à Gros-Cacouna» (128-75). «Superport: un demi-million pour étudier une étude» (28-11-75). «Gros-Cacouna: le comité menace de recourir à la manière forte» (9-1-76). «Lang est nettement favorable au port de Gros-Cacouna» (13-4-76). «Gros-Cacouna tombera, tombera pas à l'eau... une question sans réponse depuis 20 ans» (17-4-76). «Le CN est prêt à investir à Gros-Cacouna» (9-6-76)! J'ajouterai que depuis le creusage de la rade, de 1964 à 1968, au coût de $9 millions, rien n'a encore été fait concrètement.

    Pour clore le tout, cette déclaration sérieuse d'un député: «L'Entente Canada-Québec pour l'Est a raté son objectif principal» (De Bané) (13-4-76). Ce qu'il faudrait dire, dans le vrai langage de par chez-nous, c'est que les interventions gouvernementales n'ont pas été «du quatorze carats»!


    La population s'organise

    La population n'a pas attendu la confession de ses députés pour commencer à s'organiser. Les temps forts de cette organisation ont été le samedi de la colère à Cabano (août 1970), Opération-Dignité I (1970), Opération-Dignité II et III (1971), JAL (1972), etc. Au cours du colloque du C.R.D.Q., des représentants de trois de ces groupes sont venus présenter leur projet. Les informations qu'ils nous ont transmises, et surtout leur fierté, m'ont permis de redécouvrir la force et la ténacité des Gaspésiens.


    JAL: le joyau

    Parmi cette Population qui s'organise, se trouve celle de St-Juste, Auclair, Le Jeune, qui a mis sur pied le Comité Intermunicipal JAL. Le JAL est situé dans l'arrière-pays du Bas St-Laurent, coincé entre le lac Témiscouata et la forêt du Nouveau-Brunswick. De 1967 à 1970, 300 personnes de ces paroisses étaient parties; sur 15 822 acres de terres défrichées et cultivables, 3 000 à peine étaient mises en valeur. C'était la fermeture à plus ou moins brève échéance. La population eut aussi à réagir contre la politique des centres agro-forestiers mise en place par FO.D.E.Q. (Office de développement de l'Est du Québec). Le gouvernement, pour fermer des paroisses hypocritement, offrait des subventions aux migrants, pour aller s'installer dans ces centres dits agro-forestiers. «Si tu restes là, tu n'auras rien, mais si tu déménages, on va t'aider», explique M. Jacques Parent, un invité au colloque du C.R.D.O., représentant la Coopérative Agro-forestière du Témiscouata.6

    Grâce à son dynamisme et à certains appuis extérieurs, la population de ces trois villages réussit à concrétiser son désir de vivre dans son milieu naturel. Comme on le trouve défini dans un texte écrit par les promoteurs mêmes du projet, «le projet JAL est une action communautaire de développement polyvalent et intégré de toutes les ressources tant humaines que biophysiques du milieu. Ce projet d'aménagement intégral des richesses naturelles du secteur fait appel au principe de l'auto-détermination de la population. »7

    Les réalisations du JAL sont nombreuses:

    - L'aménagement de la forêt, qui constitue la ressource principale apparaît pour beaucoup une priorité. Ce travail de groupe leur a permis de former un regroupement forestier de 65 personnes.

    - La mise sur pied d'une radio-communautaire et d'un journal hebdomadaire.

    - De plus la Coop-agricole, formée de 260 membres, pilote un projet de culture de la pomme de terre (112 acres sont cultivées, 371 le seront bientôt).

    - Un circuit canot-camping de 55 milles.

    - Différents services pour les personnes à faible revenu (ainsi, des sacristies aménagées en logements pour personnes âgées ou en club d'âge d'or).

    - Une usine d'essence de sapin.

    - Une érablière de 3,000 entailles en 77 (on en prévoit 8 000 en 78).

    - En tout, 100 emplois créés en trois ans et demi.

    Le projet JAL aborde la solution de ses problèmes par l'utilisation d'une nouvelle notion du développement, celle d'un développement multidimensionnel, c'est-à-dire d'aménagement intégré des ressources. Laissons aux gens qui participent à ce projet le soin d'en définir eux-mêmes le sens et la portée:

    L'expérience du JAL est arrivée à un point de non retour. Il n'est plus question pour la population de revivre dans l'angoisse et l'incertitude du lendemain. Tous sont conscients que la vigilance est essentielle et qu'il n'est pas question pour eux de «victoire totale»; ils ont beaucoup d'étapes à franchir et de combats à livrer. La population du JAL n'oublie pas cependant, grâce à l'expérience acquise, qu'elle ne peut continuer son cheminement qu'en gardant le même principe directeur à savoir son «auto-détermination».8


    Cabano, mélange d'espoir et de déceptions

    À Cabano, en août 1970, on en a assez du patinage gouvernemental. Un comité réclame une cartonnerie avec participation Populaire. Depuis l'incendie en juillet 1966 du Moulin Fraser, qui avait fait vivre Cabano pendant un siècle, la population découvre qu'on ne construira pas l'usine, et c'est le fameux «samedi de la colère».

    On fonde la Société Populaire des pâtes et papiers du Québec et on lance une campagne de financement populaire. Une somme de $680 000 fournie par 4 200 souscripteurs est recueillie et déposée en fiducie. Domtar, agacée par l'ampleur du projet, intervient auprès du gouvernement pour lui conseiller de ne pas subventionner la cartonnerie de Cabano. Devant l'impossibilité d'obtenir l'aide gouvernementale, les initiateurs du projet abandonnent l'idée d'un contrôle de la population sur l'usine et s'intéressent aux offres d'un groupe financier belge Sybetra, qui propose de devenir partenaire de la population dans l'usine. Les négociations sont difficiles et la population demande au gouvernement de nommer un médiateur. Rien ne fonctionne, le gouvernement prend véritablement le contrôle du projet et met fin au protocole d'entente avec Sybetra, tout en préparant une autre solution.

    La population perd petit à petit l'initiative du projet et accepte la proposition gouvernementale. Ce dernier exige, avant d'entreprendre l'exécution du projet, que la Société populaire des pâtes et papiers soit dissoute et que l'on remette aux souscripteurs le capital qu'ils avaient investi. Ainsi, le gouvernement n'a manifestement pas facilité la participation populaire au financement.

    Une seule forme de regroupement, par le truchement d'un organisme d'éducation structuré en coopérative ou en compagnie sans but lucratif, peut être envisagée par le détenteur des actions pour S'assurer d'un mécanisme de représentation collective et d'un droit de regard sur la tranche du capital-action réservée à la participation populaire. C'est ce qui ressort d un rapport d'étude produit par deux membres du comité de Survivance de Cabano, au cours de 1977.


    Saint-Damase: un village touristique «non-planifié»

    La population de Saint-Damase réagit, quand elle apprend qu'elle était condamnée à disparaître en 1970, parce qu'elle était située à six milles de la mer: le B.A.E.Q. avait en effet pour politique de favoriser le développement d'installations touristiques seulement le long de la route qui ceinture la Gaspésie et de fermer les paroisses situées à l'intérieur des terres, dont on jugeait les potentiels agricole et forestier insuffisants.

    En 1971, quelques citoyens décident de relever le défi en mettant sur pied le «Centre de Plein air familial de Saint-Damase Inc.». On fonde une société sans but lucratif et on acquiert des terrains autour d'un lac.

    Avec l'aide des projets PIL, ont été mis sur pied un centre d'accueil, un terrain de camping, un terrain de pique-nique, des logements à la ferme, des sentiers pour randonnées à pied, en raquette, en ski de fond, etc.

    La population de Saint-Damse est en train de prouver aux gouvernements que la planification faite par les gens de la base peut être aussi bonne que celle faite par les aménagistes-technocrates-universitaires de tout acabit.


    Conclusion

    Ainsi, deux phénomènes, contraires mais reliés, ressortent de l'histoire récente du développement en Gaspésie: l'insuccès de la planification et la naissance de projets populaires de développement.

    Malgré les efforts de développement consentis par les gouvernements depuis 1963, le Bas-du-Fleuve et la Gaspésie restent avec des salaires moindres et des prix élevés. Le revenu annuel moyen est plus faible que la moyenne québécoise, l'exode de la population et le taux de chômage ont augmenté, l'information est insuffisante, le réseau routier est inadéquat, etc.

    La question se pose maintenant de savoir quelle valeur il faut accorder aux projets (plus ou moins) populaires qui sont nés à la suite des frustrations laissées par le B.A.E.Q. et par les autres gros projets gouvernementaux et privés jamais réalisés?

    Ces projets populaires sont-ils capables à eux seuls de s'opposer au mouvement profond de dépérissement économique qui mine la région gaspésienne depuis des décades? Faut-il passer sous silence les difficultés qu'ils rencontrent, les dangers qui les guettent, et donc chercher à nier leur caractère d'«exception à la règle»?

    Toutefois, et en même temps, il faut reconnaître que le seul fait de leur existence prouve quelque chose au sujet des Gaspésiens: qu'il y a chez-nous des gens capables de créer, de se tenir debout, de contredire, de dire autre chose que ce qui est dit par les autres (planificateurs et hommes politiques) sur nos «problèmes». Si ces projets populaires de développement ne sont pas des remèdes universels, ils sont des moyens de résistance. S'ils ne peuvent structurer l'économie de la région, ils indiquent qu'il y a des forces économiques actives, nouvelles et insoupçonnées dans la région. Et, surtout, ce qu'il y a de beau dans ces projets, c'est qu'ils ont fait mentir les prévisions et les plans des pseudo-planificateurs du gouvernement.

    Finalement, pour moi et pour les milliers d'autres Gaspésiens en exil, qui avons réglé individuellement notre «problème de développement régional», peut-être trop selon la manière que nous indiquent les gouvernements et les entreprises, nous ne pouvons que regarder avec une nostalgie mêlée de crainte ces projets populaires de développement. Ils sont l'expression de la fierté des Gaspésiens, mais de nos jours la fierté n'est plus ce qu'elle était... À qui la faute?


    BIBLIOGRAPHIE
    Conseil régional de développement de Québec, Région 03, Du sous-développement aux expériences populaires de développement, Québec, mai 1976, 156 p.
    Coopérative de développement agro-forestier du Témiscouata, JAL un espoir pour l'Est du Québec, texte inédit, sans date, 20 p. annexes.
    Déclaration de principe des C.R.D.A.Q., la question régionale au Québec, (document de travail), Québec, 15 juillet 1976, 22 p.


    Notes
    1 C.R.D.Q., Région 03, Du sous-développement aux expériences populaires de développement, mai 1976, pp. 19-20.
    2 Cité dans Déclaration de principe des C.R.D.A.Q. (document de travail), 15 juillet 1976, p. 4.
    3 Le Soleil, lundi 5 avril 1976.
    4 C.R.D.Q., op. cit., p. 41.
    5 Ibid., p. 42.
    6 C.R.D.Q., op. cit., p. 77.
    7 Coopérative de développement agro-forestier du Témiscouata, JAL un espoir pour l'Est du Québec, p. 20.
    8 Coopérative de développement agro-forestier du Témiscouata, op. cit., p. 20.
    Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2012-04-01
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